Lagriculture et lindustrie ont toujours été considérées comme deux secteurs radicalement distincts, quil sagisse de leurs caractéristiques ou de leur rôle dans la croissance économique. Lagriculture était le précurseur du développement et celui-ci était jugé au degré dindustrialisation atteint par les pays. La croissance nétait autre chose que le passage plus ou moins graduel dune économie agricole à une économie industrielle, financé par le produit de lagriculture.
Aujourdhui, ce modèle nest plus valable. Dune part, la contribution de lagriculture à lindustrialisation ainsi que son importance pour le développement harmonieux et la stabilité politique et économique ont été réévaluées. De lautre, lagriculture est devenue une sorte dindustrie: la technologie, lintégration verticale, la commercialisation, les préférences des consommateurs sont devenues très semblables à ce quelles sont dans les autres branches de lindustrie. Elles sont souvent caractérisées par un degré élevé de complexité, de diversité et dintégration. Laffectation des ressources est de plus en plus déterminée par les forces du marché et intégrée dans le réseau de liaisons interbranches. Les produits agricoles, qui sont laboutissement de techniques de plus en plus complexes, elles-mêmes fruit dun gros effort de recherche-développement, permettent de répondre à des préférences individuelles et collectives dictées par des critères nutritionnels, sanitaires et écologiques de plus en plus exigeants. Il est encore possible de distinguer le stade de la production des matières premières de celui du traitement et de la transformation, mais cette distinction est souvent estompée par la complexité des techniques et par le degré élevé dintégration verticale: lindustrialisation de lagriculture et le développement des industries agricoles sont donc deux processus indissociables qui donnent naissance à une branche de production entièrement nouvelle.
On sest proposé dans les pages qui suivent de présenter certains des problèmes en jeu et dévaluer le rôle actuel et potentiel des agro-industries dans le développement économique. Après avoir proposé une définition du secteur agricole et cité des chiffres qui permettent de mesurer son importance économique, on examinera le rôle que les agro-industries peuvent jouer dans lexpansion économique des pays en développement. La troisième partie du chapitre décrit la transformation du contexte du développement agro-industriel qui résulte des nouvelles politiques commerciales et de lévolution des techniques et des modèles de consommation. La quatrième partie traite de linternationalisation des activités agro-industrielles qui résulte notamment de limportance croissante des mouvements internationaux de capitaux et du rôle quy jouent les sociétés multinationales. On présente en conclusion les éléments dune politique de promotion des agro-industries visant à optimiser la contribution de celles-ci au développement économique.
Par agro-industrie, on entend généralement la partie du secteur manufacturier qui transforme les matières premières et les demi-produits provenant du secteur agricole au sens large, cest-à-dire y compris la foresterie et la pêche.
Une grande partie de la production agricole subit une transformation plus ou moins poussée entre la récolte et lutilisation finale. Les industries utilisant comme matières premières des produits de lagriculture, de la pêche ou des forêts sont extrêmement variées, depuis les activités étroitement liées à la récolte ou destinées à assurer la conservation des produits par des méthodes les plus simples (telles que le séchage au soleil) jusquà la production darticles très élaborés au moyen de méthodes modernes à forte intensité de capital comme les textiles, la pâte et le papier.
Les industries alimentaires sont beaucoup plus homogènes et faciles à classer que les autres, leurs produits ayant la même utilisation finale. La plupart des techniques de conservation sont utilisées de façon pratiquement identique pour une grande diversité de denrées périssables: fruits, légumes, lait, viande ou poisson. Pour les denrées les plus périssables, la transformation vise surtout à assurer la conservation.
Au contraire, les produits des industries non alimentaires ont toutes sortes dutilisations finales. Presque tous nécessitent une ouvraison très poussée qui, le plus souvent, se fait en plusieurs étapes intermédiaires et donne lieu à divers demi-produits avant daboutir au produit final. Comme la valeur ajoutée augmente à chaque stade, la proportion du coût total que représente la matière première diminue tout au long de la filière. Un autre caractère distinctif des agro-industries non alimentaires est que la plupart utilisent aujourdhui de plus en plus les produits synthétiques et artificiels (en particulier les fibres) parallèlement aux matières premières naturelles.
On peut aussi classer les agro-industries en industries damont et daval. Les industries damont procèdent à la première transformation des produits agricoles. Ce sont par exemple les rizeries et les minoteries, les tanneries, les usines dégrenage du coton, les huileries, les scieries et les conserveries de poisson. Celles daval transforment les produits intermédiaires ainsi obtenus en produit fini: pain, biscuits et pâtes alimentaires, fils et tissus, vêtements et chaussures papier et articles en caoutchouc.
Quant aux systèmes de production, ils peuvent aller de lartisanat le plus rudimentaire à lorganisation industrielle la plus moderne. Par exemple, dans certains pays en développement, le même tissu peut être produit par des artisans travaillant chez eux sur des métiers à main ou par de grandes fabriques de textile utilisant des machines perfectionnées et des systèmes dorganisation complexes et produisant toute une gamme de produits industriels pour le marché intérieur et pour lexportation. Seul le deuxième exemple présente vraiment des caractéristiques industrielles, si bien quon ne peut pas définir les agro-industries uniquement sur la base des marchandises produites.
Il est de plus en plus difficile de délimiter précisément le secteur agro-industriel1: linnovation et le progrès technologique obligent à élargir la gamme de ce qui peut être considéré comme des intrants agro-industriels pour y inclure des produits synthétiques et des produits issus des biotechnologies. Ainsi, lagro-industrie continue à transformer les produits primaires de lagriculture, mais elle utilise aussi comme matières premières des produits industriels très perfectionnés qui souvent sont laboutissement de gros investissements dans la recherche, la technologie et linnovation. A cette complexité croissante des intrants fait pendant un élargissement de la gamme des procédés de fabrication, caractérisés par des transformations physiques et chimiques visant à ouvrir de nouveaux créneaux pour la production primaire en ladaptant aux utilisations finales.
Toutes ces raisons complexité croissante des intrants, impact de linnovation et des nouvelles technologies, perfectionnement et diversification des procédés de transformation font quil est de plus en plus difficile détablir une nette distinction entre les industries proprement dites et ce que lon peut considérer comme des agro-industries.
Malgré sa rigidité, la Classification internationale type, par industrie, de toutes les branches dactivité économique (CITI) de lONU peut être utile à des fins statistiques. Selon la CITI, les agro-industries peuvent se classer dans de nombreux secteurs des industries manufacturières, à savoir: 3.1 fabrication daliments, de boissons et de tabac; 3.2 textiles, vêtements et industries du cuir; 3.3 transformation du bois et produits du bois (y compris meubles); 3.4 fabrication de papier et produits en papier, impression et édition; 3.5.5 fabrication de produits en caoutchouc. Le présent chapitre porte sur toutes les agro-industries, mais en mettant laccent sur le groupe particulièrement important des produits alimentaires, des boissons et du tabac.
Note: Les chiffres entre parenthèses se réfèrent aux codes de la CITI. 1 Aux prix constants de 1990. 2 1993 pour les pays en développement. 3 ENI = Argentine, Brésil, Mexique, ex-Yougoslavie, Hong Kong, Inde, République de Corée, Singapour et Taïwan Province de Chine. 4 Nouvelles ENI = Maroc, Tunisie, Chine, Turquie, Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande. Source: ONUDI. 1997. International Yearbook of Industrial Statistics 1997. Vienne.
Le tableau 3 indique la part de la valeur ajoutée dans le secteur manufacturier qui provient des agro-industries (classées selon la CITI) pour 1980 et 1993-1994. Même dans les pays les plus avancés, ces industries représentent une proportion importante de lactivité industrielle totale. Dans les pays industrialisés, où lagriculture primaire ne fournit quun très faible pourcentage de la production totale, les diverses industries transformant les produits agricoles représentent près du tiers de la valeur ajoutée dans le secteur manufacturier (en 1994). La proportion est encore plus forte (37,6 pour cent) dans les pays en développement, où les agro-industries dominent souvent lactivité industrielle et sont à lorigine dune grande partie de la production, des recettes dexportation et de lemploi. Toutefois, depuis 1981, cette part a baissé de trois à quatre points de pourcentage aussi bien dans les pays en développement que dans les pays industrialisés; cette baisse est un peu plus marquée dans les premiers que dans les seconds.
Tant dans les pays industrialisés que dans les pays en développement, les produits alimentaires, les boissons et le tabac jouent un rôle dominant dans la production agro-industrielle, qui, en 1994, a représenté environ 13 pour cent de la valeur ajoutée totale dans le secteur manufacturier des pays industrialisés et 18 pour cent dans celui des pays en développement; cette proportion tend toutefois à baisser dans les deux groupes de pays.
La part du monde en développement dans la valeur ajoutée dans les diverses agro-industries est en augmentation rapide; elle atteint près du tiers pour le tabac, la chaussure et le textile et elle a aussi beaucoup augmenté entre 1980 et 1994 pour les boissons et les industries du cuir (tableau 4).
En ce qui concerne le monde industrialisé, la CE a gagné du terrain dans les sous-secteurs des produits alimentaires, des boissons, du tabac et du cuir, mais en a perdu dans presque toutes les autres agro-industries. LAmérique du Nord a confirmé sa position dominante dans le secteur du bois et du papier et accru sa part de valeur ajoutée dans les industries du caoutchouc et des textiles. Au contraire, la part de lEurope orientale et de la CEI, où les agro-industries, comme les autres secteurs, ont beaucoup souffert des répercussions de la transition économique, a nettement diminué dans tous les sous-secteurs: elle a reculé de quelque trois points de pourcentage pour la chaussure, les produits du bois et le tabac et de neuf à 10 points pour les produits alimentaires, les boissons, les textiles et le cuir.
Si la part des pays en développement a ainsi augmenté, cest que lexpansion de lindustrie y a été plus rapide que dans les pays développés entre 1980 et 1994 (tableau 5). Dans toutes les branches dactivités industrielles, ces pays ont affiché des taux de croissance plus élevés que les pays industrialisés et les pays en transition pendant les années 80 et de nouveau entre 1990 et 1994. Les secteurs les plus dynamiques ont été le caoutchouc et le papier tout au long de la période et lindustrie des boissons surtout entre 1990 et 1994.
Tant dans les pays développés que dans les pays en développement, le sous-secteur des produits alimentaires, des boissons et du tabac est devenu la principale composante des activités agro-industrielles et constitue une proportion importante de lactivité économique totale. Dans les pays en développement, la part de ce sous-secteur, qui est lordre de 3 ou 4 pour cent du PIB, sest uniformisée entre les diverses régions au cours des dernières décennies (figure 13). Toutefois, la région Amérique latine et Caraïbes contraste avec les autres régions: cette part y était autrefois plus grande quailleurs, mais elle tend à diminuer depuis le milieu des années 80 alors que dans les autres régions elle est en augmentation. Cest dans la région Asie et Pacifique quelle a augmenté le plus rapidement pendant une bonne partie des années 70 et 80; cette tendance sest maintenue pendant les années 90.
A léchelle mondiale, les pays développés jouent un rôle dominant dans le sous-secteur des produits alimentaires, des boissons et du tabac: en 1994, ils ont produit environ 80 pour cent de la valeur ajoutée dans ce sous-secteur, lAmérique du Nord et lEurope occidentale représentant à elles deux près de 60 pour cent du total (figure 14).
1 Sauf la Chine, pour laquelle on ne dispose pas de données. 2 Aux prix constants de 1990. Source: ONUDI. 1997. International Yearbook of Industrial Statistics 1997. Vienne.
1 Aux prix constants de 1990. Source: ONUDI. 1997. International Yearbook of Industrial Statistics 1997. Vienne.
Dans les pays en développement, lessentiel de la production du sous-secteur est concentré dans les deux régions Asie et Pacifique et Amérique latine et Caraïbes, qui représentent chacune environ 45 pour cent de la production des pays en développement (figure 15). Mais alors que la région Amérique latine et Caraïbes qui, pendant les années 70, était à lorigine de 50 à 60 pour cent de la production des pays en développement, a vu sa part baisser notablement pendant les années 80, la part de la région Asie et Pacifique a beaucoup augmenté pendant la même période. La réduction de la part de lAfrique subsaharienne a été très brutale. Après avoir culminé en 1983, cette part a régulièrement baissé, et elle est maintenant inférieure à celle du Proche-Orient et de lAfrique du Nord.
La valeur ajoutée dans le sous-secteur des produits alimentaires, des boissons et du tabac, exprimée en pourcentage du PIB agricole, constitue un indicateur de limportance relative des industries de transformation par rapport à lagriculture primaire (figure 16). La figure montre que les opérations de transformation sont depuis toujours une composante importante de la production agroalimentaire en Amérique latine et dans les Caraïbes, ce qui indique que toute la filière alimentaire était plus avancée dans cette région que dans les autres. Toutefois, le ratio valeur ajoutée dans les agro-industries/PIB agricole tend à diminuer depuis le début des années 80 alors quil tend à augmenter dans toutes les autres régions en développement, et plus particulièrement en Asie et dans le Pacifique.
Létude théorique et empirique des modifications structurelles qui accompagnent le développement ont révélé certaines tendances universelles. Dabord, on observe une tendance séculaire au déclin du poids relatif du secteur agricole dans léconomie à mesure que les revenus par habitant augmentent. Ce déclin relatif est attesté par la chute de la part de lagriculture dans la valeur ajoutée, lemploi, le commerce et la consommation. Il saccompagne dune réduction de la part des produits agricoles primaires dans la valeur des produits finis à laquelle fait pendant laccroissement de la valeur ajoutée dans les agro-industries.
Cest cette observation qui a inspiré lidée très répandue que le développement implique nécessairement un transfert de ressources aux dépens de lagriculture, qui serait une condition sine qua non du développement industriel. Mais aujourdhui, on se demande plutôt comment optimiser la contribution du secteur agricole à la croissance économique densemble. Ce qui est en question, cest non seulement la dimension et le fonctionnement du secteur agricole lui-même, mais aussi ses liaisons avec le reste de léconomie. Plus précisément, certains affirment que le développement de lagro-industrie, du moins dans les pays où elle jouit dun avantage comparatif, peut contribuer à assurer un juste équilibre entre lagriculture et lindustrie.
La théorie des liaisons2 de Hirschman, selon laquelle la meilleure stratégie de développement consiste à choisir les activités dont le progrès stimulera dautres progrès ailleurs, justifie que lon attribue un rôle important à lagro-industrie dans le développement. En effet, selon cette théorie toute activité comportant dimportantes interactions avec le reste de léconomie ces interactions étant mesurées par la proportion de la production qui est vendue ou achetée à dautres industries peut être un puissant moteur de croissance économique. La question des relations interbranches sera examinée de façon plus détaillée ci-après; mais on peut dores et déjà affirmer quétant donné leurs fortes interdépendances avec les activités damont et daval, les agro-industries peuvent beaucoup contribuer à accélérer lactivité économique.
Le potentiel de développement des agro-industries dans les pays en développement tient pour beaucoup au fait que la plupart dentre eux possèdent une abondance relative de matières premières agricoles et de main-duvre bon marché. Dans ces conditions, les industries les plus adaptées sont celles qui utilisent relativement plus ces ressources abondantes que sont les matières premières et la main-duvre non qualifiée, et relativement moins celles plus rares que sont le capital et le personnel qualifié.
Beaucoup des industries qui transforment les matières premières agricoles se trouvent posséder des caractéristiques qui les rendent particulièrement adaptées à la situation de nombreux pays en développement. Quand la matière première représente une proportion considérable du coût total, son abondance et son coût raisonnable peuvent souvent compenser le désavantage qui résulte du manque dinfrastructures ou de personnel qualifié. En outre, dans beaucoup de branches de lagro-industrie, une petite usine peut être économiquement efficiente, ce qui est un facteur important dans les pays en développement, où le marché intérieur est limité par le manque de pouvoir dachat et aussi parce quil est intrinsèquement exigu.
ENCADRÉ 11
La valeur ajoutée par salarié varie beaucoup entre les pays et entre les diverses branches de lagro-industrie. La première colonne du tableau indique la valeur ajoutée par employé dans les industries alimentaires de certains pays. On constate que léventail est très ouvert: il va de 1 700 dollars en Inde à 102 300 dollars aux Etats-Unis. La valeur ajoutée par salarié varie aussi considérablement (dun facteur 10 et plus) entre les ENI (telles que la République de Corée, Singapour et Hong Kong) et les pays à bas revenus (Chine, Kenya et Inde); cette divergence tient certainement aux différences de technologie et de compétence administrative et technique. La deuxième colonne du tableau montre que comme on pouvait sy attendre, il y a une corrélation positive entre les salaires et la productivité. Dans le sous-secteur des produits alimentaires, le salaire annuel va de 600 dollars en Indonésie à 27 800 dollars en Allemagne. Les travailleurs des industries alimentaires de Singapour gagnent en moyenne 20 fois plus que ceux du Kenya et de lInde.
En ce qui concerne la structure des coûts, les matières premières et les services (eau et électricité) représentent nettement plus de la moitié du coût total de production dans les industries alimentaires (3e colonne). Dans la plupart des pays, le coût de ces intrants représente 60 à 90 pour cent de la valeur brute de la production. Cette proportion tend à baisser quand la productivité augmente. Cest en Inde et au Kenya quelle est le plus élevée: 93,1 pour cent et 87,7 pour cent respectivement (chiffres de 1993). Le coût de la main-duvre, en pourcentage de la valeur totale de la production, varie dans une fourchette relativement étroite, mais tend à être plus élevé dans les pays industrialisés que dans les pays en développement. Les chiffres de lexcédent dexploitation (5e colonne) qui représentent la rémunération du capital et de lentreprenariat (intérêts, bénéfices et dividendes) ne font apparaître aucune tendance nette. Leur niveau semble dépendre plutôt de létat du marché et de la concurrence que de la nature des techniques utilisées.
1 CITI 3.1.1/1.2.
Source: ONUDI. 1996. International Yearbook of Industrial Statistics 1996. Vienne.
Les facteurs qui déterminent lempla-cement le plus rentable pour une agro-industrie sont complexes. En général, le transport est un des principaux déterminants. La plupart des produits agricoles perdent du poids et du volume lorsquils sont transformés, de sorte que leur transport coûte moins cher; dautres, étant périssables, sont plus faciles à transporter après traitement. Les disponibilités de main-duvre, dénergie et dinfrastructures sont aussi des considérations importantes, mais il est souvent rentable détablir les industries transformant les produits agricoles à proximité des zones de production de la matière première, où elles contribuent à réduire le sous-emploi rural si courant dans les pays en développement.
Il y a toutefois des exceptions. Ainsi, pour la plupart des céréales, il est souvent plus facile de transporter la matière première en vrac, et ce sont les produits de boulangerie qui sont périssables et doivent donc être fabriqués à proximité du marché. Quant aux graines oléagineuses (sauf les plus périssables telles que les olives et les palmistes) il est aussi facile et économique de les transporter à létat brut que sous forme dhuile ou de tourteau, ce qui laisse plus de liberté dans le choix de lemplacement des huileries. Il en va de même des dernières étapes de la transformation de certains produits. Ainsi, le coton égrené pèse moins lourd que le coton-graine et il convient donc de procéder à légrenage près de la zone de production, mais le transport des filés et des textiles est aussi facile et aussi économique que celui des vêtements.
Quand lemplacement des industries nest pas dicté par des raisons techniques, elles sont souvent situées à proximité du lieu de consommation parce quelles peuvent y bénéficier du marché du travail efficient, des infrastructures développées et des frais de distribution relativement faibles caractérisant les grands centres commerciaux. Sagissant de production destinée à lexportation, ces considérations ont souvent amené à établir les industries de transformation dans le pays importateur; cette tendance est encore accentuée par dautres facteurs, notamment la possibilité de sapprovisionner en matières premières supplémentaires et produits accessoires (en particulier les produits chimiques) qui ne sont pas toujours faciles à trouver dans le pays où est produite la matière première, de mieux adapter les opérations de transformation à lutilisation finale du produit; et enfin de sapprovisionner dans différentes parties du monde, ce qui permet de pouvoir compter sur une plus grande régularité des approvisionnements et donc dassurer la continuité des opérations. Toutefois, lamélioration des infrastructures et de la productivité du travail dans les pays en développement et lexpansion de leur marché intérieur rendra de plus en plus rentable létablissement dindustries de transformation dans les pays où sont produites les matières premières. De plus, la libéralisation des échanges mondiaux permettra de plus en plus aux pays en développement de tirer parti du faible coût de leur main-duvre pour accroître leurs exportations de produits agro-industriels.
Un autre critère important pour le choix de lemplacement des agro-industries pourrait être celui des économies déchelle. Lorsque celles-ci sont considérables (par exemple pour la production de pneumatiques en caoutchouc ou de pâte et de papier) les industries ont évidemment besoin de pouvoir compter sur un vaste marché. Il leur faut des débouchés beaucoup plus vastes que le marché intérieur dun pays en développement où la demande est limitée non seulement par la faiblesse des revenus, mais souvent aussi par lexiguïté de la population. Mais sil est vrai que dans la plupart des agro-industries les coûts moyens de production sont moins élevés dans les grandes usines que dans les petites, il ne faut pas exagérer limportance des économies déchelle. Celles-ci tiennent non seulement à ce que les frais généraux et les frais financiers soient répartis sur une production plus grande, mais aussi à ce quil faille moins de travail par unité produite, ce qui a moins dimportance dans les pays en développement où la main-duvre est bon marché.
Les agro-industries ne sont quune des étapes de la filière continue qui va de la production de la matière première à la consommation finale. La spécificité des agro-industries par rapport aux autres branches de lindustrie tient essentiellement au caractère biologique de la matière première quelles utilisent: ces matières premières sont généralement saisonnières et périssables; en outre, leur production est variable. Cette particularité impose des contraintes aussi bien à lorganisation des opérations agro-industrielles quaux activités agricoles proprement dites et renforce la nécessité dune intégration étroite entre la production et la transformation de la matière première.
Il est impossible de régulariser la production végétale et animale, qui varie beaucoup dune année à lautre sous leffet du climat et des ravageurs et maladies. On peut toutefois atténuer ces fluctuations, par exemple en améliorant lutilisation des sols et des eaux et en luttant contre les ravageurs et les maladies. Les entreprises agro-industrielles, qui ont besoin dêtre approvisionnées aussi régulièrement que possible, ont généralement intérêt à promouvoir lapplication de ces mesures.
Pour la plupart des cultures, la récolte est généralement concentrée pendant une saison donnée. Les agro-industries en particulier les conserveries et les usines de congélation peuvent avoir intérêt à promouvoir dans leur zone dapprovisionnement la production dune gamme appropriée despèces et de variétés arrivant à maturité pendant des saisons différentes, de façon à pouvoir tourner le plus longtemps possible dans lannée. Comme la plupart des produits des cultures et de lélevage sont périssables, des contacts étroits entre les producteurs et les transformateurs ainsi quune planification rationnelle sont nécessaires pour réduire les pertes au minimum.
Mais cest surtout pour pouvoir influer sur la qualité de la matière première que les industries agroalimentaires doivent rester en contact étroit avec les producteurs. Cette qualité peut être en partie déterminée par des facteurs tels que le choix des semences; le régime de fumure; le désherbage et la lutte contre les ravageurs et les maladies; et le tri et le nettoyage. Les industries ont besoin non seulement dune matière première dune qualité uniforme, mais aussi, dans certains cas, de caractéristiques tout à fait spécifiques. On cultive depuis longtemps certaines variétés particulières pour la transformation (par exemple des tomates, des pommes et des poires destinées à la conserverie), mais plus les procédés sont perfectionnés, et plus les spécifications applicables à la matière première (cest-à-dire à la variété) sont rigoureuses. Les agro-industries exigent souvent des propriétés très précises (forme, taille, texture, couleur, saveur, parfum, acidité, viscosité, maturité, poids spécifique, solides solubles, solides totaux et teneur en vitamines).
Ce sont en général les industries agro-alimentaires qui sont à lorigine de lintroduction des variétés et des pratiques améliorées. Cest pourquoi, dans certaines branches, particulièrement dans lindustrie des fruits et légumes en conserve et congelés, la production de matières premières et la transformation sont caractérisées dans les pays développés par une intégration verticale croissante qui prend la forme de divers régimes dagriculture sous contrat. Dans les pays en développement, il y a une intégration verticale entre la production de matières premières dans des grandes plantations de sucre, café, thé, sisal et caoutchouc, et les industries qui transforment leurs produits.
Du point de vue de la stratégie du développement, un des aspects les plus importants de lindustrie est la demande quelle peut créer pour les produits dautres industries. Cest ce quon appelle le phénomème des liaisons. Lindustrie peut stimuler linvestissement dans les étapes ultérieures de la production grâce aux «liaisons aval» et dans les étapes antérieures grâce aux «liaisons amont».
La création de certaines industries de transformation primaire peut, par leffet des liaisons aval, susciter le développement de plusieurs industries plus avancées. Les industries forestières sont particulièrement intéressantes à cet égard, car une fois quil existe une production de papier et de carton, un grand nombre dindustries de transformation secondaire peuvent apparaître: fabrication de sacs en papier, de papeterie, de boîtes et caisses, de cartons et caisses demballage, de mobilier et de toutes sortes de produits en bois. Il existe beaucoup dautres exemples. Ainsi, des produits tels que les huiles végétales et le caoutchouc sont utilisés dans toutes sortes dindustries manufacturières; ou encore, la préparation de cuirs et peaux peut déboucher sur lapparition de tanneries, puis de fabriques de chaussures ou dautres articles en cuir.
Le développement des agro-industries a aussi des rétroactions bénéfiques sur lagriculture elle-même. Tout dabord, lexpansion du marché stimule la production agricole. Souvent, létablissement dune industrie de transformation est une première étape essentielle pour stimuler à la fois la demande des consommateurs du produit fini et une offre suffisante de matières premières. La mise en place des infrastructures nécessaires aux agro-industries (réseaux de transport, électrification) favorise aussi la production agricole. Le développement des industries agroalimentaires et des industries en général crée un climat plus favorable au progrès technique et à la pénétration des idées nouvelles dans le secteur agricole proprement dit.
Cette caractéristique quont les agro-industries de créer une demande et des emplois dans dautres branches est aussi importante du fait quelle peut entraîner des «liaisons latérales», cest-à-dire des liaisons découlant de lutilisation des sous-produits et déchets de lactivité industrielle principale. Par exemple, les industries produisant des aliments pour animaux peuvent utiliser plusieurs sous-produits agro-industriels tels que lactosérum, tourteaux doléagineux, sang, carcasses et farine dos. Beaucoup dindustries transformant les matières premières agricoles produisent des déchets qui peuvent servir de combustible ou être transformés en pâte à papier ou en engrais. Le recyclage et lagriculture biologique vont de pair pour assurer un modèle durable dexploitation de ressources naturelles dans un contexte industriel efficient.
On oublie souvent que la création dune industrie utilisant les matières premières locales, même si lindustrie elle-même a un fort coefficient de capital, peut créer beaucoup demplois dans la production de ces matières premières. Enfin, les agro-industries sont à lorigine dune demande importante de toutes sortes de machines, équipements, matériaux demballage et biens intermédiaires.
Les agro-industries en tant que secteur de léconomie peuvent jouer des rôles très divers évoluant au cours du développement. Aux premiers stades, le traitement industriel des produits agricoles est en général limité à un petit nombre de cultures dexportation; la plupart des produits de lagriculture sont consommés après un traitement rudimentaire et exécuté entièrement dans le secteur agricole lui-même. A ce stade, les industries damont les plus rudimentaires prédominent: rizeries, minoteries, huileries et conserveries de poissons. Cest également à ce stade quapparaît léconomie de plantation, dans laquelle il y a intégration verticale entre la production agricole primaire et lagro-industrie: cette dernière sapproprie la base agricole par un système souvent fondé sur lasservissement des ouvriers agricoles et des petits producteurs.
Certaines autres agro-industries apparemment plus diversifiées, qui transforment des fruits et des légumes ou des produits animaux, peuvent avoir des caractéristiques tout aussi primitives, quil sagisse de lorganisation de lindustrie, de la faible valeur ajoutée ou du manque de liaison avec les industries mécaniques et chimiques et avec les services commerciaux et financiers. Cest le cas en Egypte, où malgré lexpansion de la production de fruits et légumes et des industries transformant ces produits, la production agricole primaire représente encore près de 90 pour cent des achats de biens intermédiaires de cette industrie; cest seulement dans le secteur des produits animaux quune filière plus longue et plus complexe sest développée. De même, au début du développement des industries locales, la plupart des agro-industries traitant des produits de plantation tels que le thé et le café ainsi que les légumes, les fruits, le tabac et les produits animaux sont caractérisées par le poids important de la matière première agricole dans leurs achats totaux de biens intermédiaires.
Même quand les liaisons amont avec les secteurs non agricoles sont limitées, les industries alimentaires peuvent aux premiers stades du développement jouer un rôle important en offrant une source demplois saisonniers complémentaires de lagriculture. Elles nexigent que des investissements très réduits, créent de la valeur ajoutée en exploitant dimportants gisements de ressources sous-employées et améliorent les revenus et la nutrition. On trouve toutes sortes dartisanats dans presque toutes les zones où lagriculture est suffisamment diversifiée, et il est intéressant délargir la gamme des produits et de prolonger la période de production à la fois pour des raisons diététiques et pour donner une certaine assurance contre les risques. Les emplois extra-agricoles dans les industries alimentaires peuvent être un premier instrument de régularisation du marché du travail et donc jouer un rôle important dans la formation de capital en milieu rural.
Le Maroc est un bon exemple dun stade moins primitif du développement des agro-industries, caractérisé par la présence dactivités industrielles daval plus avancées, mais où le principal moteur de la croissance reste lemploi extra-agricole. Dans ce pays, lexistence dune industrie de la conserverie bien développée (sauce tomate, conserves et jus de fruits) sest traduite par des liaisons solides avec les secteurs non agricoles qui lui fournissent des intrants (produits chimiques, verre, aluminium et papier) ou qui dépendent de sa production pour leurs propres activités (services de commercialisation). On estime que lindustrie alimentaire marocaine nachète que 70 pour cent de ses matières premières au secteur agricole et que son produit final, qui est vendu sur le marché local et, de plus en plus, à lexportation, contient plus de 45 pour cent de produits non agricoles.
Dans plusieurs pays à revenus moyens tels que la Turquie, lArgentine et le Chili, on observe le stade ultérieur du développement des agro-industries produisant des denrées alimentaires et des boissons: à ce stade, les liaisons aval avec plusieurs activités de commercialisation et autres services incorporés dans le produit final sont pleinement développées; linnovation porte plutôt sur les produits que sur les procédés et vise à donner aux entreprises présentes sur le marché un avantage compétitif et un potentiel de croissance. Les liaisons avec la filière de commercialisation sont solidement établies, et il existe des liens structurels et financiers entre les producteurs et les détaillants. Lintroduction de nouveaux produits progresse très rapidement, attestant limportance de linnovation à ce stade du cycle du développement industriel.
Enfin, dans les régions à hauts revenus telles que lUE ou les Etats-Unis, les industries alimentaires arrivées à maturité restent un secteur très dynamique. Les liaisons aval et amont ne sont pas beaucoup plus développées que dans les pays à revenus moyens, mais ce quatrième stade du développement voit apparaître toute une série de liaisons suscitées par lapparition de machines spécialisées et de procédés innovants. En raison de leur taille, de leur position dominante sur leur marché et de leur internationalisation, les entreprises du secteur alimentaire situées dans les pays à hauts revenus sont souvent à lorigine de toute une technologie de transformation des produits alimentaires, depuis la planification de la production et le contrôle de la qualité des produits alimentaires et des autres matières premières jusquà la conception et la fabrication des machines, les spécifications et la surveillance du cycle de production et la fourniture de services spécialisés, financiers et autres.
Leffet multiplicateur quexercent les agro-industries dans léconomie du fait de leurs liaisons amont et aval est un important moteur de la croissance tant dans les pays en développement que dans les pays développés. La position des denrées alimentaires dans la chaîne de consommation contribue aussi à rendre les agro-industries particulièrement efficaces pour stimuler la demande dans les secteurs damont et daval. Cest pourquoi, même lorsquelles sont relativement peu perfectionnées et nont que des liaisons amont et aval limitées, les agro-industries peuvent contribuer à ce que laccroissement de la demande mondiale se traduise par un accroissement de la production. En effet, aux premiers stades du développement, une forte proportion des dépenses est consacrée à lachat de céréales et autres aliments de base, tandis que les fruits et légumes et autres aliments caractérisés par une plus forte élasticité-revenu3 gagnent du terrain à mesure que progresse le développement. Aux stades ultérieurs du développement, cest de lintégration croissante des secteurs de production que dépend la capacité des industries alimentaires de stimuler le reste de léconomie; toutefois, leffet multiplicateur de la consommation reste très important du fait de la diversification et de lexpansion des produits à forte élasticité-revenu.
Une caractéristique importante des industries agroalimentaires est quelles sont dimportantes sources demploi et de revenus et donnent ainsi à de vastes groupes de population laccès aux aliments et autres produits et services de première nécessité. Elles sont donc un facteur essentiel de sécurité alimentaire.
Les agro-industries (produits alimentaires, boissons et tabac) sont en général à lorigine denviron 10 pour cent de lemploi total dans le secteur manufacturier dans les pays développés, et de 20 à 30 pour cent dans les pays en développement (tableau 6). Cest en Afrique que la proportion est la plus élevée parce que, dune part, les autres branches du secteur manufacturier sont peu développées et, dautre part, les agro-industries jouent un rôle de précurseur; elle est relativement élevée aussi dans les pays latino-américains de léchantillon. Le tableau 6 fait également apparaître la part des agro-industries dans la masse salariale du secteur manufacturier. En comparant les deux colonnes du tableau, on constate que dans les pays développés, les salaires sont généralement moins élevés dans les agro-industries que dans les autres activités manufacturières. Cette tendance est moins nette dans les pays en développement, mais les données disponibles semblent indiquer que les salaires du secteur agro-industriel sont au moins aussi bons que ceux de la plupart des autres industries, sauf les plus avancées qui exigent en général plus de compétences et de qualifications (comme la construction aéronautique et automobile, la production déléments de construction en métal ou ciment et les industries chimiques).
Limportance du gisement demplois et de revenus que représentent les agro-industries tient aussi à ce que la productivité ny évolue pas de la même façon que dans le secteur de la production agricole primaire, où la progression a été dans bien des cas spectaculaire. Les comparaisons sont dangereuses car dans les agro-industries, contrairement à ce qui se passe dans lagriculture, lamélioration de la productivité des facteurs ne se mesure pas seulement à laccroissement du volume de la production, mais aussi et surtout au changement qualitatif des produits. Il nen est pas moins vrai que la productivité du travail augmente plus vite dans lagriculture que dans les agro-industries, de sorte que ces dernières offrent probablement plus de possibilités de créer et de maintenir des emplois. De plus, le coût des produits agricoles primaires représente une si faible part du prix de revient total des agro-industries quil est presque négligeable pour ces dernières.
Le rôle dynamique des agro-industries peut être envisagé dans le contexte des systèmes alimentaires et des autres systèmes dépendant de lagriculture, de la pêche et des forêts, dont la complexité saccroît à mesure que progressent la croissance économique et le développement. Cette complexité croissante saccompagne dun déplacement des poids relatifs de la valeur ajoutée et de lemploi que créent ces divers systèmes à chaque niveau. Laugmentation de la productivité du travail, qui est en général plus rapide dans le secteur agricole que dans les autres, contribue à libérer des travailleurs pour les autres secteurs et à faire baisser la part des produits primaires de lagriculture dans la valeur totale des produits finis. Cette tendance est particulièrement marquée dans le cas des produits alimentaires; la part de la nourriture dans les dépenses moyennes des consommateurs, qui est de lordre de 20 pour cent dans les pays à revenus élevés et de 40 à 60 pour cent dans les pays à revenus bas moyens, est plusieurs fois supérieure à la part de lagriculture dans le PIB. Evidemment, la différence est à mettre au crédit des agro-industries et des activités de commerce et de distribution. En occupant ce créneau et en contribuant ainsi aux progrès du secteur agricole, en particulier sur le plan de la qualité, les agro-industries offrent de grandes promesses aux pays en développement. Elles confirment aussi que lagriculture garde toute son importance en tant que base pour la diversification économique à léchelle nationale comme à léchelle locale, car une bonne partie des agro-industries se situent au niveau local et peuvent sy développer contribuant ainsi à la décentralisation du progrès économique et social.
1 Produits alimentaires, boissons et tabac. 2 Chiffres de 1993. 3 Chiffres de 1994. Source: ONUDI. 1997. Handbook of Industrial Statistics 1997. Vienne.
ENCADRÉ 12
Le lactosérum, qui est le résidu liquide de la production de fromage et de caséine, est un des principaux réservoirs de protéines alimentaires qui ne soit pas encore intégré dans les filières de consommation humaine. Il est aujourdhui en grande partie perdu. Traditionnellement considéré comme un produit indésirable, dintérêt limité dans le meilleur des cas ou, le plus souvent, coûteux à éliminer, il était en général simplement déversé dans les cours deau, ce qui a des conséquences regrettables pour lenvironnement. On estime quune fromagerie produisant 250 000 litres de lactosérum par jour pollue autant deau quune ville de 50 000 habitants. Une pratique moins nocive consistait à le donner aux veaux ou aux porcs comme supplément alimentaire. Quand lindustrie fromagère sest développée, il est apparu que ces solutions traditionnelles ne suffisaient pas. Des règlements antipollution ont été promulgués et à mesure quils étaient appliqués dans les pays où il y a une abondante production de lactosérum, les fromageries se sont vues obligées soit de le traiter soit de se doter dinstallations dépuration qui obèrent leurs coûts de production. La première solution étant un moindre mal, les fromageries se sont efforcées de développer des filières de traitement, en particulier de déshydratation, et de trouver de nouvelles utilisations du lactosérum. Il est apparu que le plus rentable était de fabriquer de la poudre de lactosérum, destinée principalement à lali-mentation du bétail, et cette pratique sest beaucoup déve-loppée au cours des dernières décennies. Parallèlement, on a commencé à intégrer du lactosérum dans toute une gamme de produits destinés à lalimentation humaine, en particulier des boissons telles que le Rivella qui a été créé par les Suisses, des boissons très nutritives aromatisées aux fruits et même du «champagne de lactosérum» ou dautres boissons gazeuses qui sont produites à léchelle commerciale dans certains pays dEurope orientale.
Les rejets de lactosérum dans les cours deau créent encore de graves problèmes dans certains pays, mais cette pratique a beaucoup diminué, particulièrement dans les pays industrialisés, grâce à lapplication de mesures antipollution plus rigoureuses. Ces mesures ont aussi stimulé la recherche sur les diverses utilisations possibles du lactosérum, ce qui montre bien que les mesures incitatives et réglementaires peuvent amener les industries à transformer des déchets polluants en productions rentables.
Malgré leur importante contribution au développement agricole et rural, les agro-industries peuvent produire des effets secondaires nuisibles à lenvironnement. En labsence de précautions, elles peuvent comme toutes les autres industries polluer lenvironnement ou comporter des risques divers: rejets de déchets organiques ou dangereux qui polluent les eaux; émission de poussières ou de gaz qui détériorent la qualité de lair et produisent des substances toxiques; et utilisation de machines dangereuses pour la sécurité et la santé des travailleurs. Les pollutions créées par les agro-industries peuvent être plus ou moins graves, mais il semble que les industries alimentaires utilisent moins dénergie et émettent moins de CO2 et de résidus métalliques que la plupart des autres industries. Les agro-industries telles que les sucreries peuvent non seulement produire toute lénergie dont elles ont besoin à partir des résidus de biomasse, mais aussi livrer un excédent au réseau national, réduisant ainsi les émissions de CO2. Les premières étapes des opérations de conservation et de transformation comportent relativement peu de risques de pollution; ceux-ci augmentent avec le degré de transformation physique et chimique, particulièrement dans les industries qui utilisent du matériel et des techniques surannées (les techniques modernes produisent moins de pollution par unité de produits que les anciennes méthodes). La taille de lindustrie peut être un facteur important, mais non déterminant. En effet, les grandes agro-industries centralisées peuvent être des sources importantes de pollution ponctuelle, mais les petites peuvent également produire des émissions éparses dont les effets saccumulent dans une région géographique donnée, dautant plus quelles nont généralement pas les moyens financiers nécessaires pour utiliser des techniques modernes propres, surtout dans les pays à bas revenus. Les atteintes à lenvironnement et les dangers qui résultent de la pollution agro-industrielle sont dautant plus graves et plus immédiatement perçus que ces industries tendent à être concentrées en zone urbaine et périurbaine. Enfin, lincidence de la production de déchets et de pollution dépend pour beaucoup de lefficacité du cadre législatif et réglementaire mis en place pour protéger lenvironnement. Les règlements antipollution peuvent non seulement réduire considérablement les émissions de résidus polluants, mais aussi inciter à utiliser ces résidus de façon rentable (voir encadré 12). Toutefois, beaucoup de pays ne se sont pas encore dotés dun cadre législatif et réglementaire suffisant pour protéger lenvironnement ni de structures institutionnelles, juridiques et de contrôle pour appliquer efficacement les mesures antipollution.
Les politiques agricoles et alimentaires nationales et le régime du commerce international sont dimportants déterminants de la division internationale du travail et de la répartition géographique de la production agricole et agro-industrielle. Il est essentiel détudier les débouchés nationaux et internationaux des produits alimentaires et agricoles pour orienter le choix des mesures propres à aider les agriculteurs et les agro-industries à devenir plus compétitifs et à occuper les créneaux existants ou en créer de nouveaux.
Les mesures qui influent sur le prix des intrants et des extrants au niveau de la production, de la transformation et de la consommation jouent un rôle déterminant. Nous étudierons donc tout particulièrement les effets immédiats et à long terme des politiques en matière dimpôts, de subventions, de soutien direct des prix et de droits de douane.
Les gouvernements peuvent être tentés daccorder des incitations ou des traitements préférentiels aux industries produisant des intrants ou à la production, la transformation ou la consommation finale des denrées alimentaires. Ces interventions peuvent prendre diverses formes: abattements fiscaux en faveur des producteurs dintrants et de denrées alimentaires, subvention du prix des intrants ou des aliments, soutien des prix à la production, protection douanière ou autres obstacles au commerce international. Avant dadopter des mesures de ce genre, il faut se demander sil sera possible de les maintenir car lhistoire abonde dexemples des conséquences désastreuses de la suppression brutale de ces régimes préférentiels.
Il est essentiel que les mesures appliquées à tous les stades de la production et de la transformation des produits alimentaires soient compatibles entre elles et aient les mêmes objectifs. Quil sagisse dimpôts, de subventions, daides ou de droits de douane, les interventions doivent se traduire par un avantage net pour la société. En dautres termes, la perte de recettes budgétaires qui résulte dune réduction des impôts doit être plus que compensée par laccroissement de lemploi dans le secteur qui en bénéficie et des avantages quil produit; de même, le coût dune subvention doit être plus que compensé par les avantages quen tirent ceux qui en bénéficient directement ou indirectement; les prix de soutien doivent susciter laccroissement recherché de la production ainsi que lexpansion de lindustrie visée, avec des effets bénéfiques sur lemploi et les revenus; la subvention de la consommation doit se traduire par une amélioration nette de la nutrition et de la productivité.
Le protectionnisme agricole se traduit souvent par des droits de douane plus élevés sur les produits agricoles transformés que sur les produits primaires: cest ce que lon appelle la progressivité des droits. Depuis longtemps, les pays en développement considèrent que la progressivité des droits limite sérieusement leur accès au marché et constitue un obstacle important au développement de leurs industries de transformation. Quoi quil en soit, la plupart des études empiriques sur la question sont maintenant périmées. Une étude récente de la FAO4 analyse limpact du Cycle dUruguay sur la progressivité des droits frappant les produits agricoles dans lUE, au Japon et aux Etats-Unis. Elle montre que cette progressivité a diminué à la suite du Cycle dUruguay, ce qui a permis aux pays en développement de diversifier un peu leurs exportations en vendant des produits contenant davantage de valeur ajoutée. Toutefois, elle conclut que la progressivité restera considérable même quand les engagements du Cycle dUruguay auront pris effet.
Dans beaucoup de pays en développement, lagriculture a été pénalisée depuis lépoque coloniale jusquau moins au début des années 80 par des prélèvements fiscaux ou des impôts occultes (livraisons obligatoires à des prix inférieurs aux cours du marché, taxation des intrants, subvention des produits manufacturés, surévaluation des taux de change). Toutefois, ce phénomène est loin dêtre homogène. Dun côté, pour les boissons tropicales, lhuile, lalcool et le tabac, la production agricole était souvent sous-payée ou surimposée alors que les industries de transformation quelles dépendent doffices paraétatiques comme en Afrique ou de multinationales, comme en Amérique centrale et en Asie ou encore quelles soient caractérisées par une structure très oligopolistique, comme dans une bonne partie de lAmérique du Sud bénéficiaient dénormes subventions.
Dun autre côté, les politiques alimentaires appliquées dans les pays en développement y ont souvent retardé ou même empêché le développement dagro-industries modernes à cause de leffet combiné de la taxation de lagriculture et de la subvention de la consommation. En particulier, les systèmes de distribution alimentaire étaient basés à la fois sur les livraisons forcées et sur la subvention des importations, ce qui avait le double effet de réduire loffre de produits locaux et de faire baisser le prix des produits alimentaires transformés. Ces systèmes ont créé des dissuasions artificielles au développement des industries alimentaires locales, notamment dans le secteur des produits laitiers, des viandes préemballées et des produits à base de blé. En revanche, le développement des industries transformant les fruits et légumes a été indirectement encouragé dans plusieurs pays en développement par les politiques mêmes qui pénalisaient la production des produits alimentaires de base. Ainsi, dans des pays aussi divers que le Maroc, la Turquie, le Mexique et le Chili, une politique de «neutralité bienveillante», ou même dans certains cas, de subvention directe des cultures irriguées a favorisé le développement dun complexe agro-industriel de transformation des fruits et légumes. De même, dans les pays produisant des fruits tropicaux et où il fallait diversifier lagriculture, jusqualors dominée par la canne à sucre et les cultures de plantation en général, de nouvelles entreprises produisant des jus de fruit, des conserves et dautres produits se sont développées pour profiter de ce créneau relativement rentable en tirant parti des progrès techniques.
Ce type de développement est bien illustré par le Brésil, où la production de jus de fruits tropicaux a été multipliée par plus de 20 depuis 10 ans. Ces fruits, principalement produits dans le nord-est du pays, nétaient consommés sous forme transformée que dans la zone de production, parce que les techniques utilisées ne permettaient pas de produire des jus possédant la stabilité physico-chimique nécessaire pour conserver les qualités organoleptiques exigées par le marché. Cet obstacle technique a disparu pendant les années 80. Depuis, lindustrie de transformation des fruits tropicaux et la production de ces fruits eux-mêmes se sont beaucoup développées au Brésil et ont conquis une part importante du marché dexportation sur lequel le Brésil a acquis une position de quasi-monopole pour certains produits (par exemple les fruits de la passion).
Le passage de léconomie planifiée à léconomie de marché dans les pays dEurope orientale et de la CEI est un cas particulier de transformation ayant des effets à la fois sur la politique des prix alimentaires et sur les agro-industries. Dans ces pays, le régime des prix était jusquà la transition caractérisé par une très forte subvention de la production et de la consommation de denrées alimentaires. Les deux tiers des terres étaient exploités par des fermes dEtat ou collectives et presque toutes les agro-industries étaient des monopoles dEtat qui se préoccupaient peu de la qualité et du progrès technique, même pour les produits chers qui rapportaient beaucoup de devises tels que le caviar. La transition a transformé lenvironnement économique: la subvention des produits alimentaires a été supprimée ou considérablement réduite, la privatisation de lagriculture et de lindustrie a été amorcée et les marchés locaux ont été déréglementés. Toutefois, en labsence dun programme de libéralisation totale, de nouveaux déséquilibres sont apparus. La hausse des prix des aliments nest souvent pas transmise aux producteurs parce que les agro-industries peuvent librement utiliser leur pouvoir sur les marchés pour sapproprier des rentes de monopole et les producteurs locaux souffrent de la forte concurrence des produits transformés de meilleure qualité importés de lOccident.
Les nouvelles politiques agricoles, plus libérales et faisant plus de place aux forces du marché, ouvrent dintéressantes perspectives aux agriculteurs et aux agro-industries. Dans un cadre macroéconomique international caractérisé par de faibles taux dinflation et dintérêts dans les pays industrialisés, le commerce international devrait prendre un essor notable, surtout dans le secteur agricole de plus en plus libéralisé. Les perspectives de croissance semblent bonnes, en particulier à cause de la diversification de la consommation alimentaire (dans laquelle les produits à forte élasticité-revenu tiennent de plus en plus de place) et de limportance croissante de la commercialisation et de la transformation. Ces phénomènes pourraient entraîner une réaffectation massive de la production agricole dictée par la nouvelle configuration des avantages comparatifs résultant de la transformation des perspectives commerciales et des possibilités créées par le progrès technologique et lévolution des goûts.
Depuis le milieu des années 80, on observe dans beaucoup de pays en développement une prise de conscience de limportance de lagriculture et des secteurs connexes dans le contexte de la tendance générale à la libéralisation. Cette prise de conscience a souvent coïncidé avec dimportantes réformes telles que la privatisation des entreprises de commercialisation et de transformation et avec labandon de la politique de subvention des oligopoles privés dans le secteur des produits de base. Il semble donc que les conditions soient propices à la croissance endogène dune industrie alimentaire nationale dans tous les pays où il est possible dexploiter un avantage comparatif. On rappellera toutefois que dans beaucoup de pays en développement, les agro-industries nationales continuent dêtre pénalisées car les mesures discriminatoires ont seulement été atténuées, mais nont pas disparu.
Indépendamment des aides à lagriculture et des régimes commerciaux, lévolution future de la production et des échanges du secteur agro-industriel sera conditionnée, surtout dans les pays industrialisés, par celle des technologies et des modèles de consommation. Dans le secteur agricole, lévolution technologique traverse une phase de transition cruciale: dun côté, le modèle classique dinnovation basée sur des améliorations chimiques et mécaniques des techniques de production a permis daccroître les rendements dans des proportions énormes et de beaucoup améliorer la qualité, essentiellement en ce qui concerne lhomogénéité des produits et labsence de défauts physiques; dun autre côté, les progrès récents de la recherche et de la technologie agronomiques font apparaître un nouveau modèle reposant essentiellement sur les innovations dordre biologique et biotechnologique et sur des procédés modernes de transformation.
Ainsi, alors que jusquici la croissance de la productivité et lamélioration des prix résultant des innovations technologiques ont joué un rôle décisif dans la production agricole primaire et ont été facilement transférées au secteur agro-industriel, de nouveaux produits commencent à apparaître dans ce secteur. Lamélioration de la diversité et de la qualité des produits finis ne saccompagne pas nécessairement dune baisse des coûts, mais les innovations devraient se traduire par une meilleure efficience des agro-industries et freiner la tendance à la baisse des prix des produits primaires en stimulant la demande de matières premières agricoles.
Parallèlement au développement technologique, les modèles de consommation alimentaire évoluent également (tableau 7). Entre 1969-1971 et 1990-1992, la part des céréales, du sucre et des racines et tubercules a diminué tandis que celle des produits de lélevage, des produits de la pêche et des matières grasses végétales tendait à augmenter. Toutefois, lévolution a été très différente selon les groupes de pays et de régions. Dans le monde en développement, laccroissement de la part des produits animaux a été surtout marqué en Asie de lEst et du Sud-Ouest et, dans une moindre mesure, en Asie du Sud et dans la région Amérique latine et Caraïbes, tandis quon nobserve pas de tendance analogue au Proche-Orient et en Afrique. En outre, lévolution diverge entre les pays développés et les pays en développement. Dans le cas du sucre, par exemple, la légère réduction globale masque une réduction beaucoup plus forte dans les pays développés et un accroissement dans les pays en développement.
Dans les pays industrialisés, les modèles de consommation alimentaire sont déterminés par deux forces différentes dont leffet net sur la qualité, la composition et la répartition géographique de la production est difficile à prédire. Dun côté, le souci de plus en plus répandu de manger sainement et de rester en forme est une des raisons qui expliquent la forte baisse de la consommation de sucre par habitant. De même, la consommation de produits animaux, qui avait beaucoup augmenté au cours des dernières décennies, tend à perdre du terrain au profit de produits tels que les légumes et les fruits qui, jusquà tout récemment, étaient considérés comme complémentaires et de moindre valeur nutritive que les produits animaux. Ces tendances devraient persister, comme lindiquent les projections pour les pays européens (tableau 8).
Le poisson et, dune façon générale, les produits marins et aquatiques, dont loffre progresse tant en quantité quen qualité grâce à lexpansion des élevages et en particulier de laquaculture, est devenu un aliment de prédilection des classes aisées dans les pays développés. Cette tendance se traduit aussi par une nouvelle prédilection pour les produits alimentaires considérés comme reflétant des modèles de production «traditionnels» ou «naturels». De même, les produits de lagriculture biologique qui satisfont aux préceptes des écologistes et à des jugements de valeur sur les qualités intrinsèques des aliments sont de plus en plus demandés, ainsi que les produits nutritifs, diététiquement équilibrés et considérés comme bons pour la santé à dautres égards. Cette évolution du régime alimentaire des classes moyennes dans les pays développés atteste une transformation des attitudes à légard de la nourriture qui aura des effets considérables sur la structure de la production.
Source: FAO.
Source: FAO Bilans alimentaires et projections; FAO. 1995. Agriculture mondiale: Horizon 2010. Sous la direction de N. Alexandratos. FAO, Rome et Wiley, Chichester, Royaume-Uni.
Dun autre côté, les techniques modernes permettent délargir léventail des denrées obtenues à partir des produits naturels primaires. Les marchés regorgent de denrées intégrant des innovations, quil sagisse de la forme, de la couleur, du goût ou des propriétés de conservation, dont un grand choix est proposé aux consommateurs. Ainsi, paradoxalement, le retour à la «nature» et le goût pour les produits traditionnels et artisanaux coïncident avec une prolifération de produits de plus en plus artificiels, surtout dans le cas de ceux qui font lobjet dune transformation industrielle complexe. Face à ce paradoxe, les industries alimentaires cherchent à concilier ces deux tendances aux moyens de procédés et de produits innovants.
On peut se demander si cette évolution des modèles de la consommation et limportance croissante des produits transformés dans le régime alimentaire présentent des risques pour les consommateurs. En général, les agro-industries contribuent incontestablement à améliorer la qualité, la variété, la valeur nutritionnelle et linnocuité des aliments. Toutefois, il existe des risques dinfection à toutes les étapes de la filière, de la production au transport, en passant par la transformation, lemballage et lentreposage. De plus, la complexité croissante des produits, qui contiennent de plus en plus dagents de conservation, dadditifs et dautres substances pouvant améliorer leur valeur commerciale, peut, en labsence de contrôles adéquats, créer de nouveau risques pour les consommateurs. Enfin, la qualité et linnocuité des aliments peuvent se ressentir de lintensification du commerce des produits alimentaires qui résulte de linterdépendance croissante des systèmes agroalimentaires (voir la section concernant linternationalisation des systèmes agroalimentaires p. 250) ainsi que de phénomènes tels que lengouement pour des produits importés lancés par une publicité agressive et pour les aliments faciles à préparer. Lintensification des échanges risque de favoriser lexportation des problèmes de qualité et dinnocuité dune région à lautre. Les transports rapides et laccroissement de la durée de conservation permettent aux produits contaminés darriver à destination plus vite et de rester plus longtemps sur le marché et donc de menacer davantage de consommateurs, doù la nécessité de normes alimentaires adéquates et de mécanismes de vigilance et de surveillance rigoureux de la qualité et de linnocuité des aliments transformés, tant importés que dorigine nationale.
Lévolution des agro-industries sur la scène internationale présentée ci-dessus nest pas sans conséquence pour les pays en développement et les possibilités dexpansion de leur secteur agro-industriel. Ainsi, la libéralisation progressive des échanges et des marchés intérieurs des pays développés devrait ouvrir de nouvelles perspectives aux pays en développement, mais la nécessité dadapter leur production à la demande de plus en plus exigeante de ces marchés lance un défi à lagriculture et aux agro-industries des pays qui souhaiteraient profiter de ces créneaux. Dans plusieurs pays en développement, lexpansion de la production et des exportations du secteur agro-industriel tient dans une large mesure à ce quils ont réussi à répondre aux exigences des marchés des pays développés.
Dans les pays développés, où pratiquement tous les aliments sont transformés, puisque même les légumes frais font lobjet de diverses opérations de conditionnement (nettoyage, préparation et emballage) lorsquils arrivent aux points de vente au détail, le développement de lagro-industrie se confond de plus en plus avec celui de lagriculture industrielle. Dailleurs, même dans le cas des nouveaux exportateurs de produits agricoles tels que le Chili et la Thaïlande, qui ont développé leur offre de produits frais et transformés (voir encadré 13), on saperçoit si lon étudie les choses dun peu plus près que même les fruits et légumes frais sont des marchandises transformées qui ont subi toutes sortes dopérations de collecte, de contrôle de la qualité, de conditionnement, dentreposage, de réfrigération et de transport.
Même en dehors des exemples les plus exceptionnels, lagro-industrie a été un important moteur de la croissance dans beaucoup des pays en développement les plus dynamiques. Des études économétriques montrent que le nouveau modèle de développement agricole intégré est toujours tiré par une croissance de la productivité et un développement technologique aussi rapides et spectaculaires que dans le secteur manufacturier. De nombreuses études font état de taux de croissance de la productivité des facteurs plus élevés dans le secteur agricole que dans les autres5. Un autre facteur tout aussi important est la diversification grâce à laquelle les pays peuvent saffranchir de leur dépendance à légard des produits primaires qui, dans bien des cas, est un des principaux obstacles à une croissance autonome. La diversification générale de léconomie peut saccompagner dune tendance à la diversification au sein du secteur agro-industriel, celui-ci utilisant un nombre croissant de techniques de transformation qui font reculer les limites de la valeur ajoutée et de la productivité par rapport à ce quelles sont dans lagriculture traditionnelle.
Le nouveau développement agro-industriel est caractérisé par limportance croissante des activités de transformation et de commercialisation, qui jouent un rôle décisif dans la conquête dune part stable du marché international. Cest ce qua bien compris Israël, dont le succès éclatant pendant les années 70 a servi de modèle à dautres expériences analogues. La croissance spectaculaire des exportations de certains pays pendant les années 80 et 90 est le fruit dune planification rigoureuse de lemplacement, des modalités et du calendrier de tous les stades de la transformation, depuis la production primaire jusquà la consommation finale. Ainsi, pour les fruits et légumes de contre-saison, qui constituent un des éléments les plus dynamiques de lexpansion des exportations chiliennes, les expéditions sont soigneusement planifiées de façon à parvenir sur les marchés européens précisément dans lintersaison, moment où il ny a pas de produits locaux, même de contre-saison.
ENCADRÉ 13
Il y a une dizaine dannées encore, le Chili avait une tradition de production de fruits frais de grande qualité. Il avait réussi à simposer sur le marché dexportation face aux producteurs traditionnels dEurope, du Canada, des Etats-Unis et du Mexique, grâce à une étude approfondie des avantages comparatifs dont il pouvait bénéficier sur plusieurs plans: coût, qualité, commercialisation de contre-saison et ponctualité des livraisons. Cet effort a permis, au bout dune période de rodage de trois à cinq ans, une expansion sans précédent des exportations chiliennes non seulement de fruits frais mais aussi de beaucoup de produits industriels tels que le vin et les conserves alimentaires. Pour que la récolte, le traitement et le transport puissent avoir lieu précisément au moment voulu, il faut un système de commercialisation de type purement industriel permettant de synchroniser les contrats, le stockage temporaire et les contrôles de qualité à tous les stades du cycle de production. Les produits chiliens ont ainsi pu peu à peu conquérir une part stable des marchés internationaux grâce à leur qualité constante, à la ponctualité des livraisons et au respect des conditions contractuelles (contenu, prix, conditionnement, état de conservation, etc.).
En plus du choix des produits, de la saisonnalité et de la bonne planification de tous les aspects de la commercialisation, une analyse plus détaillée de lexemple chilien révèle que dautres facteurs ont puissamment contribué aux succès. Lagriculture chilienne a décollé dans les années 70, quand le gouvernement a abandonné la politique traditionnelle de remplacement des importations et supprimé les restrictions qui entravaient précédemment le libre jeu des forces du marché. Le développement du secteur agricole a été puissamment stimulé par les agro-industries transnationales, qui ont introduit lintégration verticale en planifiant le développement de la production de fruits selon des normes industrielles modernes et en tirant parti de leur expérience des marchés dexportation.
Le Chili illustre bien limportance du secteur agricole en tant que moteur de la croissance économique. La diversification et lintégration de son agriculture ont coïncidé avec un processus de diversification du reste de léconomie qui, au début des années 70, était encore très tributaire des exportations de cuivre (celles-ci représentaient plus de 70 pour cent des recettes dexportation). Le développement industriel et lélargissement de lassiette de la production qui ont eu lieu pendant les années 80 et 90 se sont accompagnés du développement dun secteur agro-industriel moderne soutenu par une agriculture industrialisée dans laquelle la productivité augmentait à des rythmes comparables à ceux quaffichaient les activités manufacturières les plus avancées.
La Thaïlande est un autre exemple de succès. Dans les années 80, ce pays possédait un des secteurs dexportation les plus dynamiques du monde, qui progressait denviron 13,2 pour cent par an en valeur réelle et représentait pas moins de 38 pour cent du PIB en 1990. Les exportations ont continué à augmenter de façon spectaculaire pendant la première moitié des années 90: leur valeur a doublé entre 1990 et 1995. Les agro-industries, qui étaient à lorigine de plus de 65 pour cent des exportations totales, ont pu se développer grâce à un environnement libéral et à des services financiers et techniques adéquats. Certains éléments de cet exemple heureux donnent une idée du rôle dentraînement que peut jouer le secteur agro-industriel. Lemploi dans le secteur manufacturier thaïlandais a doublé entre 1978 et 1991, et en 1990, lagro-industrie employait environ 60 pour cent des actifs du secteur manufacturier et produisait 15,4 pour cent du PIB (contre 9,7 pour cent en 1960). Elle a progressé à raison de 8 pour cent par an entre 1980 et 1990; à cette dernière date, elle comptait 32 000 entreprises privées, soit 62 pour cent du nombre total détablissements du secteur manufacturier.
En 1994, les échanges de produits agro-alimentaires ont atteint quelque 390 milliards de dollars, soit environ 10 pour cent de la valeur totale du commerce mondial. LEurope a joué un rôle prédominant, avec près de 50 pour cent des importations mondiales et 45 pour cent des exportations. Comme le montre la figure 17, lAsie occupe aussi une place importante, le Japon jouant un rôle de protagoniste.
Au cours des 20 dernières années, la région Amérique latine et Caraïbes a conquis beaucoup de parts de marché grâce à la diversification de sa production agricole, à la croissance dynamique de ses industries de transformation primaire, ainsi quà la libéralisation progressive de ses échanges qui lui a permis de sintégrer remarquablement dans les marchés internationaux. Au contraire, la présence de lAfrique sur les marchés agroalimentaires reste modeste et les pays dEurope centrale et orientale et ceux de la CEI ont beaucoup de mal à sintégrer dans le commerce mondial.
Le secteur agro-industriel est aujourdhui à lorigine de grands mouvements de capitaux internationaux. On estime que sur un total denviron 300 milliards de dollars dinvestissements étrangers directs en 1995, 25 milliards au moins ont été destinés à lindustrie agroalimentaire (voir encadré 15).
ENCADRÉ 14
Malgré la croissance des agro-industries et leur diversification, lintégration et la coordination verticales des activités semblent progresser dans ce secteur. Cest ainsi que les grandes plantations sont peu à peu intégrées dans les multinationales agroalimentaires et que de plus en plus dagro-industries passent des contrats avec les agriculteurs avant la récolte. Aux Etats-Unis, par exemple, où ces tendances sont particulièrement évidentes et précédent généralement une évolution analogue dans dautres pays en 1996, plus de 50 pour cent des volailles à rôtir et plus de 16 pour cent de fruits et légumes ont fait lobjet de tels contrats anticipés. La tendance à lintégration verticale est en grande partie motivée par le désir de réduire le coût des transactions, de même que certaines tentatives daligner loffre de produits agricoles sur la demande de lindustrie. Une entreprise intégrée peut réaliser des économies en regroupant les innombrables contrats que nécessite la vente des produits agricoles. Le regroupement des contrats en amont (pour la main-duvre, la terre et les autres intrants) permet aussi de réduire les coûts.
Un autre facteur qui favorise lintégration verticale est la nécessité de satisfaire les normes de qualité quexige une demande de plus en plus spécifique et diversifiée. Comme ces normes font augmenter les coûts de production et quil est très coûteux de procéder à des essais de conformité sur le terrain, les exploitations agricoles indépendantes sont tentées de tricher et de bénéficier de meilleurs prix sans faire leffort voulu sur le plan de la qualité. Lintégration verticale peut aider à résoudre ce type de problème.
Limportance croissante du commerce international et des flux de capitaux dans les secteurs agro-industriels est sous-tendue par un phénomène dinternationalisation qui na fait que sintensifier au cours des dernières décennies et qui se manifeste en particulier par:
ENCADRÉ 15
Un aspect important de linternationalisation est laugmentation rapide des investissements étrangers directs dans lensemble de léconomie ainsi que dans le secteur agro-industriel pendant les années 80 et 90.
Selon le système de notification de la dette de la Banque mondiale, les flux nets totaux dinvestissements étrangers directs vers les pays en développement sont passés de 24,5 milliards de dollars en 1990 à 95,5 milliards en 1995 et devraient, selon des estimations préliminaires, atteindre 109,5 milliards en 19961. Les sociétés multinationales des pays industrialisés sont la principale source dinvestissements étrangers directs (plus de 90 pour cent des flux ces dernières années).
On connaît moins bien la répartition entre les secteurs des investissements étrangers dans les pays en développement. Toutefois, selon les statistiques de lOCDE2, le sous-secteur des agro-industries transformant les produits alimentaires, les boissons et le tabac a absorbé une part considérable des apports de capital de plusieurs des principaux investisseurs internationaux. Daprès les chiffres de 1993, ce sous-secteur a absorbé 9,9 pour cent des investissements directs des Etats-Unis à létranger, 5,7 pour cent de ceux du Royaume-Uni, 2,5 pour cent de ceux du Japon et 4,2 pour cent de ceux de la France, 35,9 pour cent de ceux des Pays-Bas et 13,5 pour cent de ceux de la Suisse, mais 0,5 pour cent seulement de ceux de lAllemagne.
1 Voir lencadré 1 sur la dette extérieure et les flux financiers des pays en développement, p. 41.
2 OCDE. 1995. International Direct Investment Statistical Yearbook 1995. Paris.
Un aspect important du processus dinternationalisation est le rôle croissant que jouent les sociétés multinationales dans les secteurs agro-industriels de nombreux pays. La création dune société multinationale est souvent la dernière étape du processus dinternationalisation dune entreprise qui, en général, commence par lexportation. Dans le climat actuel de concurrence croissante sur les marchés internationaux, la principale stratégie des entreprises agroalimentaires consiste à acquérir dautres entreprises actives sur les marchés étrangers pour améliorer leur compétitivité à moindres coût et risque. Le marché agroalimentaire a été transformé depuis le début des années 80 par des opérations dacquisition, de fusion et dentente qui ont créé une concentration dans de nombreux secteurs. Selon les chiffres de la CNUCED6, les fusions et acquisitions transfrontières dans le secteur des produits agroalimentaires, des boissons et du tabac se sont élevées en moyenne à 12,2 milliards de dollars par an pendant la période 1990-1995, et représentaient 7,7 pour cent de lensemble des fusions et acquisitions transfrontières.
ENCADRÉ 16
Lévolution de lindustrie alimentaire au cours des 15 dernières années peut être considérée comme un exemple de marché morcelé qui se mondialise de plus en plus sous leffet de deux forces puissantes: lévolution des modèles de consommation et le progrès technologique. Dans les années 70, lindustrie alimentaire se composait de: i) un grand nombre de producteurs locaux, généralement spécialisés dans la production dune seule denrée ou dun groupe de produits étroitement apparentés; ii) un petit nombre de producteurs nationaux ou internationaux, également spécialisés dans une seule production; iii) un nombre encore plus limité de sociétés multinationales dont certaines étaient extrêmement diversifiées (Unilever, Nestlé) et dautres strictement spécialisées (Coca Cola).
Le morcellement du marché résultait à la fois des contraintes naturelles et des politiques appliquées par les gouvernements. Les contraintes naturelles étaient constituées, principalement pour les produits locaux, par les goûts, léquipement local, la fidélité aux marques et linformation des consommateurs. Les contraintes résultant des politiques nationales prenaient principalement la forme dobstacles non tarifaires, de règlements sanitaires et dhygiène, et de pratiques discriminatoires appliquées par les négociants et détaillants locaux. Comme leurs produits ne pouvaient pas être fabriqués sous une forme normalisée par les gros producteurs, les fabricants locaux avaient le double avantage de pouvoir vendre plus cher et déconomiser sur les frais de transport. Léquipement traditionnel et les marques locales fournissaient aussi un moyen très efficace de dissuader les producteurs nationaux de chercher à pénétrer sur les marchés locaux sauf pour les produits qui nétaient pas directement en concurrence avec les produits locaux.
Toutefois, depuis le milieu des années 80, les gros producteurs dEurope et des Etats-Unis ont commencé à conquérir graduellement les marchés locaux en utilisant une stratégie de croissance consistant: i) à se positionner sur le marché de façon à créer une position dominante pour un petit nombre de produits standard; ii) à miser sur une différenciation croissante en acquérant ou en concurrençant directement les principales entreprises locales; iii) à lancer de nouveaux produits présentant certaines des caractéristiques des produits locaux sans prétendre leur être identiques. Cette stratégie exigeait non seulement une croissance rapide, mais aussi une politique expansionniste dacquisitions horizontales et une activité agressive de commercialisation (publicité, vente au détail, investissement dans la recherche-développement pour créer de nouveaux produits). Les tendances actuelles, qui constituent le prolongement de lexpansion sur les marchés nationaux, sont caractérisées par les efforts que font les producteurs nationaux pour étendre à la scène interna-tionale la position dominante dont ils jouissent sur le marché national.
ENCADRÉ 17
Dans son rapport annuel de 19961, lOMC analyse certains aspects des investissements étrangers directs. Le rapport présente notamment une question qui a été vivement controversée entre les partisans et les adversaires des investissements étrangers directs: celle des avantages et des coûts quils entraînent pour le pays hôte. Létude porte sur linvestissement étranger direct dans tous les secteurs, mais ses résultats sont manifestement valables pour les agro-industries et les sociétés multinationales agroalimentaires. Les principales conclusions qui se dégagent du rapport de lOMC sont résumées ci-après.
Les partisans des investissements étrangers directs affirment que, dune façon générale, les avantages qui en découlent pour le pays hôte sous forme daccroissement de la production et des revenus nationaux sont supérieurs aux gains de linvestisseur. Les bénéficiaires peuvent être les travailleurs des pays hôtes (augmentation des salaires réels), les consommateurs de ces pays (baisse des prix, meilleure qualité des produits) ou le gouvernement (accroissement des recettes budgétaires).
Toutefois, de nombreuses critiques ont été formulées à lencontre des investissements étrangers directs et des multinationales. On a notamment souligné quà moyen terme, quand les multinationales commencent à importer des biens intermédiaires et à rapatrier leurs bénéfices, la balance des paiements du pays hôte risque den souffrir. On a également évoqué le risque que les multinationales nacquièrent trop de pouvoir sur le marché intérieur du pays hôte et ne soient tentées de ce fait de se livrer à des pratiques restrictives qui fausseraient le jeu de la concurrence, et dexercer des pressions politiques auxquelles le gouvernement du pays hôte pourrait être vulnérable. Dune façon générale, lOMC estime que ces arguments ne fournissent pas une base suffisante pour condamner les investissements étrangers directs en tant que tels. Quant au risque de détérioration de la balance des paiements, elle fait observer que dans les pays dont le marché est très protégé contre les importations, les investissements étrangers directs sont en général moins axés sur lexportation que dans ceux où la protection est moins forte et quen tout état de cause les effets sur la balance des paiements dépendent du régime de change du pays considéré. Quoi quil en soit, il semble que les coûts que peuvent entraîner les investissements étrangers directs soient loin de compenser les avantages quils produisent. De plus, lOMC estime quun accord multilatéral sur les investissements étrangers directs permettrait de résoudre une partie des problèmes liés à ces investissements.
Un avantage très important des investissements étrangers directs est quils favorisent le transfert des technologies. Celles-ci peuvent bien sûr être transférées directement à lentreprise concernée, mais il peut aussi y avoir un important effet indirect de diffusion des technologies dans les pays hôtes. Cette diffusion peut être voulue, par exemple quand il sagit daméliorer la technologie dautres entreprises locales qui sont en relation daffaires avec la filiale étrangère ou être une retombée accessoire, comme lorsque une technique est copiée par dautres entreprises. Un autre effet positif qui peut sexercer dans le pays hôte est la pression qui incite les producteurs locaux à améliorer leur technique et leur efficience. Selon lOMC, lexpérience tend à confirmer que linvestissement étranger direct est le plus puissant véhicule de transfert technologique et quil entraîne une amélioration de la productivité dans les entreprises locales.
Linvestissement étranger direct a aussi dimportants effets sur lemploi. Lexpérience infirme le préjugé selon lequel les sociétés multinationales ne contribuent guère à améliorer les compétences locales; elle prouve au contraire que ces sociétés peuvent combler des déficits critiques dans le domaine de la gestion, faciliter lemploi de la main-duvre locale et transférer des compétences aux dirigeants et aux entrepreneurs locaux.
1 OMC. Rapport annuel 1996. Genève.
Dans le contexte de la concentration croissante du pouvoir économique, les multinationales ont joué un rôle de premier plan; elles ont renforcé leur position dans la majorité des industries agroalimentaires mondiales et amélioré leur compétitivité par une diversification très poussée (tableau 9).
La majorité des 100 géants du secteur agroalimentaire ont leur siège en Europe. Alors quen 1974, la moitié des 100 plus grandes sociétés multinationales étaient dorigine américaine, les sociétés européennes et japonaises ont gagné beaucoup de terrain depuis lors (tableau 10). Les 10 plus grandes multinationales du secteur agroalimentaire représentaient en 1990 32 pour cent des 599 milliards de dollars du chiffre daffaires total du secteur, et la concentration ne fait quaugmenter.
Source: Agrodata.
| Zone dorigine | Nombre | |
| 1974 | 1994 |
|
| Etats-Unis | 50 |
28 |
| Europe occidentale | 37 |
43 |
| Japon | 7 |
20 |
| Autres | 6 |
9 |
Source: Agrodata.
La répartition géographique de lindustrie alimentaire évolue rapidement. Les Etats-Unis, qui étaient en tête au début des années 80, ont perdu du terrain durant les années 80 et au début des années 90, cédant la place à lUE, dont les industries agroalimentaires ont un chiffre daffaires de plus de 600 milliards de dollars, soit plus de 35 pour cent du total mondial. Toutefois, les plus grandes sociétés américaines ont conservé leur position dans le peloton de tête: Cargill, Kraft, Pepsico et Coca Cola se maintenant respectivement aux premier, troisième, cinquième et sixième rangs, tandis que Nestlé (Suisse) et Unilever (Pays-Bas et Royaume-Uni) occupent respectivement la deuxième et la quatrième places.
Le besoin davoir la haute main sur les approvisionnements en matières premières et la concentration croissante de lindustrie ont suscité un processus dexpansion basé sur la multiplication des filiales étrangères. Le nombre moyen de filiales étrangères des 100 plus grandes sociétés multinationales est de 15, et la moyenne grimpe à 42 pour les 13 sociétés les plus internationalisées. Ce processus de multiplication des filiales a ralenti depuis 15 ans dans le cas des sociétés américaines, et il sest accéléré dans celui des sociétés européennes. Le nombre et la taille des filiales implantées dans les pays en développement ont augmenté alors que linverse sest produit pour les filiales implantées aux Etats-Unis, au Canada et en Europe continentale.
ENCADRÉ 18
Aucune entreprise nest plus représentative de lindustrie agroalimentaire mondiale quUnilever. Créée au début du XIXe siècle à la suite de la fusion de deux compagnies «coloniales» prospères, appartenant respectivement à la Couronne britannique et à la Couronne hollandaise, Unilever est devenue ce qui est probablement le plus gros producteur mondial daliments transformés. Avec ses 1 700 filiales, Unilever fait des bénéfices qui la classent au vingt et unième rang de la liste de Fortune des 500 plus grandes sociétés mondiales. Elle réalise une bonne moitié de son chiffre daffaires sur les produits alimentaires et elle offre une gamme équilibrée de marques locales, régionales et internationales qui tiennent compte des différences et des similitudes de la demande des consommateurs.
Unilever se veut «internationale» plutôt que «mondiale» parce quelle ne cherche pas à pénétrer sur tous les marchés avec le même produit. Elle estime que pour faire de bonnes affaires dans le secteur de lalimentation, il faut satisfaire les goûts locaux. Mais cest un conglomérat multinational qui na de local que son intense activité dans le secteur alimentaire dun grand nombre de pays, et plus particulièrement de pays en développement. Par exemple, elle a récemment étendu ses activités en Malaisie, en Thaïlande, au Pakistan, au Bangladesh, en République-Unie de Tanzanie et au Mozambique. Elle a aussi des filiales prospères établies de plus longue date au Mexique, au Brésil, en Inde et dans plusieurs autres pays à revenus moyens.
Selon ses propres déclarations officielles, Unilever estime quun de ses objectifs prioritaires est de promouvoir la croissance dans les nouveaux marchés, qui devraient dépasser ceux des pays industrialisés avancés en lan 2000. Unilever a déjà une forte présence sur ces marchés émergents.
Unilever considère que la diversification et la conquête des marchés sont un des principaux axes de sa stratégie; décrivant sa politique dinnovation, elle précise quun «large éventail de produits» nest pas seulement le reflet de la taille de la société, mais aussi dune grande souplesse stratégique. Unilever peut pénétrer sur un nouveau marché par la catégorie de produits la mieux adaptée à ce marché: lessive au Brésil, margarine en Hongrie, thé en Arabie ou détergents en Thaïlande. Elle développe ensuite graduellement son activité dans le pays en introduisant dautres catégories de produits.
Le développement agro-industriel et loptimisation de son apport au développement économique dépendent dans une grande mesure de la politique générale et de la politique économique densemble plutôt que des politiques et interventions sectorielles. Lexpérience a montré que des marchés concurrentiels sont le meilleur moyen dassurer une organisation efficiente de la population et de la distribution des biens et services. La concurrence intérieure et extérieure stimule lesprit dentreprise et le progrès technologique. Mais les marchés ne fonctionnent pas dans le vide: il leur faut un cadre juridique et réglementaire que seuls les gouvernements peuvent mettre en place. En outre, beaucoup de fonctions indispensables ne peuvent pas être remplies efficacement par le marché: par exemple, cest aux gouvernements quil incombe dinvestir dans linfrastructure et de fournir des services essentiels aux pauvres. Il ne sagit pas de choisir entre lEtat et le marché: chacun est irremplaçable et chacun a un rôle important.
Un consensus sest peu à peu dégagé sur le rôle des gouvernements: ceux-ci doivent assurer un environnement favorable à linvestissement privé, et notamment créer un cadre macroéconomique stable et appliquer les réformes nécessaires pour supprimer les distorsions et rigidités du marché. Sans examiner en détail les composantes de cet environnement, qui sont bien connues et qui ont été analysées dans dautres ouvrages7, on rappellera que la principale condition à réaliser est létablissement dun cadre macroéconomique stable au moyen de politiques monétaires et budgétaires propres à juguler linflation, à limiter les déficits budgétaires et lemprunt public et à maintenir un taux de change réaliste. Certains autres éléments sont également importants: régime de commerce ouvert, systèmes financiers efficaces et libéraux et liberté des mouvements internationaux de capital. En outre, les entreprises ne doivent pas être entravées par des obstacles juridiques et réglementaires tels que contrôle des prix, licences dinvestissement, etc.; il faut quil existe un droit commercial moderne, un système judiciaire fiable, un code du travail libéral, un droit foncier bien établi et un régime fiscal efficace qui ne crée pas de distorsions. Le secteur public doit jouer un rôle réduit dans les activités de production, ne serait-ce que pour réserver ses ressources aux services essentiels (infrastructures et éducation par exemple) dont a besoin le secteur privé.
Sans nous étendre sur limportance fondamentale dun environnement économique favorable, nous tenterons ci-après de dégager certaines des autres conditions particulièrement indispensables à la réalisation des potentiels agro-industriels des pays en développement. Nous ne prétendons pas proposer des idées originales, mais simplement présenter les enseignements qui se dégagent de lexpérience et le consensus actuel.
La spécificité des agro-industries par rapport aux autres secteurs de lindustrie tient à ce quune grande partie de leurs intrants proviennent de lagriculture. Dans les pays en développement, comme cest le plus souvent lagriculture nationale qui est ou serait la principale source de matière première pour les agro-industries, les possibilités dexpansion de ces dernières dépendent essentiellement des disponibilités existantes ou potentielles dintrants dorigine agricole. Cest pourquoi un aspect important de la promotion du développement agro-industriel consiste à promouvoir un secteur agricole efficient. Réciproquement, les agro-industries peuvent elles-mêmes avoir un effet positif sur la productivité de lagriculture primaire en stimulant linnovation technique et la concurrence à lintérieur du secteur8.
Beaucoup de gouvernements ont voulu promouvoir les agro-industries en investissant directement dans des entreprises publiques; mais ils navaient pas suffisamment dexpérience des exigences techniques et commerciales pour faire des études de rentabilité valables et choisir les options techniques optimales. Les projets dinvestissement publics conçus par des consultants étrangers et financés par laide extérieure se sont trop souvent révélés des gouffres financiers, parce quils ne représentaient pas un enjeu personnel pour leurs auteurs et faute dun engagement à long terme dassurer leur viabilité financière. Il est rare que le secteur public dispose de beaucoup de techniciens et de gestionnaires qualifiés pour diriger les entreprises dEtat et, en tout état de cause, les contraintes budgétaires obligent à sen remettre de plus en plus au secteur privé pour investir dans les agro-industries.
Un des moyens daméliorer le niveau technique des agro-industries nationales en labsence de participation directe de lEtat consiste à exploiter le potentiel de recherche-développement des sociétés multinationales en encourageant linvestissement direct, en stimulant les coentreprises et les systèmes de licences et de franchises et en facilitant les détachements de personnel. Les fabricants étrangers de machines et équipements agro-industriels peuvent être encouragés à établir des usines ou des partenariats dans les pays en développement en vue de mettre au point des techniques plus adaptées aux matières premières disponibles, à léchelle de la production, à la qualification de la main-duvre et aux exigences des consommateurs des pays en développement que ne le sont en général les techniques importées. En outre, les fournisseurs nationaux et étrangers de services nécessaires à lagro-industrie comptables, experts techniques, consultants en gestion, fournisseurs de matières premières, dintrants intermédiaires ou déquipement doivent pouvoir sétablir librement dans le pays.
Linvestissement étranger direct peut puissamment stimuler le développement économique en général et le développement agro-industriel en particulier. Non seulement il se traduit pour le pays par un apport de capitaux et de compétences, mais il accélère le transfert et lassimilation des techniques et des compétences de gestion ainsi que laccès aux marchés internationaux. Une condition essentielle pour attirer de tels investissements est un environnement favorable (voir ci-dessus). Mais certaines mesures spécifiques peuvent être prises pour encourager linvestissement direct: il convient notamment de lever toutes les restrictions à létablissement des entreprises étrangères, à leur accès aux devises, au rapatriement des dividendes et des bénéfices, au droit pour les étrangers de posséder des terres et des actifs financiers et à lemploi de personnel expatrié9.
Pour réduire les effets des rejets agro-industriels sur lenvironnement, il faut développer les outils administratifs propres à limiter les émissions. Le moyen le plus direct est dappliquer efficacement une législation interdisant les émissions de résidus dans lenvironnement. A cela peuvent sajouter des mesures incitatives telles que des prêts à des conditions de faveur pour les investissements destinés à réduire la pollution. La législation peut saccompagner de mesures de dissuasion financière pénalisant les industries polluantes. Dautres mesures peuvent être appliquées, selon les circonstances: attribution de plafonds et de droits démission négociables; impôts sur les intrants ou sur lutilisation de ressources telles que leau plutôt que sur le volume des émissions; subventions pour encourager linvestissement dans les technologies respectueuses de lenvironnement; perception de redevances pour financer le coût de la dépollution, etc. Les normes et règlements doivent toujours être réalistes, applicables et compatibles avec le cadre réglementaire général.
Il arrive souvent que linterdiction de rejeter des résidus suscite une utilisation plus rentable de la matière première. On a cité plus haut lexemple du lactosérum, mais il en existe dautres. On peut récupérer le sang dans les abattoirs et les résidus du traitement des céréales pour les transformer en aliments pour le bétail et fabriquer des produits destinés à lalimentation humaine et animale à partir des déchets de poissons. Les résidus des industries des sucres et des amidons peuvent facilement être transformés en alcool à brûler par fermentation ce qui a le double avantage dutiliser un résidu industriel et de produire une source dénergie moins polluante que les combustibles fossiles classiques10.
Il existe, bien sûr, des solutions techniques permettant de réduire la pollution dans de nombreuses industries, mais leur seule existence ne garantit pas quelles seront adoptées, en particulier par les petites entreprises. Il est toutefois souvent possible dinfluencer ces dernières par la vulgarisation et des services consultatifs. Par exemple, la cellule antipollution du Conseil national de la productivité qui dépend du Ministère du travail indien étudie des solutions permettant à la fois de réduire la pollution et daccroître les bénéfices.
En règle générale, il est moins coûteux dinclure des dispositifs antipollution dans les nouveaux investissements agro-industriels que de les introduire dans des installations existantes. Il importe donc deffectuer des évaluations préalables dimpact écologique avant denvisager un gros investissement. Les pays en développement dont le marché est ouvert auront intérêt à adopter des technologies propres déjà utilisées dans les pays industrialisés.
Une condition importante pour le développement agro-industriel est lexistence dune législation moderne sur les produits alimentaires en labsence de laquelle les techniques les plus récentes de contrôle des aliments ne peuvent être appliquées, ce qui empêche souvent doptimiser lutilisation de ressources précieuses et prive les gouvernements des moyens juridiques et techniques de réguler lindustrie alimentaire. Quand les produits alimentaires sont assujettis à une législation moderne et bien administrée, les consommateurs et les négociants ont toutes les assurances nécessaires et savent que les produits qui leur sont proposés répondent à des normes de qualité et dinnocuité appropriées tant pour la consommation sur le marché intérieur que pour lexportation. On ne saurait nier que le commerce à tous les niveaux a joué un rôle important dans lamélioration des conditions sociales, politiques et économiques partout dans le monde. Les pays qui pourront améliorer leur position commerciale en garantissant linnocuité et la qualité des produits alimentaires quils proposent sur les marchés internationaux bénéficieront de cet effort aux dépens de ceux qui ne le feront pas.
Les directives élaborées par la FAO et lOMS pour la mise au point des systèmes de contrôle des aliments énoncent des principes fondamentaux inspirés de la pratique et de lexpérience des divers pays. Elles préconisent une législation simple; les spécifications détaillées concernant la transformation des produits alimentaires, les normes alimentaires, lhygiène, létiquetage et lemballage ainsi que les additifs alimentaires devraient être précisées dans le règlement dapplication plutôt que dans le corps de la loi. En effet, il peut être nécessaire de réviser rapidement les règlements à cause des progrès scientifiques, de lévolution des techniques industrielles ou de crises nécessitant des mesures urgentes pour protéger la santé publique. Ces révisions peuvent être effectuées plus rapidement par les organes exécutifs que par le pouvoir législatif. Les règlements doivent être rédigés de façon claire et concise; ils ne doivent être promulgués que pour répondre à un besoin reconnu, ce qui leur donne plus de chances dêtre applicables en pratique et acceptés par le secteur concerné. Quand lindustrie, les consommateurs et les autres parties intéressées ont participé à lélaboration des règlements, ceux-ci sont plus facilement acceptés parce que tous les intéressés sont parties prenantes.
Le système national de contrôle des aliments doit comprendre des unités fonctionnelles bien organisées, multidisciplinaires et polyvalentes, qui collaborent au contrôle officiel des produits alimentaires. Ces unités peuvent appartenir aux administrations de la santé publique, de lagriculture ou du commerce ou, dans certains cas, être regroupées dans une administration unique divisée en équipes multidisciplinaires. Les systèmes nationaux de contrôle des aliments doivent avoir des fonctions dinspection, denquête, danalyse et de mise en uvre des normes et règlements (par voie réglementaire ou volontaire); fournir des services techniques, consultatifs et éducatifs; et avoir une vocation de service public au bénéfice de lindustrie, des médias et du public. Leurs décisions doivent être fondées sur des données scientifiques à jour, établies de façon transparente et respecter un juste équilibre entre les objectifs souvent contradictoires de la protection des consommateurs et du développement de lindustrie et du commerce.
La production et la manutention des produits tout au long de la filière alimentaire (de la ferme à la table) doivent se faire dans des conditions appropriées, respectant les principes établis, cohérents, transparents et scientifiquement fondés. Ces principes doivent être intégrés dans des normes alimentaires et des règlements nationaux établis en vertu dune législation moderne pour protéger la santé publique et faciliter le commerce des produits alimentaires. Nombre de ces principes ont déjà été énoncés sous une forme harmonisée par la Commission du Codex Alimentarius, qui a utilisé des méthodes danalyse et dévaluation des risques. On peut citer plus de 40 codes dusages portant sur les produits particuliers, les principes généraux dhygiène alimentaire, lAnalyse des risques point critique pour leur maîtrise (HACCP) et les bonnes pratiques de fabrication.
La Commission du Codex a également établi 237 normes alimentaires pour des produits considérés comme particulièrement importants pour le commerce international et destinées à être adoptées par les Etats Membres de la FAO et de lOMS; elle a évalué lutilisation de 185 pesticides; établi des seuils admissibles de résidus pour 3 274 pesticides; formulé des directives pour 25 substances contaminantes dans lenvironnement et les produits agro-industriels; établi des doses maximales journalières de plus de 780 additifs alimentaires; et évalué lutilisation de 54 médicaments vétérinaires utilisés dans lélevage. Ces directives et ces normes devraient servir de référence pour les règlements nationaux applicables à lindustrie alimentaire. Les pays qui appliquent les normes du Codex sont réputés satisfaire aux obligations internationales découlant de lAccord de lOMC sur lapplication des mesures sanitaires et phytosanitaires en ce qui concerne la sécurité des aliments entrant dans le commerce international, ce qui leur donne un avantage compétitif et lassurance que leurs produits sont acceptables pour les importateurs du monde entier. Le respect de ces normes est essentiel pour protéger la santé publique et pour promouvoir le commerce national et international.
1 Par «agro-industries», on entend dans le présent chapitre les industries transformant les produits du secteur agricole et non celles qui fournissent à ce secteur des machines, des intrants et des outils.
2 A.O. Hirschman. 1958. The strategy of Economic Development. Yale University Press, New Haven, Etats-Unis.
3 Lélasticité-revenu de la demande est une mesure de la variation de la demande quentraîne une variation donnée des revenus des consommateurs. Plus elle est élevée, plus laccroissement des revenus des consommateurs fera croître la demande de la marchandise considérée.
4 FAO. 1997. The impact of the Uruguay Round on tariff escalation in agricultural products. ESCP No. 3. Rome.
5 D. Evans. 1987. The long-run determinants of North-South terms of trade and some recent empirical evidence. World Development, 15(5): 657-671; D. Jorgenson, F. Gollop et B. Fraumeni. 1987. Productivity and US economic growth. Harvard University Press, Cambridge, Massachusetts, Etats-Unis; P. Lewis, W. Martin et C. Savage. 1988. Capital investment in the agricultural economy. Quarterly Review of the Rural Economy, 10(1): 48-53.
6 Voir CNUCED. 1996. World Investment Report 1996. ONU, Genève.
7 Voir FAO. 1995. Agriculture mondiale: Horizon 2010, Chap. 7, p. 241-274. Sous la direction de N. Alexandratos. FAO, Rome et Wiley, Chichester, Royaume-Uni; et FAO. 1996. Cadre sociopolitique et économique pour la sécurité alimentaire. Documents dinformation technique du Sommet mondial de lalimentation, Vol. 1. Rome.
8 On trouvera une analyse des facteurs techniques, institutionnels et financiers qui favorisent la productivité et le développement de lagriculture, dans FAO. 1996. Documents dinformation technique du Sommet mondial de lalimentation, Vol. 3. Rome.
9 On trouvera une analyse plus détaillée des mesures spécifiques dincitation à linvestissement étranger direct dans OMC. 1996. Rapport annuel. Genève.
10 Voir Farming, processing and marketing systems for SARD. Document dinformation n° 4, Conférence FAO/Pays-Bas sur lagriculture et lenvironnement, S-Hertogenbosch, Pays-Bas, 15-19 avril 1991.