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CHAPITRE I

SITUATION MONDIALE


SITUATION MONDIALE

I. LE POINT SUR LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE MONDIALE

Selon une pratique adoptée pour la première fois dans La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture 1997, l’état de la sécurité alimentaire mondiale est analysé ci-après par région et par pays sur la base des dernières informations disponibles. Après avoir présenté les estimations les plus récentes de la FAO du nombre et du pourcentage des sous-alimentés dans les régions et pays, on analyse la relation entre le montant et l’évolution du revenu, le volume et la composition des disponibilités énergétiques alimentaires (DEA) et la sous-alimentation; enfin, des indicateurs de la sous-alimentation dans certaines catégories de pays sont présentés.
 

LA SITUATION ACTUELLE

Le nombre de personnes souffrant de malnutrition chronique dans les pays en développement est actuellement estimé à 828 millions pour la période 1994-1996 (tableau 1). La proportion des sous-alimentés a légèrement baissé depuis le début des années 90, mais leur nombre absolu a un peu augmenté à cause de la croissance de la population totale et de la modification de la pyramide des âges qui a modifié les besoins minimaux moyens.1

TABLEAU 1

POURCENTAGE ET NOMBRE DE SOUS-ALIMENTÉS DANS LES PAYS EN DÉVELOPPEMENT, PAR RÉGION, 1992-1994 et 1994-1996

 
Région
Pourcentage 
 de sous-alimentés
Nombre 
de sous-alimentés
(millions)
1990-92
1994-96
1990-92
1994-96
Afrique subsaharienne
40
39
196
210
Proche-Orient et Afrique du Nord
11
12
34
42
Asie de l’Est et du Sud-Est
17
15
289
258
Asie du Sud
21
15
237
254
Amérique latine et Caraïbes
15
13
64
63
Toutes régions en développement
20
19
822
828

Note: Les totaux comprennent les chiffres de l’Océanie qui ne figurent pas dans le corps du tableau.
Source: FAO.


CARTE 1
APPORT CALORIQUE
 

Le tableau 1 confirme que c’est en Asie que se trouve le plus grand nombre de sous-alimentés mais que c’est en Afrique subsaharienne que le pourcentage des sous-alimentés est le plus élevé. Les tendances récentes ne sont pas rassurantes: le progrès enregistré dans certaines régions a été amplement compensé par la détérioration observée dans d’autres. On a maintes fois répété que ces chiffres sont inacceptables et qu’ils doivent impérativement être réduits dans des proportions considérables. Le Plan d’action issu du Sommet mondial de l’alimentation est actuellement mis en œuvre en vue de réduire de moitié le nombre des sous-                   alimentés d’ici à l’an 2015 au plus tard.


FIGURE 1
PART DE DIVERS TYPES D'ALIMENTS DANS LE RÉGIME ALIMENTAIRE, PAR RÉGION ET GROUPE DE PAYS
 

La disponibilité énergétique alimentaire par habitant, c’est-à-dire la quantité de nourriture disponible en moyenne par personne et par jour dans le pays considéré, est le principal indicateur utilisé pour estimer dans quelle mesure l’alimentation est adéquate. Elle est mesurée en kilocalories (kcal) par jour. La carte 1 fait apparaître la DEA dans chaque pays du monde et fait ressortir les variations intrarégionales qui ne figurent pas dans les agrégats régionaux du tableau 1. Les pays où les disponibilités alimentaires sont insuffisantes – qui sont généralement ceux où la proportion de sous-alimentés est le plus élevée – sont concentrés en Afrique subsaharienne, mais il y en a aussi un nombre appréciable en Asie du Sud et du Sud-Est.

La disponibilité énergétique n’est pas tout: la sécurité alimentaire dépend aussi de l’accès à un régime alimentaire sain et équilibré. La figure 1 montre les différences de la composition de la DEA entre les régions et les groupes de pays. Des différences apparaissent entre les régions, mais elles sont encore plus visibles quand on considère des groupes de pays de niveau comparable de développement économique. Ces différences sont dues aux variations du pouvoir d’achat – dans les pays les plus riches la population peut acheter davantage de produits animaux et de matières grasses – mais aussi aux différences de disponibilités alimentaires. D'une façon générale, l’équilibre nutritionnel semble meilleur dans les pays plus riches et la proportion de protéines, en particulier de protéines d’origine animale, dans le régime alimentaire y est plus grande. Les pays en développement sont caractérisés par une proportion élevée de céréales dans le régime alimentaire. Mais même à des niveaux de revenu comparables, le régime varie beaucoup d’un pays à l’autre en fonction des capacités de production, de l’accès à l’alimentation et des goûts.
 


FIGURE 2
POURCENTAGE DE SOUS-ALIMENTÉS
 

PHOTO 1
Victimes de la sécheresse
La sécheresse peut entraîner des pertes de récolte et réduire les disponibilités alimentaires
 
 


ÉVOLUTION DE LA SOUS-ALIMENTATION

L’évolution récente de la sous-alimentation dans les pays de chaque région, par rapport à leur situation il y a 25 ans, fait l’objet de la figure 2 (présentée sous forme d’affiche sur la troisième de couverture de la présente publication). Le pourcentage de sous-alimentés a diminué dans la majorité des pays dans toutes les régions, alors qu’au début des années 90 il a beaucoup augmenté dans quelques pays en raison de circonstances exceptionnelles.

Dans près de la moitié des pays d’Afrique subsaharienne, la proportion de sous-alimentés a augmenté entre 1990-1992 et 1994-1996. Il est vrai que dans beaucoup de pays à forte croissance démographique, le nombre absolu des sous-alimentés augmente même quand leur proportion diminue.


FIGURE 3
ÉVOLUTION DE L'APPORT CALORIQUE ET INCIDENCE DE LA SOUS-ALIMENTATION DANS LES PAYS EN DÉVELOPPEMENT, PAR GROUPE DE REVENU*   1969-1971 à 1994-1996

En Asie comme dans la région Proche-Orient et Afrique du Nord, la proportion de sous-alimentés a diminué dans plus des deux tiers des pays entre 1990-1992 et 1994-1996 (en pourcentage). Dans la région Amérique latine et Caraïbes, la proportion de sous-alimentés n’a augmenté que dans trois pays sur 24 durant la même période.

Le nombre ou la proportion des sous-alimentés n'ont pas diminué dans les groupes de pays les plus pauvres depuis 1969-1971.
Un aspect important de la sous-alimentation est qu’elle est étroitement liée aux moyens financiers dont disposent les populations pour acheter de la nourriture. La figure
3 illustre cet aspect: elle fait apparaître quatre groupes de pays, classés selon leur niveau de revenu en 1995, et la variation du nombre des sous-alimentés et de la DEA par habitant entre les trois périodes 1969-1971, 1990-1992 et 1994-1996. Comme on pouvait s’y attendre, c’est dans les pays où les revenus par habitant sont les plus élevés que la DEA est la plus grande et que la proportion de sous-alimentés est la plus faible. Mais ce qui est inquiétant, c’est que contrairement à la tendance générale observée dans l’ensemble des pays en développement, le nombre ou la proportion des sous-alimentés n’ont pas diminué dans les groupes de pays les plus pauvres depuis 1969-1971.
 

Facteurs déterminant l’évolution de la sous-alimentation


Certains indicateurs aident à comprendre les tendances passées et peut-être à se faire une idée de l’évolution future de la population des sous-alimentés. Mais ce ne sont que des indicateurs: ils peuvent faire apparaître la présence de la sous-alimentation dans un pays ou dans une région, mais ne permettent pas de l’expliquer complètement, ni de la prévoir. On analyse dans les paragraphes qui suivent la relation entre certains indicateurs et la sous-alimentation.

Pour faire mieux apparaître les similitudes et les différences, 98 pays en développement (comprenant 96 pour cent de la population du monde en développement) ont été groupés en six classes selon la proportion de sous-alimentés en 1990-1992. Dans les pays de la première classe, la proportion de sous-alimentés dépasse 50 pour cent et dans ceux de la classe 6, elle est inférieure à 10 pour cent. Les tableaux 2 et 3 donnent huit indicateurs pour chacune des six classes. On analyse brièvement le rapport entre chaque indicateur et la proportion de sous-alimentés dans la classe considérée.2

La répartition des revenus et la facilité d'accès aux vivres ont une influence déterminante sur l'insécurité alimentaire d'un pays.
On constate au tableau 2 que les pays en développement où la proportion des sous-alimentés est la plus élevée sont en général aussi ceux où les revenus sont les plus faibles et vice versa. Dans 34 des 37 pays des trois premières classes, le revenu était en 1995 inférieur au seuil de 765 dollars EU par personne et par an; inversement dans 28 des 31 pays des classes 5 et 6, il était supérieur à ce seuil. Toutefois l’éventail des revenus est assez ouvert dans chaque classe. La classe 4, qui comprend 25 pays, est la plus hétérogène: elle comprend plusieurs pays où le PNB par habitant est inférieur à 300 dollars et plusieurs où il dépasse 3 000 dollars par an. Cela montre que d’autres facteurs tels que la répartition des revenus, la facilité d’accès aux vivres et d’autres indicateurs présentés ci-après ont une influence déterminante sur l’insécurité alimentaire, quel que puisse être le revenu moyen.

TABLEAU 2

INDICATEURS SOCIOÉCONOMIQUES LIÉS à LA SOUS-ALIMENTATION

 
Classes 
de pays 
(selon le %
de sous-alimentés
en 1990-92)
Nombre 
de pays
Population 
en 1992 
(millions
d’habitants)
 PNB par 
habitant
en 19951
(dollars EU)
Part de la
population
rurale
en 19951
 (%)
Part de 
l’agriculture 
dans le PNB
de 19951
(%)
Importations
nettes
de produits
alimentaires
en 1993-952
(kcal/habitant/jour)
Class 1. > 50%
11
124
100-340
61-87
33-56
239
Class 2. 40-50%
10
126
180-800
42-87
15-42
314
Class 3. 30-40%
16
400
120-1 460
40-82
10-50
158
Class 4. 20-30%
25
1 216
240-3  490
14-79
5-51
-5
Class 5. 10-20%
17
1 631
620-7 040
21-73
0-26
172
Class 6. < 10%
19
606
1 120-17 400
10-47
6-20
464

1 Données de la Banque mondiale.
2 Les chiffres négatifs indiquent des exportations nettes de produits alimentaires.
Note: Nombre de pays dans chaque classe.
Classe 1 – 11 (9 Afrique; 1 Asie et Pacifique; 1 Amérique latine et Caraïbes; 0 Proche-Orient et  Afrique du Nord)
Classe 2 – 10 (8 Afrique; 0 Asie et Pacifique; 2 Amérique latine et Caraïbes; 0 Proche-Orient et Afrique du Nord)
Classe 3 – 16 (13 Afrique; 2 Asie et Pacifique; 1 Amérique latine et Caraïbes; 0 Proche-Orient et Afrique du Nord)
Classe 4 – 25 (7 Afrique; 8 Asie et Pacifique; 8 Amérique latine et Caraïbes; 2 Proche-Orient et Afrique du Nord)
Classe 5 – 17 (2 Afrique; 5 Asie et Pacifique; 7 Amérique latine et Caraïbes; 3 Proche-Orient et Afrique du Nord)
Classe 6 – 19 (0 Afrique; 4 Asie et Pacifique; 5 Amérique latine et Caraïbes; 10 Proche-Orient et Afrique du Nord)
 


TABLEAU 3

INDICATEURS DE TENDANCES LIÉES A LA SOUS-ALIMENTATION

 
Classes 
de pays 
(selon le %
de sous-alimentés)
 Croissance du PNB 
par habitant,
1985-95
(nombre de pays)
+   0   -
Solde du
commerce
agricole
1985-1995
(nombre de pays)
+   0   -
Croissance
de la production
d’aliments de base
1985-1995
(nombre de pays)
+   0   -
Rapport entre
l’inflation des prix
alimentaires et
l’inflation générale
1985-1996
+   0   -
Class 1. > 50%
0   7   2
1   5   3
9   0   2
1   5   0
Class 2. 40-50%
3   5   2
2   3   3
6   1   3
0   7   1
Class 3. 30-40%
5   5   6
3 10   3
14  0   2
0  11   0
Class 4. 20-30%
10  7   4
3   9   8
19  0   6
0  18   0
Class 5. 10-20%
13  1   2
4   6   7
11  1   5
1  13   0
Class 6. < 10%
9   1   5
4   4  10
13  3   3
0  10   1

Note: + = positif; 0 = négligeable; - = négatif.
 
 

La relation entre l'incidence de la sous-alimentation et le caractère agricole et rural d'une économie est complexe.
La part de l’agriculture dans l’économie est aussi un facteur important pour la sécurité alimentaire. Elle est illustrée de deux façons au tableau 2: la proportion de ruraux dans la population3  et la part de l’agriculture dans le PIB. Les pays en développement sont en général en grande partie ruraux et très tributaires de l’agriculture, et c’est particulièrement vrai de ceux où l’incidence de la sous-alimentation est forte. Chacune des cinq premières classes comprend plusieurs pays dans lesquels la proportion de ruraux atteint ou dépasse 70 pour cent. Les quatre premières classes comprennent des pays dans lesquels la part de l’agriculture dans le PIB est élevée. Les chiffres montrent toutefois que la relation entre l’incidence de la sous-alimentation et le caractère agricole et rural de l’économie est complexe. Dans toutes les classes, la dépendance à l’égard de l’agriculture, mesurée par chacun des deux indicateurs, varie dans une fourchette assez large. Toutefois, les limites inférieures et supérieures de la fourchette sont plus basses dans les pays où la proportion des sous-alimentés est la moins élevée.

La dépendance à l’égard des importations alimentaires, ou déficit vivrier, est mesurée par les importations nettes de produits alimentaires en kcal par personne et par jour (voir tableau 2). Un quart seulement des pays affichent un excédent ou un équilibre approximatif. Par équilibre on entend un excédent ou un déficit inférieur à 100 kcal par jour soit 5 pour cent de la DEA. Parmi les pays à déficit vivrier, qui sont largement majoritaires, on notera que de gros déficits du commerce des produits alimentaires sont souvent associés à une faible proportion de sous-alimentés: c’est que les pays qui importent beaucoup de denrées alimentaires sont généralement ceux où le PNB par habitant et le pouvoir d’achat sont le plus élevés.

Le tableau 3 présente quatre indicateurs qui permettent d’étudier les effets de certaines tendances économiques sur l’incidence de la sous-alimentation.
La croissance du PNB par habitant reflète la santé de l’économie des pays pendant la période envisagée; elle est en corrélation étroite avec la proportion de sous-alimentés. Le PNB par habitant a augmenté entre 1985 et 1995 dans 40 des 87 pays envisagés, diminué dans 21 et plafonné dans 26. Dans tous les pays de la première classe, la croissance du revenu par habitant a été négligeable ou négative, de même que dans deux tiers des pays des deuxième et troisième classes; dans la quatrième classe, la moitié des pays ont affiché un taux de croissance positif et dans les classes 5 et 6 les pays où la croissance du PIB par habitant est positive sont majoritaires, ce qui tendrait à confirmer l’hypothèse selon laquelle une forte incidence de la sous-alimentation serait un handicap pour le développement économique. La question mérite d’être étudiée plus avant.

Une forte incidence de la sous-alimentation peut être un handicap pour le développement économique
L’excédent net du commerce agricole est un indicateur important surtout pour les pays les plus tributaires de l’agriculture. Il ne semble pas fortement lié à la sous-alimentation. On peut observer au tableau 3 que pendant la période 1985-1995, la balance du commerce agricole a été à peu près équilibrée dans trois pays sur cinq, excédentaire dans un et négative dans deux.

PHOTO 2
Progrès de la lutte contre la faim
L'objectif du Sommet mondial de l'alimentation est de réduire de moitié d'ici à l’an 2015 le nombre de personnes sous-alimentées.

La production d’aliments de base a augmenté entre 1985 et 1995 dans la majorité des pays de toutes les classes et a diminué dans moins du quart d’entre eux. Son évolution ne semble pas très liée aux classes de sous-alimentation. Elle a augmenté pendant la décennie dans la majorité des pays des classes 1 à 3, qui sont ceux où la sous-alimentation est la plus répandue.

L’inflation des prix des aliments, c’est-à-dire la différence entre la variation du prix des aliments et le taux général d’inflation pendant la période 1985-1995 a aussi été examinée. On constate que d’une façon générale, le prix relatif des aliments sur les marchés intérieurs n’a pas beaucoup varié. Les exceptions – pays où le prix réel des aliments a augmenté ou diminué – sont très peu nombreuses. On notera toutefois que l’étude des tendances ne fait pas apparaître les fluctuations de brève durée et ne permet donc pas de se rendre compte des problèmes que peut poser l’instabilité des prix des aliments.


CONCLUSION

La complexité de la faim est illustrée par la vaste gamme de conditions observée dans des pays où les taux de sous-alimentation sont analogues.
Les tendances et conditions décrites ci-dessus montrent que la situation des millions de sous-alimentés qui vivent aujourd’hui dans le monde en développement est grave et complexe. Ils ont un point un commun: la faim. La complexité de leur situation est illustrée par la vaste gamme de conditions observée dans des pays où les taux de sous-alimentation sont analogues. C’est que de nombreux facteurs doivent entrer en jeu pour assurer un accroissement régulier des disponibilités alimentaires dans les pays où celles-ci ne sont globalement pas suffisantes pour nourrir toute la population et pour améliorer l’accès des pauvres aux vivres dans la plupart des pays, y compris ceux où les disponibilités globales sont actuellement suffisantes mais où une partie importante de la population continue à souffrir d’insécurité alimentaire à cause des inégalités. Pendant la première moitié des années 90, avant le Sommet mondial de l’alimentation, la situation évoluait par à-coups, avec une succession de progrès et de reculs. Pour que l’objectif fixé par le Sommet – réduction de moitié du nombre des sous-alimentés d’ici à l’an 2015 – puisse être atteint, l’action d’urgence ne doit pas se relâcher.

Au cours des prochaines années, La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture continuera à présenter les derniers renseignements disponibles concernant la sécurité alimentaire et les facteurs susceptibles d’influer sur elle, sans perdre de vue l’objectif de réduire de moitié la population des sous-alimentés fixé lors du Sommet mondial de l’alimentation.
 

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