En Afrique de l’Est, la lutte contre les criquets pèlerins accélère grâce aux drones et à la collecte de données

En Afrique de l’Est, la lutte contre les criquets pèlerins accélère grâce aux drones et à la collecte de données

14/05/2020

Tandis que le monde entier a les yeux rivés sur le nouveau coronavirus, l’Afrique de l’Est est aux prises avec une autre crise de dimension biblique: l’invasion d’essaims grandissants de criquets pèlerins voraces. Ces deux crises sont extraordinaires par leur ampleur et les deux ennemis se multiplient à une telle vitesse que les pouvoirs publics ont du mal à les contenir. Mais les moments de crise sont également des moments d’innovation et de collaboration. Comme les scientifiques du monde entier engagés dans une course contre la montre pour trouver les moyens de lutter contre la covid-19, les chercheurs internationaux et la FAO ont uni leurs forces afin de créer de nouveaux outils qui permettront d’avoir un temps d’avance sur les criquets pèlerins.  Ces outils deviennent encore plus utiles avec les restrictions liées à la pandémie de covid-19, qui dressent de nouveaux obstacles devant les équipes d’intervention.

«Les pays touchés en Afrique de l’Est ne font pas partie des zones habituellement victimes d’infestations de criquets pèlerins, explique Keith Cressman, fonctionnaire principal de la FAO chargé des prévisions acridiennes. Par conséquent, aucun d’entre eux n’avaient mis en place les systèmes et outils disponibles. Actuellement, nous accélérons la mise au point de versions de ces outils qui peuvent être facilement utilisées au Kenya, au Soudan du Sud  et en Somalie, par des agents de terrain formés ou non à la lutte antiacridienne.» Ces technologies comprennent aussi bien des outils de collecte des données, qui permettent de suivre l’activité des criquets pèlerins, que des systèmes d’imagerie satellitaire, qui aident à prévoir la prochaine destination de ces ravageurs des cultures. Le Kenya sera bientôt le premier pays à expérimenter les drones de la FAO destinés à la surveillance acridienne. «D’un point de vue scientifique, ajoute Keith Cressman, les crises comme celle-ci nous offrent l’opportunité d’expérimenter de nouvelles idées et de nouvelles technologies, ainsi que d’envisager comment elles peuvent être utilisées pour lutter contre les insectes ravageurs.»

Sur le terrain

La FAO fournit directement aux gouvernements toute une gamme d’outils. Il s’agit notamment d’eLocust3, le système de surveillance standard de la FAO qui est utilisé par les pays subissant fréquemment des invasions de criquets pèlerins. Lorsque la crise actuelle en Afrique de l’Est s’est aggravée, l’Université de Pennsylvanie, partenaire de longue date de la FAO en matière de recherche sur les ravageurs, a rapidement mis au point une version pour téléphone portable de son système eLocust3m, qui est maintenant accessible à tous dans les bibliothèques d’applications. Ce système peut être utilisé au moyen de la plupart des téléphones portables de type smartphone et comprend une fonctionnalité qui permet, à l’échelle nationale, de renforcer de manière exponentielle les capacités de diffusion en temps réel des signalements géoréférencés des déplacements acridiens et des interventions.

La FAO enverra aussi dans plusieurs pays d’Afrique et d’Asie des centaines de modèles d’un nouvel appareil GPS qui tient dans la main, eLocust3g, doté d’une connexion satellite et de fonctions eLocust3 de base. Les deux versions de cette technologie permettent aux agents de terrain d’enregistrer des informations sur les lieux où ils ont repéré des criquets pèlerin, le stade de développement des insectes et les zones traitées.

Ces informations permettent ensuite d’enrichir les systèmes nationaux d’information géographique de chacun des pays connectés à un système mondial d’information géographique situé au Siège de la FAO, à Rome, qui envoie chaque jour des mises à jour aux ministères de l’agriculture, aux centres de lutte antiacridienne et à d’autres partenaires via une plateforme acridienne en ligne. Les personnes chargées des prévisions et les décideurs ont ainsi accès aux informations qui remontent tous les jours du terrain. Ces informations sont essentielles dans la lutte contre les ravageurs migrateurs tels que les criquets pèlerins, dont le nombre peut être multiplié par 20 tous les trois mois et qui se déplacent très rapidement, au-dessus des mers et d’un continent à l’autre.

Dans les airs 

Mais comment fait-on dans les zones difficiles à atteindre? Les drones pourraient être une solution dans un proche avenir. La FAO s’apprête à déployer au Kenya des drones qui, tels des yeux dans le ciel, permettront de détecter les infestations et de parcourir de vastes zones arides à la recherche d’aires de végétation verte, les principales aires d’alimentation des criquets pèlerins, qui sont difficiles à trouver et à atteindre sur le terrain. La FAO crée des prototypes de drones à voilure tournante ou fixe destinés à la surveillance. Ces deux types de drones offrent des avantages particuliers.

Les drones à voilure tournante peuvent faire du sur place assez longtemps pour prendre des images précises. Les agents de terrain peuvent rester à proximité et analyser les concentrations de criquets pèlerins en temps réel. En outre, compte tenu de leur précision, ces drones pourraient être utilisés dans le cadre des campagnes de traitement. «Nous sommes en train de voir comment les équiper de pulvérisateurs à débit réduit qui permettraient de les utiliser dans le cadre de missions très ciblées visant à traiter des infestations à petite échelle qui, autrement, seraient difficiles à pulvériser», explique Keith Cressman.  Les drones à voilure tournante ont toutefois un champ d’action limité. Ceux à voilure fixe peuvent par contre parcourir jusqu’à 100 kilomètres lors d’un seul vol, ce qui les rend particulièrement appropriés pour repérer des aires de végétation verte au cœur de vastes étendues désertiques. «Nous en sommes encore à la phase expérimentale en ce qui concerne les drones, mais il est clair que ce type d’outils prendra de l’importance dans les années à venir», précise Keith Cressman.

Dans l’espace

Bien plus haut dans le ciel, les satellites fournissent depuis longtemps à la FAO des données qui permettent de prévoir les déplacements des criquets pèlerins. La FAO collabore par exemple avec l’Administration nationale des océans et de l’atmosphère (NOAA) des États-Unis d’Amérique, qui exploite des satellites météorologiques conjointement avec l’Administration nationale de l’aéronautique et de l’espace (NASA) des États-Unis d’Amérique. La NOAA utilise les données les plus récentes de la FAO sur l’Afrique de l’Est pour élaborer un modèle de prévision des trajectoires suivies par les essaims de criquets pèlerins. Cela permet aux personnes chargées des prévisions de mieux déterminer la provenance des essaims et de prévoir dans quelle direction ceux-ci iront les jours suivants, ce qui n’est pas une mince affaire quand on sait qu’ils peuvent parcourir jusqu’à 150 kilomètres par jour. 

De même, grâce à des collaborations avec la NASA et l’Agence spatiale européenne (ASE), les spécialistes de la FAO utilisent les images satellite pour repérer les endroits où il pleut, où la végétation pousse et où les conditions de reproduction peuvent être favorables, afin d’anticiper les menaces d’invasion de ravageurs.  Qui dit végétation dit nourriture et abris pour les criquets pèlerins. Par conséquent, les cartes sont scrutées tous les jours afin de relever des changements et la moindre indication d’une nouvelle aire de végétation verte peut amener à lancer un agent de terrain aux trousses des criquets pèlerins. 

En outre, l’imagerie satellitaire permet de détecter la présence d’humidité dans la couche superficielle du sol sec, condition idéale pour la ponte, et la FAO collabore avec la NASA et l’ASE pour exploiter ces données. «L’augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes dans le monde entier devrait se traduire par un accroissement des crises de ce type dans des lieux inhabituels, explique Keith Cressman. Il est par conséquent toujours plus important de fournir le bon type d’outils et d’informations aux pouvoirs publics et aux équipes de terrain, au service de la gestion de ces crises dès aujourd’hui et à l’avenir.» L’invasion de criquets pèlerins qui sévit actuellement en Afrique de l’Est met en évidence le fait que de nombreux éléments doivent être conjugués pour pouvoir assurer la sécurité alimentaire et des moyens d’existence stables. À l’aide de nouvelles technologies et de vieilles pratiques renouvelées, la FAO aide les pays à mieux répondre aux urgences comme la crise acridienne en cours, pour que nous continuions à progresser dans la voie qui mène à un monde sans pauvreté (ODD 1) et libéré de la faim (ODD 2).