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Asie et Pacifique

VUE D'ENSEMBLE

 

Evolution économique

En 1997, la croissance économique a été plus élevée dans la région Asie-Pacifique que dans aucune autre région.
 Malgré la crise financière qui a frappé l'Asie de l'Est et du Sud-Est et les effets d'El Niño, les taux de croissance économique de 1997 ont de nouveau été plus élevés dans la région Asie-Pacifique que dans aucune autre, de sorte que le revenu par habitant a augmenté dans la plupart des pays. Toutefois, la croissance a encore ralenti; elle n’a été que de 6,1 pour cent contre 7,5 en 1996 et 8,2 en 1995; de toutes les sous-régions de l'Asie, seules les Républiques d'Asie centrale ont été épargnées par ce ralentissement. L'évolution est contrastée selon les pays et les régions. L'Asie du Sud-Est et la République de Corée ont particulièrement souffert de la tempête financière et monétaire pendant le second semestre. En Asie du Sud-Est, le taux global de croissance économique a baissé de près de moitié. En Thaïlande et dans plusieurs pays insulaires du Pacifique, il a même été négatif. Dans les pays nouvellement industrialisés – Hong Kong, République de Corée, Singapour et Taïwan Province de Chine, le taux moyen de croissance a fléchi, mais il est resté très satisfaisant à 6 pour cent. En République populaire de Chine, l'activité économique s'est un peu calmée, mais le taux de croissance a tout de même atteint le chiffre remarquable de 8,8 pour cent. En Inde, il s'est établi à 5 pour cent contre 7,5 pour cent l'année précédente. La croissance économique réelle dans l'Asie en développement continuera de ralentir à mesure que tous les effets de la crise monétaire et financière se feront sentir: elle devrait tomber à environ 4 pour cent en 1998, pour remonter à un peu plus de 5 pour cent en 19998.

 L'évolution de l'activité économique asiatique a été dominée en 1997 par le double choc qui a ébranlé l'Asie du Sud-Est. D'une part, la production agricole, la sécurité alimentaire et la santé publique ont souffert des perturbations météorologiques provoquées par El Niño; d'autre part, les systèmes financiers ont été ébranlés par les dévaluations, l'exode des capitaux après une longue période de flux positifs, les tensions dans les systèmes bancaires et sur le marché des capitaux, les crises de liquidités dans les entreprises et le manque de crédit. Vers la fin de l'année, cette crise financière s'est étendue à la République de Corée. Face à cette crise, le FMI a lancé des programmes de sauvetage en faveur de l'Indonésie, de la République de Corée et de la Thaïlande, pour un total de plus de 100 milliards de dollars.
 

FIGURE 27
ASIE ET PACIFIQUE
 

 On trouvera ci-après une explication sommaire de la crise monétaire et financière. La mondialisation rapide, qui a beaucoup rapporté à l'Asie en développement, a en même temps accru les risques liés aux erreurs persistantes de la politique économique et financière, aux faiblesses des institutions financières et aux défauts de gouvernance tant dans les entreprises que dans les administrations publiques. Les échanges progressaient rapidement tandis que les taux de change nominaux restaient liés au dollar EU, dont la valeur augmentait. D'importants déficits des comptes courants sont apparus, dus en partie à la transformation structurelle de l'économie «réelle» des pays concernés, et en partie à l'appréciation de leurs taux de change réels. Les flux de capitaux étrangers – dont une petite partie seulement était constituée par des investissements étrangers directs, le reste consistant en investissements de portefeuille ou prêts du secteur bancaire, essentiellement à court terme – contribuaient à entretenir les déficits croissants en compte courant et la hausse des taux de change. Une fois que les capitaux privés ont commencé à affluer, le cours des actifs a monté, attirant de nouveaux flux de capitaux.

 L'afflux de capitaux étrangers privés a provoqué des déséquilibres du secteur bancaire dans les pays les plus touchés, car les engagements étrangers des banques commerciales augmentaient plus rapidement que leurs avoirs étrangers, et la garantie des prêts était constituée en grande partie par des biens fonciers et des actions dont les prix étaient gonflés par la spéculation. En outre, les échéances de l'actif et du passif étaient mal équilibrées. La réglementation des établissements financiers était souvent laxiste et peu transparente et certains se comportaient comme s'ils considéraient implicitement que leurs engagements étaient garantis par leurs gouvernements. Dans le contexte de l'afflux massif de capitaux étrangers, cette garantie implicite des gouvernements encourageait des prises de risques excessifs, d'où une détérioration de la qualité des portefeuilles de prêt. Le postulat implicite que les taux de change fixes seraient maintenus indéfiniment n'incitait guère les opérateurs à couvrir leurs engagements étrangers contre les risques de change.

Pour les cinq pays les plus gravement touchés par la crise, les mouvements de capitaux se sont soldés en 1997 par une sortie nette de 12 milliards de dollars contre une entrée nette de 93 milliards en 1996.
 Les taux d'épargne étaient en général élevés, mais cette épargne n'était souvent pas investie de la façon la plus productive. Les investisseurs, déçus par la baisse de rentabilité, surtout après le ralentissement des exportations en 1996, ont rapidement perdu leur enthousiasme et les capitaux ont commencé à refluer. Pour les cinq pays les plus gravement touchés par la crise (Indonésie, République de Corée, Malaisie, Philippines et Thaïlande), les mouvements de capitaux se sont soldés en 1997 par une sortie nette de 12 milliards de dollars contre une entrée nette de 93 milliards en 1996. La valeur des monnaies a commencé à baisser et les taux d'intérêt à monter. Les ratios élevés d'endettement, sans couverture, qui en des temps meilleurs donnaient une souplesse financière utile pour stimuler la croissance, ont commencé à mettre en danger l'équilibre financier des entreprises et de leurs créanciers institutionnels.

Les conséquences sociales de la crise, de plus en plus visibles, risquent d'être graves. Le chômage et l'inflation montent. Les fermetures d'entreprises et les licenciements massifs ont déclenché de vastes exodes. Les filets de sécurité sociale, le plus souvent faibles ou peu développés, sont soumis à une tension croissante. La gravité des problèmes varie selon les pays, mais elle est parfois préoccupante. Par exemple, en République de Corée, l'indice des prix de gros et de détail a baissé au cours du second semestre de 1997, et ce pour la première fois depuis 18 ans, et poursuivra sans doute sa chute vertigineuse pendant le premier semestre de 1998. Ce marasme de la consommation est un symptôme de la faible croissance des revenus et de la perte de confiance des consommateurs. L'Indonésie a été frappée de plein fouet par la crise financière, dont les effets se sont conjugués avec ceux des problèmes politiques et des feux de forêt qui ont ravagé les zones touchées par les sécheresses liées à El Niño. Les populations indonésiennes ont souffert de pénuries alimentaires et les prix ont monté; le taux d'inflation atteindra sans doute 16 pour cent en 1998, contre 11 pour cent en 1996, bien que la consommation privée soit très déprimée, et le chômage, déjà considérable, augmentera encore dans des proportions notables (on prévoit pour 1998 que le nombre des chômeurs atteindra 8 à 9 millions). L'économie philippine a bien réagi à la crise: le PNB a augmenté de 5,8 pour cent, grâce en partie aux envois de devises fortes des travailleurs émigrés. Les Philippines sortiront donc de la crise avant la plupart des autres pays de la région, mais elles n'ont pas échappé au ralentissement de la croissance et à la montée du chômage, qui devrait passer de 8,7 pour cent en 1997 à plus de 9 pour cent en 1998.

Pour les pays d’Asie, comme d’ailleurs pour le reste du monde, les perspectives économiques dépendront dans une large mesure du rythme et de l’ampleur de la reprise au Japon.
 Pour les pays de la région, comme d'ailleurs pour le reste du monde, les perspectives économiques dépendront dans une large mesure du rythme et de l'ampleur de la reprise au Japon. Les problèmes économiques intérieurs de ce pays, notamment ceux du secteur financier, sont très graves et le resteront probablement pendant un certain temps. Les pays d'Asie ne peuvent donc guère compter sur la reprise de la demande d'importation japonaise pour stimuler leur activité économique. De plus, les investissements japonais dans la région sont aussi déprimés. Si le Japon entre dans une ère prolongée de récession, cela ne peut qu'assombrir les perspectives économiques de l'ensemble de la région et en particulier celles des principaux partenaires commerciaux de ce pays.
Les atouts qui ont favorisé la croissance rapide du passé devraient permettre un nouvel essor pourvu que les réformes nécessaires des institutions et des politiques soient faites.
 Quoi qu'il en soit, les taux de croissance des années d'avant la crise ne se rétabliront pas avant un certain temps. Le rétablissement sera plus long dans certains pays que dans d'autres, mais les atouts qui ont favorisé la croissance rapide du passé devraient permettre un nouvel essor pourvu que les réformes nécessaires des institutions et des politiques soient faites.

 En République populaire de Chine, la croissance économique décélère régulièrement depuis 1992, sous l'effet des mesures fiscales et monétaires et des politiques de prix et de crédit adoptées pour éviter la surchauffe. En 1997, le taux de croissance économique a été de 8,8 pour cent. La République populaire de Chine n'a pas directement souffert de la crise financière asiatique, mais elle pourrait s'en ressentir à moyen terme car la demande s'affaiblira sur ses marchés d'exportation, qui seront en même temps l’objet d'une concurrence plus intense de la part de pays dont la monnaie a perdu beaucoup de sa valeur; en outre, les investissements étrangers risquent de diminuer. Cependant, un effort accru pour corriger les faiblesses du secteur bancaire et des entreprises d'Etat pourrait rendre la Chine moins vulnérable à d'éventuelles crises analogues dans le futur.

 En Inde, le taux de croissance du PIB est tombé à 5 pour cent contre 7,5 pour cent en 1997, sous l'effet conjugué des intempéries, du ralentissement de la demande de produits manufacturiers et des goulets d'étranglement dans les infrastructures. Le déficit en compte courant a augmenté de plus de 2 milliards de dollars parce que les importations, stimulées par la libéralisation des échanges, ont augmenté pour parer au déficit de la production nationale de biens essentiels, y compris de produits alimentaires. Le taux de croissance économique devrait toutefois remonter à quelque 6,5 ou 7 pour cent en 1998 et en 1999, mais l’expansion sera freinée par l'insuffisance des infrastructures. L'Inde devra peut-être dévaluer la roupie pour maintenir sa compétitivité face aux dévaluations massives des monnaies des pays d'Asie du Sud-Est.

La nouvelle Région administrative spéciale de Hong Kong confirme son rôle de plate-forme financière et de centre de services aux entreprises.
 Dans les pays nouvellement industrialisés – Chine – Région administrative spéciale de Hong Kong, République de Corée, Singapour et Taïwan Province de Chine – le taux de croissance du PIB réel est tombé à 6 pour cent en 1997, principalement parce que les exportations ont fléchi du fait de la contraction de la demande mondiale de produits électroniques, de semi-conducteurs, d'acier et de produits pétrochimiques. Le taux d'inflation est resté modéré: 3,5 pour cent. Le transfert de la souveraineté de Hong Kong à la République populaire de Chine s'est fait sans heurt au milieu de 1997. La nouvelle Région administrative spéciale de Hong Kong confirme son rôle de plate-forme financière et de centre de services aux entreprises, même si la crise économique et la hausse des taux d'intérêt ont ralenti l'activité économique. A la fin de 1997, la République de Corée a été frappée par la tempête financière et monétaire et a dû entreprendre d'importantes réformes pour pouvoir bénéficier d'un programme de sauvetage de plus de 50 milliards de dollars mobilisés par le FMI. La politique restrictive entraînera une contraction de l'économie et il faudra probablement au moins deux ans avant que celle-ci ne reprenne son élan. Singapour a relativement moins souffert de la crise financière que ses voisins, mais elle a dû dévaluer sa monnaie et l'indice des valeurs boursières a beaucoup baissé. Sa croissance économique sera probablement tempérée pendant un certain temps par les répercussions de la crise et en particulier par les retombées de la situation indonésienne. Taïwan Province de Chine a été relativement épargnée par la tourmente financière, mais elle continue à réformer son secteur bancaire et financier et poursuit sa politique de promotion des activités à technologie de pointe.

 L'Asie du Sud-Est a souffert des effets matériels d'El Niño et des effets économiques de la crise financière tant en 1997 qu'au début de 1998. Le taux de croissance est tombé de plus de 7 à moins de 4 pour cent. L'économie cambodgienne a été morose: à peine de 2 pour cent de croissance du PIB, taux d'inflation supérieur à 9 pour cent et recettes budgétaires inférieures à 10 pour cent du PIB. Toutefois, le taux de croissance de l'agriculture, qui est la principale activité économique, est remonté à 4,9 pour cent, contre 1,8 pour cent seulement en 1996. Comme on l'a vu plus haut, l'Indonésie, malgré des paramètres macroéconomiques favorables, s'est très durement ressentie de la crise économique régionale à la fin de 1997. Elle a maintenant entrepris un ensemble de réformes économiques appuyées par un programme international de sauvetage de quelque 40 milliards de dollars. La République démocratique populaire lao a poursuivi sa croissance régulière en 1997, mais son commerce et sa monnaie ont souffert de la crise qui a ébranlé la Thaïlande, son principal partenaire commercial. En Malaisie, le taux de croissance économique est tombé à 7,5 pour cent en 1997 et la crise économique s'est manifestée par une dépréciation massive du ringgit et une forte chute des cours de la bourse. Les mesures budgétaires et monétaires prises pour parer à la crise à la fin de l'année ont aussi freiné la croissance. Au Myanmar, la lente transition vers l'économique de marché a continué; l'accession à l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE) devrait aider le pays à s'intégrer dans l'économie régionale et mondiale. En Thaïlande, la longue ère de forte croissance a brutalement pris fin et a même été suivie en 1997 d'une légère contraction, l'effondrement du baht ayant aggravé les effets de la crise monétaire et financière régionale. La croissance sera encore négative en 1998 mais les réformes, facilitées par un programme d'assistance internationale, progressent bien et la croissance devrait redevenir positive (mais modeste) en 1999. Le Viet Nam a affiché en 1997 un taux de croissance de 9,2 pour cent, alimenté par une expansion vigoureuse tant dans le secteur agricole que dans l'industrie; la croissance ralentira probablement en 1998, quand le pays se ressentira de la crise dont souffre le reste de la région.

 En Asie du Sud, le taux de croissance économique, qui s'était établi en moyenne à 6,8 pour cent entre 1994 et 1996, est tombé en dessous de 5 pour cent en 1997. L'évolution est très contrastée selon les pays tant en ce qui concerne l'investissement qu'en ce qui concerne les taux de croissance de l'agriculture et du secteur manufacturier. Au Bangladesh, le secteur manufacturier a stagné mais, grâce à l'expansion dynamique de l'agriculture, le taux de croissance global a été de 5,7 pour cent. Le taux d'inflation a pu être maintenu aux environs de 4 pour cent, grâce à la faible augmentation du prix des aliments. Au Népal, le taux de croissance du PIB est tombé à 4,3 pour cent en 1997, principalement parce que les secteurs non agricoles ont souffert du manque d'infrastructures et de personnel qualifié. Au Pakistan, le taux de croissance est tombé à 3,1 pour cent en 1997 et les déséquilibres macroéconomiques se sont accentués: le déficit budgétaire et le déficit des opérations courantes ont tous deux atteint l'équivalent d'environ 6 pour cent du PIB. A Sri Lanka, le secteur agricole et le secteur manufacturier ont été très dynamiques et le pays a ainsi pu afficher un taux de croissance de 6,3 pour cent, tout en maintenant l'inflation en dessous de 10 pour cent.
 

L'agriculture: bilan et problèmes

Dans l’ensemble, 1997 a été une mauvaise année pour l’agriculture de la région Asie et Pacifique – malgré la croissance économique générale enregistrée dans la région.
 Dans l'ensemble, 1997 a été une mauvaise année pour l'agriculture de la région. Le taux d'expansion de la production agricole, qui n'avait été inférieur à 4 pour cent qu'une seule fois depuis 1990, est tombé à 2,6 pour cent9 . En effet, il a chuté dans la plupart des grands pays de la région – Chine, Inde, Bangladesh, Viet Nam, Philippines, Myanmar, Malaisie et Cambodge. La production a même diminué (de 2 à 3 pour cent) en Indonésie. La croissance de la production agricole s'est au contraire accélérée au Pakistan, en République de Corée, au Népal et à Sri Lanka mais, dans ce dernier pays cet accroissement ne fait guère plus que compenser la forte baisse de 1996.

 En République populaire de Chine, la récolte de céréales a été excellente pour la troisième année de suite, ce qui a permis de maintenir le dynamisme de la croissance économique (qui a toutefois un peu ralenti) et de freiner l'inflation en 1997. Les mesures appliquées depuis 1995 dans le cadre de la Politique du sac de céréales, telles que l'accroissement des investissements publics dans l'agriculture et la hausse des prix d'achat pratiqués par l'Etat, ont permis de maintenir à 4 pour cent le taux de croissance de l'agriculture, qui avait été de l'ordre de 7 pour cent les deux années précédentes. La production céréalière, bien qu’en légère baisse, a atteint 441 millions de tonnes, niveau qui n'a été dépassé qu’en 1996. Depuis 1994, les emblavures ont augmenté de plusieurs millions d'hectares, concentrés dans les provinces côtières.
L'agriculture fournit un peu plus du quart du PIB de l'Inde; toutefois sa production n'a augmenté que d'un peu plus de 1 pour cent en 1997 parce que les moussons ont été tardives dans certaines zones et que d'autres ont souffert de pluies intempestives. Le gouvernement a lancé la première grande vague de libéralisation du secteur agricole depuis le début des programmes de réformes: l’importation de 150 produits alimentaires a été partiellement ou complètement libéralisée et le taux maximum des droits a été ramené de 50 à 40 pour cent. L'Inde demeure une importante exportatrice nette de produits agricoles et, généralement, elle est autosuffisante en céréales vivrières. Le gouvernement commence à s'inquiéter du coût croissant des subventions, notamment dans le secteur agricole (subventions des céréales vivrières et des engrais et fortes subventions de l'eau et de l'énergie). La réduction des subventions pourrait contribuer à rationaliser l'utilisation des intrants et la distribution des céréales, mais risque d'avoir de graves effets sur l'équité et d'être politiquement difficile.

 Au Bangladesh, la croissance de la production agricole qui, stimulée par l'amélioration des disponibilités d'intrants et de crédit rural, avait atteint 4,5 pour cent deux années de suite, est retombée à 1 pour cent. L'agriculture fournit encore environ un tiers du PIB et les deux tiers de l'emploi. Toutefois, la production alimentaire et agricole a à peine suivi la croissance démographique pendant les années 90; plus de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et la malnutrition infantile et maternelle est très répandue. En outre, la compétitivité des exportations bangladaises à forte intensité de main-d'œuvre, telles que les vêtements et les aliments congelés, risque de souffrir des fortes dépréciations des monnaies des pays d'Asie du Sud-Est.

 En Indonésie, la production agricole a été réduite par l'effet conjugué de la sécheresse provoquée par El Niño et de la brume sèche due aux feux de forêt, d'où une hausse du prix des vivres, encore accentuée par la dépréciation massive de la roupie. Pour combattre la sécheresse et parer à ses effets, le Gouvernement indonésien a entrepris des opérations d'ensemencement des nuages, distribué gratuitement des semences aux agriculteurs qui avaient perdu leurs récoltes de produits alimentaires (en particulier de riz) et distribué des motoculteurs pour accélérer les semailles dans les principales zones rizicoles. Malgré tout, la production de paddy, qui avait déjà beaucoup baissé en 1997, sera encore plus faible en 1998. Une assistance internationale massive est nécessaire pour parer à la pénurie de riz. Le gouvernement prévoit d'importer environ 1,5 million de tonnes, ce qui laissera encore un déficit estimé à 2 millions de tonnes.

En République populaire démocratique de Corée, trois années de catastrophes naturelles ont accentué les graves problèmes structurels de l’économie du pays.
 En République populaire démocratique de Corée, après deux années successives d'inondations, l'été 1997 a été marqué par une grave sécheresse et un cyclone dévastateur: la situation alimentaire est catastrophique; la population souffre et le niveau nutritionnel est en chute libre. La production céréalière de 1997 est estimée à 3,7 millions de tonnes, contre 4,5 millions en 1996 et 5 millions en 1994. Mais ces trois catastrophes naturelles consécutives n'ont fait que révéler et aggraver les graves problèmes structurels de l'économie et de l'agriculture coréennes. La production céréalière n'a cessé de baisser après avoir culminé à 7,1 millions de tonnes en 1986.

 En République démocratique populaire lao, malgré les inondations dont ont souffert certaines zones en 1997, la croissance du secteur agricole – qui représente encore plus de la moitié du PIB – s'est accélérée grâce à l'amélioration des conditions météorologiques générales et à l'accroissement des incitations à la production agricole. L'agriculture de subsistance, dont l'importance est considérable, a contribué à protéger dans une certaine mesure l'économie réelle contre la crise régionale, mais la crise thaïlandaise et les inondations ont fait monter les prix agricoles.

 Les graves inondations dont a souffert le Myanmar à la mi-97 ont détruit environ 1,2 million d'hectares de rizières et provoqué une hausse du prix des vivres et une inflation générale. Au début de septembre, le gouvernement a été obligé de demander une aide alimentaire d'urgence aux Nations Unies. Pour stimuler la production de riz et, si possible, les exportations, le gouvernement a remplacé son système de livraison obligatoire d'un certain contingent de paddy par un système de soumissions cachetées.

 Au Népal, l'agriculture ne fournit plus qu'environ 41 pour cent du PIB, mais elle emploie quelque 80 pour cent des actifs. Une proportion importante de la population a donc profité de la croissance de 3 pour cent de la production agricole enregistrée en 1997. L'application du Plan prospectif pour l'agriculture devrait amortir les effets des conditions météorologiques défavorables du début de 1998, mais elle n'empêchera pas un ralentissement de la croissance agricole.

 Au Pakistan, la croissance de la production agricole n'a pas dépassé 2 pour cent en 1997 car la productivité déjà faible a souffert des pluies intempestives et des attaques de ravageurs et virus du coton. La production de certaines des principales cultures – coton, canne et sucre et blé – a baissé. La chute de la production de coton s'est aussi traduite par une contraction des exportations. Pour améliorer les résultats de l'agriculture et réduire les importations agricoles, le gouvernement a annoncé un train de mesures d'incitation et notamment un relèvement des prix de soutien, une baisse du prix des intrants, une expansion du crédit agricole et une amélioration des réseaux d'irrigation et de drainage.

 Aux Philippines, la grave sécheresse liée à El Niño et la chute du cours du peso ont fait tomber à 0,4 pour cent à peine le taux de croissance de l'agriculture. De plus, l'emploi dans l’agriculture, qui occupe environ 40 pour cent des actifs, diminuera probablement en 1998 quand les effets à retardement d'El Niño se feront sentir.

 A Sri Lanka, le secteur agricole s'est rétabli en 1997 et a affiché un taux de croissance de 7 à 8 pour cent grâce à des conditions météorologiques favorables. Les exportations agricoles ont un peu augmenté en volume et beaucoup plus en valeur grâce à la hausse du cours du thé et de la noix de coco.

 En Thaïlande, la production agricole a aussi souffert des sécheresses dues à El Niño: elle a à peine augmenté en 1997 et la production céréalière a même diminué de quelque 3 pour cent. Grâce au dynamisme économique qui avait caractérisé la Thaïlande jusqu'au milieu de 1997, la demande de produits agricoles avait augmenté et s'était diversifiée. Par ailleurs, l’expansion avait été en partie alimentée par les exportations agricoles, en particulier de riz, de sucre, de produits halieutiques, de caoutchouc et de viande de volaille. La crise financière actuelle menace cette croissance synergique en bridant la demande intérieure et en faisant monter le prix des intrants agricoles importés. Toutefois, la dépréciation du baht pourrait améliorer la compétitivité des exportations thaïlandaises, particulièrement pour celles ayant une faible composante de produits importés.

 Au Viet Nam, la riziculture, qui produit l'aliment de base de la population et qui est à la fois la principale activité agricole et une importante source de devises, a été épargnée par les pires effets d'El Niño et la production agricole a augmenté de 1,5 pour cent. Le prix du riz et des autres denrées alimentaires a baissé pendant le premier semestre de 1997, de sorte que l'inflation a ralenti.
 

Problèmes et perspectives de l'agriculture

La dévaluation des monnaies et l’accroissement des disponibilités exportables résultant de la contraction de la consommation amélioreront la compétitivité des exportations.
 Comme on l'a vu plus haut, la crise financière soudaine qui a frappé l'Asie coûte cher aux pays de la région; les plus gravement touchés sont l'Indonésie, la République de Corée, la Malaisie, les Philippines et la Thaïlande. Toute l'économie de ces pays, y compris le secteur agricole, s'en ressent. La dévaluation des monnaies et la contraction des revenus réduisent la demande d'importations. Cette même dévaluation, et l'accroissement des disponibilités exportables qui résulte de la contraction de la consommation, amélioreront la compétitivité des exportations. A l'échelle mondiale, ces effets seront probablement sensibles sur les marchés du maïs, de la viande bovine, de la farine de soja, des fruits tempérés, du coton et des cuirs et peaux, pour lesquels la demande d'importation de l'Asie diminuera probablement, ainsi que sur les exportations de fruits tropicaux et de caoutchouc en provenance de la région. Il est particulièrement difficile d'établir des prévisions chiffrées des effets de la crise car celle-ci a réduit les moyens de financement des exportations dans les pays les plus gravement touchés; toutefois, les pays donateurs et les institutions financières multilatérales s'efforcent d'atténuer les problèmes en fournissant des crédits à l'exportation et des prêts aux banques d'export-import des pays de la région.

 Dans le secteur céréalier, ce sont principalement les céréales fourragères, en particulier le maïs, qui souffriront de la crise car on estime que la contraction de la demande de viande fera chuter la demande d'importation de quelque 2 à 3 millions de tonnes. Pour le blé, qui est un aliment de base dans la région, les importations ne diminueront pas de plus de 1 million de tonnes, ce qui aura un effet négligeable à l'échelle mondiale. La crise financière ne devrait pas non plus avoir beaucoup d'effets sur le marché mondial du riz. Toutefois, les sécheresses provoquées par El Niño pourraient entraîner une augmentation des importations de l'Indonésie, de la Malaisie et des Philippines en 1998, ce qui pourrait être profitable à la Thaïlande et peut-être au Viet Nam. Cependant, la pression à la hausse sur le prix en dollars du riz sera tempérée par la dévaluation du baht thaïlandais. Les exportations de manioc et de produits dérivés n'augmenteront sans doute pas beaucoup, les intempéries ayant réduit les excédents exportables.

La réduction de la demande de viande bovine dans la région peut réduire les prix en 1998 et en 1999.
 C'est principalement la demande de viande, et en particulier celle de viande bovine, qui est très élastique tant par rapport au prix que par rapport au revenu, qui souffrira de la crise financière. La réduction de la demande de viande bovine dans la région pourrait être suffisante pour réduire les prix en 1998 et plus encore en 1999 si la crise se prolonge. La demande régionale de viande porcine et de volaille est en grande partie satisfaite par la production intérieure de sorte que l'on ne prévoit guère d'effets sur les marchés mondiaux. Toutefois, il pourrait y avoir une certaine redistribution en raison de la modification de la demande et de la compétitivité: ainsi, la Thaïlande a récemment gagné du terrain sur le marché brésilien de la volaille. Les échanges régionaux de viande ovine constituent eux aussi une faible proportion du total mondial et ont peu de chances d'influer sur les marchés mondiaux, si ce n'est peut-être par des effets de substitution provoqués par la modification des prix relatifs des autres viandes.

 Les huiles végétales sont des aliments de base dans la région et leur consommation ne sera sans doute pas très influencée par la variation des revenus et des prix dans la région. Mais la contraction de la demande de viande entraînera probablement une réduction de celle de tourteaux et de farines d'oléagineux, qui sont d'importants aliments du bétail. La farine de soja provenant des Etats-Unis ou du Brésil pourrait être en partie supplantée par de la farine chinoise ou indienne, relativement moins coûteuse. Elle pourrait aussi être remplacée par les tourteaux de coprah et de noix de palme, moins chers ou produits sur place. A l'échelle mondiale, les effets de la crise sur le commerce des farines d'oléagineux seront principalement des effets de détournement des échanges car l'amélioration de la compétitivité de l'Asie du Sud-Est ne se fera guère sentir tant que des excédents exportables n'auront pas reparu.

 La baisse de la demande de produits laitiers dans la région touchera principalement les exportations australiennes et néo-zélandaises de lait en poudre. La baisse de la demande de boissons tropicales n'aura guère d'effet sur les marchés mondiaux car les cinq pays les plus touchés n’absorbent au total que 1 à 3 pour cent des importations mondiales. La demande de thé, produit dont la demande est très inélastique tant par rapport au prix que par rapport au revenu, sera très peu modifiée; en revanche, la demande de café baissera beaucoup dans la région, mais légèrement à l'échelle mondiale. On signale que la sécheresse due à El Niño a fait chuter de quelque 30 pour cent la production indonésienne de café en 1998, mais quand les conditions météorologiques seront redevenues normales, on peut s'attendre à ce que les exportations indonésiennes soient stimulées par l'amélioration de la compétitivité du pays, à condition que le financement des exportations soit rétabli. La demande de fèves de cacao destinées à la transformation devrait rester soutenue dans la région, compte tenu de l'accroissement de la compétitivité et de l'importante capacité installée.

 La consommation de sucre dans les ménages est relativement peu sensible aux fluctuations des prix et des revenus, mais la demande industrielle subira les effets de la crise, ce qui se traduira par une pression à la baisse sur les prix. La production de sucre a beaucoup baissé en Thaïlande en 1997 et il est peu probable qu'elle se rétablisse complètement en 1998, de sorte que le pays ne pourra guère profiter de l'avantage compétitif résultant de la dépréciation du baht.

 Les importations de fruits et légumes, dont la demande est très élastique, diminueront dans des proportions notables, notamment en ce qui concerne les fruits et légumes importés des pays tempérés. En revanche, on prévoit une augmentation des exportations de fruits tropicaux, qui pourraient évincer certaines exportations africaines et latino-américaines sur les marchés d'Europe et d'Amérique du Nord.

 En ce qui concerne les matières premières agricoles, on prévoit que les pays touchés par la crise réduiront leurs importations, ce qui pourrait peser sur les cours mondiaux. La chute de la demande d'automobiles a fait baisser celle de caoutchouc naturel tandis que l'offre devrait augmenter sous l'effet de l'abondance accrue de main-d'œuvre rurale, d'où une baisse du cours mondial du caoutchouc. La demande mondiale diminuera, en particulier en République de Corée, deuxième importateur mondial qui, en raison du manque de capital d'exploitation et de devises, ne pourra pas profiter de l'amélioration de compétitivité de ses produits finals.

 La crise a donc eu beaucoup d'effets mineurs et quelques effets majeurs sur les marchés mondiaux. Ces effets s'accentueront-ils? Cela dépendra de plusieurs facteurs: on ne sait pas encore très bien quelles sont l'ampleur et la profondeur réelles de la crise, ni comment évolueront les taux de change et les politiques commerciales, ni si les flux de crédit se rétabliront facilement, en particulier pour les entreprises exportant des produits transformés. L'ampleur et l'étendue de la reprise varieront d'un pays à l'autre. Quoi qu'il en soit, on peut espérer que la croissance économique future sera basée sur des fondements institutionnels plus solides.
 

Décentralisation fiscale et budgétaire

Plusieurs pays d'Asie, à l'instar de pays d'autres régions, ont entrepris de s'appuyer sur la décentralisation pour stimuler le développement régional et rural. L'expérience montre que si les résultats de ces efforts ont souvent été décevants, c'est dans bien des cas faute d'une décentralisation financière à l’appui de la décentralisation des responsabilités au niveau régional et local. Il est intéressant à cet égard d'examiner deux expériences différentes de décentralisation financière, celle du Pakistan et celle de la Chine (voir encadrés 6 et 7).


 

ENCADRÉ 6
DÉCENTRALISATION FISCALE ET BUDGÉTAIRE AU PAKISTAN
Au cours des 10 dernières années, les recettes budgétaires du Pakistan étaient réparties comme suit: 89 pour cent pour le gouvernement fédéral, 5 pour cent pour les administrations provinciales et 6 pour cent pour les municipalités. Le gouvernement fédéral décaisse 74 pour cent des dépenses courantes, les administrations provinciales 23 pour cent et les municipalités 4 pour cent. Les plus importants transferts fiscaux sont ceux du gouvernement fédéral aux administrations provinciales; viennent ensuite les transferts des administrations provinciales aux municipalités, puis ceux du gouvernement fédéral aux municipalités et enfin les transferts entre municipalités.

Une des formes les plus importantes de transferts financiers du gouvernement fédéral aux administrations provinciales est le partage du produit des impôts perçus par le gouvernement fédéral. La part attribuée aux administrations provinciales est traditionnellement basée sur deux paramètres: population et montant des impôts perçus. En outre, les dépenses de développement des administrations provinciales sont pour l'essentiel financées par le Programme annuel de développement du gouvernement fédéral. Quatre-vingt-dix pour cent de l'enveloppe financière de ce programme sont distribués entre les provinces au prorata de la population et 10 pour cent sont réservés aux deux provinces les moins développées, la province de la frontière du Nord-Ouest et le Bélouchistan.

Les municipalités se répartissent les recettes au prorata des montants perçus. Il n'existe actuellement aucune répartition des recettes entre les administrations provinciales et les municipalités. La deuxième différence fondamentale entre les provinces et les municipalités est que, contrairement aux premières, les municipalités n'ont pas accès aux subventions pour combler les déficits de recettes. Les subventions des provinces aux municipalités sont spécifiques et généralement destinées à financer des dépenses courantes d'éducation, de santé, etc.; les déficits courants doivent être financés par la municipalité elle-même.

Il semble donc que ,depuis une quinzaine d'années, la dépendance des provinces à l'égard du budget fédéral s'est accentuée aussi bien pour les dépenses courantes que pour le budget de développement, tandis que les municipalités tant urbaines que rurales en sont de plus en plus réduites à leurs seules ressources pour s'acquitter de leurs obligations. La stagnation de l'aide des budgets provinciaux s'explique par la détérioration progressive de leur équilibre financier.

Les quatre provinces pakistanaises ont toutes bénéficié du système de répartition des recettes, mais de façon très inégale; les anomalies s'expliquent peut-être en partie par la rigidité de la formule de répartition des recettes et par l'exclusion de certaines considérations importantes telles que le sous-développement, la superficie urbanisée, etc.

L'observation incite à conclure que le processus de décentralisation des ressources financières et des fonctions sera incomplet tant que les relations entre les administrations provinciales et les autorités municipales ne se seront pas transformées. Le renforcement des administrations municipales est la dernière étape à franchir dans le processus de décentralisation. Sans cela, la participation des populations à la gestion des affaires les concernant restera un objectif hors d'atteinte.
 
 

Source: Q. Masood. 1997. Design of intergovernmental fiscal relations and international finance institutions. Allocations for rural development. Document présenté à la Consultation technique sur la décentralisation, 16-18 décembre, FAO, Rome.

 


 

ENCADRÉ 7
EXPÉRIENCE DE LA DÉCENTRALISATION FINANCIÈRE EN CHINE
Une analyse chiffrée de l'impact de la décentralisation financière sur le développement rural en Chine a été réalisée sur la base des données provenant de deux groupes d'étude. Le premier s’est penché sur la décentralisation au niveau des provinces pendant la période 1970-1993 et son étude a porté sur 28 provinces. Le second a examiné la décentralisation au niveau des cantons dans trois provinces à partir des données concernant 10 cantons de chacune des trois provinces pour la période allant de 1970 à 1995. Les principales conclusions sont les suivantes:

• La décentralisation financière s'est traduite par une réduction des recettes budgétaires des administrations cantonales et par un accroissement de celles des administrations provinciales. Pourtant, la décentralisation politique et l'adoption du système de responsabilité des ménages avaient entravé la perception des impôts tant par les administrations provinciales que par les administrations cantonales.

• La décentralisation financière a stimulé la croissance économique au niveau des cantons mais non au niveau des provinces. Au niveau des cantons, on a constaté une corrélation positive, mais non significative, entre la décentralisation financière et le revenu total, et une corrélation positive et significative avec le revenu agricole. Cela semble indiquer que pour stimuler efficacement la croissance économique, les ressources financières et les pouvoirs décisionnels doivent être décentralisés au niveau des administrations cantonales et que la décentralisation au niveau des provinces ne suffit pas. Il faut dire que beaucoup de provinces chinoises sont plus grandes que bien des pays; les gouvernements provinciaux peuvent donc ne pas très bien connaître les besoins locaux et ne pas y être très sensibles. En outre, en raison des distorsions de prix et du rôle important du gouvernement dans l'investissement, un accroissement de l'autonomie risque d'encourager les administrations provinciales à investir dans des secteurs d'activité faisant double emploi, à protéger les industries de la province et à sous-investir dans les projets agricoles.

• La décentralisation politique et le système de responsabilité des ménages ont un effet positif sur la croissance économique au niveau des cantons. Tant la décentralisation politique que le système de responsabilité des ménages donnent aux agents privés plus de possibilités d'initiative, ce qui stimule la croissance.

• Sauf en ce qui concerne le taux d'inscription dans les écoles secondaires au niveau provincial, la décentralisation financière n'a pas beaucoup d'effets sur les divers indicateurs du développement général et du développement rural aux niveaux de la province et du canton.

• On a observé une corrélation positive entre le système de responsabilité des ménages et le nombre de médecins et d'infirmiers au niveau des provinces. Aucune autre mesure de décentralisation n'a eu d'effets positifs significatifs sur les indicateurs de développement aux niveaux de la province et du canton.

Ces résultats semblent indiquer que si la décentralisation a eu un effet positif sur la croissance économique, cet effet ne s'est pas étendu aux autres aspects du développement.

En conclusion, l'étude dégage les enseignements à tirer de l'expérience chinoise en matière de décentralisation. Pour que celle-ci ait les effets voulus sur le développement en Chine, il est nécessaire de réformer le rôle du gouvernement dans l'économie. Le fait que l'Etat possède et gère des entreprises à but lucratif n'est pas un facteur de succès de la décentralisation, contrairement à un effort accru pour produire des biens publics. Enfin, pour être vraiment efficace, la décentralisation doit atteindre l'échelon administratif de base, à savoir en Chine, le canton.
 
 

Source: Lin Justin, Zhiqiang Liu et Funing Zhong. 1997. Fiscal decentralization and rural development in China. Document présenté à la Consultation technique sur la décentralisation, 16-18 décembre 1997, FAO, Rome.

 

 Dans le cas de la République populaire de Chine, on dispose également de nombreuses données illustrant spécifiquement l'impact de la décentralisation financière sur le développement rural. Beaucoup de réformes allant dans le sens de la décentralisation ont été entreprises dans ce pays depuis 1979, notamment dans le domaine fiscal et budgétaire: les arrangements financiers entre le gouvernement et les entreprises d'Etat, ainsi qu'entre le gouvernement central et les administrations locales, ont été réformés. L'impact de la décentralisation financière et des autres réformes sur le développement rural a fait l'objet d'une étude empirique10. Les principales conclusions de l'étude sont récapitulées dans l'encadré 7.
 

MALAISIE

CARTE 6
MALAISIE
 

Géographie et population

 La Malaisie est un pays très contrasté, tant dans sa géographie que dans sa population. Elle a une superficie émergée de 32 millions d'hectares, répartis entre la péninsule méridionale de l'Asie du Sud-Est (Malaisie occidentale) et les Etats de Sarawak et de Sabah (Malaisie orientale), situés sur l'île de Bornéo, dans la mer de Chine méridionale. Environ 70 pour cent des terres sont boisées; le pays est très montagneux et seule une très petite partie des terres portent des cultures irriguées. La Malaisie a un climat équatorial; elle est très arrosée pendant les deux moussons. Les pays voisins sont la Thaïlande, limitrophe de la Malaisie au nord, Singapour, en face de la pointe méridionale de la Malaisie occidentale et l'Etat indonésien de Bornéo.

Son emplacement lui a valu une grande diversité ethnique, religieuse et culturelle. Au milieu de 199611 , elle comptait 21,2 millions d'habitants, dont 12 millions de Malais, 5,3 millions de Chinois et 1,5 million d'Indiens. La population comprend environ 1,3 million de travailleurs migrants provenant, pour la plupart, des pays voisins d'Asie du Sud-Est.
 

Aperçu historique du développement économique

 La Malaisie est un des pays qui, au cours des trois dernières décennies, ont donné au monde l'image d'un miracle économique. En 1970, le PIB ne dépassait pas 1 049 ringgit (342 dollars EU); en 1997, il était de 11 303 ringgit (4 316 dollars)12. Cette croissance économique phénoménale s'est accompagnée d'une forte baisse du taux de paupérisme, qui est passé de 38 pour cent en 1970 à 15 pour cent en 199513. La pauvreté absolue ne touchait que 2,1 pour cent de la population, tandis que 88 pour cent environ des ménages urbains et 72 pour cent des ménages ruraux étaient raccordés au réseau électrique. Les deux tiers au moins des ménages ruraux et 96 pour cent des ménages urbains avaient accès à des services tels que l'eau potable, les soins de santé et l'éducation.

 Cette réussite économique doit beaucoup à une série de décisions de politique économique, telle la politique économique lancée en 1971 en vue d'éradiquer le paupérisme dans tous les groupes de population et d'apaiser les tensions ethniques en réduisant les discriminations dans l'emploi. La nouvelle politique avait pour objectifs d'accroître la productivité des ruraux en favorisant l'adoption de techniques modernes et en améliorant les équipements; de faciliter la mobilité intersectorielle de la main-d'œuvre par l'éducation et la formation et de fournir des services sociaux subventionnés aux groupes à faible revenu14. Enfin, la Malaisie a abandonné sa politique de remplacement des importations au profit d’une stratégie de développement des exportations traditionnelles – caoutchouc, pétrole, étain, huile de palme, cacao, produits forestiers et poivre. Des mesures d'incitation fiscale ont été mises en place pour stimuler l'investissement dans les principaux secteurs d'exportation et le développement des industries d'aval qui devraient permettre d'exporter davantage de valeur ajoutée.

Depuis 1971, en Malaisie, les revenus et les salaires ont augmenté, les prix se sont stabilisés, les taux d’épargne et d’investissement sont élevés, l’économie est de plus en plus orientée vers le secteur manufacturier et les services, les échanges ont augmenté et les exportations se sont diversifiées.
 Cette politique a permis d'atteindre les grands objectifs microéconomiques. Depuis 1971, les revenus et les salaires ont augmenté, les prix se sont stabilisés, les taux d'épargne et d'investissement sont élevés, l'économie est de plus en plus orientée vers le secteur manufacturier et les services, les échanges ont augmenté et les exportations se sont diversifiées. Les taux élevés de croissance économique – 6,7 pour cent en moyenne par an entre 1970 et 1990 et plus de 8 pour cent par an entre 1990 et 1996 – n'ont pas eu d'effets inflationnistes. La hausse des prix n'a pas dépassé 3 pour cent par an depuis 1980, ce qui est bien moins que dans beaucoup d'autres pays en expansion rapide. La crise financière de 1997 a fait monter les prix du fait que les importations sont devenues plus chères. Malgré tout, des observateurs privés estiment que la hausse des prix à la consommation sera limitée à 7,5 pour cent en 1998 et à moins de 5 pour cent en 199915.

 Le tableau 5 fait apparaître la transformation structurelle de l'économie malaisienne entre 1970 et 1995, période pendant laquelle la part de l'agriculture dans le PIB est tombée de 29,9 pour cent à 13,6 pour cent. Le taux de croissance de l'agriculture a pourtant atteint 4 pour cent entre 1970 et 1990 et a encore été de 2 pour cent pendant les années 90, mais l'expansion a été encore beaucoup plus rapide dans les autres secteurs – industries manufacturières, secteur financier, transports et communications, services publics, qui ont contribué pour beaucoup au PIB de 1995.
 

TABLEAU 5

GDP by industry of origin 1

 
Sector
1970
 1980
1990
(million $M)
(%)
(million $M)
(%)
(million $M)
(%)
Agriculture, forestry, livestock, fisheries 
5 949
29.9
14 829
18.7
16 406
13.6
Industry
6 423
32.2
33 368
42.2
83 289
69.2
Services
7 507
37.7
31 954
40.4
50 358
41.9
GDP at factor cost 
19 929
 
79 103
 
120 316
 

1 In 1978 prices.
 

 Deux décennies de croissance dynamique ont mis à dure épreuve les ressources productives et ont créé une certaine tension sur le marché du travail, d'où une hausse du coût réel de la main-d'œuvre qualifiée et non qualifiée et une délocalisation de certaines activités manufacturières dans les pays voisins où le coût du travail est moins élevé. La rotation de la main-d'œuvre est rapide, du fait que les travailleurs sont pressés de quitter leur emploi pour un autre mieux payé; avant la crise financière, les salaires moyens augmentaient plus vite que la productivité.  L'agriculture, le bâtiment et les services domestiques sont les secteurs qui ont le plus souffert de la pénurie de travailleurs non qualifiés face à une demande en plein essor se traduisant par un afflux de travailleurs étrangers provenant d'Indonésie, du Bangladesh et des Philippines. En 1995, la Malaisie a délivré 650 000 permis de travail16, mais on estime qu'il y avait autant de travailleurs étrangers clandestins dans le pays.17

La hausse des salaires et la compétitivité des produits malaisiens sur les marchés internationaux s’est érodée.
 La hausse des salaires dans certaines branches d'activité s'est répercutée sur les autres secteurs et la compétitivité des produits malaisiens sur les marchés internationaux s'est érodée. La pénurie de main-d'œuvre et l'augmentation des coûts ont finalement obligé certaines industries à délocaliser leurs activités manufacturières dans des pays voisins tels que l'Indonésie et les Philippines, plus riches en main-d'œuvre peu coûteuse. La dévaluation récente a temporairement amorti la hausse des coûts dans certains de ces secteurs. Mais la dévaluation du ringgit n'a pas amélioré le change avec les devises des pays à bas salaire, sauf avec le renminghi chinois; le change du ringgit s'est maintenu avec le baht thaïlandais et le peso philippin et a encore beaucoup augmenté avec la roupie indonésienne.

 La Malaisie, autrefois fournisseur à bas coût de produits manufacturés de base à forte intensité de main-d'œuvre, est devenue un pays qui développe son capital humain et son potentiel technique pour produire des biens et services à plus forte valeur ajoutée.
 

Structure de l'agriculture malaisienne

 L'agriculture au sens large comprend: les cultures de plantation, les cultures vivrières, l'élevage, la pêche et la foresterie. Le tableau 6 indique la valeur ajoutée dans chacun de ces grands secteurs pendant la première moitié des années 90. Les plantations dominent la production agricole:  57 pour cent de la valeur ajoutée dans l'agriculture en 1995. Elles fournissent en particulier les trois grands produits d'exportation: caoutchouc, huile de palme et cacao. L'huile de palme est le plus important de ces produits et le seul des trois pour lequel la valeur ajoutée ait augmenté pendant la période à l'examen.

 Les produits alimentaires ont représenté 21 pour cent de la valeur ajoutée dans l'agriculture en 1995; les produits de pêche se classent en tête, suivis par les produits animaux et le riz. Tous ont marqué une progression au cours de la période envisagée. Au contraire, la valeur ajoutée dans le secteur forestier, mesurée par la production de grumes, a baissé en moyenne de 4 pour cent par an. Les cultures diverses: tabac, ananas, les fruits et légumes, sagou, etc., ne représentent que 10 pour cent de la valeur ajoutée dans l'agriculture; c'est pour ce groupe de produits que la progression a été le plus rapide au cours de la période examinée.
 

TABLEAU 6

Valeur ajoutée dans l’agriculture, 1990-1995 1

 
 
1990
 1995
Ventilation en 1995
Taux de
croissance
annuel
(millions de ringgit)
 (%)
 (%)
Produits des cultures de plantation
8 585
9 365
57.1
1.7
Caoutchouc 
2 043
1 745
10.6
-3.1
Huile de palme
5 312
6 801
41.4
5.1
Cacao
1 230
819
5.0
-7.8
Produits alimentaires
2 738
3 502
21.3
4.9
Riz (paddy)
600
666
4.1
2.1
Produits animaux
604
838
5.1
6.8
Produits de la pêche
1 534
1 998
12.2
3.7
Foresterie (grumes de sciage)
2 315
1 876
11.4
-4.1
Divers
1 189
1 663
10.1
6.7
Total
14 827
16 406
100.0
2.0

1 Aux prix de 1978.
Source: Gouvernement de la Malaisie, Unité de planification économique. 1991 et 1996. Sixth Malaysia Plan, 1991-1995 et Seventh Malaysia Plan, 1996-2000. Percetakan Nasional Malaysia Berhad, Kuala Lumpur.
 
 

Cultures de plantation: palmier à huile, hévéa et cacaoyer18

La superficie des plantations de cultures permanentes a ralenti pendant les années 90 car il n’y avait plus guère de terres à mettre en culture.
 La figure 28 fait apparaître l'évolution des plantations des trois grandes cultures permanentes depuis 1980. Les chiffres sont ventilés entre les grandes plantations industrielles et les petites exploitations. Les différences entre les deux régimes de production sont exposées à la section Politiques d’allocation des terres, p. 166. La superficie des plantations est passée de 3 à 4,3 millions d'hectares entre 1980 et 1990, mais l'expansion a ralenti pendant les années 90 car il n'y avait plus guère de terres à mettre en culture. En 1995, la superficie totale des plantations ne dépassait pas 4,5 millions d'hectares. La superficie des palmeraies a doublé pendant les années 80 et a continué à augmenter au même rythme pendant la première moitié des années 90. Le ralentissement de la croissance de la superficie totale des plantations est dû à la réduction des superficies plantées en hévéas et cacaoyers.
La Malaisie est le plus gros producteur et exportateur d'huile de palme.
 Le palmier à huile occupe environ le    tiers des terres cultivées en Malaisie: 1,9 million d'hectares sur la péninsule et 600 000 ha au Sabah et au Sarawak. Mais l'expansion des palmeraies est concentrée en Malaisie orientale car il reste très peu de terres à mettre en exploitation en Malaisie péninsulaire. La production d'huile de palme brute a atteint 7,8 millions de tonnes en 1995, soit 51 pour cent du total mondial et 8,3 pour cent de la production mondiale de matières grasses. La Malaisie est le plus gros producteur et exportateur d'huile de palme: ses exportations représentent quelque 65 pour cent des échanges mondiaux de ce produit. Les exportations d'huile de palme et de produits dérivés lui ont rapporté près de 13 milliards de ringgit en 1995.

 Le développement rapide de l'huile de palme est dû aux conditions agro-écologiques favorables et à la hausse du prix relatif de l'huile de palme par rapport aux autres produits d'exportation. Le climat a permis au palmier à l'huile, provenant d'Afrique orientale et des régions tropicales du continent américain(son habitat naturel), de s'adapter facilement. Ces conditions favorables, jointes au dynamisme de la demande mondiale de matières grasses depuis deux décennies, ont créé une très forte incitation économique à développer la production.

Même si la conversion des plantations d’hévéas se poursuit, il y a beaucoup de terres qui ne sont pas adaptées aux autres cultures et sur lesquelles l’hévéa restera l’option la plus rentable.
 La réussite du palmier à l'huile contraste avec l'évolution des deux autres principales cultures de plantation, l'hévéa et le cacaoyer. La production de caoutchouc naturel, qui avait culminé à 1,6 million de tonnes en 1976, était tombée à 1,1 million de tonnes en 1995. Les grandes plantations ont particulièrement souffert de la hausse du coût de la main-d'œuvre et certaines ont été converties en palmeraies, plus rentables. La figure 28 fait apparaître la réduction de la superficie des grandes plantations d'hévéas. La superficie occupée par les hévéas dans les petites exploitations a moins diminué car cette spéculation convient bien aux petits agriculteurs, qui peuvent utiliser une partie de la main-d'œuvre familiale pour saigner et entretenir les hévéas et se consacrer à plein temps à d'autres activités. La production de caoutchouc reste néanmoins une importante activité économique: les exportations ont encore rapporté plus de 4 milliards de ringgit en 1995. La conversion des plantations d'hévéas se poursuivra probablement mais il y a beaucoup de terres qui ne sont pas adaptées aux autres cultures et sur lesquelles l'hévéa restera l'option la plus rentable.

 Le cacao reste, avec ses produits dérivés, le troisième des produits agricoles d'exportation: en 1996, il a rapporté 594 millions de ringgit. Il était une des cultures sur lesquelles misait la stratégie de diversification adoptée pendant les années 70, quand la chute du cours du caoutchouc et de l'huile de palme a incité le gouvernement à chercher des moyens d'accroître les recettes des producteurs et surtout des petits exploitants. Depuis 1990, la chute du cours mondial du cacao, la hausse du coût de la main-d'œuvre et les attaques du borer, qui ont fait baisser les rendements, ont provoqué une réduction de la superficie plantée en cacaoyers. En 1996, la production, qui avait culminé à 247 000 tonnes en 199019, était tombée à 120 000 tonnes (équivalent fèves sèches). Soixante dix pour cent de la production cacaoyère de la Malaisie proviennent du Sabah.
 

FIGURE 28
TERRES CONSACRÉES AUX CULTURES PÉRENNES EN MALAISIE
 
 

Cadre politique

 L'expansion du secteur des cultures de plantation a été influencée par les politiques adoptées dans trois domaines: allocation des terres, commerce et, plus récemment, immigration, exposés à la section Main-d’œuvre, p. 170.

Politique d'allocation des terres. Les trois grandes cultures de plantation de la Malaisie – palmier à huile, hévéa et cacaoyer – sont réparties entre le sous-secteur des grandes plantations industrielles et celui des petites exploitations. Les petits exploitants peuvent être des producteurs indépendants ou des participants aux programmes publics de mise en valeur des terres. Les grandes plantations, appartenant pour la plupart au secteur privé, emploient une main-d'œuvre salariée, souvent étrangère, et des techniques modernes; elles détiennent souvent une partie du capital des industries d'aval. Beaucoup sont des sociétés par actions.

.
 

ENCADRÉ 8
PROGRAMMES MALAISIENS DE DISTRIBUTION DE TERRES
Depuis qu'elle a accédé à l'indépendance, en 1957, la Malaisie a utilisé ses ressources relativement abondantes en terres inexploitées comme moyen pour redistribuer des revenus et améliorer la protection sociale des ruraux pauvres. Les programmes de distribution de terres visaient à permettre aux agriculteurs pauvres de gagner de l'argent en produisant des cultures de rente – hévéa, palmier à l'huile et plus tard cacaoyer – pour l'exportation plutôt que des cultures de subsistance.

Il y a trois grands programmes de distribution de terres qui relèvent respectivement de l'Office fédéral de mise en valeur des terres (FELDA), de l'Office de développement des petites plantations d’hévéas (RISDA) et de l'Office fédéral de remembrement et de remise en état des terres (FELCRA). Ces trois programmes visent tous fondamentalement à stimuler la production de cultures d'exportation, à établir des ménages ruraux pauvres sur des terres inexploitées et à mettre en place des unités de production rentables en créant des liens entre les petits exploitants.

Le FELDA est le plus grand et le plus ancien des programmes de colonisation agraire. Lancé en 1956, il couvre maintenant 883 000 ha et fait vivre 109 000 ménages. Le palmier à huile occupe 76 pour cent des terres, l'hévéa 18 pour cent, le reste étant utilisé pour produire de la canne à sucre, du cacao et d'autres produits mineurs.

Pour établir une colonie agraire, on commence par identifier un terrain approprié d'environ 2 000 ha pour y établir 400 familles. C'est la taille nécessaire pour justifier la mise en place de certains services ruraux essentiels (dispensaire, école, poste de police) ainsi que le développement d'un réseau de routes rurales, d'électricité et d'adduction d'eau. Les colons doivent avoir entre 21 et 45 ans, être mariés, et de préférence avoir des enfants; ils ne doivent pas disposer de terres, ils doivent être en bonne santé et ils doivent avoir une expérience de l'agriculture. Le FELDA passe contrat avec un entrepreneur qui doit défricher la terre et planter les arbres; une clause du contrat l'oblige souvent à employer les colons pour une partie du travail. Les colons reçoivent une indemnité de subsistance en attendant que les arbres arrivent à maturité – il faut en général trois ou quatre ans; quand les plantations deviennent productives, une parcelle de 4 ha est attribuée à chaque colon.

Les colons travaillent normalement en équipe: les travaux d'entretien et de récolte se font en commun pour un groupe d'exploitations. Les recettes de chaque colon sont donc fonction à la fois du travail de l'équipe et de la productivité de sa propre parcelle. Chaque colon est tenu de consacrer une partie de ses gains au remboursement d'un prêt de 15 ans qui a servi à financer la mise en place du projet. Une fois le remboursement terminé, les colons reçoivent le titre de propriété de la terre.

Les programmes de distribution de terres connaissent actuellement trois problèmes:

• Comme il n'y a plus de terres disponibles en Malaisie péninsulaire, les nouveaux projets de mise en valeur sont concentrés au Sabah et, dans une moindre mesure, au Sarawak.

• Les coûts administratifs des offices sont très élevés. Selon une estimation, il y aurait un agent administratif du FELDA pour 12 familles de colons.

• Maintenant qu'il est possible de trouver du travail ailleurs, les programmes agraires n'attirent plus de colons.
 
 

1 T.S. Bahrin. 1988. Land settlement in Malaysia: a case study of the Federal Land Development Authority Projects. In A.S. Oberai, éd. Land settlement policies and population redistribution in developing countries. Praeger, New York.

 

 
Pour les petits exploitants, l’activité agricole est souvent une activité complémentaire à temps partiel, qu’ils réduisent ou abandonnent quand les prix sont bas.
 Pour les petits exploitants, l'activité agricole est souvent une activité complémentaire à temps partiel, qu'ils réduisent ou abandonnent quand les prix sont bas. Les rendements des petites exploitations sont donc relativement sensibles à la conjoncture économique.

 Quoi qu'il en soit, même quand les prix sont bons, les rendements sont bien moins élevés dans les petites exploitations que dans les grandes plantations: ils sont de 40 pour cent inférieurs pour le latex et de 30 pour cent pour l'huile de palme. Cet écart de rendement est une cause de préoccupation pour le gouvernement, dont l'aide sous forme de programmes de colonisation agraire (encadré 8) et de services de vulgarisation est destinée presque exclusivement au secteur des petites exploitations. D'autres aides, telles que les subventions pour le renouvellement des plantations et les prêts publics, sont accessibles à tous les producteurs, mais sont plus généreuses pour les petits exploitants.  La différence de productivité entre les grandes plantations et les petites exploitations continue à préoccuper les dirigeants, d'autant plus qu'une bonne partie des petites exploitations font partie des programmes publics de mise en valeur des terres.

 La Malaisie connaissant une ère de récession, l'économie souffre plus qu'avant du manque à gagner dû à la stagnation des rendements dans les petites exploitations. Mais beaucoup de petits exploitants qui avaient réduit leurs activités agricoles pensant gagner davantage ailleurs reviendront sans doute à la terre pour diversifier leurs sources de revenus, la meilleure façon probablement de se protéger des contrecoups du déclin économique.

 Les grandes plantations ont été les premières à remplacer les hévéas et les cacaoyers par des palmiers à l'huile au début des années 90. Le retard des petits exploitants tient peut-être à la rigidité des programmes agraires fédéraux, qui empêche les petits exploitants de prendre des initiatives sans l'agrément des autres participants au projet. Que cela tienne ou non aux incitations différentes, la part des petites exploitations dans les superficies plantées en hévéas et cacaoyers augmente depuis 15 ans. De plus en plus de propriétaires de grandes plantations se sont reconvertis à d'autres activités telles que l'industrie ou le tourisme. Les gros propriétaires ont plus de possibilités de choix entre diverses possibilités d'investissement.  Enfin, à la différence du secteur des petites exploitations, les grandes plantations ont dû laisser en friche environ 1 million d'hectares, soit 5 pour cent des terres cultivables, faute de pouvoir attirer suffisamment de main-d'œuvre salariée.

 Politiques commerciales. L'huile de palme est le deuxième produit d'exportation de la Malaisie, après les produits de l'industrie mécanique et elle lui rapporte 7 pour cent de ses recettes d'exportation. Elle est assujettie à des taxes d'exportation depuis que la Malaisie a commencé à en faire commerce, il y a 50 ans. Pendant les années 50 et 60, cette taxe était perçue à un taux ad valorem uniforme, qui a varié de 5 à 7,5 pour cent, mais pendant les années 70, la structure de la taxe a été modifiée pour favoriser le développement des industries d'aval. Le taux de la taxe a été relevé pour l'huile de palme brute et un taux dégressif a été établi pour chaque degré d'ouvraison. En 1997, la Malaisie n'exportait pratiquement plus d'huile brute. Au départ, les huileries ont eu une réaction excessive à ces incitations et ont mis en place une énorme surcapacité d'extraction et de raffinage dans le milieu des années 80, ce qui a réduit leurs marges bénéficiaires. La fermeture de certaines huileries et l'augmentation graduelle de la production à mesure que la superficie des palmeraies s'accroissait ont en partie résolu ce problème.

 La production d'huile de palme a aussi été stimulée par la faculté laissée aux planteurs d'utiliser les subventions à la rénovation des plantations d'hévéas pour planter des palmiers. La subvention de la replantation de palmiers à huile s'élevait à 4 447 ringgit (1 710 dollars) par hectare pour les exploitations de moins de 4,05 ha et à 3 459 ringgit (1 330 dollars) par hectare pour les exploitations plus grandes.

 La politique commerciale appliquée au caoutchouc est à bien des égards identique au régime de l'huile de palme. L’hévéa est la plus ancienne culture d'exportation de la Malaisie. La politique du caoutchouc remonte à l'époque de l'administration coloniale britannique, au début du siècle. Une taxe sur les exportations de caoutchouc, introduite en 1907, est restée en vigueur jusqu'en 1991, date à laquelle elle a été supprimée pour alléger la charge fiscale qui pesait sur ce secteur qui commençait déjà à décliner.

L'hévéa est rentable pendant 25 ans: après quoi, la production de latex commence à diminuer. Pour encourager le remplacement des arbres surannés par des variétés nouvelles, le gouvernement subventionne la rénovation des plantations. Ces subventions, dont peuvent bénéficier aussi bien les petits exploitants que les grandes plantations, sont censées financer le coût de la replantation et une partie du manque à gagner que subissent les agriculteurs en attendant que les nouveaux arbres deviennent productifs (il faut de quatre à sept ans). En 1995, la subvention s'élevait à 6 177 ringgit (2 375 dollars) par hectare pour les exploitations de moins de 4,05 ha et à 4 200 ringgit (1 615 dollars) pour les grandes exploitations. En cas de conversion à d'autres cultures, la subvention était moins élevée.
 

PHOTO 9
Entretien des palmiers dans une plantation
Les palmiers produisent de nombreux produits exportables, notamment l'huile de palme dont la Malaisie est le plus grand exportateur
 

La subvention des replantations et les primes octroyées pour la recherche sur le caoutchouc sont financées par un droit perçu sur chaque kilo de caoutchouc exporté, qui a été maintenu après la suppression du droit d'exportation. Le produit de ce droit est géré par l'Office de développement des petites plantations d’hévéas (RISDA).

 Jusqu’en 1994, la Malaisie appliquait une politique de protection du secteur cacaoyer contre les importations. L'expansion rapide de la production de cacao observée pendant les années 80 a été en partie due aux mesures de soutien (subvention des petites exploitations et droit de douane de 15 pour cent). Le droit de douane a été supprimé en 1994 de façon à faciliter l'importation de fèves de cacao destinées à être mélangées aux fèves malaisiennes pour améliorer la saveur du chocolat. Cette mesure devait stimuler les industries d'aval traitant les fèves de cacao.

 Le gouvernement a également promulgué des règlements, et notamment l'obligation de classer les fèves pour garantir leur normalisation et leur qualité. Ces mesures faciliteront le développement d'une niche commerciale pour les fèves de cacao malaisiennes. Celles-ci donnent un beurre de cacao dont la température de fusion est plus élevée que celle du beurre de cacao provenant de fèves d'autres origines. On espère que cette mesure aidera l'industrie à rester compétitive sur le marché international.

Une diminution constante de la population active dans l’aquaculture s’est traduite par une pénurie de main-d’œuvre sectorielle en Malaisie.
Main-d'œuvre. Le manque de main-d'œuvre a été un facteur limitant l'expansion des cultures de plantation en Malaisie. La population active dans l'agriculture diminue, ce qui est une conséquence normale du processus de développement. Alors que l'agriculture employait 26 pour cent de la population en 1990, cette proportion était tombée à 18 pour cent en 1995.

 Entre 1980 et 1995, 20 pour cent des ruraux ont migré en ville et, en 1995, 55 pour cent de la population était urbanisée pensant trouver des emplois mieux payés hors de l'agriculture. Pendant la majeure partie de la période de transformation, les salaires réels du secteur agricole plafonnaient. En raison des pressions croissantes, les plantations d'hévéas et de palmiers à huile ont finalement augmenté les salaires de 30 pour cent en 1995, mais c'était trop peu et trop tard pour susciter un retour à la terre des jeunes travailleurs20. Pour réduire les besoins de main-d'œuvre, le secteur des plantations s'est mécanisé et a fait un effort de remembrement.

 Face à cette situation du marché du travail, la politique d'immigration est décisive pour le secteur des plantations. L'agriculture emploie au moins 250 000 travailleurs étrangers titulaires de permis de travail, soit environ un tiers des travailleurs étrangers légaux en Malaisie. Il est probable que beaucoup de travailleurs clandestins sont employés dans les plantations, mais leur nombre n'est pas connu. La modification du régime d'immigration ou l'application plus stricte du régime existant pourrait réduire les disponibilités de main-d'œuvre étrangère pour les plantations et faire monter encore les salaires.

 Le problème de la main-d'œuvre est un des plus graves de ceux qui se posent au sous-secteur des cultures de plantation. L'hévéa, le palmier à huile et le cacaoyer sont des cultures à forte intensité de main-d'œuvre. Le coût du travail représente 40 à 60 pour cent du coût total de production et est aussi très important dans la production des cultures annuelles. L'utilisation d'une main-d'œuvre étrangère peu coûteuse freine la hausse des salaires, ce qui permet aux plantations de rester compétitives avec leurs pratiques de production actuelles. Mais les bas salaires n'incitent pas à mettre au point et adopter des techniques et du matériel peu exigeants en main-d'œuvre. C’est un dilemme pour les responsables des politiques sectorielles et macroéconomiques. Les producteurs et le gouvernement craignent que les possibilités d'accroître la productivité du travail ne soient limitées, surtout à court terme, et qu'un régime plus restrictif de l'emploi des travailleurs étrangers ne serve qu'à déplacer la production vers d'autres pays.

 Le problème de la main-d'œuvre ne se présente pas tout à fait de la même façon dans le secteur des petites exploitations, dont beaucoup font partie des programmes de colonisation agraire mis en place dans le cadre de la politique sociale du gouvernement pour combattre le paupérisme rural. Ces programmes ont été très efficaces en ce sens qu'ils ont permis de mettre en culture de nouvelles terres, de redistribuer des revenus et de fournir des services publics aux ruraux pauvres. Mais, maintenant que beaucoup de travailleurs se réorientent vers des activités non agricoles plus rentables, seuls les travailleurs vieillissants restent dans les colonies agraires. En 1990, un tiers des chefs de famille agricoles avaient plus de 55 ans et les deux tiers plus de 46.

 Les deux principaux programmes de colonisation agraire, le FELDA et le RISDA, nécessitent déjà des réformes parce que la bureaucratie est devenue trop lourde pour le nombre de colons. En outre, les motifs qui avaient inspiré leur création ont perdu leur actualité dans une économie qui manque de main-d'œuvre et de nouvelles terres à mettre en valeur. Dans la situation actuelle, il semble que les programmes de colonisation agraire aient atteint leurs objectifs initiaux. Des réformes sont envisagées mais, à cause de la crise économique, le gouvernement aura du mal à réduire le personnel administratif tant que la conjoncture ne se sera pas améliorée.

 La crise économique a aggravé le problème de la main-d'œuvre car le gouvernement, inquiet des licenciements massifs, s'est efforcé de réduire le nombre de travailleurs étrangers alors que, stimulés par la forte demande sur les marchés d'exportation, les producteurs d'huile de palme s'efforcent d'accroître la production pour profiter des cours mondiaux élevés. L'impact de la crise financière sur les autres secteurs pourrait atténuer du moins temporairement les problèmes de main-d'œuvre dans l’agriculture.

 La montée du cours de l'huile de palme pourrait contribuer à retenir des travailleurs dans le secteur des petites exploitations si les salaires relatifs continuent aussi à augmenter. Le coût d'opportunité de l'abandon de l'agriculture a augmenté ces derniers temps du fait que les prix agricoles ont monté et que l'offre d'emploi dans les autres secteurs a diminué. Mais ceux qui restent dans l'agriculture constituent une population vieillissante et même si les prix agricoles remontent, il est peu probable que beaucoup de travailleurs qui se sont établis ailleurs retournent à la terre. Même si la crise financière dure encore deux ou trois ans, elle ne fera au mieux que freiner temporairement le déclin à long terme de la population active dans l'agriculture.
 

Forêts

 La foresterie est traditionnellement une des principales sources de revenus, de recettes d'exportation et d'emplois dans le secteur agricole malaisien. Le prix du bois sur pied et les taxes sur les produits forestiers ont été et demeurent une des principales sources de recettes pour les budgets des Etats, surtout dans les Etats très boisés tel le Sarawak. En 1990, les grumes de sciage ont été à l'origine de 2,3 milliards de ringgit de valeur ajoutée (aux prix de 1978), soit 15,6 pour cent de la valeur ajoutée dans le secteur agricole, se classant juste après l'huile de palme. La part de la foresterie dans la valeur ajoutée diminue depuis 1997. On prévoyait l'an dernier une augmentation de 3,4 pour cent de la production à cause de la levée partielle de l'interdiction d'exporter des grumes non traitées et de l'expansion de la capacité de transformation.

 La Malaisie est le premier producteur mondial de grumes de bois tropicaux. En 1992, dernière année pour laquelle on dispose de données complètes, elle possédait 18,5 millions d'hectares de forêt, dont 5,5 millions en Malaisie péninsulaire, 4,2 millions au Sabah et 8,8 millions au Sarawak. C'est au Sarawak que se trouve la plus grande superficie forestière, mais l'infrastructure est insuffisante et les coûts d'exploitation sont bien plus élevés que sur la péninsule. Toutefois, 55 pour cent de l'accroissement rapide de la production viennent du Sarawak; le gouvernement s'inquiète de ce que les titulaires de concessions ne replantent pas toujours après la coupe.

 Les forêts sont classées en trois catégories: forêts d’Etat, domaine forestier permanent et parcs et réserves. L'exploitation est interdite dans les 1,4 million d'hectares de parcs, qui sont réservés aux usages récréatifs et à la conservation. La différence entre les forêts d’Etat et le domaine forestier tient à leur mode d'administration. Les premières sont administrées par chaque Etat tandis que les forêts du domaine sont administrées par le Département des forêts et assujetties à des règles plus strictes établies au niveau fédéral. Les forêts d'Etat ne représentent que 0,2 million d'hectares dans la péninsule et 0,6 million d'hectares au Sabah, où presque toutes les zones exploitables sont situées dans le domaine forestier permanent. Au Sarawak au contraire, 3,9 ha (soit 45 pour cent) sont des forêts d’Etat.

 Il reste très peu de forêts vierges en Malaisie sauf au Sarawak, où elles représentent un quart des superficies forestières. N'ayant jamais été exploitées, les forêts vierges peuvent produire davantage d'arbres de qualité que les autres. Elles sont aussi particulièrement riches en diversité biologique. L'exploitation en Malaisie est sélective (il n'y a normalement pas de coupe rase comme dans certains pays tempérés). Le Département des forêts contrôle les arbres enlevés et, quand une zone a été exploitée, il la retire de la production jusqu'à ce qu'un nombre suffisant d'arbres aient atteint une taille suffisante pour permettre une deuxième coupe.

Emploi, recettes publiques et conservation sont les trois objectifs de la politique forestière de la Malaisie.
 Politique forestière. La politique forestière est conçue en vue de trois objectifs qui ne sont pas entièrement compatibles: emploi, recettes publiques et conservation. L'exploitation forestière crée de l'emploi et des revenus et fournit leur principale matière première aux industries du bois en pleine expansion. Dans les zones où l'exploitation forestière est importante, les permis d'exploitation fournissent une part importante des recettes courantes des Etats. Mais on commence à se rendre compte que le rythme d'exploitation des ressources forestières ne pourra pas être maintenu à long terme.

 La politique forestière se déploie sur deux fronts: l'exploitation et l'exportation. La superficie pouvant être coupée chaque année dans le domaine forestier permanent est fixée au niveau fédéral de façon à assurer la durabilité, et répartie entre les Etats. Les Etats appliquent alors des directives fédérales pour la délivrance des permis d'exploitation. Les entreprises d'exploitation forestière paient deux redevances: le prix du bois sur pied, qui est fonction du volume de grumes coupées, et une redevance forfaitaire qui est fonction de la superficie de la coupe. Tant les autorités fédérales que celles des Etats ont du mal à faire respecter la réglementation de l'exploitation forestière. Leur objectif est de rétablir un équilibre entre l'exploitation et le reboisement pour assurer la durabilité, mais l'exploitation se fait généralement dans des zones isolées et il est très tentant sur le plan financier d'échapper aux redevances et de contourner la réglementation.

 Le régime des exportations de bois n'est pas le même pour les forêts de la péninsule que pour celles du Sabah et du Sarawak et les taux de droits sont différents pour les grumes et pour les produits transformés. Les exportations de grumes sont interdites dans la péninsule depuis 1992 et au Sabah depuis 1994, à la fois pour assurer la conservation des riches ressources biologiques de la forêt de pluie et pour encourager les industries du bois produisant de la valeur ajoutée. Toutefois, au Sabah, l'interdiction a été partiellement levée en 1997. Le Sarawak perçoit un droit d'exportation sur les grumes et la péninsule sur tous les produits du bois, y compris les sciages, le contreplaqué et les placages.
 

Pêches

 Les produits de la pêche fournissent à peu près les deux tiers de la consommation de protéines d'origine animale en Malaisie et le secteur halieutique emploie environ 1,6 pour cent des actifs. En 1995, la production s'est élevée à 1,3 million de tonnes, dont 1,2 million de captures marines et 0,1 million de tonnes provenant de l'aquaculture. La production halieutique a augmenté de 30 pour cent entre 1990 et 1995; l'aquaculture est à l'origine du quart de cette augmentation. L'accroissement de la production de la pêche maritime est dû à l'expansion des captures de la pêche hauturière, les ressources halieutiques des eaux côtières continuant à diminuer.

 Les importations de poissons, composées en majeure partie d'espèces de basse qualité, proviennent essentiellement de Thaïlande. Elles aident à combler le déficit d'espèces bon marché et à stabiliser dans une certaine mesure les prix du poisson sur le marché intérieur. La majorité des exportations, composées principalement de poissons de qualité et de crevettes, sont destinées à Singapour.

Politique halieutique. Les interventions de l'Etat dans le secteur halieutique sont considérables. La Loi de 1985 sur la pêche a été promulguée pour freiner la surexploitation des ressources halieutiques, atténuer les conflits et promouvoir l'égalité entre les pêcheurs côtiers et les chalutiers. Elle définit un régime de zonage attribuant des zones de pêche différentes selon le type d'engins de pêche, la taille des navires et le régime de propriété de ces derniers. La loi interdit tout chalutage dans une bande côtière de 5 milles. Par ailleurs, pour stimuler les captures, le gouvernement encourage la pêche hauturière et le développement de l'aquaculture: des prêts peu coûteux sont offerts pour l'achat d'équipement de pêche hauturière et des investissements ont été faits pour améliorer les débarcadères
 

Produits alimentaires

La Malaisie est tributaire des importations pour tous les principaux produits alimentaires sauf les huiles végétales.
La Malaisie est tributaire des importations pour tous les principaux produits alimentaires sauf les huiles végétales. Elle est autosuffisante ou même exportatrice nette pour les fruits, la volaille, les œufs et la viande de porc, mais elle a besoin d'importer beaucoup d'aliments du bétail. Avant de décrire en détail la façon dont la Malaisie nourrit sa population, nous donnerons quelques indications sur les dépenses alimentaires des ménages.

 En 1993/94, les Malaisiens ont consacré 23 pour cent de leurs revenus à l'achat d'aliments destinés à être consommés à la maison et 12 pour cent à la consommation d'aliments et de boissons à l'extérieur. La figure 29 donne la ventilation des dépenses alimentaires des ménages par produit21.

 Le poisson est le principal poste de dépense: il absorbe près de 20 pour cent du budget alimentaire. Le riz, les autres céréales, la volaille, les fruits, les légumes et les produits divers absorbent chacun 10 à 12 pour cent du budget. La viande porcine, bovine et ovine, les œufs, le lait et les matières grasses sont moins importants.

 Le tableau 7 présente le bilan des disponibilités et de l’utilisation des principaux groupes de produits alimentaires. La volaille et la viande porcine sont produites presque exclusivement à partir de céréales fourragères importées et de farine de protéines importée directement ou sous forme de fèves de soja. Bien que théoriquement autosuffisante en poissons de mer, la Malaisie a d'importants échanges de produits de la pêche: elle exporte des espèces de valeur pour importer des poissons moins coûteux destinés au marché intérieur. Pour les fruits et les légumes, la structure des disponibilités, des utilisations et des échanges est analogue: la Malaisie exporte des produits tropicaux (principalement vers Singapour) pour importer des produits tempérés. Pour la viande bovine et ovine, la Malaisie dépend presque exclusivement des importations. Elle produit et importe d'Australie, de Nouvelle-Zélande et des Etats-Unis de la viande bovine de première qualité, mais l'essentiel de ses importations consiste en viande bovine de qualité inférieure provenant d'Inde. La majorité des importations de viande ovine proviennent de Nouvelle-Zélande.
 

TABLEAU 7

Disponibilité et utilisation des principaux produits alimentaires en Malaisie, 1995

 
 
Production
(milliers
tonnes)
 Importations
(milliers
tonnes)
 Exportations
(milliers
tonnes)
Exportations
intérieure
(milliers tonnes)
 Consommationpar habitant
(kg per caput)
Taux
d’autosuffisance
Poisson
1 065
261
248
1 078
52.1
.99
Volaille 
687
6
8
684
33.0
1.00
Viande porcine
283
-
-
283
13.7
1.00
Viande bovine
19
68
1
86
4.2
.22
Viande ovine
 1
10
-
11
0.5
.06
Fruits
2 200
259
242
2 217
107
.99
Légumes
844
411
250
1 005
48.6
.84
Riz
1 372
428
2
1 797
86.9
.76
Céréales fourragères
45
2 343 
-
2 436
n.a.
.02
farine de protéines 1
1 839
548
1 340
1 064
n.a.
n.a.
dont:
 
 
 
 
 
 
tourteaux de noix de palme
1 360
 
1 332
40
n.a.
n.a.
farine de soja
432
500
5
932
n.a.
 

1 Les tourteaux de noix de palme ne sont pas utilisés pour l'alimentation animale dans les élevages de Malaisie; la production de farine de soja est entièrement tributaire de fèves de soja importées.
 

 Politiques alimentaires. Exception faite pour le riz, les produits alimentaires ne font l'objet de pratiquement aucune intervention de l'Etat. Toutefois, les prix de détail de certains aliments de base – riz, farine de blé et huile alimentaire – sont réglementés. Depuis la dévaluation récente du ringgit, cette taxation pose des problèmes aux moulins, qui doivent payer en dollars EU le blé qu'ils achètent sur le marché mondial pour le revendre ensuite sur le marché malaisien en ringgit à des prix réglementés. Le gouvernement se rend bien compte qu'il faut les autoriser à relever les prix de détail, mais il s'efforce de limiter cette hausse afin d'amortir l'effet de la crise financière sur les consommateurs à faible revenu. Le problème ne se pose pas pour l'huile alimentaire et le riz, qui sont en majeure partie produits dans le pays.

La tendance à long terme à la contraction de la production de riz en Malaisie est due à la conversion des terres à des utilisations plus lucratives.
 
FIGURE 29
MALAISIE: DÉPENSES CONSACRÉES À LA CONSOMMATION ALIMENTAIRE
 

 Toutes ces mesures de soutien n'ont permis que de ralentir la tendance à long terme à la contraction de la production, qui plafonne aux environs de 2 millions de tonnes par an depuis 1996. Cette tendance est due à la conversion des terres à des utilisations plus lucratives. La Malaisie importe environ le cinquième du riz qu'elle consomme de Thaïlande et du Viet Nam, qui ont une production excédentaire et où les coûts de production sont moins élevés.
 

La crise financière et la politique agricole

 L'agriculture malaisienne était déjà en difficulté avant la crise économique et financière qui a éclaté au deuxième semestre de 1997: réduction des disponibilités de main-d'œuvre, écart de rendement entre les grandes plantations et les petites exploitations et remise en question du programme de distribution de terres. La crise économique a rendu plus complexes encore ces problèmes «anciens» tout en créant de nouvelles pressions, mais aussi de nouvelles possibilités pour le secteur agricole.

On a souvent dit de l'agriculture malaisienne, en raison de l’amenuisement de son rôle dans l'économie du pays, que c'était un secteur en déclin. Mais la crise financière a tout changé. L'amélioration des résultats des exportations agricoles pourra puissamment contribuer à atténuer l'impact de la récession économique et jouera un rôle déterminant dans le redressement économique du pays. Les produits agricoles d'exportation ont une teneur en intrants importés bien moins grande que les produits manufacturés. La dévaluation devrait donc renforcer l'avantage comparatif du secteur agricole. A cet effet s'ajoutera la hausse du prix en dollars (et, grâce à la dévaluation, du prix en ringgit) du cacao et de l'huile de palme depuis la mi-97. Les exportations agricoles peuvent donc devenir une bouée de sauvetage pour une économie caractérisée par des licenciements massifs et des fermetures d'entreprises.

Il est à craindre que les impératifs de la politique nationale ne créent de nouvelles pressions qui auraient des effets néfastes pour d'autres parties du secteur agricole, en particulier pour l'économie alimentaire. La politique de limitation de la hausse du prix des aliments appliquée par le gouvernement a déjà créé des problèmes insolubles pour les industries alimentaires. Obligées d'absorber la hausse du coût des matières premières importées (produits d'alimentation animale, blé, lait en poudre, etc.) alors qu'elles ne peuvent pas relever les prix de leurs produits, beaucoup d'industries alimentaires travaillant pour le marché intérieur subissent de lourdes pertes. Si la crise persiste et que le gouvernement ne les autorise pas à aligner les prix des aliments sur le coût accru des matières premières importées, les industries alimentaires malaisiennes connaîtront une longue période de grave contraction. Les entreprises basées en Malaisie et qui n’ont pas d’importantes activités internationales sont celles qui auront le plus de mal à survivre.
 

Conclusions

Une approche équilibrée a donné à la Malaisie une grande résilience face aux tempêtes économiques.
 L'économie malaisienne s'est profondément transformée: autrefois dominée par la production et l'exportation de produits primaires, elle est devenue un pôle industriel et financier en pleine expansion. Depuis une trentaine d'années, la Malaisie a continué à investir dans son agriculture et elle l'a développée, tout en appliquant des politiques de promotion du secteur industriel. Cette approche équilibrée du développement lui a donné une grande résilience face aux tempêtes économiques. En outre, grâce à la croissance rapide de l'activité économique et des revenus réels, l'état nutritionnel de la population malaisienne s'est beaucoup amélioré pendant cette période (on estime que seuls 7 pour cent de la population souffrent actuellement de sous-alimentation).
 
FIGURE 30
MALAISIE: OFFRE INTÉRIEURE ET UTILISATION DE CÉRÉALES
 

 La croissance économique a aussi permis au pays de faire face aux besoins croissants de la population en important des aliments; bien que le volume et la valeur de ces importations n'aient cessé d'augmenter, la part qu'elles représentent des recettes totales d'exportation de marchandises ne cesse de diminuer (22 pour cent au début des années 70, 13 pour cent au début des années 80 et 5 pour cent ces dernières années). Ainsi, la dépendance croissante à l'égard des importations alimentaires, qui dans beaucoup d'autres pays serait préoccupante, ne constitue pas un grave problème économique ni un obstacle à la sécurité alimentaire en Malaisie.

 Toutefois, l'environnement économique a beaucoup changé depuis un an. La Malaisie, comme d'autres pays d'Asie, se trouve maintenant aux prises avec une crise économique grave et prolongée. Cela confirme une fois de plus l'importance de maintenir une politique de développement multisectoriel équilibrée dans laquelle l'agriculture doit jouer son rôle. Pour cela, il faut en particulier résoudre le problème de la disparité de la productivité entre les grandes plantations et les petites exploitations et tirer pleinement parti des nouveaux créneaux qui peuvent s'ouvrir sur les marchés d'exportation agricole. En outre, il est essentiel que le marché du travail réagisse aux possibilités qu'offre l'économie. Pour cela, la sagesse économique doit être de laisser les signaux de prix libérés par la crise stimuler la reprise économique tout en amortissant l'impact de la hausse du prix des produits alimentaires sur les plus pauvres et les plus vulnérables.
 

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