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Proche-Orient et Afrique du Nord

VUE D'ENSEMBLE

 

Evolution économique

Le ralentissement économique général au Proche-Orient et en Afrique du Nord est imputable à la décélération observée dans les toutes grandes puissances économiques de la région.
Le taux de croissance économique de la région Proche-Orient et Afrique du Nord est tombé à 3,5 pour cent en 1997, contre 4,8 pour cent en 199625. Ce ralentissement est imputable à la décélération observée dans les toutes grandes puissances économiques de la région, à l’exception de l’Egypte.

 En Turquie, la croissance du PIB, qui avait atteint 7,1 pour cent en 1996, est tombée en 1997 à quelque 5,7 pour cent et devrait continuer à ralentir en 1998 sous l'effet des mesures prises pour tempérer la surchauffe, freiner l'inflation (qui en 1997 était restée de l'ordre de 80 à 90 pour cent en rythme annuel) et maîtriser les équilibres budgétaires. De même, en République islamique d'Iran, le taux de croissance du PIB est tombé de 5,1 pour cent en 1996 à 3,2 pour cent en 1997, principalement parce que les recettes provenant des exportations de pétrole et de gaz ont baissé. Les mauvais résultats économiques de deux des grandes puissances économiques d'Afrique du Nord, l'Algérie et le Maroc, sont principalement dus aux conditions météorologiques défavorables qui ont réduit la production agricole. En Algérie, la chute de la production agricole provoquée par la sécheresse a freiné la croissance économique, qui n'a été que de 1,3 pour cent en 1997, contre 3,8 pour cent en 1996. Le Maroc a encore plus souffert: la baisse de la production agricole s'est traduite par une contraction du PIB estimée à 2,2 pour cent. D'une façon générale, l'économie marocaine a souffert toutes ces dernières années des oscillations de la production agricole provoquées par les intempéries. En Egypte, au contraire, la croissance économique s'est encore accélérée en 1997 pour la cinquième année consécutive, atteignant 5 pour cent. Ce progrès persistant atteste le succès des politiques de stabilisation et de réforme économiques appliquées par le gouvernement depuis 1991, qui ont modéré l'inflation, amélioré les équilibres extérieurs et budgétaires et stabilisé la monnaie.
 

FIGURE 33
PROCHE-ORIENT ET AFRIQUE DU NORD
 

  La croissance du PIB devrait ralentir encore en 1998, notamment parce que les cours internationaux du pétrole resteront probablement bas, ce qui freinera l'activité économique dans les pays exportateurs de pétrole. Selon les projections du FMI, le taux de croissance du PIB à l'échelle régionale sera de l'ordre de 3,5 pour cent; depuis 1990, il n'était tombé aussi bas que lors de la crise de 1994. La croissance ralentira en Turquie à cause de la politique d'austérité budgétaire appliquée pour limiter la demande et réduire le déficit, ainsi qu'en Iran qui, comme les autres pays exportateurs de pétrole, souffrira du cours déprimé de celui-ci. En revanche, les taux de croissance devraient augmenter en Algérie et au Maroc principalement parce que la production agricole, qui avait souffert des intempéries en 1997, devrait se rétablir. En Egypte, la croissance vigoureuse de 1997 devrait se poursuivre, au taux d'environ 5 pour cent. Pour l'ensemble de la région, le taux de croissance du PIB devrait augmenter légèrement en 1999, pour atteindre 4,4 pour cent.
 

Agriculture

Selon les estimations actuelles dans la région Proche-Orient et Afrique du Nord, la production végétale et animale, qui avait fait un bond de près de 10 pour cent en 1996, a baissé de près de 4 pour cent en 1997.
Selon les estimations actuelles, la production végétale et animale, qui avait fait un bond de près de 10 pour cent en 1996, a baissé de près de 4 pour cent en 1997.

 Le recul est surtout sensible en Afrique du Nord où les intempéries ont provoqué une chute de la production agricole d'environ 15 pour cent en Algérie et au Maroc et de 3 pour cent en Tunisie. Dans les trois pays, la production céréalière en particulier a beaucoup fluctué ces dernières années sous l'effet des caprices du climat;  elle s'est effondrée sous l'effet de la sécheresse en Algérie où, après avoir atteint 4 900 000 tonnes en 1996, elle est tombée, en 1997, à 900 000 tonnes, son niveau le plus bas depuis 1966, ainsi qu'en Tunisie (1,1 million de tonnes en 1997 contre 2,9 millions en 1996). Au Maroc, également, l’absence de pluie en début d'année a fait tomber la production céréalière à 4,1 millions de tonnes (contre 10,1 millions en 1996); ce résultat est toutefois meilleur que la misérable récolte de 1,8 million de tonnes engrangée en 1995.

 En Turquie aussi, malgré une légère augmentation de la récolte céréalière, la production agricole totale a baissé à cause du recul du secteur de l'élevage, ainsi que de plusieurs autres cultures vivrières et non vivrières, notamment le coton, les oléagineux (en particulier les olives) et les fruits et légumes. On prévoit aussi une certaine contraction de la production agricole en Iran et surtout en République arabe syrienne où la céréaliculture et les cultures vivrières en général ont souffert des intempéries. En revanche, la récolte syrienne de coton a atteint un nouveau record grâce à la forte augmentation des superficies. En Iraq, on estime que la production agricole, qui avait augmenté en 1996, a baissé en 1997; pour la céréaliculture, la chute est de l'ordre de 25 pour cent. La production agricole par habitant reste bien inférieure au niveau atteint pendant les années 80.

 En Egypte, la production agricole, qui avait affiché en 1995 et 1996 un taux d'expansion de 8 pour cent par an, a stagné en 1997. En Arabie saoudite, la deuxième année consécutive d'expansion n'a pas permis de rattraper le recul de plus de 20 pour cent enregistré en 1995. En particulier, la production céréalière, qui avait atteint en 1994 le niveau record de 5 millions de tonnes, a beaucoup baissé à la suite de la réduction des prix de soutien: elle était, en 1997, de l'ordre de 2,4 millions de tonnes. L'expansion de la production de fruits et légumes n'a compensé que partiellement (en valeur) ce recul de la céréaliculture.

 En 1998, le rétablissement de conditions météorologiques normales devrait se traduire par une augmentation notable des récoltes céréalières en Algérie, au Maroc et en Tunisie par rapport au niveau catastrophique de 1997. Les perspectives de récolte semblent aussi bonnes en Turquie et en Arabie saoudite tandis qu'en Iraq, elles sont plus incertaines en raison des pluies insuffisantes et du manque persistant d'intrants.

 A plus long terme, on note dans la plupart des pays une expansion notable de la production agricole au cours de la dernière décennie; les principales exceptions sont l'Iraq, où l'agriculture a beaucoup souffert de l'embargo qui a déprimé les marchés et qui l’a privé d'investissements et d'intrants, et l'Arabie saoudite, où elle s'est ressentie de la forte réduction des subventions agricoles. Il est difficile de discerner une tendance en Algérie et au Maroc, où la production agricole est sujette à des fluctuations très amples.

 L'évolution de la production agricole par habitant est moins satisfaisante. Parmi les grands pays, seuls l'Iran et l'Egypte ont réussi à l'accroître régulièrement; en Turquie, elle a, au contraire, un peu diminué. En République arabe syrienne, elle tend à augmenter depuis 1990, mais pas assez pour compenser la forte baisse enregistrée tout au long des années 80. Le secteur agricole est trop instable dans le Maghreb pour que l'on puisse dégager des tendances, mais il semble que la production par habitant soit en hausse en Tunisie.
 

Gestion des ressources en eau

Les ravages provoqués par la sécheresse dans plusieurs pays d’Afrique du Nord en 1997 ont une fois encore mis à l’ordre du jour l’importance cruciale que revêt l’aménagement des ressources en eau pour la région.
 Les ravages provoqués par la sécheresse dans plusieurs pays d'Afrique du Nord en 1997 ont une fois encore mis à l'ordre du jour l'importance cruciale que revêt l'aménagement des ressources en eau pour les pays de la région. Au Maroc, où 13 pour cent des terres arables et des cultures permanentes sont irriguées, la sécheresse de 1997 a fait suite à beaucoup d'autres. Le Gouvernement marocain a créé une cellule spéciale chargée d’étudier les moyens de rendre le pays moins dépendant de l’agriculture pluviale. Il poursuit en même temps sa politique d'expansion des superficies irriguées au moyen d'un programme ambitieux de construction de barrages, qui a pour principal objectif d'accroître les exportations agricoles grâce à l'irrigation et à une amélioration de l'offre d'énergie. L'Algérie, où 7 pour cent seulement des terres arables et des cultures permanentes sont irriguées, applique aussi un programme de construction de barrages; un grand chantier, qui avait été abandonné en 1993, a redémarré. En Tunisie, la politique nationale de l'eau prévoit la construction de plusieurs grands et petits barrages, mais les possibilités d'expansion des zones irriguées sont limitées. Un effort de développement de l’irrigation est aussi en cours en Turquie, notamment dans le cadre du projet d'Anatolie du Sud-Est, ainsi qu'en République arabe syrienne.

 En Jordanie, l'Autorité de la Vallée du Jourdain s'efforce en priorité d'améliorer la conservation de l'eau et le rendement de l'irrigation pour affranchir l'agriculture de la pénurie d’eau. L'utilisation de l'eau pose des problèmes en République arabe syrienne, où la nappe phréatique a baissé dans certaines zones à cause des forages incontrôlés de puits, et au Yémen, où elle baisse rapidement. En Arabie saoudite, la production céréalière est basée sur l'utilisation d'aquifères souterrains non renouvelables. Depuis quelques années, le gouvernement encourage le remplacement de la céréaliculture très gourmande en eau par des productions horticoles plus économes.

 Le projet d'aménagement hydraulique, qui est de loin le plus ambitieux de la région, est le projet de la Vallée du Sud en Egypte, qui a été annoncé en 1997. Il vise à accroître la superficie cultivable et habitable du pays en détournant les eaux du lac Nasser. Quand il sera achevé, il devrait permettre d'installer quelque 6 millions de colons et d'irriguer environ 0,5 million d'hectares. Le Gouvernement égyptien a annoncé qu’il coûtera en tout 300 milliards de livres égyptiennes (près de 90 milliards de dollars) d'ici à l'an 2017. La première phase comporte la construction d'un canal d'irrigation de 67 km pour mettre en valeur 34 000 ha.
 

Evolution des politiques

La réforme économique et agricole a progressé lentement et plusieurs gouvernements ont rétabli ou renforcé les mesures d’intervention.
 En 1997 et au début de 1998, la plupart des pays de la région ont appliqué des politiques de libéralisation et de déréglementation du marché. Toutefois, la réforme économique et agricole a progressé lentement et plusieurs gouvernements ont rétabli ou renforcé les mesures d'intervention. Parmi les exemples récents de libéralisation de la politique agricole, on citera la décision prise en Algérie de transformer le monopole des céréales en organisme de réglementation du secteur céréalier, et la suppression en Jordanie de la réglementation du prix de détail des fruits et des légumes de production locale. En Algérie, le gouvernement a aussi fait savoir qu'il avait l'intention de promouvoir la privatisation totale du secteur agricole. En Egypte, la Loi n° 96 approuvée par le Parlement en 1992, qui devait prendre pleinement effet en 1997, a libéralisé les baux ruraux qui étaient restés pratiquement bloqués depuis 1952; un moratoire de cinq ans est prévu pour permettre aux propriétaires et aux locataires de s'entendre à l'amiable; une indemnisation est prévue pour les agriculteurs acceptant un règlement avant l'expiration du moratoire. Cette loi concerne quelque 700 000 à 800 000 fermiers; on estime qu’en 1992, 24 pour cent des terres agricoles étaient affermées. Au Maroc, le gouvernement a redoublé d'efforts pour vendre une partie de l'industrie sucrière dans le cadre de son programme de privatisation, qui est un des plus avancés de la région. Deux des principales entreprises de production et de distribution de vin devaient être privatisées en 1997. En République arabe syrienne, le gouvernement poursuit l'effort entrepris il y a quelques années pour stimuler les investissements privés dans les filatures de coton, autrefois monopole public.


 

ENCANDRÉ 14
ASSOCIATION UNION EUROPÉENNE – PAYS MÉDITERRANÉENS


Depuis 1995, plusieurs pays de la région ont développé des partenariats avec l'UE en vue de créer une zone de libre-échange entre celle-ci et les pays méditerranéens. Ce processus a démarré lors d'une conférence tenue à Barcelone en novembre 1995 avec la participation de l'UE et des pays méditerranéens, à l’exception de la Jamahiriya arabe libyenne; il devrait déboucher, en 2010, sur la création d'une zone de libre-éhange. Les premiers accords conclus entre l'UE et les pays méditerranéens participant à ce processus visent à mieux intégrer les pays dans le marché mondial au moyen d'un partenariat économique et financier.
La zone de libre-échange envisagée impliquerait:

• le libre-échange de tous les articles manufacturés entre l'UE et les pays participants;

• un accès préférentiel réciproque aux produits agricoles intéressant les pays participants;

• le libre-échange entre les pays méditerranéens eux-mêmes.

 

 Malgré les progrès de la libéralisation, les interventions de l'Etat sur les marchés agricoles restent très répandues dans la région et, comme on l'a vu plus haut, certaines mesures de libéralisation ont récemment été abrogées. Ainsi, en novembre 1997, le Liban a imposé des restrictions à l'importation d'une série de produits agricoles et d'aliments transformés afin de réduire la facture d'importations alimentaires, de protéger l'agriculture nationale et de stimuler la production. Ces mesures restrictives sont plus ou moins sévères: interdiction totale d'importer un certain nombre de produits; nouveaux droits de douane pour certains autres; et liste de produits dont l'importation doit être concertée avec le Ministère de l'agriculture. En Turquie également, le gouvernement est revenu pendant la campagne de commercialisation 1995/96 sur sa politique de désengagement des marchés agricoles, notamment en rétablissant un régime plus généreux de soutien des prix. Ainsi, les quantités de céréales achetées par l'Etat, déjà considérables en 1996, ont encore augmenté en 1997. Les prix de soutien de plusieurs autres produits agricoles ont aussi été beaucoup relevés pour la campagne de commercialisation 1997/98.

Les relations avec l’Europe ont une énorme importance pour plusieurs pays de la région Proche-Orient et Afrique du Nord.
 Les relations avec les pays européens et en particulier avec l'Union européenne (UE) ont une énorme importance pour plusieurs pays de la région, surtout pour leur secteur agricole. En 1997, les négociations entre la Jordanie et l'UE en vue d'un accord d'association dans le cadre du processus de Barcelone (voir encadré 14) ont abouti en 1997: la Jordanie est ainsi le cinquième pays, après le Maroc, la Tunisie, l'Egypte et Israël, à avoir conclu un tel accord. Pour le Maroc, les relations avec l'UE sont importantes aussi dans le secteur halieutique. Le dernier accord sur la pêche entre le Maroc et l'UE a été conclu en 1996: il accorde aux flottilles européennes l'accès aux eaux marocaines pour quatre ans, moyennant compensation, mais avec une réduction graduelle des captures autorisées. Le Gouvernement marocain a fait savoir qu'il n'avait pas l'intention de reconduire cet accord après son expiration en 1999. Il a annoncé des plans ambitieux de développement du secteur halieutique national, qu’il réalisera notamment en développant les équipements portuaires et en s'appuyant sur des coentreprises avec des sociétés étrangères.
 

République islamique d’Iran

Contexte macroéconomique

 L'économie et l'orientation politique de l'Iran ont été marquées depuis 20 ans par deux événements majeurs: premièrement, la révolution de 1979, suivie de l'adoption des règles islamiques de politique économique et sociale; et, deuxièmement, la guerre de huit ans contre l'Iraq, qui s'est soldée par de graves pertes humaines et matérielles et un effondrement de l'économie, à laquelle a succédé une longue période de redressement et de reconstruction. L'économie iranienne a aussi souffert d'autres événements: la chute des cours du pétrole en 1986 – qui a beaucoup fait baisser les recettes du pays au moment où il souffrait déjà d'une récession économique – et les restrictions commerciales imposées par les Etats-Unis26. Toutefois, comme on le verra ci-après, l'économie iranienne a depuis lors repris un bon départ. A la suite de l'élection présidentielle et du Sommet islamique qui s’est tenu à Téhéran en 1997, il semble que le pays tende à sortir de plus en plus de son isolement économique et diplomatique.

 L'Iran se classe maintenant dans la tranche inférieure des pays à faible revenu, avec un PIB de 82 milliards de dollars EU, soit 1 300 dollars par habitant (chiffres de 1996). Sa population, qui a doublé en 20 ans, compte environ 61 millions d'habitants. Le taux de croissance démographique, qui atteignait 3,2 pour cent entre 1977 et 1986, est depuis tombé à environ 1,6 pour cent grâce à une politique active de planification familiale. La croissance du PIB, estimée à 4,2 pour cent en 1995/96, a atteint en 1996/97 son taux le plus élevé depuis cinq ans, 5,2 pour cent27 , essentiellement grâce au cours élevé du pétrole en 1996. Le tassement du prix du pétrole devrait entraîner un ralentissement de la croissance en 1997/98.
 

CARTE 8
RÉPUBLIQUE ISLAMIQUE D'IRAN
 

 Le pétrole fournit 16 pour cent du PIB de l'Iran et 80 pour cent de ses recettes d'exportation. La production s'est élevée à 3,7 millions de barils par jour en 1996. De nouveaux gisements offshore de gaz commencent à être exploités, et cette ressource prend de plus en plus d'importance. Pour réduire la dépendance de l'économie à l'égard du secteur des hydrocarbures et la vulnérabilité aux fluctuations du cours du pétrole, le gouvernement cherche à promouvoir d'autres secteurs, en particulier l'agriculture.
 

FIGURE 34
IRAN: OFFRE INTÉRIEURE ET UTILISATION DE CÉRÉALES
 

 Après la révolution et la guerre contre l'Iraq, qui avaient obligé à appliquer une politique de crise, le gouvernement a adopté un modèle économique d'autosuffisance associé à une politique de libéralisation et de promotion du secteur privé. Un premier Plan quinquennal de reconstruction (1989/90 à 1993/94) a été lancé pour accroître la production et l'autosuffisance de tous les produits stratégiques, améliorer la productivité dans les secteurs clés de l'économie et promouvoir les exportations non pétrolières. La libéralisation de l'économie a été entreprise dans le contexte d'un programme national d'ajustement structurel comprenant des actions sur plusieurs fronts: correction des distorsions de prix; adoption d'un taux de change flottant et promotion du secteur privé. Pendant cette période, l'économie iranienne a connu une croissance dynamique et les objectifs ambitieux du Plan ont été dans une large mesure atteints.

 Les objectifs du Deuxième Plan (1994/95 à 1999/2000), comme ceux du premier, sont ambitieux. Le nouveau Plan confirme la politique de libéralisation du marché (poursuite de la privatisation et du désengagement de l'Etat) et de diversification en faveur des secteurs non pétroliers. Sur le front extérieur, le Plan prévoit un taux de change unique avec un flottement dirigé, la rationalisation des procédures douanières et l'établissement de droits de douane permettant à la fois de protéger les producteurs et de conserver un avantage compétitif international. Dans le secteur financier, l'objectif du Plan est de maintenir la croissance de la masse monétaire à un rythme non inflationniste, au moyen d'une série de mesures: incitations à l'épargne, rationalisation des taux d'intérêt bancaires, émission de bons du Trésor et participation accrue du secteur privé. Enfin, le Plan vise à réformer le système fiscal et son administration en introduisant une taxe sur la valeur ajoutée et en éliminant les subventions (tout en créant des filets de sécurité et une assistance ciblée sur les groupes vulnérables).

La dette extérieure et son service continuent à poser de graves problèmes économiques à l’Iran, même si la situation est moins critique qu’au début des années 90.
 La dette extérieure et son service continuent à poser de graves problèmes économiques, même si la situation est moins critique qu'au début des années 90. A la suite d'importantes renégociations en 1993, les dettes à court terme ont été converties en obligations à moyen et long termes. Le gouvernement s'est engagé à respecter un calendrier ambitieux du service de la dette, comportant certaines années des remboursements supérieurs à 5 milliards de dollars. Il a fallu pour cela appliquer une politique d'austérité budgétaire et des pressions se sont exercées pour qu'il soit mis fin à la libéralisation. Le taux de change a de nouveau été fixé et les importations sévèrement réglementées, ce qui a eu des effets négatifs sur la production nationale. La facture d’importation, qui avait atteint 26 milliards de dollars en 1991/92, a été ramenée à quelque 13 milliards de dollars en 1995/96 en raison des mesures d'austérité.

 La santé, l'éducation et la régulation démographique ont beaucoup progressé depuis une dizaine d'années. Mais de nombreux problèmes socioéconomiques restent à résoudre. On estime que 17 pour cent de la population vit en dessous du seuil de pauvreté (12,2 pour cent dans les villes et 26 pour cent dans les campagnes, selon le PNUD). Selon les statistiques officielles, 10 à 14 pour cent de la population active est au chômage; ce chiffre est probablement inférieur à la réalité car l'excédent structurel de main-d'œuvre est sous-estimé. Malgré la politique de réduction des subventions, celles-ci continuent à obérer lourdement le budget national.

 L'Iran n'est pas membre de l'Organisation mondiale du commerce  (OMC), mais les discussions en vue de son éventuelle accession ont commencé. Elle nécessiterait des réformes importantes, en particulier en ce qui concerne la politique protectionniste de prix des produits alimentaires.

 Les efforts de stabilisation ont réussi à freiner considérablement l'inflation des prix à la consommation, qui est néanmoins demeurée forte. Pendant le Premier Plan (1990/91 à 1994/95), le taux d'inflation était de 24 pour cent par an en moyenne. Après avoir culminé à 50 pour cent en 1995/96, il est retombé à 23 pour cent pour les 12 mois s'achevant en mars 1997. Selon les dernières estimations, il serait de 18 pour cent pour les cinq premiers mois de l'année iranienne 1997/98.

 Le gouvernement a été obligé d'abandonner en 1995 le taux de change flottant unifié, trop difficile à appliquer, et de réintroduire provisoirement un double taux de change fixe28. La Banque centrale continue à préconiser un taux de change flottant unifié; on espérait y parvenir en 1999, mais il faudra probablement attendre encore quelques années.
 

Le secteur agricole

Le secteur agricole joue un rôle majeur dans l'économie iranienne; il a de grandes potentialités de développement et constitue donc un domaine stratégique essentiel. Il fournit plus de 25 pour cent du PIB et un tiers de l'emploi; il rapporte aussi d'importantes recettes d'exportation – 900 millions de dollars en 1996, c'est-à-dire un tiers des exportations hors pétrole.
 La population iranienne peut être considérée comme relativement affranchie de l’insécurité alimentaire, avec une ration calorique de l’ordre de 2 900 kcal par personne, et une production nationale qui permet de satisfaire environ 80 pour cent des besoins alimentaires.
 La population iranienne peut être considérée comme relativement affranchie de l'insécurité alimentaire. La ration calorique est de l'ordre de 2 900 kcal par personne et par jour29. La production nationale permet de satisfaire environ 80 pour cent des besoins alimentaires du pays et 90 pour cent de la demande des agro-industries.

 Depuis 20 ans, la politique agricole vise à accroître le taux d'autosuffisance et à diversifier les sources de devises afin de réduire la vulnérabilité aux fluctuations du cours du pétrole. C’est dans cet esprit qu’ont été conçus les Plans de développement passés ainsi que le Troisième Plan et la stratégie en préparation pour les 25 prochaines années. L'objectif central est d'accroître la production vivrière suffisamment pour qu'elle permette de nourrir en l'an 2023 (1 400 de l'hégire) les 100 millions d'habitants que comptera alors l'Iran.

Potentiel agricole. La superficie de l'Iran est de 1,65 million de km2. La superficie potentiellement arable est de l'ordre de 51 millions d'hectares, dont 36 pour cent seulement sont effectivement cultivés. L'Iran possède des climats très contrastés, depuis le climat aride de la plaine centrale et de la côte méridionale jusqu'au régime méditerranéen semi-aride des provinces de l'Ouest et du Nord, et au climat très humide des côtes de la mer Caspienne. La diversité biologique est considérable: il y aurait plus d'espèces végétales différentes en Iran que dans toute l'Europe. Malgré les déboisements massifs (plus de 5 millions d'hectares de forêt ont disparu depuis 1960), la forêt couvre encore 11,4 millions d'hectares, tandis que les parcours, les pâturages, les montagnes et le désert en occupent 90 millions (54,6 pour cent du territoire national). La pêche joue un rôle relativement marginal dans l'économie, mais c'est un secteur d'exportation traditionnel et les ressources combinées de la mer Caspienne (caviar), de la mer d'Oman et du golfe Persique offrent de grandes potentialités.

 Les pâturages non cultivés dominent largement les 51 millions d'hectares de terres arables (32,5 millions d'hectares). Environ 8,8 millions d'hectares sont irrigués avec des systèmes traditionnels ou modernes30, et les cultures pluviales occupent 9,7 millions d'hectares. Les sols iraniens sont en général peu fertiles. Les sols des plaines et des vallées, où sont situées les principales zones agricoles, souffrent à des degrés divers de salinité ou d'engorgement, et ceux des plateaux sont pauvres en matières organiques. Seul le bassin de la Caspienne possède des sols assez riches en matières organiques.

Les deux tiers environ des eaux superficielles utilisables sont exploitées pour l’irrigation et d’autres usages, tandis que les eaux souterraines ne peuvent pas être utilisées davantage sans danger.
 Les deux tiers environ des eaux superficielles utilisables sont exploitées pour l'irrigation et d'autres usages; quant aux eaux souterraines, il serait dangereux d'en utiliser davantage, car la nappe phréatique tend déjà à baisser. Le rendement de l'eau d'irrigation est faible, de l'ordre de 30 pour cent31 , ce qui est un obstacle sérieux à l'accroissement de la production et de la productivité.

Politiques agricoles: objectifs ambitieux, problèmes environnementaux. Le secteur agricole relève de deux ministères différents: le Ministère de l'agriculture, pour la production végétale (qui représente environ 57 pour cent de la production agricole), et le Ministère du Jihad-e-Sazandeghi, responsable de l'élevage (40,8 pour cent de la production agricole), des forêts (1,5 pour cent) et des pêches (0,5 pour cent), ainsi que du développement rural et de l'aménagement des bassins versants. Depuis 1979, le gouvernement appuie activement le secteur rural et l’agriculture par des actions menées principalement sur deux fronts: prix garantis aux producteurs pour certains produits agricoles et gros efforts de développement rural au profit de milliers de villages (voir ci-dessous)

 Depuis 10 ans, la production vivrière augmente plus vite que la population, d'où un net progrès de la consommation par habitant; les objectifs du Premier Plan sont en général atteints. Les rendements moyens ont aussi beaucoup augmenté pendant cette période.

 Les taux d'autosuffisance augmentent régulièrement; pour 1997, ils étaient estimés à environ 80 pour cent pour le blé, 90 pour cent pour les protéines d'origine animale et 100 pour cent pour la volaille, le lait et le fromage. Le principal instrument utilisé pour obtenir de tels résultats était l'application de prix à la production garantis et rémunérateurs pour les principaux produits.32
 

TABLEAU 8

Production, importations et consommation (kg/an/habitant) de certains produits de base, 1985 et 1995

 
 
Blé
Toute
céréales
 Oléagineux
Légumes
Fruits
(million tonnes)
Production
 
 
 
 
 
1985 
6
10.2
0.36
4.2
8.6
1995
11.2
16.3
0.55
6.3
13.4
 
Importations
 
 
 
 
 
1985
5.2
7.8
-
-
-
1995
3.1
5.8
-
-
-
 
(kg/habitant/an)
Consommation
 
 
 
 
 
1989
166
197
-
66.3
130
1995
173 
211
79.6 
164 

 Bien que la part des importations dans la consommation alimentaire ait beaucoup diminué, les importations agricoles constituent une part importante et croissante du commerce extérieur: cette part était de l'ordre de 15 pour cent en 1989-1991; elle a ensuite baissé pour remonter à 27,2 pour cent en 1995. En valeur, elle représentait 16,7 pour cent des recettes d'exportation en 1989-1991 et 18,9 pour cent en 1995.

Le blé est le principal pilier du système agricole et alimentaire iranien.
 Le blé est le principal pilier du système agricole et alimentaire: il fournit 40 pour cent des disponibilités énergétiques et 45 pour cent des disponibilités protéiques. Pour stimuler sa production, le gouvernement a lancé pendant les années 80 un vaste programme national comportant des prix d'achat garantis, des subventions aux intrants, des services de recherche et de vulgarisation, ainsi que des subventions à la consommation de farine et de pain, sans compter les aides indirectes que constituaient les subventions des prix de l'énergie, des transports, des services de mécanisation et du crédit. Grâce à cette politique, la production a presque doublé, passant de 6 millions de tonnes en 1989 à 11,2 millions de tonnes en 1996. Le rendement moyen des cultures irriguées est passé de 2 tonnes à l'hectare à plus de 3 tonnes pour le blé, et des accroissements analogues de la productivité et de la production ont été enregistrés pour le riz, l'orge et la pomme de terre33; la superficie portant des cultures permanentes a continué à augmenter; elle dépasse aujourd'hui 2,7 millions d'hectares. L'Iran peut ainsi maintenir sa tradition d'exportation de pistaches, de raisins, de dattes, de pommes et d'agrumes.
Au cours de la dernière décennie, la production de fruits a augmenté de 239 pour cent, celle d’agrumes de 769 pour cent.
Après une période de croissance modérée pendant les années 70, la production de fruits et de légumes a fait l'objet d'un effort accru et a rapidement progressé. On estime qu'au cours de la dernière décennie, la production de fruits a augmenté de 239 pour cent (769 pour cent pour les agrumes et 294 pour cent pour les fruits à coque). L'horticulture occupe 10 pour cent des terres cultivées, soit 1,6 million d'hectares, dont 1,2 million pour l'arboriculture fruitière. Toutefois, ce secteur continue à souffrir d'importantes pertes après récolte dues, en grande partie, aux carences et à la mauvaise gestion du système de commercialisation. La consommation apparente de produits horticoles, de l'ordre de 210 kg par habitant, est proche des niveaux européens.

 La production animale a augmenté de 4,1 pour cent par an pendant le Premier Plan: les taux d'autosuffisance atteignent maintenant 90 pour cent pour les protéines d'origine animale et 100 pour cent pour le lait et le fromage. La production forestière est passée de 1,9 million de m3 en 1990 à 2,2 millions en 1997; celle du secteur halieutique de 315 000 tonnes en 1990 à 389 0000 tonnes en 1995. On estime que le nombre des pêcheurs a triplé et celui des bateaux de pêche doublé depuis 1986.

 Développement rural. L'action de développement rural menée depuis 10 ans par le Ministère du Jihad-e-Sazandeghi, en partenariat avec la population rurale, a beaucoup amélioré les conditions de vie dans quelque 15 000 villages. Deux millions deux cent mille hectares de terres marginales ont été mis en culture et les aménagements hydrauliques ont permis d'accroître de 13 milliards de m3 les ressources en eau d'irrigation. Cinquante et un mille kilomètres de routes gravillonnées et 11 600 km de routes asphaltées ont été construits; 13 700 villages ont été électrifiés, 17 500 ont été équipés de réseaux d'eau potable et 15 000 de réseaux complets d'assainissement. Les services ruraux d'éducation et de vulgarisation agricole à l'intention des femmes et des hommes ont été activement développés.

Durabilité. Le progrès de la production alimentaire et agricole s'est accompagné de pressions croissantes sur les ressources naturelles. La déforestation et l'érosion ont atteint des proportions inquiétantes. La charge des pâturages a augmenté de 50 pour cent depuis 30 ans, d'où un grave surpâturage: on estime qu'aujourd'hui 16 pour cent seulement des parcours sont en bon état. Des millions d'hectares ont été détruits par le surpâturage et l'extension des cultures pluviales. On estime qu'entre 1986 et 1992, 200 000 ha ont été déboisés chaque année. Environ 45 pour cent des terres arables souffrent d'érosion hydrique et 60 pour cent d'érosion éolienne; les terres arables perdent en moyenne une vingtaine de tonnes de sol par hectare et par an. La multiplication des puits et des stations de pompage pour l'irrigation a fait dangereusement baisser la nappe phréatique. Par ailleurs, l'amélioration de la productivité est en grande partie due aux prix garantis et à l'utilisation massive des intrants subventionnés, ce qui fausse le marché et coûte cher aux finances publiques. Les pouvoirs publics se trouvent donc aujourd'hui confrontés à un problème crucial: comment maintenir la viabilité économique et environnementale de l'agriculture au cours des prochaines années?

 Depuis le lancement du Deuxième Plan, des projets de reboisement, de protection des sols et de lutte contre la désertification ont été entrepris pour freiner la dégradation des ressources naturelles. Des mesures ont été prises pour protéger la biodiversité, mais jusqu'ici seulement dans les zones protégées (8 millions d'hectares, soit 5 pour cent du territoire). L'amélioration de la gestion des eaux est un objectif prioritaire. La subvention des pesticides a été supprimée; leur consommation a baissé d'environ 75 pour cent depuis cinq ans et les agriculteurs adoptent de plus en plus des méthodes de lutte raisonnée contre les ravageurs. Mais il reste encore beaucoup à faire pour juguler le processus de dégradation des ressources naturelles.

 Le gouvernement s'efforce actuellement en priorité d'assurer la durabilité du développement agricole et une meilleure gestion des ressources naturelles, notamment en mobilisant la participation des utilisateurs et des agriculteurs. Le cadre institutionnel des efforts de protection de l'environnement, défini par le Troisième Plan et la Stratégie nationale pour l'environnement et le développement durable, est du ressort de la vice-présidence pour l'environnement et de l'Organisation de protection de l'environnement.

Pendant la guerre d’Iraq, on a assisté à une montée en puissance du régime des subventions.
 Prix et subventions. Les subventions sont régies par des mécanismes décisionnels complexes auxquels participent plusieurs organismes et institutions. Le Conseil suprême de l'économie, qui relève du Cabinet du Président, est la plus haute autorité dans le domaine économique. Il arrête les prix garantis à la production et l'enveloppe des subventions sur proposition de l'Administration du plan et du budget et de son Bureau de l'agriculture et du développement rural, en concertation avec l'Office de protection des consommateurs et des producteurs et le Ministère de l'agriculture. Les propositions sont ensuite présentées au Parlement, qui peut les rejeter, les approuver telles quelles ou les modifier avant de les incorporer dans le budget annuel.

 Pendant la guerre d'Iraq, il a fallu un gros effort pour assurer dans des conditions équitables un ravitaillement et des niveaux de vie minimums: c'est de cette époque que date la montée en puissance du régime de subventions. Les subventions à la consommation et à la production de produits agricoles sont ensuite restées importantes. Les producteurs bénéficiaient de prix garantis, calculés en fonction des coûts de production moyens, qui leur assuraient des marges confortables. Les prix à la consommation des produits alimentaires étaient maintenus à peu près constants en valeur réelle. Les crédits inscrits au budget de 1993 pour la subvention des produits de base se sont élevés à 2,4 billions de rials, soit environ 9,4 pour cent des recettes publiques et 2,5 pour cent du PIB projeté.34
 

TABLEAU 9

Prix garantis à la production, 1991/92 à 1997/98

 
 
1991/92
1992/93
 1993/94
1994/95
1995/96
1996/97
1997/98
(rials/kg)
Blé
130 
150 
225 
 260
330
410
480
Riz
500
550
715
900
950
1 180
1 400
Orge
115
115
173
210
255
317
387
Betterave sucrière
26
27
52
62
78
97
125
Pomme de terre
78
78
117
135
140
174
210

Source: Gouvernement de la République islamique d’Iran, Ministère de l’agriculture.
 

 Les prix à la consommation sont encore subventionnés pour le pain, le sucre, le lait, le fromage, la viande, le thé, l'huile végétale et le riz et les prix à la consommation pour les semences améliorées et divers autres intrants. D'autres secteurs tels que celui du pétrole et de l'électricité bénéficient également de subventions35.

 Il était prévu de supprimer toutes les subventions, y compris celle des produits alimentaires et autres biens de première nécessité pendant les trois premières années du Deuxième Plan36. En fait, elles ont été maintenues pour un nombre réduit d'articles essentiels; pendant certaines périodes, le Parlement les a même reportées à leurs taux élevés de 1992. Elles ont de nouveau été réduites ces dernières années. La subvention des denrées alimentaires a absorbé environ 1,8 pour cent du budget de 199737. Les subventions ont encore augmenté de 22 pour cent en 1995/96 et de 12,7 pour cent en 1996/97, aux prix courants.

 C’est le blé qui est au cœur du problème: la commercialisation de cette céréale est presque entièrement entre les mains de l’Etat et absorbe environ 70 pour cent des subventions de l’alimentation. En 1995/96, le blé était payé aux producteurs 330 rials le kilogramme et la farine vendue aux consommateurs 62 rials le kilogramme38 . L’Etat finançait non seulement cet écart de prix, mais tous les coûts intermédiaires – commercialisation, transport, transformation, entreposage, pertes, administration, etc. Pour les autres produits essentiels, il existe un double marché: les rations subventionnées et le marché libre.

L’écart entre les prix à la production et les prix à la consommation des produits alimentaires subventionnés est progressivement réduit. Les prix à la consommation ont été fortement relevés en 1996/97: pour le blé, le prix de vente est passé de 62 à 93 rials le kilogramme, pour le riz de 100 à 300 rials le kilogramme, pour le sucre de 27 à 100 rials le kilogramme, pour les huiles alimentaires de 60 à 300 rials le kg, pour la viande rouge de 750 à 1 000 rials le kilogramme et pour le fromage de 450 à 1 000 rials le kilogramme.39
 

TABLEAU 10

Subventions des produits alimentaires: quantité en milliers de tonnes et prix en rials/kg

 
 
Quantités subventionnées
Prix
1995/96
1996/97
1995/96
1996/97
(milliers de tonnes)
(rials/kg)
Farine de blé
9 300 
9 400
62
93
Riz
280
297
100
300
Sucre
340
346
27
100
Huile alimentaire
222
223
60
300
Viande rouge
53
54
750
1 000
Fromage
15
24
450
1 000
Total
10 210
10 344
 
 

Source: Office de protection des consommateurs et des producteurs, cité par le FMI.
 
 

Entre autres effets pervers, le régime de subventions a favorisé l’utilisation désordonnée des pesticides et des engrais, qui sont devenus d’importantes causes de dégradation de l’environnement.
 Entre autres effets pervers, le régime de subventions a favorisé l’utilisation désordonnée des pesticides et des engrais bon marché, qui sont devenus d’importantes causes de dégradation de l’environnement40 . L’expansion des terres cultivées, stimulée par le soutien des prix, a aussi été une cause de déforestation, de dégradation des parcours et d’érosion. Depuis quelques années, la politique de suppression des subventions est plutôt motivée par la charge croissante qu’elles représentent pour le budget, les dysfonctionnements administratifs et les distorsions du marché qu’elles créent (ainsi que les retards cumulés dans l’exécution du Plan). Le souci d’équité entre également en jeu: les subventions ne sont pas ciblées socialement, mais les statistiques officielles indiquent que le taux moyen de la subvention par habitant est à peu près le même pour les ruraux que pour les citadins.

 Les prix à la consommation restent un problème très délicat, surtout pour les groupes les plus vulnérables. Un des objectifs du Deuxième Plan était de couper radicalement les subventions, mais le processus a été freiné car il était politiquement trop risqué de laisser les prix alimentaires monter en flèche: en fait, les subventions n’ont pas vraiment baissé mais se sont stabilisées en valeur réelle, augmentant au rythme de l’inflation. Il est actuellement prévu d’accélérer leur réduction en diminuant le nombre de produits subventionnés. Il est prévu de réduire en premier lieu la subvention des intrants, puis l’écart entre les prix à la production et les prix à la consommation. Toutefois, la subvention des prix à la production et à la consommation sera probablement maintenue pendant une période indéterminée, du moins pour les produits essentiels tels que le blé. La suppression totale des subventions entraînerait l’abandon des objectifs de prix garantis et d’autosuffisance alimentaire.

 Régimes fonciers et réforme agraire. Deux réformes agraires – l’une avant et l’autre après la révolution islamique – ont profondément transformé les régimes fonciers et les systèmes de production en Iran.

 Avant la réforme de 1962-1972, l’essentiel des terres et des villages appartenaient à des propriétaires qui les louaient à des paysans. Il y avait environ 2 millions de paysans qui, sans être propriétaires, exploitaient la terre sous un régime de métayage ou de baux à court terme. Ils étaient souvent organisés en groupes traditionnels, les boneh (production en équipe, entretien collectif des infrastructures, exploitation en commun, etc.). Il y avait aussi 2 millions de paysans sans terre et sans droits d’exploitation. A la fin de la réforme (qui a été exécutée en trois étapes sur 10 ans), quelque 1,8 million d’agriculteurs avaient acquis des titres de propriété de la terre. La petite exploitation familiale était devenue la principale structure de production: la taille de 83 pour cent des exploitations était inférieure à 10 ha. La réforme a aussi fait apparaître de nouveaux groupes sociaux et de nouvelles formes de propriété foncière et, en particulier, des paysans riches et des exploitations agricoles capitalistes gérées dans un souci de rentabilité (13 pour cent des ménages ruraux et 40 pour cent des terres), des entreprises agricoles financées par des capitaux internationaux, des entreprises agricoles publiques intégrées dans des complexes agro-industriels géants, des sociétés anonymes et des coopératives de production. Mais la réforme avait laissé environ 1,9 million d’ouvriers agricoles sans terre et sans accès à la propriété: elle n’avait profité qu’aux agriculteurs ayant déjà des droits d’exploitation. La stratification socioéconomique s’est donc accentuée dans les campagnes et l’exode rural, que la réforme était censée freiner, n’a pas ralenti (on estime que 2 millions de ruraux ont migré en ville entre 1962 et 1965).

 En mars 1980, le Conseil islamique de la révolution a passé une loi prescrivant la redistribution des grandes exploitations. Initialement, la Loi révolutionnaire de réforme agraire classait les terres pouvant être confisquées et redistribuées en trois catégories, chacune faisant l’objet d’un règlement différent. Les terres des deux premières catégories41 (parcours et autres zones naturelles et latifundia) confisquées devaient être placées sous administration de l’Etat, en vue d’être éventuellement distribuées en pleine propriété ou données à bail. La troisième catégorie comprenait les terres dont la superficie dépassait le triple de la superficie moyenne des exploitations de subsistance de la zone (ainsi dans une zone où la taille moyenne des exploitations était de 5 ha, les propriétés de plus de 15 ha pouvaient être confisquées). Pour les deux premières catégories, la réforme n’a pas rencontré de grandes difficultés, mais la troisième catégorie (qui relevait de l’Article J de la Loi agraire) a suscité des réactions violentes et de vives polémiques. Certaines autorités religieuses se sont opposées à la confiscation arguant qu’elle était contraire aux principes de l’islam. Le principe islamique de la propriété foncière limitée, mais reconnue en droit (interdiction d’accumuler des richesses, mais garantie de la propriété personnelle, nécessaire pour stimuler la production), a été invoqué pour combattre les rigueurs de la politique de confiscation. Cette opposition a entraîné la suspension de l’application de l’Article J de la Loi agraire. Cette suspension est toujours en vigueur et le Conseil des Gardiens, invoquant le caractère sacré de la propriété en droit islamique, s’est opposé, en 1986, à certaines nouvelles réformes plus radicales que proposait le Parlement.

 Les «Comités des Sept», qui étaient à l’origine des organes révolutionnaires distincts, mais qui ont été rattachés en 1984 au Ministère de l’agriculture et qui comprennent des représentants du paysannat et des tribunaux islamiques, ont été chargés, entre autres, de la gestion et de l’attribution des terres comprises dans les catégories destinées à être confisquées et distribuées. Ces comités devaient aussi promouvoir un nouveau système de coopératives, les moshaa, et régler les questions de développement rural liées à la réforme agraire. Les terres confisquées ont été distribuées à des paysans sans terre, mais aussi à de petits agriculteurs dont l’exploitation n’atteignait pas la superficie moyenne de la région et à des diplômés des écoles d’agriculture. La superficie attribuée variait de 1 à 15 ha selon la région. Environ 1,2 million d’hectares avaient été redistribués à quelque 230 000 ménages d’agriculteurs avant 199142 . Toutefois, les bénéficiaires ont reçu seulement des droits d’exploitation mais non des titres de propriété individuelle. Ces droits ne sont pas transférables et sont subordonnés à l’exploitation effective de la terre, qui doit être restituée si elle n’est pas cultivée. En même temps, le gouvernement a encouragé et appuyé la création de coopératives d’agriculteurs de dimensions moyennes, ou moshaa. Ce sont des exploitations de taille moyenne – 20 à 60 ha – exploitées collectivement par cinq à 15 familles d’agriculteurs; chaque famille possède une part égale des terres, mais les lots ne sont pas délimités. Quelque 13 000 moshaa, groupant environ 100 000 familles paysannes, ont été créées. Destinées à favoriser les économies d’échelle et à faciliter l’acheminement des services agricoles fournis par l’Etat (crédit, assistance technique, services subventionnés de mécanisation et de pompage de l’eau), les moshaa restent aujourd’hui un secteur important du paysannat, mais l’exploitation collective a peu à peu cédé la place à une agriculture individuelle. On estime qu’environ 80 pour cent des terres des moshaa ont été officieusement réparties entre les membres et sont exploitées à titre individuel ou cultivées en commun par deux ou trois familles.

Le panorama foncier iranien est maintenant dominé par des petites exploitations familiales dont plus de 96 pour cent sont en faire-valoir direct.
 Le panorama foncier iranien est maintenant dominé par des petites exploitations familiales. Plus de 96 pour cent des exploitations sont en faire-valoir direct. Quatre-vingt pour cent ont moins de 10 ha et 66 pour cent moins de 5 ha. Les exploitations de plus de 10 ha, qui constituent le secteur «moderne», fournissent quelque 80 pour cent des produits alimentaires vendus sur les marchés. La confiscation des terres en vertu de l’Article J de la Loi agraire pendant la période postrévolutionnaire a déstabilisé les gros et moyens propriétaires et les a dissuadés de louer leurs terres ou d’investir dans leurs biens fonciers. Le patrimoine foncier souffre aussi du morcellement: chaque exploitation compte en moyenne 15 parcelles dont la taille moyenne est de 2 ha. Ce morcellement freine l’accroissement de la productivité et compromet l’efficacité des services agricoles.

 De nombreux problèmes complexes et ambiguïtés demeurent. Le problème de l’équité et de l’accès des paysans sans terre à la propriété ou au bail n’a pas été réglé sur le plan juridique. Les gros propriétaires, au-delà d’une certaine superficie, se sentent encore menacés. Le morcellement freine la modernisation; les incertitudes du régime foncier et le manque de transparence des marchés fonciers entravent le remembrement et l’investissement rural. Ces problèmes pèsent lourdement sur les résultats et les perspectives de tout le secteur agroalimentaire.

Ressources hydriques et irrigation. La pluviosité moyenne en Iran ne dépasse pas 250 mm par an et l'essentiel du territoire reçoit moins de 100 mm d'eau. L'utilisation des ressources hydriques est dominée par l'irrigation, qui en absorbe 95 pour cent, contre 4 pour cent pour les usages domestiques et 1 pour cent pour les usages industriels. Toutefois, seulement 36 pour cent des terres arables sont effectivement cultivées, le manque d'eau étant le principal facteur limitant l'expansion des superficies cultivées et l'amélioration des rendements.

 Les ressources totales en eau superficielle sont estimées à 105 milliards de m3, dont 6,4 milliards proviennent des pays voisins et des ghanats (le réseau traditionnel iranien d'aqueducs souterrains) et 5,4 milliards de sources. Le volume économiquement et techniquement utilisable d'eau superficielle est d'environ 63 milliards de m3 par an, dont 40 milliards sont utilisés.

 Les ressources totales en eau souterraine sont estimées à 46,6 milliards de m3 et le volume net disponible pour la consommation à quelque 37 milliards de m3. Une exhaure excessive, due à la multiplication des stations de pompage et des puits, a entraîné une baisse de la nappe phréatique dans tout le pays. Cette situation alarmante a nécessité des mesures de restriction et de réglementation au niveau local, et la recharge de la nappe phréatique est devenue une préoccupation générale.

Les ressources hydriques sont inégalement réparties: 30 pour cent des eaux superficielles sont concentrées dans une province, le Khouzistan, tandis que dans de nombreuses provinces très peuplées, les maigres ressources sont totalement exploitées. Les débits des cours d'eau varient beaucoup d'une saison à l'autre et d'une année à l'autre, et il faudrait construire des réservoirs pour assurer un approvisionnement régulier. A la fin de 1995, 31 grands barrages étaient exploités et 15 autres devraient être construits au cours des prochaines années.
 

PHOTO 11
Stabilisation des dunes pour éviter l'érosion
La stabilisation des sols à l'aide de plantes résistant à la sécheresse aide à protéger les systèmes d'irrigation et les cours d'eau des effets dévastateurs de l'érosion et de l'envasement
 
 
Le tiers environ des terres arables de l’Iran sont irriguées avec des méthodes modernes ou traditionnelles.
 Le tiers environ des terres arables (8,8 millions d'hectares) sont irriguées avec des méthodes modernes ou traditionnelles. Le rendement moyen de l'eau d'irrigation est de l'ordre de 30 pour cent (contre une moyenne mondiale de 45 pour cent): sur les 14 600 m3 d'eau consommés en moyenne à l'hectare, 4 600 m3 seulement sont effectivement utilisés par les cultures. Il est donc impératif d'améliorer le rendement de l'eau d'irrigation, et c'est un des objectifs prioritaires du Deuxième Plan quinquennal. Les trois ministères compétents pour la gestion des eaux agricoles (Ministère de l'agriculture, Ministère du Jihad et Ministère de l'énergie et de l'eau) unissent leurs efforts pour élaborer un programme de 20 ans en vue de porter le rendement de l'eau à 40-45 pour cent.

 Il faut aussi s'attaquer à deux problèmes connexes: le problème technique du rendement de l'irrigation et celui de la gestion de l'irrigation (attribution de pouvoirs aux irriguants et intensification des cultures).

 Sur le plan technique, de gros efforts sont en cours pour promouvoir l'utilisation de systèmes d'irrigation sous pression, pour lesquels le pays a acquis de bonnes capacités techniques et beaucoup d'autonomie. Les réseaux modernes sous pression utilisant des dispositifs d'aspersion, d'irrigation goutte à goutte et de micro-irrigation sont en cours de développement (le rendement de l’irrigation par aspersion est de 70 à 75 pour cent, celui de l'irrigation goutte à goutte et de la micro-irrigation atteint 90 pour cent en moyenne dans les systèmes iraniens existants). Actuellement, 250 000 ha sont équipés de ces systèmes. L'objectif est d'équiper 1 million d'hectares, à raison de 100 000 ha par an. L'industrie nationale, principalement le secteur privé, est déjà tout à fait capable de produire l'équipement nécessaire.

 En ce qui concerne la gestion de l'irrigation, on s'efforce en particulier d'accroître les pouvoirs dont jouissent les associations d’irriguants et leur participation à la gestion des ressources. On estime qu'actuellement environ 600 000 ha de terres irriguées sont regroupés, avec une bonne participation et une organisation efficace des utilisateurs. Une réglementation est en préparation pour optimiser l'utilisation de l'eau et réduire les pertes sur les 1,2 million d'hectares irrigués avec des méthodes modernes. Un des moyens d'améliorer le rendement dans les réseaux modernes consiste à transférer la responsabilité de l'organisation et de la gestion aux irriguants.
 

Conclusion

 Au cours des dernières décennies, l'Iran a réalisé un progrès remarquable dans les domaines du développement agricole et rural et de la sécurité alimentaire. De vastes parties du secteur agricole et rural bénéficient de meilleures conditions de vie et touchent des prix rémunérateurs pour leurs produits. Cela a permis un accroissement considérable de la production alimentaire et agricole et un progrès dans la voie de l'autosuffisance. Toutefois, le coût financier et environnemental de ces progrès a été considérable.

 L'Iran doit maintenant relever un défi: comment maintenir le dynamisme et la compétitivité de son secteur agricole, tout en assurant sa durabilité économique et environnementale?

Les plans stratégiques de l’Iran concernant le secteur alimentaire et agricole restent solidement basés sur le principe de l’autosuffisance.
 En vue de renforcer la viabilité et la rationalité économiques, l'Iran a opté pour une politique de libéralisation impliquant l'abandon des systèmes traditionnels de protection et la suppression des subventions. La volonté politique de réaliser ces transformations a été clairement déclarée, mais la réaction des producteurs et des consommateurs pose des problèmes délicats, en particulier dans le contexte actuel d'austérité. En outre, la question des subventions agricoles est liée à celle de l'autosuffisance. Peut-être un jour, le coût d'opportunité et la rationalité économique d'un régime de fortes subventions de l'agriculture seront-ils remis en question, ainsi que l'idée que l'autosuffisance est la meilleure garante de la sécurité alimentaire. Mais la politique actuelle est loin d'une telle remise en question. Les plans stratégiques concernant le secteur alimentaire et agricole restent solidement basés sur le principe de l'autosuffisance, qui est motivé par des considérations de sécurité alimentaire dans un contexte de relations politiques et commerciales internationales incertaines et en présence d'importantes réserves de pétrole et de gaz permettant de financer cette politique.

 Autre défi important: la promotion des exportations agricoles, étroitement liée à la privatisation et à l'investissement. Le transfert au secteur privé des fonctions de production et de commercialisation autrefois assurées par l'Etat progresse graduellement. Malheureusement, bien qu'il existe de vastes possibilités de développer toute une gamme d'industries agricoles et agroalimentaires pour lesquelles le pays possède ou pourrait posséder un avantage comparatif, les investissements dans ce secteur sont loin d'être suffisants. De nombreux investisseurs considèrent que l'environnement commercial, les infrastructures et les services iraniens ne leur garantissent pas des bénéfices suffisants. La lourdeur des procédures administratives, les carences des systèmes de commercialisation, la précarité des régimes fonciers et la complexité du régime de change sont autant de facteurs limitant le développement des exportations agricoles.
 

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