Previous Page TOC Next Page

PROCHE-ORIENT ET AFRIQUE DU NORD

VUE D’ENSEMBLE

Evolution économique

Dans la plupart des pays de la région Proche-Orient et Afrique du Nord, la croissance économique s’est accélérée en 1996. Selon les estimations, le PIB régional a augmenté de 4,5 pour cent contre 3,5 pour cent par an en moyenne au cours des cinq années précédentes. Cette performance est due à plusieurs facteurs: hausse du cours du pétrole, qui a fait progresser plus que prévu les recettes des pays producteurs; calendrier des pluies favorable dans beaucoup de pays de la région; progrès de la stabilisation qui a fait tomber les taux d’inflation (de 34 pour cent en moyenne en 1995 à 24,5 pour cent en 1996) et réduit les déficits des comptes courants; intensification des réformes structurelles qui a créé un climat plus favorable au commerce et aux investissements du secteur privé. Toutefois, les tensions politiques ont continué à freiner le progrès dans plusieurs pays tandis que d’autres connaissaient une situation de surchauffe, avec une accélération de l’inflation et une augmentation des déficits budgétaires.

La hausse des prix du pétrole en 1996, qui n’a pas été freinée par le retour de l’Iraq sur le marché pétrolier, a contribué à l’accélération de la croissance du PIB dans les pays producteurs: le taux de croissance a atteint 9,9 pour cent dans les Emirats arabes unis et 4,2 pour cent en Iran. En Arabie saoudite, le PIB a augmenté de 2,5 pour cent, mais ce taux, bien que modeste, représente un progrès par rapport à l’année précédente, au cours de laquelle la croissance avait été nulle. En effet, même si l’assainissement des finances publiques était le principal objectif de la politique de réforme, la réduction des dépenses publiques, malgré son effet dépressif, a contribué à rétablir la confiance du secteur privé et à relancer l’activité économique. En Egypte, l’accélération de la croissance (4,3 pour cent en 1996 contre 3,2 pour cent en 1995) est due autant à l’accroissement des recettes pétrolières qu’au progrès des réformes structurelles. L’Egypte peut aussi se féliciter d’une réduction des déséquilibres intérieurs et extérieurs et d’un ralentissement de l’inflation (7,2 pour cent en 1996 contre 9,4 pour cent en 1995). La Turquie a surmonté les effets restrictifs des énergiques mesures d’ajustement économique prises en 1994 et a affiché deux années de suite des taux élevés de croissance: 7,5 pour cent en 1995 et environ 6,4 pour cent en 1996. Toutefois, malgré de sévères mesures d’encadrement de la demande, le déficit budgétaire est monté à plus de 9 pour cent et les taux d’intérêt ont dépassé 120 pour cent. Les mesures anti-inflationnistes ont eu un effet modeste: le taux d’inflation, qui a culminé à 106,3 pour cent en 1994, était encore de 82,3 pour cent en 1996. La pression inflationniste s’est étendue à la zone chypriote turque, qui est liée à l’économie turque. Ces pressions, jointes à l’incertitude politique qui érode les recettes touristiques, ont entraîné un ralentissement de l’économie chypriote.

Figure 12A

Figure 12B

La majorité des pays de la région ont continué à appliquer des mesures d’ajustement économique, avec un succès inégal. Dans certains pays tels que l’Egypte, la Jordanie et la Tunisie, la privatisation a beaucoup progressé tandis que dans d’autres, tels que la République arabe syrienne et le Yémen, il reste beaucoup à faire. Dans plusieurs pays, la réforme a souffert des tensions politiques. Au Soudan, la guerre civile a provoqué une dépression économique, fait monter le taux d’inflation à 85 pour cent et perturbé les flux commerciaux et la commercialisation sur le marché intérieur, d’où notamment des pénuries alimentaires aiguës. Vers la fin de 1996, le Soudan a suspendu le règlement de ses arriérés au FMI, ce qui a beaucoup nui à sa cote de crédit. En Algérie, bien que la plupart des objectifs macroéconomiques du programme d’ajustement aient été atteints ou dépassés grâce aux excellents résultats des secteurs pétrolier et agricole, les tendances récessives ont persisté: par exemple, le taux de chômage a atteint 28 pour cent. Au Liban, l’aménagement de la dette et l’assainissement budgétaire sont devenus les objectifs prioritaires du gouvernement pour les quelques prochaines années en raison de l’accroissement de la dette extérieure. En dehors du secteur pétrolier, l’économie d’Oman a stagné, ce qui a empêché d’atteindre un des principaux objectifs de la réforme structurelle, à savoir la diversification des exportations.

Les perspectives à court et moyen terme semblent en général prometteuses. Le cours de pétrole devrait baisser, mais modérément, et le secteur pétrolier devrait continuer à soutenir la croissance dans les pays producteurs, non sans retombées favorables dans les autres pays de la région. Le resserrement des liens économiques et commerciaux avec l’UE auquel s’attelent beaucoup de pays de la région, tels que la Turquie, la Jordanie, le Maroc et Chypre, devrait stimuler les échanges et améliorer les perspectives de croissance.

D’un autre côté, la précarité des perspectives de paix et de la situation politique dans la région risque de porter un coup d’arrêt au projet d’intégration économique régionale, notamment en Jordanie, en Palestine et, jusqu’à un certain point, en Egypte. L’impasse où se trouve actuellement le processus de paix entre Israël et la République arabe syrienne risque de freiner encore le progrès économique dans l’ensemble de la région. L’incertitude politique et les troubles intérieurs dont souffrent certains pays d’Afrique du Nord retarderont probablement la réalisation des projets régionaux, particulièrement dans le secteur des aménagements hydrauliques.

Performance du secteur agricole

La croissance du secteur agricole s’est accélérée en 1996 dans la plupart des pays d’Afrique du Nord – en particulier en Tunisie, au Maroc, en Algérie – et au Soudan, ce qui a fait monter les taux de croissance économique. En 1996, la production de blé nord-africaine a augmenté de 7,5 pour cent pour atteindre le niveau record de 16,5 millions de tonnes parce que la récolte a été supérieure à la moyenne dans tous les pays. En 1996, la production de céréales secondaires de la sous-région a augmenté de 60 pour cent, atteignant 13,6 millions de tonnes. Grâce à des pluies plus abondantes que la moyenne et bien réparties dans le temps et à de meilleures pratiques agricoles, la production de céréales a augmenté, ainsi que celle d’autres cultures telles qu’agrumes, olives et lentilles.

Après la dure sécheresse de 1995, le Maroc a bénéficié en 1996 des meilleures pluies des 30 dernières années. La production de blé, qui était tombée à 1,1 million de tonnes en 1995, a plus que quintuplé, remontant à 5,9 millions de tonnes; celle d’orge est passée de 3,2 millions à 3,8 millions de tonnes, et celle de maïs a atteint 235 000 tonnes, soit environ cinq fois plus que l’année précédente. Au Maroc, la récolte d’agrumes, en hausse d’environ 35 pour cent, a atteint 1,4 million de tonnes, ce qui a permis des exportations de moitié supérieures à celles de 1995.

En Tunisie, on estime que, grâce à des conditions favorables pendant la campagne, la production agricole a augmenté de 18 pour cent, contre 9,7 pour cent en 1995. La récolte de céréales a atteint le niveau record de 2,8 millions de tonnes, trois fois plus qu’en 1995. La production d’huile d’olive devrait dépasser 200 000 tonnes, ce qui est également un record.


ENCADRÉ 10

L’INSÉCURITE ALIMENTAIRE EN IRAQ

De vastes secteurs de la population iraquienne souffrent d’une grave insécurité alimentaire. Les apports énergétiques moyens, qui sont restés pratiquement stables dans l’ensemble de la région Proche-Orient et Afrique du Nord entre 1988 et 1994, ont diminué de 34 pour cent en Iraq pendant la même période; pour la consommation de protéines, la baisse a été encore plus brutale: -43 pour cent. L’état nutritionnel et sanitaire de la population s’est encore sérieusement dégradé ces dernières années.

L’accord conclu en décembre 1996 entre l’Iraq et l’Organisation des Nations Unies devrait améliorer sensiblement la situation: l’Iraq est autorisé à exporter du pétrole pour une valeur pouvant atteindre 1 milliard de dollars pendant chaque période de 90 jours et à importer en échange des articles humanitaires – aliments, fournitures sanitaires, médicaments et autres produits de première nécessité. Conclu à l’origine pour une période de six mois, cet accord a été prorogé de six mois par le Conseil de sécurité des Nations Unies le 4 juin 1997.

Dans le cadre de l’accord «pétrole-contre-nourriture», 804,63 millions de dollars (sur un total de 1,3 milliard de dollars d’assistance humanitaire) ont été affectés à l’achat de denrées alimentaires pour assurer aux Iraquiens un apport de 2 030 kcal et 47 g de protéines par habitant et par jour. A la fin de mai, l’Iraq avait reçu 692 000 tonnes de denrées alimentaires, soit environ un tiers des 2,2 millions de tonnes prévues dans l’accord. Les premières livraisons sont arrivées à la fin de mars et les distributions de farine de blé ont commencé en avril. En mai, les rations distribuées comprenaient de la farine de blé, du riz, des légumes secs et de l’huile. Les quantités de sel, de sucre et de thé livrées n’étaient pas suffisantes pour permettre des distributions mensuelles. Il est prévu que les rations complètes pourront commencer à être distribuées en juillet. La FAO et le PAM ont approuvé pour la période allant du 1er avril au 31 décembre 1997 une opération d’alimentation d’urgence des groupes vulnérables dont les besoins particuliers ne seront pas satisfaits par les aliments distribués en vertu de l’accord. Toutefois, on estime que les 804,63 millions de dollars alloués à l’achat de produits alimentaires permettront de satisfaire à peine plus de la moitié des besoins estimatifs d’importation de denrées alimentaires.

L’accord «pétrole-contre-nourriture» atténuera certainement la pénurie alimentaire (car l’arrivée des vivres permettra d’accroître de 20 pour cent les contingents mensuels de produits alimentaires rationnés) et il améliorera un peu l’état nutritionnel et sanitaire des intéressés, mais la sécurité alimentaire n’en demeurera pas moins précaire. La pénurie d’intrants agricoles essentiels, tels que semences, pièces détachées, vaccins, produits agrochimiques, et la prolifération des ravageurs, des mauvaises herbes et des maladies animales ont fait baisser les rendements et la productivité. Les résultats d’ensemble du secteur agricole, et en particulier ceux de la campagne 1996/97, sont préoccupants. On estime que la récolte de blé et d’orge de la campagne d’hiver 1996/97 est nettement inférieure à la normale.

Dans le contexte du maintien probable des sanctions, il reste crucial d’accroître la production vivrière. Le gouvernement y travaille énergiquement, en s’attachant particulièrement à la bonification des terres et à l’irrigation dans le sud. Des services, notamment d’électricité, d’éducation et de santé, sont mis en place dans les zones ainsi bonifiées. Des recherches ont été entreprises dans le pays pour mettre au point de nouvelles lignées et accroître la production semencière et pour valoriser au maximum les ressources zootechniques. Les autorités étudieraient actuellement les moyens d’intéresser financièrement les agriculteurs à ces projets pour les inciter à y participer pleinement.


En République arabe syrienne, les investissements et une meilleure gestion de l’irrigation ont contribué à faire progresser la production agricole, qui a aussi été stimulée par la hausse des cours sur les marchés internationaux. Le pays, qui avait atteint l’autosuffisance en blé en 1992, a produit en 1996 4,2 millions de tonnes de cette céréale, soit quelque 2 millions de tonnes de plus que les besoins intérieurs. Pendant les trois premiers trimestres, il a exporté environ 850 000 tonnes de céréales, contre 600 000 tonnes en 1995. Grâce aux investissements dans la capacité de stockage, qui bénéficient de l’assistance de la Banque islamique de développement, les exportations de céréales devraient continuer à augmenter les prochaines années. En ce qui concerne les cultures non céréalières, la Syrie a rentré en 1996 une récolte record de coton, supérieure d’environ 11,5 pour cent au niveau de 1995 et de 20 pour cent à la moyenne des années 1991-1995. Le principal facteur d’accroissement de la production a été la progression spectaculaire du rendement moyen qui, grâce à des pluies bien réparties dans le temps, a atteint 3,4 tonnes à l’hectare en 1996 contre 3,1 en 1995 et 1,6 seulement en 1991.

Au Soudan, la production de blé a augmenté en 1996 grâce aux conditions météorologiques favorables. La récolte d’autres produits a aussi augmenté, par exemple celle de graines de sésame. Les pluies sont tombées au bon moment pour produire une récolte de coton de 12 pour cent supérieure à celle de l’an dernier, bien que les rendements tendent à baisser et soient inférieurs à la moyenne mondiale. Cette baisse de productivité s’explique principalement par la sédimentation des canaux, due au défaut d’entretien, qui obstrue le passage de l’eau, si importante pour la production de coton. Cette tendance est préoccupante car le coton est la première source de recettes d’exportation et un des principaux moteurs de la croissance économique.

Des difficultés budgétaires ont obligé ces dernières années l’Arabie saoudite à refondre sa politique agricole. Les réformes entreprises en 1991 en vue de réduire les cultures de blé aménagées à coups de subventions en plein désert se sont poursuivies, débouchant sur de nouvelles réductions des subventions. La production de blé, qui avait culminé à 4,1 millions de tonnes en 1991/92, n’a pas dépassé 1 à 2 millions de tonnes en 1996, pour une consommation estimée à 1,8 million de tonnes: les stocks existants permettront de combler le déficit. La production d’orge, qui a elle aussi baissé de moitié, s’établit à 450 000 tonnes. La céréaliculture, qui était pratiquée essentiellement en puisant dans la nappe phréatique, a accéléré l’épuisement de cette ressource non renouvelable. Comme le secteur agricole utilise environ 80 pour cent des disponibilités d’eau en Arabie saoudite, le gouvernement attache maintenant une priorité élevée à la gestion des ressources hydriques, ce qui n’est pas sans conséquence pour la production céréalière. La production de cultures moins exigeantes en eau, telles que les fruits et légumes, est encouragée.

EGYPTE

Aperçu économique

Le programme d’ajustement structurel entrepris en 1991 en Egypte a marqué un tournant dans les politiques macroéconomiques et sectorielles de ce pays. Jusqu’au début des années 70, la stratégie de développement était axée sur une croissance économique autocentrée sous la houlette de l’Etat, privilégiant la protection sociale et la satisfaction des besoins fondamentaux au moyen de subventions. Cette politique a amélioré les conditions de vie de la majorité des Egyptiens pendant les années 60 et 70, mais elle a engendré des déséquilibres structurels de l’économie dont il a bien fallu reconnaître depuis le début de la présente décennie qu’ils sont insoutenables à long terme.

Malgré les mesures sporadiques de libéralisation prises au milieu des années 70, l’économie est restée caractérisée par l’omniprésence de la réglementation et par une politique de remplacement des importations. Grâce au cours élevé du pétrole, qui a accru les envois des travailleurs égyptiens émigrés dans les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), ainsi qu’aux recettes provenant du canal de Suez, le taux de croissance économique n’en était pas moins élevé. La politique expansionniste a été maintenue pendant une bonne partie des années 80, alors que le cours du pétrole baissait et que les déséquilibres financiers et extérieurs commençaient à créer de graves problèmes.

Vers la fin des années 80, la récession prolongée de l’économie mondiale et la baisse du cours du pétrole qu’elle a entraînée à partir de 1982 ont fait ressortir les faiblesses structurelles de l’économie égyptienne, qui étaient encore aggravées par l’augmentation de la dette extérieure et des déficits budgétaires. Le poids économique excessif des exportations de pétrole, la réduction des autres exportations et la mauvaise allocation des ressources ont rendu caduc le modèle égyptien de croissance. La croissance du PIB a beaucoup ralenti vers la fin des années 80, et le PIB par habitant a commencé à diminuer, tombant de 615 dollars en 1980-1986 à 588 à la fin de la décennie58. Les déficits budgétaires, financés principalement par l’émission de monnaie, ont provoqué une inflation à deux chiffres et contribué à freiner la croissance. Le service de la dette est devenu de plus en plus lourd et les arriérés ont commencé à s’accumuler.

En 1991, l’Egypte a adopté un Programme de réforme économique et d’ajustement structurel (ERSAP) en vue de stabiliser et de restructurer l’économie pour optimiser l’allocation des ressources et relancer la croissance macroéconomique en agissant sur tous les fronts: libéralisation du marché des devises et des échanges commerciaux; réforme du secteur financier; réforme, puis privatisation des entreprises publiques; suppression du contrôle des prix; réforme fiscale; et mise en place d’un cadre réglementaire efficace. Les grandes réformes de la première tranche du Programme ont été l’ajustement du taux de change; la déréglementation des prix agricoles, alimentaires et industriels; la réduction graduelle de la subvention des aliments; et un train de mesures de privatisation visant à donner plus de poids aux forces du marché.

Au Programme de 1991 a fait suite en 1993 une deuxième tranche du Programme de réforme économique et d’ajustement structurel (ERSAP II), qui a aidé à stabiliser les équilibres macroéconomiques puis, après un démarrage difficile, à relancer l’économie. La croissance, qui était encore lente au début des années 90 – à peine plus de 1 pour cent par an en 1992-1994 – a pris son essor en 1995 (+3,2 pour cent) et s’est encore accélérée en 1996 (+4 pour cent). Pour l’exercice 1997/98, première année du nouveau plan quinquennal, l’objectif est une croissance de 6,2 pour cent du PIB. La reprise de la croissance observée ces dernières années est en grande partie due aux progrès considérables de la stabilisation économique. Bien que les recettes budgétaires provenant des droits aient baissé, le déficit budgétaire devrait être ramené en 1996/97 au niveau extrêmement bas de 1,1 pour cent du PIB, contre quelque 8 pour cent à la fin des années 80. Grâce à la rationalisation des dépenses publiques et à l’austérité monétaire, la balance courante a été presque équilibrée en 1996, et le taux d’inflation est estimé à 7,2 pour cent contre environ 20 pour cent en 1991. Ce succès est d’autant plus remarquable que les prix des denrées alimentaires de base, de l’électricité, du pétrole, des transports, etc., avaient été en grande partie déréglementés. La subvention des produits pétroliers, du gaz naturel et de l’électricité devrait encore diminuer au cours des prochaines années. Après la dévaluation de plus de 300 pour cent intervenue entre 1988 et 1991, la libéralisation du marché des devises a stabilisé la monnaie, qui est devenue convertible.

Après un départ hésitant, le programme de privatisation progresse. Plus de 90 entreprises d’Etat devraient être privatisées à la mi-1998, malgré les controverses probables au sujet de leur valeur. En outre, une des quatre grandes banques publiques devrait être mise en vente dans le courant de 1997. La restructuration de la dette des entreprises publiques devrait également renflouer les finances de l’Etat. Rien qu’en 1997, les privatisations produiront des recettes équivalant à environ 5 pour cent du PIB, dont une partie pourrait être utilisée pour le service de la dette extérieure, qui est actuellement de l’ordre de 37 milliards de dollars. Le secteur privé est encouragé à investir dans le secteur de l’énergie. Une loi rationalisant le régime des investissements et une loi antimonopole devraient être promulguées en 1997.

A la fin de 1996, l’Egypte a conclu avec le FMI un nouvel accord de confirmation de 391 millions de dollars en prévision de la réunion du Club de Paris qui doit approuver la troisième et dernière tranche (d’un montant de 4 milliards de dollars) d’une remise de dette de 10 milliards de dollars, sous réserve de la réalisation d’un programme inspiré par le FMI. Dans ce contexte, l’Egypte doit satisfaire à des critères sévères pour lesquels elle devra poursuivre au cours des prochains mois les réformes macroéconomiques, financières et commerciales ainsi que la privatisation. L’allégement de la dette devrait réduire de plus de 290 millions de dollars par an le service de la dette et ramener l’encours à environ 28 milliards de dollars, soit à peine plus de la moitié de ce qu’il était lorsque le programme a été adopté en 1991 (50 milliards de dollars).

Ressources agricoles et perspectives

Le manque d’eau limite la possibilité d’accroître la superficie cultivée en Egypte. La croissance démographique des deux dernières décennies a créé une demande supplémentaire que la production intérieure de denrées alimentaires a de plus en plus de mal à satisfaire, alors même que l’urbanisation empiète sur des terres agricoles potentiellement productives.

La superficie cultivable en Egypte est limitée. Sur la surface totale, environ 1 million de kilomètres carrés, moins de 4 pour cent, situés pour l’essentiel dans la vallée du Nil, sont habitables. C’est là que sont concentrés la plupart des 60 millions d’habitants. La pluviométrie étant très faible, le Nil est presque l’unique source d’eau, de sorte que la quasi-totalité des 3,7 millions d’hectares de terres arables sont irrigués. L’Egypte est un des pays du monde où la superficie cultivable par habitant – 0,06 hectare – est le plus faible. Les principales cultures sont le coton, le riz, le blé, le maïs, le sucre, le trèfle blanc, le haricot et les fruits et légumes.

Maintenant que l’environnement est plus favorable à l’investissement et que le redressement économique est amorcé, de grands programmes de développement sont envisagés. Un projet particulièrement ambitieux a récemment été mis en chantier: il s’agit de détourner le dixième du débit du Nil pour irriguer le désert occidental. Le chantier durera 20 ans; l’eau sera dérivée dans un tunnel de 5 km de long, puis élevée de 55 m au moyen d’une des stations de pompage les plus grandes du monde. Le gouvernement financerait les travaux à hauteur de 20 pour cent, le reste étant fourni par des investisseurs privés motivés par la perspective d’obtenir des terres à bas prix. Selon certains analystes, les coûts sont exorbitants et le projet ne se justifie pas sur le plan économique. En outre, comme le Soudan et l’Ethiopie construisent des barrages sur le Nil, le débit risque d’être inférieur aux prévisions en Egypte. Les précédentes tentatives d’irriguer le désert égyptien en transportant l’eau sur de longues distances n’ont pas donné de résultats très satisfaisants, ne serait-ce qu’à cause des énormes pertes provoquées par l’évaporation et de la menace des dunes mouvantes. En outre, comme le site envisagé est dans une cuvette, il y a des risques d’engorgement.

Résultats de l’agriculture et politiques agricoles

L’agriculture reste un secteur important de l’économie égyptienne, même si son poids dans le PIB a beaucoup diminué: alors qu’il dépassait 38 pour cent en 1975, il est tombé à 25,6 pour cent en 1985 et à 16 pour cent en 1994-1995. Cette tendance s’explique par le dynamisme des autres secteurs et en particulier par l’augmentation des recettes provenant du secteur pétrolier et du canal de Suez; toutefois, elle tient aussi au manque de dynamisme du secteur agricole, qui a souffert non seulement de la limitation des ressources naturelles, mais aussi de la lourde réglementation qui l’a paralysé pendant des décennies. La production alimentaire et agricole connaît d’amples fluctuations; sa croissance a été lente, surtout entre la fin des années 60 et le début des années 80 (pendant cette période, la production par habitant a baissé d’environ 10 pour cent). Elle s’est ensuite accélérée et a tenu un assez bon rythme, avec toutefois des ralentissements temporaires, particulièrement en 1988-1989 et en 1994. En tout état de cause, la production intérieure ne suffit pas pour satisfaire les besoins d’une population qui augmente rapidement et l’Egypte doit donc importer beaucoup de produits alimentaires, en partie sous forme d’aide alimentaire. La valeur des importations céréalières, qui représentent plus du tiers des importations agricoles, a beaucoup augmenté pendant les années 70; après avoir culminé à 1,7 milliard de dollars en 1982, elle est retombée depuis la fin des années 80 à quelque 900 millions de dollars. A certaines époques, notamment entre 1987 et 1990, la valeur des importations de produits alimentaires était nettement supérieure à la valeur totale des exportations de marchandises, ce qui s’explique en grande partie par la proportion importante de ces importations qui ont été acquises à des conditions de faveur. En effet, à partir de 1975-1976, l’Egypte a reçu beaucoup d’aide céréalière; certaines années, cette aide a largement dépassé les 2 millions de tonnes, soit environ un tiers des importations céréalières totales du pays et 15 à 20 pour cent des céréales fournies dans le monde entier à titre d’aide alimentaire. Toutefois, depuis 1991, cette aide a beaucoup diminué et depuis quelques années, l’Egypte ne reçoit plus qu’environ 200 000 tonnes de céréales sous forme d’aide alimentaire.

La politique intérieure du Gouvernement égyptien est traditionnellement inspirée par des considérations sociales. Dans les secteurs alimentaire et agricole, elle vise à fournir à la grande majorité de la population des aliments de base à des prix abordables. Dans la mesure où elle a contribué à accroître les apports alimentaires moyens et à réduire le paupérisme, on peut considérer que cette politique a été efficace. Mais elle a aussi eu pour effet de créer un climat économique peu stimulant pour le développement agricole. Pour réaliser sa politique de bas prix des aliments, le gouvernement a appliqué des mesures de régulation de la production et de la consommation, tant directes (sous forme de réglementation des prix) qu’indirectes (par le contrôle des changes). Jusqu’à l’ajustement du taux de change en 1991, l’évaluation des produits agricoles et non agricoles au taux de change officiel (surévalué) se traduisait par un prix artificiellement bas tant des produits agricoles importés que des produits marchands d’origine nationale, ce qui pénalisait lourdement les producteurs; ce système équivalait à un impôt occulte qui, pour le blé, est passé de 42 pour cent en 1973-1979 à 55 pour cent en 1980-1985. Le riz et le maïs étaient pénalisés de la même façon.

D’un autre côté, la production bénéficiait de subventions sous forme des services agricoles fournis par l’Etat ainsi que du taux faible ou nul de recouvrement des coûts d’exploitation et d’entretien des investissements du secteur public. La subvention directe d’intrants agricoles tels qu’engrais, pesticides, semences et aliments pour animaux a commencé au début des années 70. Diverses mesures de caractère socialiste ont été prises: redistribution des terres, création de coopératives agricoles, réglementation des superficies cultivées et des systèmes de cultures. L’Etat a investi dans de grands programmes d’irrigation pour mettre en valeur des terres marginales, ce qui a accru la superficie cultivable. Le commerce du coton a été nationalisé et des monopoles publics ont été institués, ainsi qu’un système de livraison obligatoire du produit des cultures d’exportation.

Depuis le début du programme de réforme, la plupart des subventions et des interventions directes et indirectes dans le secteur agricole ont été supprimées. Ces réformes ont indubitablement créé un environnement plus favorable à l’activité agricole, mais il est difficile de déterminer dans quelle mesure elles ont entraîné un accroissement de la production et de la productivité. La production agricole totale a augmenté en moyenne de 2,7 pour cent par an entre 1991 et 1996, soit à peu près au même rythme que la population: c’est un progrès par rapport aux décennies antérieures. L’évolution a été toutefois très différente selon les cultures et la production agricole reste sujette à d’amples fluctuations. Le taux moyen de 2,7 pour cent réalisé pendant les années 90 masque des valeurs annuelles allant de -3,3 pour cent en 1994 à +7,4 pour cent en 1995. La production de blé a augmenté de 34 pour cent entre 1990 et 1996, grâce notamment aux programmes de vulgarisation et de bonification des terres qui ont démarré au milieu des années 80, tandis que celle de maïs n’a progressé que de 14 pour cent. Quant à la production de coton, après deux campagnes catastrophiques où elle est tombée au niveau le plus bas enregistré depuis plusieurs dizaines d’années, elle a fait un bond de près de 50 pour cent entre 1995 et 1996 grâce à l’accroissement de 40 pour cent des superficies cotonnières, à une lutte plus efficace contre les ravageurs et à la hausse des prix du marché. La libération des prix a aussi stimulé la production de riz qui, en 1996, a atteint un niveau record estimé à 2,8 millions de tonnes, dégageant un excédent exportable de 600 000 tonnes. Toutefois, il est peu probable que l’Egypte puisse à l’avenir exporter beaucoup de riz parce que cette culture exige énormément d’eau, que les coûts de production sont très élevés et que la demande intérieure est considérable.

Subventions de la consommation et sécurité alimentaire

Malgré les faiblesses du système d’approvisionnement intérieur et les problèmes financiers qu’entraîne la nécessité d’importer de grandes quantités d’aliments, l’Egypte a réussi à améliorer remarquablement l’état nutritionnel de sa population. La ration calorique a beaucoup augmenté: d’environ 2 500 kcal par jour au début des années 70, elle est passée à plus de 3 200 kcal 10 ans plus tard et s’est maintenue à un niveau élevé par la suite. Avec 3 340 kcal, elle dépasse aujourd’hui de 15 pour cent la moyenne de la région Proche-Orient et Afrique du Nord et de 25 pour cent celle du monde en développement.

Ce progrès, dont a bénéficié une grande majorité de la population égyptienne, est en grande partie dû à l’orientation sociale de la politique expansionniste des deux dernières décennies et aux généreuses subventions des produits alimentaires.

Pendant les années 80, le système égyptien de subventions de la consommation était un des plus complets du monde. Tous les Egyptiens avaient droit à des rations de riz, d’huile, de sucre, de thé et de savon et les magasins des coopératives publiques vendaient à prix réduit des denrées alimentaires telles que pâtes alimentaires, œufs, huile, fromage, sucre et thé. Le prix du pain est toujours subventionné, sans aucun rationnement.

En plus du système de cartes d’alimentation, les prix à la consommation des produits alimentaires étaient administrés. Entre 1975 et 1979, le blé d’origine nationale était vendu aux consommateurs à un prix inférieur de moitié à ce qu’il coûtait à l’Etat, et le blé d’importation au tiers du prix international. Des mesures analogues s’appliquaient au sucre, à la farine de blé et aux haricots.

Cette politique de subvention a permis, pendant la période d’essor économique rapide, de réduire le pourcentage de pauvres dans la population urbaine, qui est passé d’environ 37 pour cent en 1974-1975 à quelque 23 pour cent en 1981-1982. Dans les campagnes, la proportion de pauvres a diminué de façon encore plus spectaculaire.

Toutefois, cette protection des consommateurs est à l’origine de déficits budgétaires insoutenables, qui ont culminé entre 1980 et 1982 à des niveaux proches de 10 pour cent du PIB. Environ la moitié des subventions était consacrée au blé et un tiers au sucre.

La récession mondiale et régionale qui s’est prolongée pendant presque toutes les années 80 et qui a provoqué en Egypte des déséquilibres macroéconomiques et un ralentissement de la croissance a fait régresser la sécurité alimentaire et la dépaupérisation. La production alimentaire était particulièrement décevante au début des années 80 et le coût des importations de céréales a plus que doublé entre 1978 et 1981. L’Etat ne pouvait plus faire face au coût de la subvention générale et permanente de la production et de la consommation des denrées alimentaires. On a commencé à reconnaître que les avantages sociaux à court terme produits par ces subventions étaient plus que compensés par les pertes résultant des déséquilibres financiers et des distorsions à long terme qu’entraînait ce système extrêmement protégé.

C’est pourquoi un volet important du programme de réforme économique de 1991 a été la réduction des subventions à la consommation, qui sont tombées à l’équivalent de 2,3 pour cent du PIB en 1990-1993. La valeur réelle de la subvention moyenne, qui atteignait 108,4 livres égyptiennes par habitant pendant les années 80, a diminué de plus de moitié et n’était plus que de 41,8 livres égyptiennes entre 1990 et 1993. En 1993, la plupart des subventions ont été supprimées. Seuls le blé, l’huile et le sucre sont encore subventionnés, mais le taux de la subvention diminue graduellement et le prix du blé est maintenant proche de son coût.

Les conditions sociales ont commencé à se détériorer au début du programme de réformes économiques, mais les disponibilités alimentaires et l’accès aux vivres semblent maintenant s’améliorer. Le taux d’autosuffisance en blé est passé d’environ 20 pour cent au milieu des années 80 à quelque 45 pour cent en 1996. La politique de promotion des investissements dans la vulgarisation, la mise en valeur des terres, la recherche-développement pour les variétés à haut rendement et la régulation démographique appliquée depuis les années 80, dont les effets se sont conjugués avec ceux de la déréglementation du secteur agricole en général et de la libération des prix en particulier, ont fait augmenter les rendements et la production de blé. La production et l’offre de fruits et légumes se sont aussi améliorées. La libéralisation économique a stabilisé et fait baisser les prix des denrées alimentaires, surtout depuis deux ans.

58 ONU. 1995. Impact of selected macroeconomic and social policies on poverty: the case of Egypt, Jordan and the Republic of Yemen. p. 14. E/ESCWA/ED/1995/6. New York.

Previous Page TOC Next Page