Département du Développement Économique et Social

Synthèses

 
january 2011
La volatilité des prix sur les marchés agricoles
Etat des lieux, répercussions sur la sécurité alimentaire, réponse politiques

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Les récentes périodes de forte volatilité des prix sur les marchés agricoles mondiaux présagent de l’accroissement et de la fréquence des menaces pour la sécurité alimentaire mondiale. Afin de réduire la vulnérabilité des pays, les politiques devraient améliorer le fonctionnement des marchés et préparer les pays à mieux faire face aux effets néfastes de la forte volatilité des prix.

Variabilité et incertitude
La volatilité mesure l’ampleur et la rapidité de l’évolution du prix d’un actif sur une période donnée, comme le prix d’un produit agricole. Bien que ce concept puisse sembler évident, une définition précise de la volatilité est approximative et l’estimation tend à la subjectivité. En théorie économique la volatilité est liée à deux concepts: variabilité et incertitude; le premier décrit l’ensemble des variations de prix tandis que le second fait référence aux variations imprévisibles.

La fluctuation des prix est à la fois un attribut normal et une condition essentielle au bon fonctionnement d'un marché concurrentiel. Selon la logique économique, lorsqu’un produit se raréfie son prix augmente, ce qui entraîne une diminution de sa consommation, et une augmentation des investissements dans la production du bien. Cependant, l’efficacité du système des prix commence à flancher lorsque les fluctuations des prix sont incertaines et sujettes à de fortes oscillations sur une période prolongée.

Historiquement, les périodes de forte volatilité sur les marchés de produits agricoles sont rares. Si l’on établit une comparaison avec les désastres naturels, on constate qu’il y a une faible probabilité que cela se produise mais si cela arrive, les conséquences sont désastreuses et les coûts potentiels sont à charge de la société toute entière.

Vulnérabilité du système alimentaire mondial
Le système alimentaire mondial semble devenir à la fois plus vulnérable et sujet à des épisodes de volatilité extrême des prix (Figure 1). Comme les marchés sont de plus en plus intégrés au niveau mondial, des chocs économiques peuvent désormais se produire sur la scène internationale et se propager aux marchés intérieurs plus rapidement qu’avant.

Un accroissement de la vulnérabilité est provoqué par une possible augmentation des épisodes climatiques extrêmes et par la dépendance à l’égard de nouvelles régions d’exportation, surtout là où les récoltes dépendent des caprices de la météo; d’un plus grand recours au commerce international pour répondre aux besoins alimentaires aux dépens de la constitution de stocks; ainsi que d’une demande croissante de produits alimentaires issus d’autres secteurs, en particulier de l’énergie ; et d’une propagation plus rapide de facteurs macroéconomiques sur les marchés des produits, y compris la volatilité des taux de change et les changements de politiques monétaires tels que le changement de régime de taux d’intérêts.

En outre, les sociétés financières investissent davantage dans des produits dérivés pour équilibrer leur portefeuille car la rentabilité dans ce secteur semble indépendante de la rentabilité d’autres biens. Tandis que cette «financialisation des produits agricoles» n’est pas perçue comme la source de turbulence des prix, leurs investissements sur les marchés de contrats à terme pourraient accroître la volatilité à court terme.

Les pays à faible revenu souffrent davantage
La forte volatilité des prix a un coût car les acteurs du marché auront des difficultés à anticiper et à s’adapter à la fluctuation des signaux du marché. Dès que des changements imprévisibles, ou des «chocs», dépassent un certain seuil critique et persistent à ces niveaux, les recettes politiques traditionnelles et les mécanismes d’adaptation sont susceptibles d’échouer.

Des épisodes de forte volatilité et surtout une augmentation surprise des prix, représentent une menace majeure pour la sécurité alimentaire dans les pays en développement. Leurs effets sont plus néfastes sur les pauvres qui peuvent dépenser jusqu’à 70 pour cent de leur revenu pour acheter de la nourriture. L'absence de diversification du régime alimentaire aggrave le problème car l’augmentation du prix d’un aliment n’est pas facilement compensable par le passage à d’autres aliments.

Quant aux agriculteurs qui dépendent essentiellement des produits agricoles pour survivre, la forte volatilité peut se traduire par de vastes fluctuations de leurs revenus contre lesquelles ils n’ont aucun recours, ni sous forme d’assurance ni d’épargne. Comme un certain délai s’écoule entre la décision de production et la mise en place de celle-ci, la volatilité représente un risque pour les agriculteurs qui fondent leur investissement et leur planification sur des prix prévisionnels.

La cohérence et la coordination sont les clés du succès
Lors des derniers épisodes de forte volatilité, les interventions politiques ont fréquemment échoué car les contraintes budgétaires et l’ampleur de l’augmentation des prix ont généralement exclu tout succès significatif de stabilisation des prix. Les interventions ont été effectuées à court terme ou limitées à un niveau micro tel que celui des programmes de subventions et de sécurité ciblés pour les consommateurs. Ils ont parfois même été contre-productifs, à l'exemple des restrictions à l’exportation qui ont contribué à augmenter l’incertitude et miné le rôle du commerce. De nombreux pays ont également tenté d’utiliser les réserves alimentaires pour tamponner la volatilité, ce qui s’est avéré ingérable, coûteux et inefficace, surtout lorsque le choc se prolongeait durant de nombreuses périodes.

Au lieu de s’engager dans des mesures isolées, les autorités devraient être plus cohérentes et mieux coordonnées dans leurs réponses politiques. Elles doivent à la fois garantir un accès sans difficultés aux approvisionnements alimentaires mondiaux et améliorer la confiance et la transparence dans les des marchés, surtout dans les bourses de produits de base. Un système de surveillance mondiale amélioré renseignant sur les disponibilités à l’exportation et les demandes d’exportation aiderait à diminuer l’incertitude et permettrait aux pays de mieux s’équiper avant que les signes de plein impact de la crise n’apparaissent. De telles mesures aideraient également à stabiliser le marché.

En outre, des réformes plus approfondies des instruments existants comme le Mécanisme de financement compensatoire et la Facilité de protection contre les chocs exogènes du Fonds monétaire international pourraient aider les pays à affronter les chocs durant les périodes de crise en offrant des dispositifs de protection sociale. Ces instruments doivent servir à agir ex ante en fournissant des financements ou garanties à l’exportation avec des conditions minimum ou même sans condition pour alléger le fardeau du crédit et les contraintes du marché d’échanges qui ont diminué la capacité des pays à répondre aux besoins alimentaires au cours des crises précédentes.

Les dispositifs de protection sociale au niveau international ne représentent pas les seuls choix possibles. Les pays eux-mêmes peuvent explorer ou renforcer les mesures afin de protéger les plus vulnérables, y compris par le biais de réserves alimentaires d’urgence. De telles réserves ne devraient pas s’efforcer de combattre la volatilité mais plutôt d’en atténuer les conséquences en offrant aux personnes pauvres un accès direct à la nourriture. À long terme, les pays peuvent réduire leur vulnérabilité en augmentant leur productivité agricole pour un ensemble de cultures variées d'une manière à la fois concurrentielle et durable de même qu’en encourageant la diversification alimentaire.

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