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PART II

SITUATION PAR RÉGION


SITUATION PAR RÉGION

Afrique

VUE D'ENSEMBLE

 

Résultats économiques

 Après quatre années successives d'accélération, la croissance du PIB en Afrique1 a ralenti en 1997, s'établissant à 3,2 pour cent contre 5,5 pour cent l'année précédente2. Selon le FMI, ce ralentissement tient principalement aux intempéries qui ont frappé plusieurs pays ainsi qu'à la chute du prix des produits de base et, dans certains cas, à des conflits armés. Il a été surtout marqué en Afrique du Nord, particulièrement au Maroc, mais aussi en Algérie et en Tunisie3. En Afrique subsaharienne, la décélération a été moins nette: le taux de croissance, qui avait atteint 4,9 pour cent en 1996, était encore de 4 pour cent en 1997. En outre, les taux d'inflation ont baissé dans la plupart des pays de la sous-région et les déficits budgétaires ont encore diminué.
En fait, c’est entre 1995 et 1997 que les PIB par habitant ont recommencé à augmenter pour la première fois depuis 1990.
 Malgré le ralentissement de la croissance économique globale en 1997, l'amélioration notable des résultats économiques par rapport au début des années 90 reste acquise. En fait, c'est entre 1995 et 1997 que les PIB par habitant ont recommencé à augmenter pour la première fois depuis 1990. Selon les estimations du FMI, le PIB par habitant a augmenté pendant cette période de 1,8 pour cent par an, alors qu’il avait baissé de 1,2 pour cent par an en moyenne entre 1990 et 1994, et de 0,5 pour cent par an pendant la décennie précédente.

Le ralentissement de l'expansion en Afrique subsaharienne en 1997 est en grande partie imputable à l'Afrique du Sud qui est de loin la plus grande puissance économique de la sous-région et où le taux de croissance du PIB réel n'a pas dépassé 1,7 pour cent en 1997 (contre 3,2 pour cent l'année précédente) en raison de la morosité de la demande tant intérieure qu'extérieure.

D'après le FMI, l'Afrique du Sud est le seul pays d'Afrique sur lequel la crise de l'Asie du Sud-Est ait eu un impact d'une certaine importance; les pressions sur la monnaie ont entraîné une dévaluation de 4 pour cent du rand en octobre 1997. Au Nigéria, le deuxième géant économique de la sous-région, l'activité économique s'est accélérée en 1997 pour la troisième année consécutive et le taux de croissance du PIB a atteint 5,1 pour cent. Toutefois, le FMI signale que l'activité économique est entravée par les pénuries d'énergie et de carburant ainsi que par la persistance d'un climat défavorable à l'investissement; il prévoit un fort ralentissement de la croissance du PIB en 1998.

Depuis la dévaluation du franc CFA, le taux d’inflation a été efficacement maîtrisé.
Mais même si l'on exclut les deux géants, l'Afrique du Sud et le Nigéria, l'expansion économique a un peu ralenti en Afrique subsaharienne; l'élan pris les années précédentes n'a toutefois pas été entièrement perdu puisque le taux de croissance a encore atteint 4,5 pour cent (contre 5,6 pour cent en 1996). En particulier, la croissance est restée positive dans les pays de la zone CFA dont la plupart, poursuivant l'expansion qui a suivi la dévaluation de 1994, ont affiché des taux de croissance supérieurs à la moyenne sous-régionale. L'inflation des prix à la consommation a continué à ralentir, sauf en Côte d'Ivoire et au Togo. Dans tous les pays CFA sauf un, le taux d'inflation est maintenant bien inférieur à la moyenne sous-régionale, ce qui indique que l'inflation a été efficacement maîtrisée après la dévaluation. Le seul pays où le taux d'inflation soit supérieur à 10 pour cent est la Guinée-Bissau, qui a récemment adhéré à l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et adopté le franc CFA.

 Pour les 45 pays d'Afrique subsaharienne pour lesquels on dispose de données4, le FMI que les taux de croissance du PIB ont augmenté en 1997 dans 24, diminué dans 17 et sont restés stables dans trois; la croissance n'a été négative qu'en République démocratique du Congo. Mais plusieurs des plus grands pays de la sous-région figurent parmi ceux dans lesquels la croissance a ralenti en 1997, notamment deux de ceux qui avaient affiché les meilleurs taux ces dernières années, l'Ethiopie et l'Ouganda. Le taux de croissance éthiopien, qui avait atteint 10,6 pour cent en 1996, est tombé à quelque 5,3 pour cent à cause d'une forte décélération du secteur agricole provoquée par des conditions météorologiques défavorables. En Ouganda, il n'a pas dépassé 5 pour cent contre 8,1 pour cent en 1996 et 10,5 pour cent en 1995. La croissance a ralenti aussi dans d'autres pays d'Afrique subsaharienne, notamment au Ghana et au Kenya, tandis que le déclin économique de la République démocratique du Congo, ravagée par la guerre civile, ne s'est pas arrêté: le PIB a encore diminué de 5,7 pour cent. En République-Unie de Tanzanie, le taux de croissance s'est maintenu au même niveau qu'en 1996 (+4,1 pour cent) et le Soudan s'est distingué en affichant en 1997 (selon les estimations du FMI) un taux de croissance de 5,5 pour cent contre 4,7 pour cent en 1996.

On prévoit que l’amélioration des résultats et des perspectives économiques en Afrique subsaharienne se poursuivra.
 Considérant que l’amélioration des résultats et des perspectives économiques en Afrique subsaharienne s'explique principalement par la mise en œuvre de meilleures politiques macroéconomiques et de réformes structurelles, le FMI prévoit que l'expansion se poursuivra et que le PIB par habitant continuera d'augmenter au cours des prochaines années, à condition toutefois que les gouvernements maintiennent leurs politiques de rigueur et de réformes. Jusqu'ici, les marchés financiers africains n’ont guère été touchés par la crise asiatique, sauf en Afrique du Sud, et le FMI estime que la sous-région restera relativement épargnée parce que les flux de capitaux privés y sont limités. Il prévoit toutefois que certains pays se ressentiront de la crise à cause du rôle que jouent les pays d'Asie de l'Est et en particulier la Malaisie dans l'investissement étranger direct et à cause du renchérissement des crédits étrangers.

 Plus précisément, le FMI prévoit pour 1998 un taux d'expansion de 4,1 pour cent, soit à peu près autant qu'en 1997, pour l'ensemble de la sous-région. Cette moyenne est tirée vers le bas par le Nigéria, où la croissance du PIB tombera à 2,7 pour cent contre 5,1 pour cent en 1997. En Afrique du Sud, malgré une certaine accélération – le taux de croissance passera de 1,7 pour cent à 2,2 pour cent – la croissance restera inférieure à la moyenne régionale. Si l'on exclut ces deux géants économiques, les projections du PIB de l'Afrique subsaharienne sont plus encourageantes: la croissance devrait s'accélérer pour atteindre 5,2 pour cent en 1998 contre 4,5 pour cent en 1997. La performance sera particulièrement bonne dans les pays CFA, où le taux moyen de croissance du PIB, estimé à 5,5 pour cent en 1997, est projeté à 6 pour cent pour 1998. Selon les projections du FMI, l'expansion devrait s'accélérer encore en 1999: le taux de croissance moyen du PIB devrait atteindre 4,8 pour cent pour l'ensemble de l'Afrique subsaharienne et 5,7 pour cent si l'on exclut le Nigéria et l'Afrique du Sud.

 Toutefois, d'importantes incertitudes pèsent sur les projections du FMI; il y a notamment de grands aléas dans le secteur agricole: les effets d'El Niño et l'éventuel déclin du cours des produits de base pourraient freiner l'expansion et l'empêcher d'atteindre les taux projetés.
 

Agriculture

 Les mauvais résultats de l'agriculture, dus en grande partie aux intempéries, sont une des principales causes du ralentissement de la croissance observé en Afrique subsaharienne en 1997; en effet, la performance économique globale s’est nettement améliorée. Selon les indices de la FAO, la production végétale et animale de l'Afrique subsaharienne5 aurait baissé de 1 pour cent en 1997; si ces estimations sont confirmées, ce sera la première fois que la production agricole aura diminué depuis 1987. Ce déclin représente une baisse de 3 à 4 pour cent de la production par habitant qui augmentait régulièrement depuis quatre ans. La production vivrière aurait baissé de 1,2 pour cent (ce qui correspond à une baisse de 3,9 pour cent de la production par habitant) tandis que la production de produits agricoles non alimentaires aurait augmenté de 0,8 pour cent. Si l'on inclut l'Afrique du Sud, la baisse de la production animale et végétale atteint 1,4 pour cent, car on estime que dans ce pays développé la production agricole a chuté de 4 à 5 pour cent en 1997.

La contraction de la production agricole est due à la forte réduction de la production végétale (-1,8 pour cent) et surtout de la production céréalière (-3 pour cent). La production animale a au contraire augmenté d'environ 1 pour cent, ce qui est toutefois moins que les quatre années précédentes.

 Les résultats de 1997 sont très contrastés, les plus mauvais étant dus essentiellement aux intempéries. C'est en Afrique australe que le recul a été le plus marqué: la production végétale y a baissé dans plusieurs pays (Afrique du Sud, Botswana, Lesotho, Malawi, Swaziland et Zambie) à cause des conditions météorologiques défavorables. En Afrique de l'Est, la production vivrière de la campagne secondaire a beaucoup souffert d'une grave sécheresse qui a frappé en début d'année le Kenya, l’Ouganda, la République-Unie de Tanzanie, la Somalie et une grande partie de l'Ethiopie méridionale, et la récolte de la campagne principale a elle aussi été réduite dans certains pays, en particulier en République-Unie de Tanzanie et en Ouganda, où les pluies ont été tardives ou capricieuses. Dans la région des Grands Lacs, la reprise de la production vivrière a été freinée par le manque de pluie dans certaines parties du Rwanda et du Burundi et par l'insécurité qui sévit dans les zones de conflits. En Afrique de l'Ouest, et en particulier en Mauritanie, la production végétale a beaucoup souffert d'une longue période de sécheresse en milieu de campagne.

L’agriculture n’a pas encore atteint le niveau de production par habitant qui serait nécessaire pour que l’agriculture puisse appuyer plus efficacement le développement économique et la sécurité alimentaire.
 Si l'on envisage l'évolution depuis cinq ans, même en excluant 1997, qui a été une année particulièrement mauvaise, on constate que la production agricole augmente maintenant à peu près au même rythme que la population (figure 20) mais que l'accroissement régulier de la production par habitant qui serait nécessaire pour que l'agriculture puisse appuyer plus efficacement le développement économique et la sécurité alimentaire est encore loin d'être acquis. En fait, l'indice FAO de la production agricole par habitant pour l'ensemble de la sous-région (à l'exclusion de l'Afrique du Sud) avait à grand-peine atteint 101,7 en 1996 (moyenne 1989-1991=100) pour retomber à 97,6 en 1997 selon les estimations actuelles.

 Pour 1998, les perspectives ne semblent guère meilleures étant donné les effets météorologiques imprévisibles d'El Niño. En Afrique de l'Est, les pluies torrentielles qui ont commencé en octobre 1997 ont provoqué de grandes inondations meurtrières qui ont ravagé les cultures, décimé le cheptel et beaucoup endommagé les réseaux routiers et ferroviaires. En Afrique australe, où l'on craignait qu'El Niño ne provoque de vastes sécheresses, cette menace est maintenant conjurée mais des pluies irrégulières et excessives ont provoqué localement des pertes de récoltes.
 

Evolution des politiques

 Dans son évaluation des facteurs qui expliquent l'amélioration de la performance économique en Afrique subsaharienne ces dernières années, le FMI attribue clairement un grand rôle aux réformes économiques qui ont été entreprises dans tous les secteurs, y compris le secteur agricole. En 1997 et au début de 1998, l'environnement est resté dominé par les politiques de libéralisation du marché et de privatisation ou de démantèlement des entreprises publiques de production et de distribution, qui ont été accompagnées d'un effort accru pour combattre le paupérisme et satisfaire les besoins sociaux.
Il y a eu de nombreux développements dans le domaine de la privatisation des entreprises publiques dans un certain nombre de pays.
 
FIGURE 20
AFRIQUE SUBSAHARIENNE
 

 La privatisation a progressé dans plusieurs pays en 1997 et au début de 1998. Les progrès ont été particulièrement marqués en Côte d'Ivoire où Palmindustrie, l'entreprise semi-publique de production d'huile végétale, a été privatisée en juin et où la privatisation de la Compagnie ivoirienne pour le développement des textiles (CIDT), qui avait jusqu'ici le monopole de la commercialisation du coton, doit bientôt commencer. D'autres entreprises agro-industrielles avaient été privatisées précédemment, par exemple la société semi-publique Sodesucre. Les progrès sont aussi notables dans d'autres pays. Ainsi au Botswana, une équipe spéciale a été mise en place pour étudier les modalités de la privatisation des entités publiques, y compris la Commission botswanaise de la viande. Au Cameroun, la société nationale du caoutchouc a été récemment privatisée, de même que d'autres entreprises et la privatisation de la société de production d'huile de palme, la Société camerounaise de palmeraies (SOCAPALM) est en cours. Trois autres grandes entreprises agro-industrielles doivent être privatisées avant 2000: la Cameroon Sugar Company, Inc.(CAMSUCO) (production de sucre), la Société de développement du coton au Cameroun (SODECOTON) et la Société camerounaise de développement qui, avec 13 000 salariés, est après l'Etat le deuxième employeur du pays; elle s’occupe de la production de bananes, de caoutchouc, de thé et d'huile de palme. Le Gouvernement éthiopien poursuit son programme de privatisation; il a récemment entrepris de vendre une entreprise textile et plusieurs tanneries. En Guinée-Bissau, le programme de privatisation des entreprises semi-publiques dans les secteurs du bois et des industries alimentaires se poursuit. Au Kenya, il est prévu de privatiser par émission d'actions la plus grosse entreprise nationale sucrière, Mumias Sugar. Au Lesotho, les moulins nationaux, qui avaient été créés pour améliorer l'autosuffisance alimentaire et auxquels la réglementation du marché et des prix assurait jusqu'aux réformes de 1995 une position de monopole, sont compris dans le programme de privatisation. Au Malawi, diverses entreprises ont été récemment privatisées; en particulier, la compagnie sucrière nationale a été transformée en société cotée en bourse. Le Gouvernement nigérian aurait décidé d'accélérer la privatisation de plusieurs entreprises publiques, notamment la société textile nationale et les sociétés de rizerie, de transformation de la viande et de laiterie. Au Rwanda également, la privatisation s'accélère; elle concerne par exemple les laiteries et les usines de traitement du thé. Au Sénégal, le gouvernement a décidé de vendre 51 pour cent du capital de la société nationale de traitement des arachides, la Société nationale de commercialisation des oléagineux (SONACOS). En République-Unie de Tanzanie, la politique de privatisation a principalement visé en 1997 le secteur du thé; la vente des usines de traitement de l'Office tanzanien du thé s'accompagnera d'un effort de développement du secteur des petites exploitations. Au Zimbabwe, l'ancien Office du lait a été transformé en 1997 en une société par actions, Dairyboard Zimbabwe Limited. L'Office du coton et la Commission des entrepôts frigorifiques devraient également être privatisés.

En 1997 et au début de 1998, on a assisté à d’ultérieurs développements dans le domaine des marchés et du commerce dans un certain nombre de pays.
 La libéralisation des marchés et du commerce avait déjà beaucoup progressé dans de nombreux pays d'Afrique; plusieurs ont entrepris de nouvelles réformes en 1997 et au début de 1998. En Côte d'Ivoire, où les importations de riz ont été libéralisées en janvier 1997 (et où les droits d'importation ont été modifiés afin de protéger les producteurs nationaux), le gouvernement a libéré en juin les prix intérieurs du sucre et des produits du tabac d'origine nationale. Il se proposerait de libéraliser les exportations de café à partir de 1998/99, puis celles de cacao. D'une façon générale, le gouvernement se désengage de la production et de la commercialisation des produits agricoles tout en appuyant le développement d'associations professionnelles d'agriculteurs capables de représenter ces derniers dans les négociations sur les prix et de leur fournir des intrants et une assistance technique.

 A Madagascar, la libéralisation graduelle du commerce agricole a culminé en 1997 avec la suppression de la taxe sur les exportations de vanille. Le Mozambique a abrogé en 1997 le régime de prix minimums fixés administrativement pour les cultures vivrières et compte le supprimer également pour les cultures de rente en 1998. Le gouvernement s'emploie aussi à supprimer les obstacles administratifs à l'investissement étranger. En 1997, les procédures d'enregistrement et d'octroi de licences de commerce devaient être simplifiées; cela devrait faciliter le commerce agricole.

 Le Gouvernement nigérian, après plusieurs années de graves pénurie d'engrais, a décidé de déréglementer leur commerce et de cesser de les subventionner. Cette réforme a beaucoup amélioré les disponibilités, mais on craint que le coût des engrais ne devienne prohibitif pour les petits exploitants.

 En Afrique du Sud, la Loi sur la commercialisation des produits agricoles, approuvée en septembre 1996 et qui a pris effet en novembre de la même année, a graduellement été mise en œuvre en 1997. Elle prévoit le démantèlement en 13 mois des offices publics qui contrôlaient le marché de toute une gamme de produits agricoles. Le dernier ayant perdu sa situation de monopole, vers la fin de 1997, est l'Office du blé. Les activités commerciales des offices doivent être reprises par le secteur privé et l'on s'efforce de transformer certains d'entre eux en entreprises sans but lucratif chargées de fournir certains des services qui étaient autrefois de leur ressort, comme l'information. A la suite de la libéralisation de la commercialisation des produits agricoles, les importations de produits agricoles ne sont plus assujetties qu'à des droits de douane, sans aucune autre restriction.

La lutte contre le paupérisme et la satisfaction des besoins sociaux sont spécifiquement incorporés dans les politiques des gouvernements africains et les programmes qu’ils négocient avec le FMI.
 De plus en plus de gouvernements africains ont adopté comme objectifs explicites la lutte contre le paupérisme et la satisfaction des besoins sociaux, qui sont également inclus dans les programmes négociés avec le FMI. Ainsi, au Botswana, le gouvernement a publié en 1997 une étude de l'incidence du paupérisme et des mesures d’intervention; au Burkina Faso, un des pays du monde où l'indice PNUD du développement humain est le plus bas, le gouvernement a fixé des objectifs quantitatifs précis dans les secteurs de l'éducation et de la santé afin d'accroître les taux de scolarisation et le nombre de centres de santé. De même, au Mozambique, le programme économique pour 1997/98, qui bénéficie de l'appui du FMI, comporte un accroissement du budget social en vue de réduire le paupérisme et fait une place importante au développement de la petite agriculture afin d'améliorer les revenus ruraux; au Niger, où l'indice du développement humain est aussi très bas, le gouvernement s'engage, dans le cadre du programme appuyé par le FMI, à développer la planification familiale et des programmes d'amélioration de la qualité de la vie à l'intention des femmes; des objectifs chiffrés sont prévus pour l'accroissement du taux de scolarisation entre 1996 et 1999 et celui des budgets de la santé et de l'éducation entre 1997 et 2000.

 Les régimes fonciers sont un autre problème prioritaire pour les gouvernements d'au moins certains pays d'Afrique. En Erythrée, une nouvelle loi agraire a pris effet en 1997. Elle autorise les ressortissants érythréens et les étrangers à louer des terres et la responsabilité de l'allocation des terres, qui relevait autrefois des municipalités, a été transférée au nouveau Ministère de la terre, de l'eau et de l'environnement. Au Malawi, le gouvernement envisagerait une vaste réforme agraire pour améliorer le sort des petits exploitants. Au Sénégal également, une grande réforme agraire est en préparation pour remplacer le système traditionnel par un régime foncier donnant aux agriculteurs la pleine propriété de la terre.

Les gouvernements des pays d’Afrique se préoccupent de plus en plus de la protection et de la régénération des forêts.
 En Afrique du Sud, le programme de redistribution des terres et d'aide aux petits agriculteurs avance lentement. En effet, aucune expropriation n'est prévue; seules les terres appartenant à l'Etat et les terres d'agriculteurs blancs endettés qui auront été saisies doivent être redistribuées aux agriculteurs noirs.

 Les gouvernements des pays d'Afrique se préoccupent de plus en plus de la protection et de la régénération des forêts. Le Burkina Faso a lancé en juillet 1997 un vaste programme de reboisement qui prévoit la plantation de 7 millions d'arbres dans certaines des zones les plus arides du pays en utilisant principalement des variétés capables de fournir des produits marchands en vue de relever les revenus ruraux. Quinze millions d'arbres avaient déjà été plantés entre 1994 et 1997 dans des zones menacées par la désertification. Le Gouvernement ivoirien a interdit en 1996 les exportations de grumes sauf celles de teck, afin de freiner la surexploitation des forêts et de promouvoir la production de valeur ajoutée dans le pays. Toutefois, les autorités auraient du mal à empêcher les empiétements illégaux de l'agriculture dans les forêts protégées. Au Gabon, le gouvernement cherche à stimuler les industries locales du bois: l'objectif est de transformer au Gabon même 50 pour cent de la production de grumes; le gouvernement envisagerait une réforme fiscale pour stimuler l'investissement dans la filière bois. A Madagascar, la forêt primaire a beaucoup reculé; la communauté internationale s'en est préoccupée et cherche à la protéger au moyen d’échanges dette contre nature. En Namibie aussi, les ressources forestières sont menacées par les coupes illicites. La réglementation des importations a été renforcée en 1997 pour aider à résoudre ce problème.


 

ENCADRÉ 5
POLITIQUE  DE DÉCENTRALISATION AU GHANA

Le Ghana est un des pays d'Afrique qui appliquent le plus résolument une politique de décentralisation. La décentralisation des organes législatifs et exécutifs a été mise en route par la Loi de décentralisation (Loi PNDC n° 207) promulguée en 1988, qui transfère les fonctions du secteur public, autrefois exercées à l'échelon national ou régional, aux administrations de district et municipales, afin de réduire la tâche du gouvernement central, d'améliorer l'efficience et d'accroître la participation des bénéficiaires aux coûts.

La constitution dispose qu'au moins 5 pour cent des recettes provenant de l'impôt (ou fonds commun) doivent être redistribuées aux districts. Les règlements d'application promulgués en 1994 établissent le cadre du processus de développement décentralisé. Mais les acteurs au niveau des districts n'ont pas les compétences et l'expériences nécessaires.

Le Ministère des collectivités locales et du développement rural est chargé de promouvoir le processus de décentralisation et c'est aussi lui qui est responsable du développement rural. Sa tâche consiste principalement à adapter les lois et à mettre en œuvre les règlements, à promouvoir la formation et le recyclage du personnel au niveau des districts et à renforcer les capacités nécessaires à cet effet. Le Ministère contrôle les administrations de district, mais n'a aucun pouvoir sur les assemblées de district à condition que celles-ci respectent la loi. L'unité de planification, qui compte une douzaine d'experts, fournit un appui et des services consultatifs pour le processus de décentralisation.

Une base institutionnelle a ainsi été créée pour la décentralisation, mais plusieurs problèmes, dont la gravité varie selon les districts, restent à résoudre. Les capacités locales d'autoassistance ne sont pas suffisamment mobilisées et il existe au niveau des districts un vaste gisement d'initiatives individuelles qui n'est pas exploité. En outre, les membres des assemblées ne sont pas pleinement conscients de leur responsabilité devant leurs mandants ni de leur pouvoir décisionnel en tant que membres d'un organe législatif. Les fonctionnaires de district se considèrent souvent encore comme des représentants du gouvernement central et prennent des décisions sans instructions de l'assemblée de district. Le personnel des départements techniques continue à suivre les règles fixées par les ministères; les mesures sont appliquées sans avoir été approuvées par l'assemblée de district. Il n'existe encore aucun plan intégré de développement de district.
 
 

Source: A. Engel. 1997. Decentralization, local capacity and regional rural development: experiences from GTZ-supported initiatives in Africa. Document présenté à la Consultation technique sur la décentralisation, 16-18 décembre 1997, FAO, Rome.

 


 

Décentralisation institutionnelle

Même avant la grande vague de réformes en Afrique, beaucoup de gouvernements avaient commencé à transférer des fonctions de décision et d'exécution aux administrations provinciales ou communales, aux institutions et collectivités locales et régionales ou à des organisations de la société civile. Mais de même que dans d'autres régions, le succès de ces expériences est mitigé. En effet, les institutions qui sont nécessaires pour appuyer la capacité locale de gestion sont souvent absentes ou insuffisantes et les liaisons entre les administrations locales et l'administration centrale laissent à désirer.6
Des mesures de stabilisation et d’ajustement structurel ont contribué à créer un environnement plus favorable à la décentralisation institutionnelle.
La décentralisation semble toutefois avoir repris de l'élan, en partie grâce à la transformation de l'environnement politique et économique. La démocratisation, la libéralisation de l’économie, l'adoption de mesures de stabilisation et d'ajustement structurel ont contribué à créer un environnement plus favorable à la décentralisation institutionnelle.

Dans un pays tel que le Ghana (voir encadré 5), la décentralisation des institutions – et en particulier des institutions responsables du développement rural – a été un des principaux éléments de la réforme structurelle. Malgré certains problèmes – qui peuvent être résolus – cet exemple montre à quel point une politique énergique de participation et de décentralisation peut stimuler le développement rural.
 

OUGANDA


CARTE 5
OUGANDA
 
 

Vue d’ensemble

Après une longue période catastrophique, l’économie ougandaise est entrée en 1996 dans une ère féconde de redressement économique. Les indicateurs économiques fondamentaux se sont beaucoup améliorés et le progrès social est un objectif prioritaire du gouvernement. Depuis 10 ans, le taux de croissance réel du PIB est bien supérieur à ce qu’il est en moyenne dans les autres pays d’Afrique subsaharienne (6,4 pour cent, contre 1,6 pour cent); le PIB par habitant a augmenté de près de 50 pour cent.

 L’Ouganda est un pays extrêmement pauvre. Il compte 20 millions d’habitants d’ethnies diverses. Classé parmi les pays les plus pauvres du monde, il avait en 1996/97 un PIB par habitant de 301 dollars EU (équivalant à 1 480 dollars par an sur la base de la parité de pouvoir d’achat). Le taux de croissance démographique est de l’ordre de 3,1 pour cent par an et le taux de fécondité est parmi les plus élevés du monde: 6,7 enfants par femme en âge de procréer. L’espérance de vie est une des plus basses du monde: 42 ans. Le sida est très répandu. Bas revenu, taux élevé de fécondité, indicateurs de santé préoccupants: la tâche sera lourde pour les dirigeants ougandais.

 L’Ouganda jouxte le lac Victoria, dans la région des Grands Lacs africains. Il s’étend sur 197 000 ha de terres riches très propices à l’agriculture. Il n’a guère de ressources minérales, mais il est riche en savanes herbeuses, en forêts claires et en formations broussailleuses. La densité démographique est plus élevée que dans les pays voisins, et la population est encore à 89 pour cent rurale. L’agriculture, principal pilier de l’économie, est dominée par les cultures vivrières de subsistance. Le principal produit d’exportation est le café.

 Après l’effondrement total des années 70, l’économie ougandaise s’est régulièrement redressée, mais elle reste très tributaire des cultures vivrières et une bonne partie de la population pratique l’agriculture de subsistance. Les problèmes économiques actuels sont dus aux pluies torrentielles de 1997, qui ont fait baisser la production agricole et les recettes d’exportation et monter les prix des vivres.
 

Histoire économique

 Au cours de ses 35 années d’indépendance, l’Ouganda a connu certaines des pires tragédies et des troubles les plus graves qui puissent s’abattre sur un pays. Les conflits tribaux et territoriaux faisaient rage, les diverses factions se disputant le pouvoir et les ressources productives. Entre 1971 et 1980, le pays a beaucoup souffert sous la féroce dictature militaire d’Idi Amin; pendant les cinq années qui ont suivi, il a connu des coups d’Etat à répétition qui ont débouché en 1986 sur la guerre civile. On estime que le terrorisme et la guerre civile ont fait quelque 500 000 victimes et chassé de leurs foyers un million de personnes.

Entre 1971 et 1980, plusieurs mesures ont été prises pour enrichir l’élite proche du pouvoir, ce qui a coûté très cher à l’économie. La politique de protectionnisme et d’expropriation n’a épargné pratiquement aucune activité économique; toutes ont été touchées par l’intrusion du secteur public et presque aucune n’est restée rentable et compétitive. A la fin de la guerre civile, en 1986, la situation était catastrophique: conflits frontaliers avec le Kenya, économie délabrée, corruption généralisée et présence de plus de 100 000 réfugiés. Les 10 années qui ont suivi ont été marquées par un progrès social et économique régulier.

Après l’effondrement total des années 70, l’économie ougandaise s’est régulièrement redressée et les indicateurs macroéconomiques et sectoriels sont remontés presque aux niveaux de 1970.
 Les indicateurs macroéconomiques et sectoriels sont remontés presque aux niveaux de 1970. Avant les troubles, les taux d’épargne et d’investissement privés atteignaient 15 pour cent du PIB, le PIB par habitant avait culminé à 331 dollars, les exportations de café, de tabac et de coton produisaient régulièrement un excédent en compte courant et le système de transport multimodal hérité du régime colonial britannique assurait le bon fonctionnement du commerce et des marchés. La situation sociale était relativement bonne: taux de vaccination des enfants de 70 pour cent, services d’éducation de bonne qualité et réseaux très étendus de soins de santé, même en milieu rural.
 
FIGURE 21
ÉVOLUTION DU PIB RÉEL EN OUGANDA
 

 Le taux moyen de croissance du PIB entre 1965 et 1995 a été de 2,8 pour cent, mais cette moyenne masque un déclin constant pendant les 10 ans du régime d’Amin Dada, jusqu’à son renversement au début des années 80. Après l’indépendance, le taux de croissance économique approchait de 5 pour cent par an (voir figure 15). Entre 1971 et 1981, le PIB réel a chuté de 20 pour cent et le PIB réel par habitant de 60 pour cent, tombant à moins de 100 000 shillings ougandais par an (100 dollars). Les exportations ont chuté de 60 pour cent. Le budget de l’éducation a baissé de 73 pour cent en valeur réelle et celui de la santé de 91 pour cent.

 Entre le début et le milieu des années 80, la situation s’était un peu améliorée; la croissance réelle était redevenue positive, mais le secteur moderne avait gravement souffert: les usines tournaient à 5 pour cent de leur capacité et l’économie était dominée par l’agriculture, dont la production servait à approvisionner le marché intérieur. En général, les mauvais résultats étaient dus au manque d’incitations commerciales et de prix rémunérateurs, aux erreurs du gouvernement, au mauvais fonctionnement du marché du crédit et aux risques économiques élevés.

Un regain de confiance dans l’économie et la stabilité politique ont encouragé l’épargne et l’investissement et stimulé l’intégration dans l’économie monétaire.
 La reprise économique, amorcée lentement en 1981, s’est ensuite accélérée. Le taux moyen de croissance économique est passé de 3 pour cent en 1981-1986 à 6,5 pour cent en 1987-1997. Les revenus par habitant sont remontés un peu au-dessus du niveau de 1965 (301 dollars en 1997) et des réformes structurelles ont été appliquées dans toute l’économie. Un regain de confiance dans l’économie et la stabilité politique ont encouragé l’épargne et l’investissement et stimulé l’intégration dans l’économie monétaire. En 1986, plus du tiers de l’économie et la moitié de l’économie agricole étaient basés sur le troc et les compensations non monétaires; mais cette proportion a diminué à mesure que le système financier s’améliorait. Aujourd’hui, environ 76 pour cent de l’économie est intégrée dans le système monétaire.
Certaines années, l’aide extérieure a représenté jusqu’à un cinquième du PIB mais, grâce à cette aide, l’Ouganda est aujourd’hui en voie de récupération.
 L’économie ougandaise a été appuyée par un volume important de prêts internationaux d’aide extérieure. Depuis le début de la reprise économique en 1988, l’Ouganda a reçu du FMI et de la Banque mondiale plus de 4 milliards de prêts à des conditions de faveur. Ces crédits, octroyés dans le cadre des mécanismes élargis de crédit et d’ajustement structurel de ces deux organisations, ont été utilisés pour appuyer la reconstruction et la réorientation macroéconomiques. Certaines années, l’aide extérieure a représenté jusqu’à un cinquième du PIB. Un nouveau crédit du FMI de 140 millions de dollars pour la période 1997-2000 a été approuvé en novembre 1997. Outre les donateurs multilatéraux, plusieurs membres de l’Union européenne et le Japon ont fourni d’importantes aides à l’Ouganda.

 Ainsi, un rétablissement fragile fait aujourd’hui suite à une longue période d’autodestruction. Le taux d’investissement a monté, l’inflation est relativement modérée depuis quatre ans, les dépenses publiques ont baissé, le régime de l’investissement privé a été amélioré et le déficit en compte courant a diminué. La réforme des politiques structurelles et sectorielles a valu à l’Ouganda la remise de 20 pour cent de sa dette extérieure au début de 1998. Dans le cadre de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés, la Banque mondiale et le FMI ont réduit de 650 millions de dollars la dette ougandaise qui atteignait 3,25 milliards de dollars. Le ratio dette/PIB, qui en 1993/94 était encore de 80 pour cent, devrait ainsi tomber à 50 pour cent en 1998.
 

FIGURE 22
RÉPARTITION SECTORIELLE DU PIB EN OUGANDA
 
 

Conditions macroéconomiques

 L’Ouganda peut être cité comme un exemple de succès des programmes d’ajustement structurel. En 10 ans, les réformes économiques ont ramené le déficit en compte courant à 10 pour cent du PIB (contre 50 pour cent), le poids du service de la dette à 21 pour cent du PIB (contre 125 pour cent) et le taux d’inflation à 11 pour cent (contre 237 pour cent). Ces résultats n’ont pas été obtenus sans difficultés, mais l’Ouganda progresse relativement vite vers les objectifs ambitieux qu’il s’était proposés dans son programme de redressement économique de 1987.

 En 1997, le PIB s’élevait à 6,3 milliards de dollars ainsi répartis: 88 pour cent pour la consommation privée, 9 pour cent pour les dépenses de l’Etat et 20 pour cent pour l’investissement (privé et public). En 1996/97 (l’exercice budgétaire va de juillet à juin), le taux de croissance réel a été de 5 pour cent; il devrait atteindre 5,5 pour cent en 1997/98 et 7 pour cent en 1998/99. Etant donné que le taux de croissance démographique est de l’ordre de 3 pour cent par an, une telle croissance du PIB implique une forte progression du revenu par habitant. L’économie est en grande partie tributaire de l’agriculture, mais l’importance de ce secteur diminue lentement à mesure que l’industrie et le commerce de gros et de détail retrouvent leur dynamisme d’autrefois (voir figure 22).

 Le vaste et ambitieux programme de réforme visait à assurer la reconstruction de l’économie et le passage d’une société de guerre à une société de production. Les principales réformes prévues étaient la libéralisation des prix à la production et à la consommation, la maîtrise de l’inflation, la déréglementation des taux de change surévalués, une réduction de 60 pour cent des forces armées, un désengagement de l’Etat des entreprises, la reconstruction des infrastructures et le rétablissement des systèmes financiers et de crédit.

 Les premières mesures prises en 1987/88 ont préparé le terrain à une restructuration radicale de l’économie. En 1987, lors d’une première dévaluation qui a été suivie d’autres, le shilling a été remplacé par le nouveau shilling ougandais et dévalué de 60 pour cent, ce qui a stimulé les exportations et fait chuter les importations. La dévaluation a fait monter les prix à la production des produits agricoles d’exportation et la production a suivi. Les années suivantes, les dépenses de l’Etat ont beaucoup baissé mais les coupes ont été limitées dans les secteurs prioritaires: soins de santé primaires, entretien des routes et éducation. La réduction des forces armées a été moins importante que ne le prévoyaient les objectifs initiaux, mais 20 000 soldats ont été démobilisés et la fonction publique a aussi été dégraissée. En vue de stimuler l’épargne et de mettre en place un système de crédit efficace, le gouvernement a libéralisé les taux d’intérêt et créé un marché de bons du Trésor pour financer ses opérations.

 Toutes ces mesures ont aidé à stabiliser l’environnement macroéconomique. Tous les marchés ont commencé à fonctionner plus régulièrement, les consommateurs comme les producteurs ont accepté de s’intégrer dans l’économie monétaire et les importateurs et les exportateurs n’ont plus été isolés des prix mondiaux. Le paiement des importations essentielles était garanti par les organismes donateurs, ce qui a évité les goulets d’étranglement et les problèmes de crédit qui auraient pu priver le pays de biens d’équipement nécessaires.
 

Situation actuelle

Les intempéries de 1996 et 1997 ont freiné la croissance, surtout celle de la production agricole, principal pilier de l’économie.
 Pour 1997/98, le gouvernement prévoit un taux de croissance du PIB de 7,5 pour cent; toutefois, les observateurs extérieurs pensent que la croissance ne dépassera pas 5,5 pour cent, les pluies ayant été excessives. Les intempéries de 1996 et 1997 ont freiné la croissance, surtout celle de la production agricole, principal pilier de l’économie, qui n’a été que de 1,1 pour cent en 1996/97, d’où une certaine contraction du secteur non monétaire. On prévoit que la reprise sera relativement rapide si les dépenses de l’Etat ne dérapent pas, ce qui ferait repartir l’inflation;  le pays devrait bientôt retrouver un taux de croissance du PIB de l’ordre de 7 à 8 pour cent. Le déficit des opérations courantes atteignait en 1996/97 quelque 6,5 pour cent du PIB, mais il devrait retomber en 1997/98 à 5,8 pour cent. Sans les dons de sources publiques, le déficit des opérations courantes aurait atteint 6,1 pour cent du PIB l’an dernier. Les réserves de change ont peu augmenté et représentaient en 1996/97 l’équivalent de 4,6 mois d’importation.

 Les recettes publiques restent très déficitaires. Les créanciers internationaux insistent auprès du gouvernement pour qu’il améliore les rentrées d’argent et mette en place des systèmes qui éliminent la contrebande et la corruption. Des progrès ont été accomplis entre 1991 et 1995/96: les recettes publiques ont doublé pour atteindre 11 pour cent du PIB et une taxe sur la valeur ajoutée a été introduite. La gouvernance du service des contributions a été réformée à la fin de 1997 pour juguler l’apparente corruption. C’était là une des conditions auxquelles était assujetti le prêt de 140 millions de dollars accordé en novembre 1997 par le FMI. Toutefois, les recettes fiscales restent inférieures aux objectifs du gouvernement; le problème tient en partie à l’importance de l’économie non monétaire, mais aussi à la difficulté de généraliser l’application de la nouvelle taxe sur la valeur ajoutée.

 Le gouvernement continue à s’efforcer en priorité de promouvoir une croissance générale et diversifiée de l’économie, de respecter une stricte austérité monétaire et budgétaire et de protéger les pauvres pendant que l’ajustement économique se poursuit. Cette politique est décrite dans le document-cadre mis au point en coopération avec les grands créanciers multilatéraux et diffusé en octobre 1997. Les prochaines étapes seront la réforme du secteur financier et la privatisation de nouvelles industries et services actuellement entre les mains de l’Etat. Ces mesures devraient accroître les recettes de l’Etat, réduire les effectifs de la fonction publique et stimuler d’importants investissements privés dans le pays. L’objectif du gouvernement est de faire passer les investissements de 20 à 23 pour cent du PIB pendant les trois années de la période de planification.

L’excédent de la balance des paiements s’est quelquefois traduite par une tendance à la hausse du cours du shilling ougandais.
 L’investissement étranger direct (IED) a augmenté ces dernières années, depuis la libéralisation en 1991 du régime de la propriété étrangère: il atteignait 160 millions de dollars en 1996/97, contre 3 millions seulement en 1993. Grâce à cet essor de l’IED, auquel se sont ajoutées d’importantes entrées de capitaux sous forme de prêts à des conditions de faveur et d’autres types d’aide étrangère, la balance des paiements est excédentaire depuis quelques années d’où, par moments, une tendance à la hausse du cours du shilling ougandais qui a obligé le gouvernement à intervenir en 1996/97 et de nouveau en 1997/98 pour stabiliser le taux de change. L’effort de stabilisation a été contrarié par l’utilisation croissante du shilling ougandais pour les opérations commerciales dans l’est de la République démocratique du Congo. Les envois en provenance de cette région ont fait un bond de 70 pour cent et certains observateurs estiment que jusqu’à un tiers de la masse monétaire ougandaise pourrait circuler en République démocratique du Congo. Cela pourrait créer des problèmes de liquidités.

 La privatisation progresse assez lentement. Le crédit accordé par le FMI en novembre 1997 est destiné en partie à l’accélérer. Il y a eu des investissements destinés à accroître la rentabilité et des privatisations dans beaucoup de secteurs, mais les télécommunications, les banques et le secteur de l’électricité ont encore besoin d’être remis en état. Selon le calendrier actuel convenu avec les donateurs extérieurs, le processus de privatisation devrait être mené à terme d’ici à la fin de 1999, avec la vente de plus de 70 entreprises publiques dans le secteur des industries extractives et manufacturières. Toutefois, au début de 1998, une controverse a éclaté au Parlement au sujet du programme de privatisation: certains estimaient que les entreprises étaient bradées à des investisseurs étrangers et craignaient que les ruraux n’aient plus accès au crédit après la vente de la Banque commerciale ougandaise. Des problèmes analogues ont entravé la vente du Service ougandais des postes et télécommunications.
 

Commerce extérieur

La valeur du commerce des marchandises et services équivaut à 25 pour cent du PIB, dont l’essentiel est imputable aux importations.
 Le commerce extérieur est important pour l’Ouganda, mais il n’est pas très diversifié. La valeur du commerce des marchandises et services équivaut à 25 pour cent du PIB, dont l’essentiel est imputable aux importations (près de 20 pour cent du PIB). L’Ouganda est membre du Marché commun d’Afrique orientale et australe (COMESA) et applique donc un tarif douanier préférentiel et faible à ses échanges avec les 12 autres Etats Membres. L’Ouganda est également membre de l’Organisation internationale du café, de l’Accord international sur le sucre et du Conseil international du coton.
 
FIGURE 23A
OUGANDA: PRINCIPALES IMPORTATIONS, 1996
 
FIGURE 23B
OUGANDA: PRINCIPALES EXPORTATIONS, 1996
 
FIGURE 24A
OUGANDA: PRODUCTION DES PRINCIPALES CULTURES D’EXPORTATION, 1987-1997
 
FIGURE 24B
OUGANDA: PRODUCTION DE CULTURES VIVRIÈRES DE BASE, 1987-1997
 

 Malgré le COMESA, les principaux fournisseurs de l’Ouganda sont des pays d’Europe et d’Asie. Les droits d’importation étaient jusqu’à tout récemment le principal poste des recettes de l’Etat (40 pour cent en 1994/95). Avant d’être supprimée, en 1992/93, la seule taxe sur les exportations de café fournissait 50 pour cent des recettes publiques. Le taux moyen des droits de douane était de 17 pour cent en 1994/95, mais certains droits ont été réduits depuis lors; le droit de douane de 145 pour cent sur le pétrole a été supprimé, mais il a été remplacé par une taxe d’accise de 215 pour cent. De même, les droits d’importation sur les produits de luxe ont été en partie remplacés par un droit d’accise en 1993/94; toutefois, les droits de douane sont encore relativement élevés. Les intrants agricoles sont admis en franchise.

 La balance des opérations courantes est fortement déficitaire en raison des importations de véhicules, de machines et équipement et de pétrole, qui représentent ensemble près de la moitié des importations totales. Ces importations sont essentiellement financées par les crédits de l’assistance étrangère. Les importations augmentent plus vite que les exportations, en particulier les importations de produits industriels nécessaires à la restructuration de l’économie (voir figure 23). L’Ouganda produit une partie de l’énergie dont il a besoin sous forme d’hydroélectricité, mais il doit importer du pétrole pour la majeure partie de ses industries manufacturières et de ses services de transport.

Les exportations traditionnelles de produits agricoles ont augmenté en valeur mais non en proportion du PIB ou des échanges totaux.
 Les exportations traditionnelles de produits agricoles (café, thé et coton) ont augmenté ces dernières années en valeur mais non en proportion du PIB ou des échanges totaux, car la croissance générale de l’économie est plus rapide que celle des cultures d’exportation traditionnelles (voir figure 24). Un bond de 70 pour cent des «autres» exportations (principalement de l’or) a amélioré la balance du commerce des marchandises et modéré l’accroissement du déficit des opérations courantes en 1997.

Les exportations totales ont augmenté de 7 pour cent en 1997, malgré la baisse de 13 pour cent de la valeur des exportations de café, due à la chute des cours internationaux qui a freiné l’essor attendu. Les recettes d’exportation de café ont encore baissé en 1997/98 car les intempéries ont fait chuter la production de 24 pour cent.

Encouragé par les créanciers internationaux, le gouvernement a promis de poursuivre la libéralisation du commerce. Le nouveau budget incorpore plusieurs réformes, notamment la réduction des droits de douane sur les marchandises provenant de pays n’appartenant pas au COMESA, qui sont ramenés de 30 à 20 pour cent, et l’élimination de toutes les interdictions d’importation.
 

Agriculture

Près de la moitié de la production agricole, représentant 19 pour cent du PIB, fait l’objet de troc ou d’autoconsommation et ne pénètre jamais dans les circuits marchands.
 L’économie ougandaise est dominée par l’agriculture. Le secteur agricole, qui fournit 44 pour cent de la production totale et 80 pour cent de l’emploi, est concentré dans le sud du pays, où le climat permet deux campagnes agricoles. La production des principaux produits agricoles est indiquée au tableau 4. Les plus importantes cultures d’exportation sont le café, le coton, le thé et le maïs. Les principales cultures vivrières sont les racines et tubercules, le maïs, les haricots, le sésame et le sorgho. Près de la moitié de la production agricole, représentant 19 pour cent du PIB, fait l’objet de troc ou d’autoconsommation et ne pénètre jamais dans les circuits marchands. L’agriculture est dominée par des exploitations de moins de 2 ha employant une main-d’œuvre familiale et des méthodes non mécanisées. L’agriculture de subsistance représente encore environ 40 pour cent de la production agricole et 20 pour cent de la production totale de l’économie ougandaise.
 
TABLEAU 4

Production agricole en Ouganda, 1996/97

 
Produit
Volume
(milliers
de tonnes)
Pourcentage
de la production
totale
Café
287 925
88
Thé
16 939
5
Plantains
9 144
3
Tabac
6 349
2
Plantes-racines
4 111
1
Céréales
1 588
0.5
Légumes secs
356
0.11
Fruits à coque
285
0.09
Total
326 697
100

 

 C’est le secteur agricole de subsistance qui a permis à la population ougandaise de survivre à la dévastation et à l’effondrement de l’économie moderne sous le régime d’Idi Amin; pour beaucoup, la sécurité alimentaire est encore assurée par de petites parcelles de terre ou des potagers familiaux. Même à Kampala et dans les autres agglomérations, la tradition agricole et la précarité du ravitaillement en provenance des zones rurales ont fait se développer une production agricole urbaine. Selon diverses estimations, la proportion des familles de Kampala qui ont des activités agricoles serait comprise entre 30 et 50 pour cent.7
 

PHOTO 8
Membres d'une famille récoltant le café
Le café représente environ 60 pour cent des exportations de l'Ouganda
 
 
Avant l’effondrement de son économie, l’Ouganda était autosuffisant en denrées alimentaires, grâce à la fertilité de ses sols et à son climat favorable.
Avant l’effondrement de son économie, l’Ouganda était autosuffisant en denrées alimentaires, grâce à la fertilité de ses sols et à son climat favorable. Aujourd’hui, les produits alimentaires (sucre, huile végétale et céréales) représentent 6 pour cent de sa facture d’importation. L’agriculture était autrefois une importante source de devises, c’est à elle qu’étaient principalement dus les excédents successifs de la balance des opérations courantes. Il n’y a pas de raison que cette situation ne se rétablisse pas, étant donné l’impulsion positive donnée par les réformes économiques en cours.

 Environ un tiers seulement des terres potentiellement cultivables sont actuellement exploitées et il n’y a pratiquement pas d’irrigation. Trente pour cent des terres cultivées portent des bananeraies, concentrées dans les zones de montagne de l’ouest et de l’est. La céréaliculture occupe 23 pour cent des terres cultivées, principalement dans le nord et le nord-ouest du pays; viennent ensuite les plantes racines, les légumes secs, les graines oléagineuses, le café et le coton.
 

FIGURE 25
COMPOSITION DES EXPORTATIONS DE L’OUGANDA, 1990-1996
 

 Malgré la croissance du secteur agricole, sa part dans le PIB et dans l’emploi a nettement diminué depuis une dizaine d’années, bien qu’elle reste prédominante. A la suite de l’effondrement économique des années 70 et 80, l’agriculture était pratiquement la seule activité productive et elle était vitale pour la survie de l’Ouganda. Mais les cultures d’exportation et les industries alimentaires ont beaucoup souffert et l’agriculture de subsistance est devenue la principale activité économique.

 Pas plus tard qu’en 1990, l’agriculture fournissait 57 pour cent du PIB ougandais et le café 80 pour cent des exportations. Le plan de redressement a permis de diversifier l’économie de sorte que le secteur manufacturier représente aujourd’hui 12 pour cent de la production contre 5 pour cent en 1987. Le secteur agricole s’est aussi diversifié. Le café ne fournit plus que 60 pour cent environ des exportations mais les recettes qu’il produit connaissent d’amples fluctuations depuis l’abandon en 1989 du système de quotas établi par l’Organisation internationale du café (voir figure 25).

 Les cultures vivrières occupent 92 pour cent des terres cultivées et représentent 71 pour cent de la production agricole. Le secteur vivrier a beaucoup souffert de la sécheresse à la fin de 1996 et au début de 1997, puis des pluies torrentielles et des inondations à la fin de 1997 et au début de 1998. A cause de la sécheresse, la production agricole n’a augmenté que de 3,9 pour cent entre 1996 et 1997, contre 8,6 pour cent l’année précédente. L’effet global de tous ces facteurs a été une chute de 25 pour cent de la production végétale entre le début de 1997 et le début de 1998; le FMI a dû revoir à la baisse ses prévisions de croissance du PIB, qui ont été ramenées de 8 à 5,5 pour cent pour 1997/98. En 1997, la production des cultures vivrières a été de très loin inférieure aux besoins de la population. L’état de famine a été déclaré dans 21 des 39 circonscriptions administratives, situées pour la plupart dans certaines des zones les plus vulnérables du nord, du nord-ouest et du sud-ouest qui abritent d’importantes populations de réfugiés.

L’Ouganda est le premier producteur de café de l’Afrique.
 L’Ouganda est le premier producteur de café de l’Afrique. C’est principalement grâce aux recettes provenant du café que le gouvernement a pu réduire le déficit du compte courant et reconstituer des réserves de change. Les cours internationaux du café ont beaucoup monté au début des années 90 et l’Ouganda se trouvait bien placé pour exporter. Malheureusement, cette hausse des prix a attiré de nouveaux producteurs sur le marché et l’augmentation de la production a fait retomber les prix (voir figure 26). En raison de la date de la récolte, le secteur du café a plus souffert des pluies de 1997/98 que de la sécheresse de l’année précédente. Les opérations de récolte et de séchage ont dû être interrompues ou retardées maintes fois au début de la récolte (fin 1997) et les usines de traitement tournaient au ralenti faute d’approvisionnement. Au début de la récolte, les exportations dépassaient à peine plus le tiers du niveau de l’année précédente; elles avaient toutefois bien repris à la fin de la campagne d’exportation, en avril 1998.

 Néanmoins, les recettes d’exportation continuent de souffrir de la faiblesse des prix. Selon les prévisions, le prix de la principale variété qu’exporte l’Ouganda, le robusta, baissera de 9 pour cent entre 1997 et 1998. Le marché de l’Ouganda risque d’être définitivement érodé par l’entrée des nouveaux fournisseurs et par le nouveau système de contrôle de la qualité qu’applique une importante société internationale de commerce de café basée à Londres. Il a été signalé récemment que des expéditions de café ougandais présentaient un taux d’humidité excessif et l’on craint que cette contre-publicité n’incite les acheteurs à s’adresser à d’autres producteurs maintenant que c’est possible.

 Le thé et le coton sont aussi traditionnellement d’importantes cultures d’exportation pour l’Ouganda. La production de thé a encore augmenté en 1997/98 par rapport à celle de 1996, et les recettes d’exportation devraient elles aussi progresser. La récolte de coton a souffert de la sécheresse du début de 1997, qui a obligé à interrompre les semis; par la suite, les pluies de fin de saison ont perturbé le transport aux usines d’égrenage en fin d’année. La production de coton de 1996/97 est tombée à 110 000 balles, près de moitié moins que l’année précédente. Toutefois, elle reste bien supérieure à ce qu’elle était au début des années 90. Une importante assistance multilatérale a été fournie à l’Ouganda pour moderniser les industries cotonnières afin que le coton redevienne une source majeure de devises pour le pays.
 

FIGURE 26


OUGANDA: RECETTES D’EXPORTATION ET COURS MONDIAUX DU CAFÉ, 1985-1996
 

 Thé et coton mis à part, les principales ressources agricoles de l’Ouganda sont la canne à sucre, les pâturages et les forêts. Ces trois secteurs ont redémarré depuis l’effondrement des années 70 et 80, mais ils ne jouent pas encore un grand rôle dans l’économie. La pêche, concentrée dans les grands lacs situés dans le pays et le long de ses frontières, est une importance source de protéines pour la population ougandaise et produit aussi des recettes d’exportation non négligeables.

Les effets des intempéries des deux dernières années montrent bien à quel point l’économie ougandaise est fragilisée du fait de sa dépendance vis-à-vis de l’agriculture.
 Les effets des intempéries des deux dernières années montrent bien à quel point l’économie ougandaise est fragilisée du fait de sa dépendance vis-à-vis de l’agriculture. Les pluies torrentielles ont provoqué des inondations et des glissements de terrain qui ont emporté les ponts et les routes, arraché les cultures et empêché la récolte, la livraison et la commercialisation des cultures vivrières. Le prix des aliments est monté en flèche, surtout dans les régions isolées, où les routes étaient devenues impraticables, et où il était impossible de livrer les récoltes aux usines de traitement. La baisse de la production vivrière et le ralentissement de la croissance de la production agricole en 1997/98 ont freiné l’expansion générale de l’économie.
 

Problèmes de l’agriculture et politiques agricoles

 Défaut de modernisation de l’agriculture. Les campagnes ougandaises n’ont guère changé depuis 30 ans et les pratiques agricoles sont restées figées. Quatre-vingt-dix pour cent des ruraux sont des agriculteurs ou des pêcheurs de subsistance. La productivité souffre du manque de machines et même d’animaux de trait, des infestations de ravageurs dans les cultures et les produits récoltés, des successions de sécheresses et d’inondations, du manque d’entrepôts et de la destruction d’une grande partie de l’excellente infrastructure de transport qui existait il y a 30 ans. Cinq pour cent seulement des Ougandais, concentrés à Kampala et dans les autres grandes villes, sont raccordés au réseau électrique.
Le gouvernement tient à améliorer la productivité dans l’agriculture de subsistance, qui est le pilier de l’économie.
 Avec le plan de modernisation de l’agriculture pour les années 1999-2002, l’Ouganda sort du stade de la remise en état pour entrer dans une ère de développement et de croissance économique. Le plan met l’accent sur le commerce régional des denrées alimentaires locales et sur des produits agricoles nouveaux, de plus grande valeur, destinés aux marchés internationaux. Le gouvernement tient à améliorer la productivité dans l’agriculture de subsistance, qui est le pilier de l’économie, et il s’est fixé pour objectif une progression de 6 pour cent par an de la superficie cultivée, surtout dans la grande agriculture commerciale.

Dans son effort pour combattre le paupérisme rural, le gouvernement s’inquiète de la sous-exploitation des terres cultivables qui tient à l’abandon dans lequel ont été laissés pendant des décennies les petits exploitants et au fait que la mécanisation, adoptée depuis longtemps dans le nord-est, n’a jamais atteint la masse des agriculteurs des autres régions. Les principales innovations de la politique agricole depuis 1990 sont la reconnaissance du rôle décisif des petits agriculteurs dans la production vivrière, la réduction des coûts transactionnels et la correction des défaillances des marchés fonciers et du crédit et l’expansion des services agricoles.

Le coût de l’exécution du plan de modernisation publié en janvier 1998 est estimé à 367 milliards de nouveaux shillings ougandais (approximativement 305,8 millions de dollars). Ses quatre grands axes sont les suivants: renforcement des liaisons entre recherche, vulgarisation et paysannat; action ciblée sur la production dans certaines zones; amélioration de l’accès au crédit en milieu rural; et promotion du développement des agro-industries rurales. Pour que le plan porte ses fruits, il faudra continuer à investir dans le réseau de transport et en particulier dans les routes de desserte rurales.

 Le plan de modernisation s’attaque de front au paradoxe de l’agriculture ougandaise, qui pourrait potentiellement nourrir une bonne partie de l’Afrique orientale, mais dont les rendements sont extrêmement bas en raison des pratiques surannées des agriculteurs de subsistance. La consommation d’engrais est très faible du fait de la désorganisation du marché. Il existe des écarts de prix considérables d’une zone à l’autre. Le plan prévoit une enveloppe de 120 millions de dollars pour améliorer et décentraliser les services de recherche et de vulgarisation. Malheureusement, bien que les agriculteurs soient en majorité des femmes, le programme de vulgarisation ignore les sexospécificités et il y a encore très peu de vulgarisatrices.

 Etant donné l’instabilité des marchés internationaux du café et des autres produits traditionnels d’exportation – coton, sucre et tabac – le gouvernement tient à diversifier l’économie, notamment en développant les exportations de produits non traditionnels. En 1996, celles-ci ont fourni 34,5 pour cent des recettes d’exportation, contre 14 pour cent en 1990. Il y a deux types d’exportations non traditionnelles, à savoir:

• Les aliments traditionnels de faible valeur, qui n’étaient pas exportés autrefois, en particulier le maïs, le riz, les haricots, les oléagineux et les produits laitiers. Ces produits sont maintenant exportés vers les pays limitrophes.

• Les nouveaux produits agricoles de grande valeur destinés aux marchés des pays riches: épices, primeurs, fruits charnus et fruits à coque, produits animaux y compris cuirs et peaux et chèvres sur pied pour le Proche-Orient, produits de la pêche, soie, pyrèthre et essence de citronnelle.

 Les infrastructures d’entreposage et de transport, mal adaptées aux produits très périssables, que ce soient des petits légumes frais ou des fleurs de serre à peine en bouton, sont incapables de répondre à la demande très exigeante du monde développé. Le plan de modernisation reconnaît que les marchés d’exportation sont limités, concurrentiels et instables et qu’ils ont des exigences très strictes en ce qui concerne le type, la taille et la qualité des produits, le conditionnement, la régularité et la fréquence des livraisons. Privé de littoral, l’Ouganda est défavorisé dans la concurrence avec les pays côtiers voisins tels que le Kenya pour exporter ses produits agricoles de valeur.

 Les marchés régionaux des produits de moindre valeur sont plus accessibles à l’Ouganda. Le plan de modernisation mise sur deux types de clients régionaux: les autres pays d’Afrique orientale comme le Kenya, la République-Unie de Tanzanie et l’Ethiopie, où les sécheresses et les inondations provoquent régulièrement des pénuries alimentaires, et les organismes internationaux qui aident les réfugiés et les personnes déplacées dans la région. Il prévoit un accroissement de 20 pour cent de la production de maïs, de riz, de haricots, d’oléagineux et de produits laitiers destinés à être vendus dans la région.

 Mais cette politique de commerce régional est entravée par la persistance d’obstacles aux échanges entre pays de la région. Le COMESA, dont l’objectif est de promouvoir le commerce, les investissements et les paiements entre les signataires, est parvenu à réduire les obstacles au commerce régional. Il reste encore à voir si les gouvernements des pays voisins et les organismes de secours seront en mesure d’acheter les produits alimentaires offerts par l’Ouganda. Il ne s’agit pas seulement de financement. Il est à craindre que le Programme alimentaire mondial (PAM) n’achète plus de produits alimentaires en Ouganda, découragé parce que les maisons de commerce locales n’ont pas toujours respecté leurs obligations contractuelles et que la qualité des produits fournis ne répond pas toujours à ses normes.

Un des principaux obstacles à la croissance est l’insuffisance des infrastructures de transport.
 Un des principaux obstacles à la croissance est l’insuffisance des infrastructures de transport. Les carences institutionnelles et les catastrophes naturelles ont freiné le programme de restauration du réseau routier. Les grands axes routiers ont été remis en état mais on estime qu’un quart des routes de desserte sont impraticables pendant la saison des pluies. En 1996, l’Ouganda et la Banque mondiale ont signé un programme décennal de 1,5 milliard de dollars pour l’amélioration du réseau routier. En 1997, la Banque mondiale a investi 30 millions de dollars pour renforcer la capacité institutionnelle de construction et d’entretien des routes et autant pour financer les réparations d’urgence rendues nécessaires par les pluies torrentielles et les inondations.

Manque de crédit agricole. Pour que l’agriculture puisse remplir sa fonction de moteur de la croissance ougandaise, il est essentiel qu’elle mobilise davantage d’investissements. Le paysannat n’a pratiquement pas accès au crédit pour améliorer la productivité ou créer des microentreprises. Les institutions bancaires n’ont pas de réseaux efficaces de guichets ruraux et considèrent que le crédit rural est trop risqué et leur coûte trop cher. Diverses initiatives ont été prises pour améliorer l’accès des petits exploitants au crédit. L’une d’elles est le programme de crédit aux petits agriculteurs, financé par des donateurs extérieurs. Les coopératives d’agriculteurs, présentes dans de nombreux villages, sont une source importante de crédit relais et d’autres aides.

 Le plan de modernisation prévoit une enveloppe de 37,27 millions de dollars pour développer le crédit rural et le rendre plus accessible. Dans un premier temps, de petits groupes de microcrédit encourageront les paysans à épargner et leur offriront des crédits d’un montant limité, financés par des sources extérieures. Au cours d’une deuxième étape, ces groupes se transformeront en véritables banques villageoises reliées au système bancaire structuré. Enfin, ces banques villageoises se regrouperont pour constituer des banques provinciales ou régionales, en concurrence avec les banques existantes. On compte beaucoup sur les coopératives villageoises de production et sur les organisations non gouvernementales pour appuyer le développement de ce modèle.

Instabilité économique et potentiel de développement. En général, l’économie ougandaise reste vulnérable à plusieurs facteurs d’instabilité dont le principal est le climat, qui peut être à l’origine de bonds spectaculaires de la production, comme en 1992/93, année où le PIB a progressé de 8,4 pour cent, mais qui peut aussi provoquer de graves crises de la production agricole, capables de freiner la croissance globale, comme en 1996 et 1997. Faute d’irrigation, d’un développement suffisant de la mécanisation et de systèmes adéquats d’entreposage, de transport et de distribution, le secteur agricole est mal équipé pour amortir ces chocs de l’offre.

 Les opérations militaires à la frontière et les populations de réfugiés sont aussi des facteurs d’instabilité. L’Ouganda héberge actuellement 265 000 réfugiés du Soudan, de la République démocratique du Congo et du Rwanda, qui vivent dans des camps permanents ou de transit. Ce sont pour la plupart des agriculteurs de subsistance. Ils ont souffert des insurrections et des attaques dans le nord de l’Ouganda, ayant parfois été chassés de leurs camps. En 1997, un grand nombre de réfugiés soudanais sont retournés dans le sud Soudan et d’autres ont quitté les camps pour aller vivre près de la frontière septentrionale de l’Ouganda.

 Enfin, l’assistance étrangère est à la fois un facteur d’instabilité et un facteur de stabilité pour l’économie ougandaise. L’Ouganda a réussi sa restructuration macroéconomique et est ainsi devenu un client privilégié pour les programmes de prêt des donateurs multilatéraux et bilatéraux. Mais la poursuite des réformes dépend presque entièrement de l’aide extérieure. Les importations de machines et d’équipement indispensables pour continuer à renforcer le secteur manufacturier sont généralement financées par des sources extérieures, de sorte que les fournisseurs n’ont pas à craindre de ne pas être payés. Mais ce financement extérieur des biens d’équipement entretient un déficit en compte courant qui ne serait pas viable sans cette aide. Quoi qu’il en soit, les avantages qui résulteront à long terme du développement de la capacité du secteur manufacturier justifient le déséquilibre de la balance commerciale.
 

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