Comment un couple yéménite exploite le potentiel du secteur laitier, même en période de conflit

Comment un couple yéménite exploite le potentiel du secteur laitier, même en période de conflit

28/06/2019

Il est six heures du matin dans la ville portuaire d'Al Hudaydah au Yémen. Jabrah Ali Omara est déjà réveillée et s'occupe de sa fille de trois ans. Ensuite, débute sa routine habituelle : la fabrication du laban, un lait caillé semblable au yaourt. Aujourd'hui, elle va ainsi transformer 180 litres de lait, achetés chez ses voisins. Ce volume représente un pas de géant par rapport aux 30 litres quotidiens qu'elle était en mesure de traiter lorsqu'elle a commencé à travailler il y a trois ans.

"Avant de me marier, je travaillais comme coiffeuse pour gagner de l'argent et pour subvenir aux besoins de mes parents. C'était bien payé ", raconte Jabrah. "Après mon mariage, j'ai décidé d'aider mon mari dans sa petite entreprise de transformation de produits laitiers."

Au Yémen, le secteur laitier dispose d'un potentiel considérable. La demande de produits laitiers ne cesse de croître et pourtant, à l'heure actuelle, la production laitière du pays ne satisfait qu'un tiers de la demande intérieure, d'où une forte dépendance aux importations de lait. Plus de 95% des produits laitiers transformés sont importés, ce qui fait monter les prix. Dans ce contexte, le secteur laitier à petite échelle possède donc un fort potentiel pour améliorer la sécurité alimentaire et la sécurité des revenus des ménages ruraux.

Jabrah et son mari, Ahmed, sont les bénéficiaires du programme ERRY (en anglais : "Enhanced Rural Resilience in Yemen", soit "Renforcer la résilience rurale au Yémen") financé par l'Union européenne. Ce programme conjoint a été mis en œuvre par la FAO, l'Organisation internationale du travail, le Programme des Nations Unies pour le développement et le Programme alimentaire mondial. En prenant en compte les conséquences du conflit, telles que le manque de services, l'érosion des sources de revenus, le déplacement des foyers et la perte de moyens d’existence tels que le bétail, le programme aide les communautés à retrouver leur autonomie.

La FAO aide en particulier à améliorer la transformation et la commercialisation des produits agricoles et de l'élevage en développant des chaînes de valeur fondées sur l'agriculture, en développant les compétences et en introduisant de nouvelles technologies. Le programme met également l'accent sur l'autonomisation des femmes rurales sur le plan économique grâce à l'emploi et à la sécurité alimentaire. Au Yémen, la transformation laitière est l'un des principaux secteurs où les femmes travaillent. Le programme vise non seulement à donner aux femmes la possibilité de générer des revenus, mais aussi à faire en sorte que les activités prennent à la fois en compte la culture et l'égalité des sexes.

Au moment de la première visite de la FAO, le couple utilisait du matériel de base pour la transformation du lait. Ils subissaient d'énormes pertes car la chaleur étouffante détruisait rapidement leurs produits périssables.

La FAO leur a fourni des panneaux solaires, des batteries, des ventilateurs, un réfrigérateur, des boîtes en acier inoxydable, des filtres, des seaux en plastique et un lieu de travail bien équipé. "Avant, nous utilisions des sources de chaleur pour modifier le lait, se souvient Jabrah, maintenant, on le met simplement au frigo", ajoute-t-elle en souriant. Grâce à l’aide fournie par le programme, Jabrah et son mari sont devenus plus enthousiastes à propos de leur entreprise.

Tandis que Jabrah se consacre à sa routine quotidienne de fabrication du laban, Ahmed part tôt le matin pour vendre les produits au marché voisin. "Je répète souvent à mon mari que je suis à ses côtés pour que nous développions cette entreprise ensemble. Nous nous aidons les uns les autres et je suis heureuse", dit-elle.

Avant ce projet, le couple avait l'habitude d'emprunter de l'argent aux voisins pour acheter des produits d'épicerie ou payer des soins médicaux. Leur situation s'est considérablement améliorée. 

"Nous n'avons plus besoin d'emprunter de l'argent à personne. Nos dépenses ont également diminué parce que nous ne payons plus l'électricité. Grâce à cette aide, nous sommes devenus complètement indépendants. Désormais, je peux réaliser mes rêves. Je veux agrandir mon lieu de travail et acheter une machine pour emballer les produits", déclare Jabrah, enthousiaste.

Selon le récent Rapport mondial sur les crises alimentaires (en anglais), le Yémen comptait 15,9 millions de personnes souffrant d'insécurité alimentaire aiguë en 2018. Soit le chiffre le plus élevé dans le monde. Sans l'aide humanitaire, plus de 20 millions de Yéménites (67% de la population) seraient confrontés à une grave insécurité alimentaire.

En donnant la priorité aux programmes consacrés aux moyens d'existence qui permettent d'augmenter la production alimentaire et animale, diversifient les sources de revenus et développent les chaînes de valeur, la FAO fournit aux familles yéménites les outils dont elles ont besoin pour gagner leur vie, même face aux crises provoquées par les conflits. L'histoire de ce couple n'est qu'un exemple parmi d'autres du type d'interventions nécessaires pour renforcer la résilience des communautés, en particulier dans les pays touchés par des conflits. Une nouvelle phase du programme, lancée en mars 2019, vise à réduire la vulnérabilité aux chocs et aux crises de plus de 735 000 personnes dans ce pays en proie à des conflits.

En investissant en faveur des agriculteurs familiaux, comme Jabrah et Ahmed, la FAO leur donne les moyens d'agir et de participer à la réalisation de l'objectif mondial "#FaimZéro".