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SITUATION MONDIALE

III. LE CONTEXTE ÉCONOMIQUE MONDIALE ET L'AGRICOLTURE

L'ENVIRONNEMENT ÉCONOMIQUE MONDIALE

L’environnement économique mondial est dominé par la grave crise financière qui a frappé inopinément à la mi-97 l’Asie de l’Est et du Sud-Est. Les premiers touchés ont été quelques-uns des pays affichant la croissance économique la plus rapide; ceux qui ont le plus souffert sont l’Indonésie, la République de Corée et la Thaïlande et, dans une moindre mesure, la Malaisie et les Philippines (voir le chapitre sur la Situation par région, Asie et Pacifique). La crise a été précipitée par les entrées massives de capitaux – mal répartis et mal gérés par les banques et les autorités nationales – qu’avaient attirés dans ces pays leur succès économique éclatant des années précédentes et des taux de change qui semblaient solidement garantis.

Les investisseurs, inquiets notamment des déficits croissants des opérations courantes de plusieurs de ces pays, ont craint que les taux de change ne puissent être maintenus et ont brutalement rapatrié leurs capitaux et les monnaies se sont trouvées attaquées de toutes parts. La crise que cela a provoqué s’est aggravée pendant le second semestre de 1997; elle a pris une ampleur inattendue et a eu des effets négatifs sur les marchés financiers, l’activité économique et le commerce dans le monde entier: réduction des financements étrangers privés, baisse du cours des valeurs boursières et pression sur les monnaies nationales. Les mesures de rigueur monétaire et budgétaire adoptées par les pays touchés pour rétablir la confiance du marché et arrêter l’hémorragie de devises ont fait baisser la demande intérieure et les importations; ces dernières ont aussi souffert des dévaluations. Malgré une certaine accalmie depuis le début de 1998, l’évolution future de la crise dans les pays les plus gravement touchés et ses répercussions dans le monde entier sont encore une source de graves incertitudes.

Toutefois, le tableau économique d’ensemble présente plusieurs aspects fondamentaux positifs. L’activité économique est restée dynamique et la demande est encore porteuse dans une grande partie du monde développé, le Japon étant la principale exception. La contraction et la déflation provoquées par la crise dans les pays développés devraient être modérées et contribuer dans plusieurs cas à réduire le risque de surchauffe. D’une façon générale, les pays en développement, après le choc initial qui a été très dur dans ceux que les déséquilibres macroéconomiques rendaient vulnérables à la spéculation, ont dans l’ensemble très bien réagi. Dans les cinq qui ont le plus souffert, certains observateurs prévoient dans des délais raisonnables une reprise tirée par les exportations qui sont favorisées par l’élan acquis dans le passé sur les marchés étrangers, par les dévaluations draconiennes, par la capacité excédentaire qui résulte du marasme de la demande intérieure et par le fait que les échanges de plusieurs d’entre eux sont dominés par des multinationales étrangères et donc à l’abri de la tempête financière.

Par contre, une extension de la crise n’est pas à exclure, pas plus que, à plus long terme, le risque d’une succession de crises analogues dues à la mondialisation des marchés financiers et aux réactions parfois excessives des investisseurs et des spéculateurs. En particulier, on ne saurait exclure que les pays menacés par la spéculation adoptent pour s’en protéger des politiques qui annuleraient leurs efforts antérieurs de réforme, exacerbant ainsi les risques de troubles financiers, de découragement des investisseurs et de ralentissement de la croissance. Ces risques semblent particulièrement sérieux dans les pays en développement où la stabilisation et la réforme économique ne sont pas encore pleinement consolidées

Les perspectives de la croissance économique mondiale se sont nettement assombries, principalement à cause de la crise asiatique. Le Fonds monétaire international (FMI), qui prévoyait pour 1998 une croissance de 4,25 pour cent de l’économie mondiale, a dû ramener sa projection à à peine plus de 3 pour cent (contre une croissance effective de 4,1 pour cent en 1997)10.

Les révisions à la baisse des prévisions du FMI concernant la croissance économique mondiale en 1998 intéressent principalement les pays en développement.
Les révisions à la baisse concernent principalement les pays en développement, qui ont souffert plus que les pays développés de la détérioration des termes de l’échange, de l’exode des capitaux et des politiques restrictives.
 
FIGURE 14A
CROISSANCE DE LA PRODUCTION ÉCONOMIQUE MONDIALE
FIGURE 14B
CROISSANCE ÉCONOMIQUE DANS LES RÉGIONS EN DÉVELOPPEMENT
 

Malgré les effets de la tempête financière asiatique, la croissance des échanges de marchandises s’est accélérée en 1997: l’Organisation mondiale du commerce (OMC) l’estime à 9,5 pour cent; un tel taux n’avait pas été atteint depuis 20 ans, sauf en 1994. Cet essor est dû en grande partie au dynamisme économique en Amérique du Nord et du Sud. Ainsi, confirmant une tendance historique bien établie, les exportations de marchandises ont augmenté beaucoup plus vite que la production mondiale (figure 15). Toutefois, en dollars courants, la croissance des échanges mondiaux a décéléré, tombant de 4 pour cent en 1996 à 3 pour cent en 1997, à cause de l’appréciation du dollar EU par rapport aux devises des principaux pays commerçants d’Europe occidentale et d’Asie.

Selon les prévisions, le taux de croissance des échanges mondiaux devrait baisser de 9,4 pour cent en 1997 à 6,4 pour cent en 1998; la baisse sera particulièrement marquée dans les pays en développement (de 12,1 pour cent en 1997, à 5,2 pour cent en 1998).
L’impact limité de la crise asiatique sur les échanges mondiaux en 1997 tient à ce qu’elle n’a pris toute son ampleur qu’à la fin de l’année; en outre, ses effets sur le commerce se manifestent à retardement. Les perspectives commerciales pour 1998 restent incertaines, mais il faut s’attendre à un net ralentissement. Selon le FMI, le taux de croissance des échanges mondiaux (en volume) devrait baisser de 9,4 pour cent en 1997 à 6,4 pour cent en 1998; la baisse sera particulièrement marquée dans les pays en développement (de 12,1 pour cent en 1997 à 5,2 pour cent en 1998). Le rythme et l’ampleur de la reprise économique au Japon – qui est un acteur majeur sur la scène du commerce mondial – sont une importance source d’incertitudes.
La convergence dans les domaines de l'inflation, des finances publiques et des taux d'intérêt et de change devrait aider à améliorer les résultats économiques des futurs membres de l'UEM.
Dans les pays à économie avancée (selon la définition du FMI), le taux de croissance économique a été de 3 pour cent 1997; il devrait tomber à 2,4 pour cent en 1998. Les résultats économiques de 1997 ont été excellents aux Etats-Unis, qui ont affiché leur meilleur taux de croissance depuis neuf ans, leur taux d’inflation le plus faible depuis 30 ans et leur taux de chômage le plus bas depuis plus de 20 ans; en outre, le budget fédéral a été pratiquement en équilibre pour la première fois depuis le début des années 70. Pour 1998, on s’attend à ce que le taux de croissance tombe à 2,9 pour cent (contre 3,8 pour cent en 1997). Dans l’UE, la croissance a été moins dynamique: 2,6 pour cent en 1997; le taux projeté pour 1998 est de 2,8 pour cent; on note toutefois de grandes divergences entre les pays. Dans un groupe de pays comprenant le Danemark, l’Espagne, la Finlande, l’Irlande, la Norvège, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, la croissance a été dynamique en 1997, mais la reprise a été modérée en Allemagne, en France et en Italie où le chômage reste très préoccupant. L’actualité économique européenne est dominée par la mise en place de L’union économique monétaire (UEM). En mai 1998, il a été décidé que 11 des 15 Etats membres de l’UE feraient partie de l’union monétaire dès son établissement en 1999. La troisième phase de l’UEM doit s’ouvrir en janvier 1999, date à laquelle les taux de change seront bloqués. La convergence dans les domaines de l’inflation, des finances publiques et des taux d’intérêt et de change créera une base plus solide pour améliorer les résultats économiques des futurs membres de l’EM, mais plusieurs d’entre eux continuent à souffrir des rigidités structurelles du marché du travail.
Au Japon, on prévoit que le marasme économique s’aggravera encore et que la croissance sera nulle en 1998. Les symptômes de reprise observés en 1996 après quatre ans de stagnation se sont révélés éphémères. Cet échec tient à plusieurs facteurs, en grande partie interdépendants: fragilités du système financier, baisse de la valeur des actifs et coupes budgétaires. De plus, les exportations japonaises ont fléchi sous l’effet de la baisse de la demande des partenaires commerciaux voisins touchés par la crise et de la perte de compétitivité vis-à-vis de ces pays.
 
FIGURE 15
CROISSANCE DE LA PRODUCTION MONDIALE ET DU VOLUME DES ÉCHANGES
 
 
A l'exception notable - et encourageante – des pays africains, on prévoit que les pays en développement seront touchés par une décélération de la croissance, la plus basse depuis 1990.
Dans le monde en développement, on prévoit une décélération de la croissance qui, après avoir atteint le taux satisfaisant de 5,8 pour cent en 1997, tombera en 1998 à 4,1 pour cent, plus bas qu’aucune année depuis 1990. Ce ralentissement, qui touchera tous les pays en développement, à l’exception notable – et encourageante – des pays africains, est dû à plusieurs facteurs, dont les effets s’ajoutent à ceux de la crise asiatique: détérioration des prix des produits de base et des termes de l’échange, effets d’El Niño et renforcement des mesures de stabilisation des équilibres intérieurs et des balances extérieures. Le commerce des marchandises est resté dynamique en 1997: les exportations ont augmenté de près de 11 pour cent et les importations de 12 pour cent. Cependant, on prévoit pour 1998 un ralentissement des exportations et surtout des importations et une détérioration des termes de l’échange qui s’amélioraient depuis trois ans. Le taux d’inflation global des pays en développement, qui baissait très vite depuis trois ans, remontera à 10,2 pour cent en 1998 (contre 8,5 pour cent en 1997), principalement à cause de la flambée des prix dans les pays d’Asie frappés par la crise. Au contraire, en Afrique et dans les pays d’Amérique latine et des Caraïbes, la hausse des prix à la consommation devrait ralentir encore en 1998. De nombreux pays en développement ont réussi à beaucoup réduire leurs déséquilibres budgétaires: pour l’ensemble du monde en développement, le déficit des budgets nationaux est tombé à 2,2 pour cent du PIB en 1997, contre plus de 3 pour cent au début des années 90; il devrait toutefois augmenter un peu en 1998 (voir Situation par région).
Pour la première fois en huit ans, les économies en transition ont, dans l'ensemble, affiché une croissance positive en 1998.
Les marchés financiers des pays en transition ont eux aussi souffert de la crise asiatique et plusieurs ont dû renforcer les mesures d’austérité budgétaire et monétaire pour défendre leur monnaie. Les plus gravement touchés ont été l’Estonie, la Fédération de Russie et l’Ukraine. Mais pour l’ensemble de ces pays, la reprise économique s’est confirmée. En Fédération de Russie et dans les autres pays en transition, la croissance a été positive en 1997 (+1,7 pour cent) pour la première fois depuis huit ans. Elle devrait s’accélérer en 1998 pour atteindre 2,9 pour cent et ne sera négative dans aucun de ces pays. La hausse des taux d’intérêt et la réduction des apports de capitaux étrangers freineront la croissance en Fédération de Russie et en Ukraine, mais les perspectives de croissance se sont améliorées en Hongrie et en Pologne, grâce en particulier à la croissance dynamique des exportations. En outre, on prévoit un ralentissement de l’inflation des prix à la consommation, plus particulièrement en Bulgarie et en Roumanie; toutefois dans ces pays comme dans beaucoup d’autres pays en transition, les taux d’inflation resteront élevés.
 
 
ENCADRÉ 1
DETTE EXTÉRIEUR ET FLUX FINANCIERS DES PAYS EN DÉVELOPPEMENT 
Selon des estimations préliminaires, l’encours de la dette des pays en développement totalisait quelque 2 171 milliards de dollars à la fin de 1997 contre 2 095 milliards en 1996, soit une augmentation de 3 pour cent en valeur nominale. L’encours a augmenté dans toutes les régions sauf en Afrique subsaharienne, où il est tombé de 227 à 223 milliards de dollars, les arriérés d’intérêt sur la dette à long terme ayant diminué de 5 milliards de dollars. Les créances privées à long terme sur les pays en développement, en hausse de 4 pour cent, ont atteint 46 milliards de dollars en 1997, et les créances publiques, en baisse de 2 milliards, sont tombées à 133 milliards de dollars. L’encours total de la dette à court terme (un an ou moins) des pays en développement est passé de 286 milliards de dollars à la fin de 1994 à 361 milliards au milieu de 1997. Cette augmentation est pour plus de moitié imputable aux pays de l’Asie orientale et du Pacifique.

Pour l’ensemble des pays en développement, le ratio dette/ recettes d’exportation a baissé de 137 pour cent en 1996 à 134 pour cent en 1997, essentiellement grâce aux meilleurs résultats à l’exportation. Ce ratio a baissé dans toutes les régions, sauf au Proche-Orient et en Afrique du Nord, où il a augmenté de quatre points, passant de 111 pour cent en 1996 à 115 pour cent en 1997 en raison de la forte progression des emprunts privés.

Le ratio du service de la dette (ratio entre le montant total des paiements au titre du service de la dette et les recettes d’exportation de biens et services, y compris les envois des émigrés), en légère baisse, s’est établi à 17 pour cent en 1997 pour l’ensemble des pays en développement. En 1997, ces pays ont déboursé 269 milliards de dollars, soit 7 milliards de plus qu’en 1996, au titre du service de leur dette extérieure (dette à long terme et emprunt à court terme confondus).

En 1996, le FMI et la Banque mondiale ont conjointement mis au point un programme d’assistance extraordinaire aux pays lourdement endettés qui appliquent des politiques saines afin de les aider à réduire la charge de leur dette extérieure. Cette assistance extraordinaire se traduira par une réduction de la valeur actuelle nette des créances à terme sur les pays bénéficiaires et aidera à créer des incitations à l’investissement et à faire mieux accepter les réformes structurelles. En 1997, sept pays avaient satisfait aux critères de performance économique leur donnant droit à une remise de dette supplémentaire en vertu de cette initiative. Des accords à cet effet ont été conclus avec la Bolivie, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Guyana et l’Ouganda et des négociations préliminaires avec la Guinée-Bissau et le Mali ont été ouvertes. Cette initiative réduira de 1,5 milliard de dollars (en valeur actuelle) la dette de ces pays.

Depuis 1989, les créances des banques commerciales ont été réaménagées essentiellement au moyen de rachats financés par le mécanisme d’allégement de la dette de l’Association internationale de développement (IDA) pour les pays à faible revenu et des programmes d’allégement de la dette et de son service du Plan Brady pour les pays à revenus moyens. En 1997, à la suite de neuf accords conclus avec des banques commerciales créancières, 19 milliards de dollars de dette ont été restructurés et l’encours a été réduit de 7 milliards de dollars.

Les flux nets de ressources vers les pays en développement ont atteint 300 milliards de dollars en 1997, contre 282 milliards en 1996. Pour la douzième année de suite, les flux nets de capitaux à long terme de sources privées ont atteint un nouveau record, atteignant 256 milliards de dollars contre 247 milliards en 1996. Les flux de capitaux privés, qui représentent 85 pour cent des flux nets totaux vers les pays en développement, ont continué à dépasser les flux de capitaux publics. Toutefois, ils ont beaucoup baissé pendant le dernier trimestre de 1997, sous l’effet des inquiétudes croissantes suscitées par la crise asiatique et d’une tendance générale à réduire les investissements nouveaux dans les marchés émergents.

Les flux nets privés de capitaux vers les pays en développement continuent à être dominés par l’investissement étranger direct (IED) dont le montant est estimé à 120 milliards de dollars pour 1997; viennent ensuite les placements en obligations (54 milliards de dollars), les prêts des banques commerciales (41 milliards) et les placements en actions (32 milliards de dollars). Les flux nets d’IED, qui ont quintuplé depuis 1990, ont de nouveau atteint en 1997 un niveau record, mais ils ont nettement moins augmenté que les années précédentes. Le ratio IED/PIB dans les pays en développement est passé de 0,8 pour cent en 1991 à 2 pour cent en 1997. Plus de 70 pour cent des flux nets d’IED sont concentrés dans 10 pays. La plupart des pays d’accueil sont des pays à revenu moyen (sauf, en 1997, la Chine et l’Inde), privilégiés par les investisseurs en raison de leur vaste marché et de la croissance rapide qu’ils ont connue ces dernières années.

L’aggravation de la crise financière en Asie a eu de graves répercussions sur les flux d’IED pendant le dernier trimestre de 1997. Le déclin de l’IED dans les deux principaux pays d’accueil d’Asie de l’Est, la Chine et l’Indonésie, a été compensé par l’accroissement des investissements en Amérique latine, stimulé par les privatisations (principalement au Brésil) et par l’amélioration des résultats économiques. L’IED en Asie de l’Est et dans la région du Pacifique a baissé de 9 pour cent en 1997, tombant à 53 milliards de dollars, mais les flux à destination de l’Amérique latine et des Caraïbes, en hausse de 10 pour cent, ont atteint 42 milliards de dollars. Ces bons résultats de l’Amérique latine sont dus à plusieurs facteurs, notamment les grands projets de privatisation des infrastructures, l’amélioration des résultats économiques et des investissements considérables dans les pays du Marché commun austral (MERCOSUR), provenant aussi bien de pays membres que de pays extérieurs.
 



Conséquences pour la croissance et les échanges du secteur agricole des pays en développement

L'évolution de la situation en Asie de l'Est et du Sud-Est aura d'importantes conséquences pour l'agriculture à cause de ses répercussions immédiates sur les marchés des produits de base.
Etant donné les tendances et la situation décrites ci-dessus, l’environnement économique général devrait être favorable à la production et au commerce agricoles. Toutefois, comme on l’a dit plus haut, la situation en Asie de l’Est et du Sud-Est et ses répercussions sur le reste du monde continuent à créer un climat lourd d’incertitudes. L’évolution de cette situation aura d’importantes conséquences pour l’agriculture non seulement à cause de ses effets indirects sur l’activité économique mondiale mais aussi à cause de ses répercussions immédiates sur les marchés des produits de base. En effet, la République de Corée et les quatre pays de l’ANASE (Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande) représentent une part notable de la consommation mondiale de certains produits. La baisse générale de la demande d’importation dans ces pays et dans certains autres également touchés par la crise, la hausse du coût des importations due aux dévaluations et la réduction des crédits disponibles pour financer les importations sont autant de facteurs qui ont contribué à faire tomber les prix des produits pendant une bonne partie de 1997/98 (voir Situation actuelle de l’agriculture – faits et chiffres, 6, Cours internationaux des produits de base). L’offre de certains produits sur les marchés internationaux a augmenté, parce que la dévaluation a stimulé les exportations et que la contraction de la demande intérieure a accru les disponibilités exportables: d’où une pression à la baisse sur les prix. En particulier, la crise a réduit la demande asiatique de maïs, de viande de bœuf, de farine de soja, de fruits des régions tempérées, de coton et de cuirs et peaux et stimulé les exportations régionales de fruits tropicaux et de caoutchouc (voir Situation par région, Asie et Pacifique).
 
FIGURE 16
COMPOSITION DE LA DETTE EXTÉRIEURE
 

D’autres facteurs qui influent sur les perspectives actuelles de l’agriculture sont les conditions climatiques inhabituelles qui ont régné pendant une bonne partie de 1997-1998, en grande partie sous l’effet du phénomène El Niño et un marché agricole caractérisé par une offre surabondante de nombreux produits. El Niño a été très médiatisé et l’on s’est beaucoup inquiété de ses effets immédiats et à terme sur les approvisionnements en produits alimentaires et agricoles. Il est vrai que ce phénomène a durement frappé la production végétale et animale et créé des pénuries alimentaires critiques dans plusieurs régions du monde, mais son impact global sur l’offre de produits de base et les prix internationaux a été limité. Bien plus, des cultures importantes telles que les céréales ont bénéficié de conditions climatiques favorables en 1997/98 et les perspectives pour 1998/99 sont également bonnes, d’où une certaine tendance à la baisse des prix, comme on l’a vu plus haut.

Globalement, les prix des principales denrées alimentaires et des matières premières agricoles devraient rester faibles pendant toute l’année 1998; une hausse modérée devrait intervenir par la suite à mesure que les marchés se stabiliseront. Le cours du café devrait être bien inférieur au niveau record de 1997 car on prévoit une meilleure récolte pour 1998/99. Le prix du sucre pourrait aussi rester relativement faible parce que la production devrait augmenter en 1998/99 et que la croissance de la demande d’importation ralentira dans plusieurs grands pays d’Asie frappés par la crise financière ainsi que dans de gros pays importateurs tels que la Fédération de Russie et la Chine. Toutefois, à plus long terme, la demande d’importation devrait être stimulée par la baisse des prix. Le cours du coton, qui a baissé en 1997/98, devrait se stabiliser en 1998/99 mais celui du caoutchouc naturel, exprimé en dollars, restera déprimé, du moins à court terme. En revanche le prix du jute, qui était tombé à un niveau exceptionnellement bas en 1997/98, devrait remonter et le marché du cacao restera dans l’ensemble tendu.

A moyen terme, on prévoit une situation générale de stabilité économique et de reprise de la croissance de l’économie et des échanges11. Les tendances ci-après se dégagent des projections de la croissance et du commerce du secteur agricole des pays en développement pour 1998-2002 établies dans le cadre du projet LINK12:

Après avoir marqué un coup d'arrêt en 1998, la production agricole du monde en développement devrait retrouver son dynamisme dans les années à venir.
• Après avoir marqué un coup d’arrêt en 1998, la production agricole du monde en développement devrait retrouver son dynamisme dans les années à venir. Selon les prévisions, le taux moyen de croissance de la production agricole devrait être d'environ 3,9 pour cent entre 1998 et 2002; il devrait donc rester proche du taux enregistré entre 1991 et 1997 et supérieur aux taux tendanciels à plus long terme (3 pour cent pendant les années 70 et 3,5 pour cent pendant les années 80).

• Dans toutes les régions en développement, sauf la région Asie et Pacifique, les taux moyens de croissance devraient dépasser ceux des années 90. L’amélioration sera particulièrement marquée dans la région Amérique latine et Caraïbes, où le taux moyen de croissance de la production agricole sera proche de 4 pour cent, contre seulement 2,8 pour cent entre 1990 et 1997. En Afrique subsaharienne, après les mauvaises récoltes de 1997 et 1998, la production devrait recommencer à augmenter au rythme relativement rapide des années 1993-1996. De même, dans la région Proche-Orient et Afrique du Nord, les résultats devraient être en moyenne un peu meilleurs qu’entre 1990 et 1997. Mais dans la région Asie et Pacifique, le taux de croissance, qui avait atteint environ 4,6 pour cent entre 1991 et 1997, retombera à 3,8 pour cent principalement à cause des résultats médiocres prévus en Asie de l’Est et du Sud-Est, surtout pour 1998 et 1999.

• La croissance des exportations agricoles des pays en développement, qui s’était maintenue au taux excellent de 9 pour cent par an pendant la première moitié des années 90, devrait ralentir en 1997 et 1998, principalement du fait de la faiblesse des cours mondiaux des produits de base. Sauf bouleversements inattendus de l’économie et des marchés, le commerce des produits agricoles devrait retrouver un taux de croissance de l’ordre de 6 pour cent par an pendant la période 1999-2002. Ce taux restera toutefois inférieur de deux à trois points au taux de croissance de l’ensemble du commerce des marchandises.

• Les perspectives de croissance des exportations agricoles pendant la période 1999-2002 semblent particulièrement favorables pour la région Amérique latine et Caraïbes, mais la région Asie et Pacifique – et en particulier la Chine – ainsi que, dans une moindre mesure, l’Afrique, profiteront aussi de cette amélioration. Les exportations et importations de produits agricoles progresseront parallèlement de sorte que l’on ne prévoit pas de changement majeur de la balance globale du commerce agricole des pays en développement. Toutefois, l’excédent de l’Afrique subsaharienne devrait continuer à augmenter un peu, confirmant la tendance amorcée en 1993 (alors qu’en 1992, la sous-région était devenue importatrice nette).

• Selon les prévisions du FMI, les termes de l’échange globaux des pays en développement se détérioreront d’environ 2 pour cent en tout en 1997 et 1998, mais s’amélioreront un peu en 1999. Selon les prévisions du projet LINK, il en sera de même pour les termes de l’échange agricole, qui se détérioreront nettement en 1998 pour se stabiliser dans l’ensemble entre 1999 et 2002.
 

Situation des PFRDV qui ont le plus de mal à financer leurs importations de produits alimentaires13

Les estimations économiques relatives aux PFRDV ayant le plus de mal à financer leurs importations de produits alimentaires indiquent que leur situation économique s'est beaucoup améliorée ces dernières années et que cette amélioration devrait continuer dans le court terme.
La situation et les perspectives économiques de ce groupe de pays pauvres dont les importations vivrières absorbent une proportion particulièrement élevée de leurs recettes d’exportation et représentent une part très importante de leurs importations sont périodiquement examinées dans La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture. Les estimations et les prévisions à court terme (1998-1999) des paramètres économiques relatifs à ce groupe de pays, élaborées pour la FAO par le FMI, indiquent que leur situation économique s’est beaucoup améliorée ces dernières années et que cette amélioration devrait continuer au moins dans le court terme. Sur la base des données des périodes de référence 1991-1995 et 1998-1999, les prévisions sont les suivantes:

• Accélération de la croissance du PIB: le taux moyen annuel de croissance pourrait passer d’une moyenne de 3,2 pour cent entre 1991 et 1995 à environ 5,5 pour cent en 1998 et 1999. Cette accélération sera alimentée par un accroissement notable de la formation de capital brut qui devait dépasser l’équivalent de 20 pour cent du PIB en 1998 et 1999, contre 17,8 pour cent entre 1991 et 1995.

• Réduction des deux tiers des taux d’inflation qui devraient tomber de 18 à 6 pour cent.

• Progrès notable de la stabilité budgétaire: les déficits budgétaires des gouvernements centraux devraient tomber de l’équivalent de 6 pour cent du PIB en moyenne à à peine plus de 3 pour cent.

• Réduction de la charge de la dette: le ratio service de la dette/exportations totales de biens et services devrait tomber de 29 à 13 pour cent. Cette amélioration résultera à la fois de l’accroissement de la capacité de financer les exportations et de l’extension des initiatives spéciales d’allégement de la dette telles que celle qui a été convenue en mai 1998 par le groupe des huit pays industrialisés en faveur des pays les plus pauvres, dont plusieurs font partie des PFRDV.

Toutefois, les perspectives des balances extérieures sont moins bonnes. On prévoit que le déficit commercial de ces pays augmentera (passant de 20 à 30 milliards de dollars), et que cette augmentation ne sera qu’en partie compensée par les transferts courants nets (consistant principalement en transferts de gouvernement à gouvernement en faveur de pays africains appartenant à ce groupe). Le déficit chronique de la balance des opérations courantes de l’ensemble de ces pays augmentera également, passant de 6 milliards de dollars en moyenne à près de 13 milliards. Toutefois, les termes de l’échange, après une longue période de détérioration (de 1987 à 1993), se stabiliseront et le pouvoir d’achat des exportations, qui avait déjà beaucoup progressé en 1995 et 1997, continuera à augmenter dans des proportions importantes grâce à l’expansion du volume des exportations.

Des efforts résolus de stabilisation macroéconomique et de réforme dans certains pays, et la fin des guerres et des troubles civils dans d'autres, ont contribué à une amélioration des perspectives de ces PFRDV.
L’amélioration de la situation et des perspectives économiques – et donc des perspectives de la sécurité alimentaire – observée dans ces pays ces dernières années, après une longue période de résultats médiocres, est très encourageante. Pour que ce progrès ait été possible malgré l’impact mondial de la crise asiatique et l’évolution relativement peu favorable des comptes extérieurs, il a fallu que cet environnement négatif soit plus que compensé par des facteurs internes14. Ces facteurs sont notamment des efforts résolus de stabilisation macroéconomique et de réforme dans des pays tels que l’Egypte et les sept pays CFA, où le choc initial de la dévaluation et des mesures qui l’ont accompagnée a été suivi d’une croissance rapide, et la fin des guerres et des troubles civils dans des pays tels que le Mozambique, le Nicaragua et le Rwanda; toutefois les récents affrontements armés entre l’Ethiopie et l’Erythrée sont là pour nous rappeler que des conflits peuvent couver dans les pays qui souffrent encore de tensions politiques, de problèmes non résolus d’identité collective et ethnique et de misère économique et sociale.

La baisse des prix des produits provoquée par la crise asiatique, et la probabilité que les cours de certains de ces produits ne se redresseront pas de sitôt, aura des effets asymétriques sur ces pays. D’un côté, la chute du prix des produits alimentaires sur les marchés internationaux aura dans l’immédiat un effet positif sur les économies très tributaires des importations de produits vivriers. De l’autre, les exportations de beaucoup de ces pays sont elles aussi, paradoxalement, basées sur l’agriculture. Par exemple pour des pays tels que l’Ethiopie, le Rwanda et la Sierra Leone, qui tirent une grande partie de leurs recettes d’exportation du café, le bas cours de ce produit se traduit par d’importantes pertes de recettes d’exportation et rend incertaines les perspectives de croissance à court terme.
 

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