Foresterie dans les terres arides

On estime que 10-20% des terres arides à travers le monde souffrent d’une ou plusieurs formes de dégradation (EM, 2005).

Les défis actuels et à venir

Les terres arides sont confrontées à de nombreux défis liés à la désertification, à la pression démographique, au changement climatique et à la surexploitation ainsi qu’à la mauvaise gestion des ressources. Les changements d’utilisation des terres et d’autres pratiques telles que la transformation des parcours et autres systèmes sylvopastoraux en terres de culture, le gaspillage et la consommation non durable de l’eau, les pratiques de culture et de pâturage inadéquates, et la récolte excessive de bois de feu entraînent une dégradation et désertification des terres, une pénurie d’eau et des pertes majeures de services environnementaux.

De nombreuses personnes vivant dans ces zones sont piégées dans un cercle vicieux de pauvreté, pratiques irrationnelles et détérioration de l’environnement. Par ailleurs, on s’attend à ce que les changements climatiques accroissent l’impact des phénomènes météorologiques extrêmes, comme les sécheresses, et exacerbent la désertification et la baisse de la productivité des terres. 

Pénurie d’eau

Pénurie d’eau

La rareté de l’eau exacerbe les effets de la désertification en ayant des incidences directes nuisibles à long terme sur la qualité de la terre et du sol, la structure du sol, la matière organique et l’humidité du terrain.

En retour, les effets physiques de la dégradation des terres ont un impact négatif sur la disponibilité, la qualité et la quantité des ressources en eau car ils provoquent l’assèchement des plans d’eau; ils accroissent la fréquence de la sécheresse et des tempêtes de sable et de poussière; ils intensifient les inondations; et ils entraînent une diminution des nutriments du sol et du couvert végétal. La poursuite de la dégradation des terres et des eaux peut aussi déclencher des effets indirects, comme la pollution de l’eau de surface et des eaux souterraines, l’envasement, et la salinisation et l’alcalinisation des sols.

Les défis et menaces associés à la rareté de l’eau dans les terres arides sont appelés à augmenter à l’avenir.

Changements et variabilité climatiques

Changements et variabilité climatiques

Le défi essentiel du changement climatique dans les régions arides pourrait bien consister dans l’accroissement de la fréquence, de l’ampleur et de la gravité de tels événements, tels que des sécheresses prolongées, des vagues de chaleur intenses, de fortes précipitations et des vents violents. Certaines conséquences de cet accroissement apparaissent déjà: immenses feux de forêt non maîtrisés; grave dépérissement des forêts et attaques massives de ravageurs; réduction majeure de la capacité du sol à stocker l’eau; et inondations à grande échelle qui accélèrent et intensifient les processus de dégradation des sols.

Les changements climatiques peuvent amplifier les effets des mutations socioéconomiques et inversement, risquant ainsi d’accélérer la vitesse de dégradation et d’appauvrissement à l’échelle des paysages. 

Désertification

Désertification

L’Évaluation des écosystèmes pour le Millénaire décrit les terres arides comme étant «fortement sujettes à la désertification, du fait de leur productivité primaire limitée et de leur récupération lente à la suite de perturbations d’origine humaine», en regard d’autres biomes.

Selon l’UNCCD, la désertification est la dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et subhumides sèches, due à divers facteurs dont les variations climatiques et les activités humaines. La dégradation des ressources terrestres dans les terres arides, semi-arides et subhumides sèches résulte d’un processus ou d’une combinaison de processus causés essentiellement par:

  • la dégradation de la végétation et le morcellement
  • la dégradation des sols entraînée par l’érosion, le compactage, l’épuisement des éléments nutritifs, la perte de biodiversité des sols, la salinisation (en particulier associée aux terres irriguées), l’ensablement et la contamination.

Perte de biodiversité

Perte de biodiversité

Les restrictions hydriques et les conditions climatiques extrêmes en terres arides rendent les espèces endémiques vulnérables aux perturbations et fait de leur récupération un processus lent.

Pauvreté et insécurité alimentaire

Pauvreté et insécurité alimentaire

De manière générale, les conditions socioéconomiques en régions arides sont considérablement inférieures à celles observées dans d’autres régions et la plus grande part de la pauvreté de la planète est concentrée dans les terres arides, en particulier en Afrique et dans certaines parties de l’Asie et du Proche-Orient.

Les terres arides sont l’espace de vie de 2 milliards de personnes – environ 30 % de la population mondiale  ‒ réparties dans plus de 100 pays.

La majorité des personnes directement touchées par la désertification vivent en dessous du seuil de pauvreté et n’ont pas un accès adéquat à l’eau douce.

La pauvreté et l’insécurité alimentaire, souvent couplées à un manqué de clarté des droits de propriétés sur les ressources naturelles, poussent les gens à surexploiter les ressources naturelles restantes, ce qui accélère la dégradation des terres, menant à une pauvreté accrue et à la malnutrition. 

Transhumance perturbée, migration et conflit

Transhumance perturbée, migration et conflit

La dégradation de l’environnement, en particulier la désertification, est une cause fréquente de migration car elle contraint les populations à fuir des terres improductives.

La transhumance pastorale – le déplacement saisonnier des populations et de leurs troupeaux vers les pâturages et les points d’eau disponibles – est une pratique traditionnelle des terres arides du monde entier qui permet l’utilisation rationnelle des ressources de pâture des parcours; c’est également une stratégie d’adaptation qui pourrait se révéler importante dans le cadre de l’adaptation au changement climatique. La pression démographique, l’affaiblissement du système de contrôle traditionnel sur l’utilisation des ressources pastorales, l’accroissement des conflits sur l’utilisation des terres, la tendance générale à la sédentarisation des anciennes communautés transhumantes et les stress environnementaux affectent la durabilité de l’utilisation des terres et sont parfois sources de conflit. La migration des habitants des terres arides en réponse aux changements sociaux et climatiques représente un autre enjeu crucial.

Il a été estimé que, dans les 10 années précédant 2020, quelque 50 millions de personnes pourraient être appelées à migrer à cause de la désertification si le problème n’est pas traité.

Gouvernance déficiente et politiques inadéquates

Gouvernance déficiente et politiques inadéquates

La faiblesse de la gouvernance est de plus en plus considérée comme une cause profonde de la dégradation et de la perte d’écosystèmes naturels à travers le monde.

La mauvaise compréhension de l’importance des contributions des arbres et des forêts des terres arides au développement national, et de la nature fragile des écosystèmes secs, a conduit à leur sous-évaluation et à un manque général de politiques efficaces, d’investissements, de soutien institutionnel et de processus de planification visant à appuyer les communautés de ces régions et la gestion durable de leurs ressources. Les stratégies de développement se sont souvent limitées à des politiques promouvant l’intensification de l’agriculture, en particulier les cultures industrielles qui entraînent la dégradation des ressources naturelles des terres arides, comme les terres boisées et les parcours.

Dans de nombreux pays, le manque d’approches multisectorielles cohérentes fait en sorte que divers ministères traitent de divers aspects dans l’isolement et dans l’ignorance de ce que fait chacun d’entre eux, avec souvent pour résultat des politiques gouvernementales contradictoires. 

L’absence de sécurisation des droits sur les ressources naturelles (comme l’accès à la terre et les droits d’exploitation, de même que le droit de générer des revenus ou d’autres formes de bénéfices à partir des ressources naturelles) constitue un autre obstacle majeur à l’investissement dans les activités de gestion durable et de restauration.