Haïti, épicentre du séisme : un champ de maïs et de haricots

Haïti, épicentre du séisme : un champ de maïs et de haricots

02/02/2010

Avant le terrible tremblement de terre du 12 Janvier, le voyageur qui déambulait au milieu de la pauvreté de la ville agricole de Léogâne était sûr de pouvoir y trouver un bon repas, il lui suffisait d'avoir de l'argent. Un peu plus loin, le long de la route qui va de Port-au Prince vers le sud en passant par l'ouest et les villes de Jacmel et Les Cayes, les petites cabanes situées à proximité de Léogâne vendaient des repas chauds à base de plantain, de haricots et de maïs. Les voyageurs lassés de ce genre d'aliments, pouvaient toujours, selon la saison, s'approvisionner sur la route, auprès des femmes accroupies à côté de leurs paniers remplis de noix de coco, de mangue, de sucre de canne, de bananes ou de raisin.

Située à quelques kilomètres de l'épicentre du séisme, Léogâne est désormais en lambeaux, un cinquième de la population est décédée, 80 à 90% des immeubles ont été détruits. Les habitants de cette ancienne plaque tournante de l'agriculture ont désespérément besoin de nourriture. En me rapprochant de l'épicentre du séisme, situé dans les zones rurales, j'ai pris part à une mission de la FAO portant sur l'évaluation des dommages causés au secteur agricole. À première vue, il semblerait que pour certains sols, l'optimisme soit de rigueur. Ce territoire est recouvert de cultures de haricots et de maïs, apparemment épargnées par la terrible force de la nature qui a causé la tragédie en Haïti.

Mais les faits constatés ne s'arrêtent malheureusement pas là. La plupart des murs en argile et les toitures en tôle des baraques où résidaient les agriculteurs locaux ont été détruites. Les débris du tremblement de terre et les coulées de boue consécutives ont bloqué les canaux d'irrigation ; Mettant ainsi en danger la source d'eau disponible pour la population et le bétail, mais aussi les cultures de haricots et de maïs, dont une partie n'est qu’ à quelques semaines de la maturation et a absolument besoin d'être irriguée.

J'ai vu un groupe de femmes accroupies, occupées à récolter de l'eau dans les champs, avec des tasses en plastiques trouvées sur place, ou parfois à mains nues. Elles nous ont raconté que leurs outils étaient restés prisonniers sous les gravats de leurs maisons. Plus loin dans la campagne, le long de la route qui traverse les territoires montagneux entre Léogâne et Fond Dwa en direction de Jacmel, le tremblement de terre a détruit la totalité des habitations agricoles. Ce territoire est, pour Port-au-Prince, la principale source d'approvisionnement en bananes. Madame Saras, une commerçante haïtienne, était assise à côté de ses paniers vides en attendant l'arrivée de fournisseurs qui, à cause du tremblement de terre, ne sont jamais venus.

La FAO a déjà lancé le processus visant à fournir, aussi vite que possible, 10 000 outils pour chaque catégorie : brouettes, pioches, houes et pelles. Ainsi, les agriculteurs pourront nettoyer les canaux au plus vite et sauver les cultures. Une célèbre expression haïtienne dit que derrière chaque montagne se cache une autre montagne, un problème en amène un autre. Pour éviter une recrudescence de la faim et de la malnutrition dans les zones rurales, où réside 60% de la population, il est essentiel d'apporter un soutien urgent et de se concentrer sur la capacité d'Haïti à produire des denrées alimentaires, aussi bien pour que les agriculteurs puissent se nourrir eux-mêmes, que pour venir en aide aux populations des villes. Bien que la plupart des caméras de télévision soient à Port-au-Prince, la capacité d'Haïti à reprendre le dessus passe par les zones rurales.