Département du Développement Économique et Social

Synthèses

 
juin 2009
De l’accaparement des terres à la stratégie du gagnant-gagnant
Saisir les opportunitiés offertes par les investissements internationaux dans l'agriculture

Téléchargez une copie pdf

Les achats de terres agricoles par des étrangers, en Afrique et ailleurs, sont devenus un motif d’inquiétude. De nombreux observateurs considèrent qu’ils équivalent à une forme moderne de colonialisme et qu’ils menacent la sécurité alimentaire des populations pauvres. Cependant, les investissements pourraient avoir des conséquences positives si les objectifs des acheteurs de terres et les besoins en matière d’investissements des pays en développement étaient réconciliés.

Des écarts de capitaux alarmants
Le secteur agricole des pays en développement a un besoin urgent de capitaux. Des décennies d’investissements faibles ont entraîné une stagnation de la productivité et des niveaux de production. Pour réduire de moitié la faim dans le monde d’ici 2015, comme prévu dans l’objective du Sommet mondial de l'alimentation en 1996, les estimations de la FAO montrent qu’il est nécessaire d’investir au moins 30 milliards de dollars EU supplémentaires par an.

La capacité des pays en développement de combler cet écart est limitée et l’aide publique au développement (APD) n’offre pas de réelle alternative. En effet, le pourcentage de l’aide consacrée à l’agriculture a suivi une tendance à la baisse, en dessous de 5 pour cent. La question n’est plus de savoir : est-ce que les investissements internationaux devraient fournir un supplément aux autres entrées de capitaux, mais comment leur impact peut-il être optimisé.

Que savons-nous ?
L’information que nous possédons sur les  investissements dans l’agriculture est rare et presque exclusivement fondée sur des sources non confirmées. À partir de ces informations limitées (Encadré 1), trois observations se dégagent : (i) les investissements internationaux dans l’agriculture ont augmenté, mais les terres sous contrôle étranger restent marginales dans les pays en développement ; (ii) bien que la plupart des investissement soient privés, les gouvernements sont fortement impliqués, en particulier dans les pays bénéficiaires; et (iii) l’intérêt des investisseurs s’est déplacé des cultures commerciales vers la production de produits alimentaires de base.

Ces observations font allusion aux principales forces motrices derrière la vague actuelle d’investissements. De nombreuses transactions sont motivées par des inquiétudes concernant la sécurité alimentaire, en particulier celles provenant des pays plus riches, possédant des terres, mais souffrant de contraintes en matière d’eau. La flambée des prix de l’alimentation et les problèmes d’approvisionnement résultant de mesures politiques ont évidemment entraîné la crainte qu’il soit devenu dangereux de dépendre des marchés mondiaux pour satisfaire  la demande nationale.

Saisir les opportunités grâce aux partenariats
Les ventes de terres agricoles à des investisseurs internationaux ne sont pas sans risque pour les pays en développement. L’expérience montre qu’elles peuvent entraîner des expropriations de terres et mener à une utilisation non durable des ressources, compromettant ainsi les moyens de subsistance des populations locales.

Elles assurent également certaines opportunités, notamment un transfert de technologies qui stimule l’innovation et des augmentations de la productivité ; des améliorations de la qualité, la création d’emplois ; des effets d’entraînement en aval et en amont et des effets multiplicateurs grâce à l’emploi de main d’œuvre locale ainsi que d’autres contributions. Une augmentation des disponibilités alimentaires aussi bien pour le marché national que pour l’export est même possible.

Cependant, ces bénéfices ne seront rendus possibles que si les investisseurs et les bénéficiaires des investissements font les efforts nécessaires  pour réaliser pleinement le potentiel des transactions de terres. Par-dessus tout, il est essentiel de bien comprendre que la collaboration assure des bénéfices réciproques.

Rendre les investissements efficaces
Les pays hôtes détiennent la responsabilité essentielle d’attirer les investissements, de les diriger vers des besoins stratégiques et de s’assurer que ces besoins sont satisfaits. De nombreuses transactions foncières semblent avoir été fixées par l’investisseur et le gouvernement du pays hôte, sans se préoccuper de savoir si les populations locales en tireraient profit. Un manque de documentation sur les droits des petits propriétaires a empêché ces derniers de porter réclamation.  Bien que de nombreuses terres des pays en développement ne soient pas actuellement totalement utilisées, terre « en excédent » ne signifie pas nécessairement que la terre est inexploitée ou inoccupée. Il est par conséquent nécessaire de mettre rapidement en place de meilleurs moyens de reconnaître les droits fonciers. De même, les gouvernements devraient essayer de faire en sorte que les investissements n’entraînent pas la création d’enclaves d’agriculture de pointe, trop éloignées des réalités locales. Celles-ci ne permettront pas vraiment d’améliorer la production des petits producteurs ni de générer des revenus supplémentaires ou des opportunités d’emploi.

Les investisseurs internationaux doivent également agir. Ils devraient reconnaître les conséquences au niveau local de leurs investissements et prendre en considération les normes de travail, sociales et environnementales ; l’implication des parties prenantes ; et les préoccupations concernant la sécurité alimentaire – non pas parce qu’ils y sont obligés mais parce que cela permet de minimiser les risques de leurs investissements.  Madagascar est un exemple concret. Des troubles de l’ordre public ont entraîné l’arrêt une transaction après l'annonce que le gouvernement tentait de louer 1,3 million d'hectares à des investisseurs sud-coréens. Des évènements similaires ont empêché des investissements en Indonésie (500 mille hectares à des investisseurs d’Arabie Saoudite) et aux Philippines (1,2 millions d’hectares à la Chine). Des stratégies plus participatives auraient offert des solutions.

Explorer des stratégies alternatives
Les partenaires d’investissement devraient non seulement améliorer les conditions des transactions foncières, mais également considérer des arrangements contractuels plus amples. En effet, l’achat et l’exploitation directe des ressources foncières n’est qu’une réponse stratégique aux préoccupations concernant la sécurité alimentaire des pays possédant des terres et des ressources en eaux limitées. De nombreux autres mécanismes  peuvent offrir autant -voire même plus- de sécurité d’approvisionnement, par exemple l’agriculture sous contrat et les mécanismes de sous-traitance, les accords bilatéraux incluant les échanges compensés, ainsi que l’amélioration des systèmes d’information sur les marchés alimentaires internationaux.

De plus, les investissements pourraient être effectués dans des infrastructures et des institutions dont le besoin se fait fortement sentir et qui limitent actuellement l’agriculture des pays en développement. Ceci, conjugué à des efforts pour améliorer l’efficacité et la fiabilité des marchés alimentaires en tant que sources de nourriture, pourrait améliorer la sécurité alimentaire de tous grâce à une expansion de la production et des possibilités de commerce.

Perspectives
Les risques liés aux investissements internationaux ont mené à des appels pour la création d’un code de conduite contraignant.  Bien que sa mise en application soit probablement difficile, il pourrait tout de même offrir un cadre auquel les réglementations nationales pourraient se référer, en particulier si les parties réalisent que le respect de normes communes est dans leur intérêt mutuel.

Plus important encore, les investissements internationaux dans l’agriculture autres que les achats de terres devraient être évalués et encouragés. À cette fin, l’étendue, la nature et l’impact des investissements internationaux qui vont vers les pays en développement doivent être mieux compris et mieux contrôlés. Les meilleures pratiques devraient être répertoriées en droit et en politique afin de mieux informer les pays hôtes et les pays investisseurs. Une réunion internationale d’experts, organisée par la FAO en juillet 2009, s’intéressera tout particulièrement à ce sujet. 

Restez informés

Cliquez ici pour vous abonner aux synthèses de la FAO

Boîte à outils

Contact

Département du Développement Économique et Social, Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture

Viale delle Terme di Caracalla
00153 Rome, Italy

Téléphone: +39-06-57051
Fax: +39-06-57053152
Email: ES-Policy-Briefs [at] fao.org