E-Agriculture

Sylvie Niombo

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Il est vrai que peu d'organisations de la société civile (OSC) s'intéressent ou s'investissent dans les problématiques de genre dans l'accès et l'utilisation des TIC. Cependant il y a des raisons à cela. Combien d’OSC ont été sensibilisés sur le sujet ? Même quand il y a  eu des sensibilisations et des formations, l’une des  questions principales qu’elles poseront est « où sont les fonds pour le faire » ?
 Il y a encore beaucoup d’OSC pour le cas du Congo et de la RDC qui ne disposent même pas d’un ordinateur et doivent se rendre dans les cybercafés pour naviguer. Elles sont limitées par les financements mais aussi par l’orientation politique des bailleurs de fonds, par exemple il y a eu avec le VIH/SIDA une multitude d’actions dans le secteur c’est synonyme aussi de fonds. Actuellement, ce sont les thématiques comme la démocratie, l’Etat de droit, les élections et la lutte contre la corruption qui sont beaucoup financées. Donc, lesOSC sont souvent appellées à démontrer comment les TIC peuvent aider à avancer dans ces thématiques. C’est  pareil dans le domaine de l’agriculture, car elles doivent démontrer comment les TIC seront utiles, et cela aide davantage si elles ont déjà mené des actions en ce sens.
Par exemple, au cours d’un projet appuyé par le PARF d’APC, des organisations de femmes ont reçu des petites subventions pour réaliser des projets TIC de lutte contre la violence faite aux femmes et aux filles, et puisqu’elles ont été témoin de l’impact des téléphones cellulaires sur le terrain ; aujourd’hui ces associations nous ont rejoint dans le plaidoyer. Donc, elles se sentent plus à l’aise de travailler sur les TIC car elles ont vu les résultats.
Il y a peu de travail en réseau au niveau pays, car les TIC ne sont pas toujours pas vues comme une priorité ou un domaine dans lequel les OSC devraient s’investir excepté l'utilisation simple des outils technologiques ; certaines OSC trouvent les discussions sur les TIC « trop techniques ». Une tendance qu’il est important de renverser à travers les sensibilisations, les analyses et aussi l’implication des média afin de susciter l’adhésion et les actions collectives des OSC dans ce domaine.
APC a produit plusieurs ressources  sur les questions de plaidoyer sur les TIC qui peuvent être utiles aux OSC :
 
 
 

 J’interviens sur les facteurs de succès et de ralentissement de l’utilisation effective des TIC par les femmes rurales.

Succès : si les TIC sont abordables en termes de coût et de proximité et que le contenu est adapté aux besoins locaux, cela permet à davantage de femmes et filles de les utiliser. Nous (AZUR Développement) organisons actuellement des formations (radio et internet) pour la promotion des droits des femmes et la lutte contre la violence faite aux femmes en zone rurale et urbaine.

 

Nous  avons constaté que les femmes sont très intéressées à utiliser l’internet pour avoir des informations sur leurs préoccupations. Par exemple, elles préfèrent participer à la préparation des émissions radios, y compris les thèmes plutôt que d’être des simples auditrices. Donc, si le contenu est adapté à leurs besoins et qu’elles participent à la création de ce contenu, il y a davantage de possibilités de favoriser l’utilisation des TIC par les femmes dans les zones rurales.
Le ralentissement : l’absence des politiques publiques  sur les TIC sensibles au genre a été citée. Cependant, même lorsque ces politiques existent, elles ne sont pas appliquées ou il n’y a pas de budget conséquent mis à disposition par l’Etat.

 

Par exemple, il y a les fonds de services universels qui sont mis en place dans plusieurs pays ; cependant il est utile de regarder dans quelle mesure ces fonds appuient les initiatives genres et TIC. Les financements même des partenaires au développement se focalisent sur les efforts d’e-gouvernement et d’infrastructures. Il y a aussi le facteur temps en zone rurale étant donné les occupations de femmes (travaux champêtres et les occupations familiales). Cela dépend de la technologie utilisée.  
Un autre échec est «  de décider  unilatéralement» à quelle fin les TIC doivent être utilisées par les femmes. L’essentiel est qu’elles apprennent la technologie, et elles sauront quel usage en faire selon leurs besoins. Au cours des formations internet que nous tenons avec des étudiantes, il y en a qui préfèrent lire du contenu en ligne sur la mode, la cuisine tandis que d’autres lisent l’actualité et la science, etc. C'est pareil pour la télévision, très peu suivent d'autres émissions en dehors de l'actualité, par contre elles sont intéressées par les séries télévisées. Cela nécessitera de plus en plus de la créativité dans l'usage des TIC.

 

S’agissant des formations sur l'utilisation de l'internet pour les femmes, il est vrai que beaucoup d’initiatives sont menées autant par les Gouvernements et la société civile. Mais comme vous le soulignez les efforts restent concentrés en zone urbaine. Cela va aussi avec l’accès  internet  qui est limité dans les zones rurales. Les télécentres communautaires contribuer à réduire cette fracture numérique.
Cependant, la pérennité des télécentres en zone rurale pose problème dans la plupart des pays de l’Afrique centrale.
Lors de la visite d’études /échanges organisée par le CTA en Inde à laquelle j’avais pris part, nous avions appris sur d’autres modèles de télécentres à l’intérieur de l’Inde. Ces télécentres étaient assez  différents de ceux de nos pays. En effet, les télécentres ne servaient presque pas aux saisies, navigation internet, etc ; mais plutôt à fournir aux populations des services de e-gouvernement, formation à distance, information agricole, entre autres. Cela limitait aussi les déplacements vers les villes.
Donc, il y a besoin de re-penser /adapter les services des télécentres aux préoccupations réelles des populations en zone rurale. Surtout quand il s’agit des questions de genre, la femme et l’homme n’ont pas souvent les mêmes besoins. Elles vont dans les champs et reviennent à des heures où les télécentres sont fermés, etc. donne les moyens de savoir si les TIC améliorent réellement la vie des femmes et les relations entre les sexes et encourage le changement positif aux niveaux individuel, institutionnel, communautaire et social.
Il faudrait aussi s’interroger si les femmes ont une voix dans la gestion du télécentre et la définition de ses services offerts à la communauté. L’Association pour le progrès des communications (APC) a travaillé sur l’adaptation du manuel « Méthodologie d’évaluation du genre » (GEM) (http://www.apcwomen.org/gem/)  pour les télécentres ; et en Afrique une collaboration et des actions étaient engagées au Mali et en Ouganda. Le GEM
 L’une des notions aussi que j’ai appris  en Inde est que c’est la technologie qui doit servir / être utilisée pour répondre aux  besoins des populations. Il ne s’agit pas  d’emmener les populations à utiliser la technologie avec des idées préconçues.  
 
Merci pour les points importants que vous avez soulevé. Effectivement, il a été constaté que certaines initiatives TIC  dans nos pays sont menées de façon « disparate » et les résultats et leçons apprises ne sont pas partagées avec les autres acteurs qui pourraient en bénéficier. Il s’avère donc utile de documenter ces initiatives.
Il est vrai que certaines stratégies nationales de développement de TIC, telles que celle du Congo ne prennent pas en compte le genre. Nous avons mené des actions de sensibilisation à ce sujet qui n’ont pas encore abouties. Nous avons relevé qu’il ne s’agissait pas de se limiter à la participation des femmes à ces réunions mais plutôt d’analyser quelles étaient les problèmes. Car souvent quand on parle du genre on a tendance à se limiter au nombre.
 Afin de parvenir à des politiques TIC sensibles au genre, il y a un travail à faire, entre autres:
  •  sensibiliser les parties prenantes sur les questions de genre et de TIC (pas seulement les questions d’infrastructures mais aborder les questions de contenus, langues, rôles et prise de décision ; et même du contenu de certaines lois sur les communications électroniques qui sont prises, etc) ;

 

  • encourager la participation effective des femmes à ces espaces de dialogue qui sont souvent  à vus (à tort/culturel) comme « techniques » et assimilés « au masculin »  par l’organisation des formations et l’implication des femmes professionnelles en la matière ; et

 

  •     impliquer les organisations de développement et des droits des femmes, les sensibiliser sur les enjeux au-delà des aspects techniques.

 

  • L’autre action est aussi de faire la veille/ le plaidoyer afin que ces politiques soient mises en œuvre.
Merci pour cette intervention qui soulève des points importants. Au sujet de l’agriculture qui est orientée plus vers la subsistance dans nos pays, c’est une réalité. Il y a depuis quelques années,  des  pas réalisés avec le regroupement en coopératives agricoles afin d’augmenter la production à des buts commerciaux surtout avec l’appui des projets de la FAO, IFAD et d’autres partenaires.
 
Certaines populations avec lesquelles nous travaillons telles que les femmes autochtones n’ont pas accès à la terre ou encore peinent à vendre leurs produits en raison de la discrimination.  Il y aussi les questions d’adaptation aux changements climatiques qui s’ajoutent.
 
Effectivement, les TIC sont une opportunité pour  donner la voix  aux femmes et hommes en zone rurale afin d’informer sur les problèmes vécus, sensibiliser et appeler à l’action d’une part.  Ces problèmes sont souvent faiblement repris dans les média nationaux, et les TIC peuvent  documenter  cela à des fins de plaidoyer.
 
D’autre part, les TIC en particulier la radio, la vidéo, l’internet, et le téléphone mobile peuvent aussi être utilisés pour résoudre certains de ces problèmes vécus dans le monde rural. Par exemple des vidéos peuvent être utilisées pour former les femmes et les hommes sur les techniques agricoles, la lutte contre certaines maladies ou encore sur l’épargne entre autres.
 
Bonjour,
 
Je m’excuse d’intervenir un peu tard dans le débat qui a si bien commencé. Au sujet  de la complémentarité des média déjà soulevée ici, elle est indispensable car il ne faudrait pas trop vite écarter l’internet du fait du taux d’analphabétisme, de coût et d’infrastructure en général. Par exemple, il ya eu différents projets agriculture et TIC appuyés dans le cadre de GENARDIS (http://genardis.apcwomen.org/fr/node/158/)  qui ont utilisé l’une ou l’autre technologie et ont abouti à des résultats dans les communautés.
 
En ce qui concerne l’internet, cela devrait être un droit humain, et les  Gouvernements devraient fournir des efforts pour accroitre l’accès et favoriser la création de contenus utiles et adaptés aux besoins des populations rurales.
 
Quant au téléphone mobile, il a fait ses preuves autant pour les femmes que les hommes et plusieurs exemples ont été déjà été cités. Par exemple au Congo, les femmes agricultrices et grossistes l’utilisent beaucoup pour faciliter la commercialisation de leurs produits agricoles.    Mais, cela n’écarte pas les défis de «  qui a accès au téléphone ? Qui paie pour la communication  et qui l’utilise au mieux ? ».  Nous avons remarqué qu’au Congo et en RDC par exemple, des femmes disposaient des téléphones mobiles, dans certains cas elles ne les ont pas acheté elles-mêmes ou encore ce sont leurs partenaires qui achètent  les cartes de communication. Dans ces cas, ces téléphones sont souvent « surveillés » par les partenaires.
 
Il est également utile de former les femmes à utiliser les téléphones mobiles surtout en zone rurale, car souvent ce sont les enfants qui les manipulent mieux.
 
Enfin, afin de faire face aux problèmes d’électricité, il ya des sociétés qui vendent des plaques solaires, cependant les coûts ne sont pas abordables pour les populations rurales et urbaines.  Au Congo, dans les zones rurales, les compagnies de téléphonie cellulaire ont installé des groupes électrogènes, et les abonnés paient au moins 200F CFA pour  charger les téléphones mobiles.