Aider les communautés les plus vulnérables d'Haïti à reconstruire leurs moyens de subsistance

Aider les communautés les plus vulnérables d'Haïti à reconstruire leurs moyens de subsistance

10/04/2011

Le 12 Janvier 2010, la République d'Haïti a été frappée par un tremblement de terre d'une magnitude de 7,3 provoquant d'importants dégâts dans les zones urbaines et rurales du sud et de l'ouest de pays, ainsi que des pertes massives en vies humaines.

Plus de la moitié de la population haïtienne - entre cinq et six millions de personnes – vit en zones rurales, et environ 80 pour cent de la population rurale pratique l'agriculture et l'élevage. Le secteur représente environ 26 pour cent de la production économique haïtienne, faisant ainsi de l'agriculture l'employeur le plus important du pays. Si le séisme s'est avéré être une tragédie urbaine sans précédents, la destruction de la capitale et la désorganisation des infrastructures économiques ont  également sérieusement touché les zones rurales.

Haïti est fortement exposé aux catastrophes naturelles comme les ouragans et les tempêtes tropicales. Au cours des 15 dernières années, Haïti a fait face à 15 catastrophes. Avant le tremblement de terre, le pays était déjà en situation de crise prolongée, avec plus de la moitié de sa en état de sous-alimentation.

Haïti se trouve actuellement face à trois situations d'urgence : les conséquences du séisme ; une épidémie de choléra, et depuis le 5 novembre, l'ouragan Tomas. Alors que l'impact de l'ouragan s'est avéré moins grave par rapport aux prévisions, les inondations et les glissements de terrain ont créé des besoins humanitaires supplémentaires dans tout le pays, avec les départements du Centre, du Nord-Ouest, du Nord et de Nippes, où le secteur de l’agriculture a enregistré de lourdes pertes.  

La réponse d'urgence de la FAO

Suite au tremblement de terre du 12 Janvier 2010 en Haïti, un Appel d’Urgence a été lancé le 15 Janvier 2010 et révisé en Février et Juillet 2010, pour un montant de 1,4 milliard de Dollars US, dont 58,8 millions concernent la composante agriculture.

En réponse à son appel pour 32,5 millions de Dollars, la FAO a jusqu'à présent (Avril 2011), reçu 24,1 millions de Dollars.

Afin de répondre au tremblement de terre, la FAO aide les populations des zones rurales touchées à rétablir leurs moyens d'existence et soutient l’intégration et la réinstallation des populations déplacées. Pour ce,  elle met en œuvre des interventions d'urgence en matière de sécurité alimentaire, en particulier la distribution d'intrants pour les saisons agricoles de printemps et d’été ; elle effectue des évaluations de la sécurité alimentaire, coordonne les interventions agricoles et appuie  la gestion des données nationales concernant la sécurité alimentaire.

En fournissant des semences, des outils à main et des engrais durant le printemps et l’été 2010 (avril à octobre), la FAO a pu aider 204 501 familles (environ un million de personnes) dans tout le pays. Dans les zones urbaines, les familles ont reçu des pompes à eau, des semences et des engrais pour commencer potagers familiaux.

Afin de construire la transition vers les activités de développement, au sein même de son programme d’urgence,  la FAO a développé un programme triennal qui s'articule autour de trois composantes: i) coordination; ii) appui à la sécurité alimentaire ; et iii) réduction des risques liés aux catastrophes naturelles.

Actuellement, l’équipe de la FAO est constituée d'une vingtaine d'experts internationaux et de plus de 120 agents techniques nationaux et employés, répartis dans l’ensemble du pays, au sein des bureaux de son Unité de coordination des urgences et de la réhabilitation.

Coordination

L'une des activités les plus importantes entreprise par la FAO consiste en la coordination du "Cluster" agriculture, lequel rassemble plus de 200 institutions et organisations. La FAO est intervenue pour soutenir les activités du Cluster dès la semaine qui a suivi le séisme, apportant des conseils techniques et coordonnant les interventions pour le secteur de l'agriculture afin d’aligner l’action des ONG nationales et internationales avec les exigences techniques et de planification du Ministère et de la Table Sectorielle.

La FAO soutient également la Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire (CNSA) pour le rétablissement de son réseau d'informations sur l'agriculture et la sécurité alimentaire, lequel a fortement été endommagé pendant le séisme, à travers un projet qui a pour objectif d'améliorer la sécurité alimentaire et la gestion de l’information s’y rattachant.

Sécurité alimentaire et distribution d'intrants

Suite au tremblement de terre, la FAO et le PAM ont conjointement entrepris une Mission d'évaluation de la récolte et de la sécurité alimentaire. Pour 2010, l'ensemble de la production de céréales, de légumineuses, de tubercules et de bananes plantain a respectivement baissé de 9 pour cent, 20 pour cent, 12 pour cent et 14 pour cent. Cependant, pour la période de Janvier à Juin, la situation alimentaire globale s'est améliorée, grâce à l'assistance alimentaire, la reprise des activités agricoles aidées par la distribution d'engrais et de semences, l'accès aux activités génératrices de revenu comme les initiatives argent ou vivres contre travail, et la reprise du commerce des produits alimentaires.

Étant donnés les dommages causés par le tremblement de terre du 12 Janvier et du fait de sa proximité avec la plus importante saison de semis de l'année en Haïti (qui fournit 60 pour cent des denrées alimentaires disponibles dans le pays), la FAO a adopté une stratégie de distribution globale dans les zones qui ont été directement touchées : les Départements de l'Ouest et du Sud-Est.

Au cours des différentes saisons de plantation en 2010, la FAO et ses partenaires au sein du Cluster Agriculture, en collaboration avec le Ministère de l’Agriculture, ont pu venir en aide à environ 560 000 ménages (plus de trois millions de bénéficiaires) à travers le pays, aussi bien dans les zones rurales que dans les zones urbaines par le biais de distribution de semences, d'outils et d'engrais. La FAO elle-même a soutenu directement 390 000 familles d'agriculteurs (approximativement 1,9 millions de bénéficiaires) des exploitations situées dans les zones touchées par le séisme, par la distribution de 1 254 tonnes de légumineuses, 970 tonnes de céréales (maïs et sorgho), 8,4 millions de racines et de tubercules pour la culture de féculents, 100 000 plants de bananes, 15,5 tonnes de semences de légumes, 677 517 outils agricoles, 9 345 tonnes d'engrais et 170 tonnes de compost. De plus, 17 000 ménages ont bénéficié de l'intervention de la FAO, par son programme d'appui aux cultures urbaines à Port-au-Prince, Carrefour, Gressier, Fonds-Parisien, Croix-des-Bouquettes et Léogâne. Sur ces territoires, la FAO a fourni 100 pompes à eau, 1 000 tonnes de fertilisants et presque 9 600 kg de semences de légumes.

La saison des ouragans et l'épidémie de choléra

Après le séisme, la FAO a développé un plan de contingence pour la saison des ouragans 2010 de manière à assister les interventions gouvernementales d'urgence en réponse aux effets des ouragans sur le secteur de l'agriculture. Le plan se concentre sur deux objectifs principaux : 1) l'établissement d'un réseau de communication et de coordination de tous les partenaires du secteur agricole ; et 2) le stockage de 300 tonnes de semences de haricots et de maïs, ainsi que de 80 000 outils dans quatre emplacements stratégiques du pays. Cette stratégie a permis de garantir une coordination appropriée des partenaires dans leur réponse à l'ouragan Tomas. Elle a également permis à la FAO de mieux soutenir les ménages touchés dans les régions éloignées.

L'équipe de la FAO en Haïti, en collaboration avec le Gouvernement et les agences internationales, a finalisé le rapport d'évaluation des impacts de l'ouragan Tomas sur le secteur agricole. Selon ce rapport, des Départements comme Grand Anse, Nippes, le Sud, le Sud-est, l'Ouest (Léogâne – Petit Goâve), ainsi que les Départements du Nord-Ouest, ont subi des pertes significatives. L'intervention de la FAO a démarré immédiatement après le passage de l'ouragan par un appui direct aux ménages ruraux touchés, dont la distribution de semences et d'outils. Depuis le mois d'Octobre 2010, Haïti doit faire face à une grave épidémie de choléra compliquée par l'impact du séisme sur la situation humanitaire. L'intervention humanitaire a été mobilisée rapidement après la confirmation des premiers cas dans le cadre d’une approche multisectorielle impliquant Institutions gouvernementales, Agences des Nations Unies, y compris la FAO, et Organisations non-gouvernementales. La FAO mobilise des ressources financières et humaines de manière à mieux répondre au désastre, y compris des activités de sensibilisation sur la sécurité alimentaire et sur les liens entre l'agriculture et le choléra. 

La saison hivernale

En ce qui concerne l'actuelle saison hivernale (novembre-janvier), la FAO met en œuvre des interventions ayant pour objectif de fournir une assistance immédiate, mais aussi de contribuer de façon durable à la réhabilitation à long-terme à travers la distribution et la multiplication de semences, la mise en œuvre de l'aménagement durable des bassins versants, l'agriculture urbaine, les activités d'agroforesterie, et la création d'emplois dans les zones rurales. L'actuelle saison hivernale représente une étape cruciale pour les interventions de la FAO qui se concrétise par une réduction de la part des activités  de distribution directe des intrants et le développement d’un programme d’interventions durables telles que la multiplication des semences et les activités de transition.

Des activités d'aménagement des bassins versants ont actuellement lieu pour améliorer les conditions environnementales et les moyens d'existence dans les bassins versants sélectionnés. Cette assistance fournit un appui immédiat à la population touchée, tout en construisant les fondations d'un développement durable sur le long-terme. Liées au reboisement, au développement de l'agriculture durable et à la gestion des bassins versants, ces interventions contribuent à réduire l'impact des futures conditions météorologiques extrêmes sur les zones sensibles. La stratégie de mise en œuvre de ce programme est basée sur la création d’opportunités de génération de revenu à travers la promotion d'Initiatives de travail à Haute Intensité de Main d'œuvre (HIMO), l'une des priorités du gouvernement haïtien afin d’aider la population à retrouver ses moyens de subsistance. Ces activités font partie d'un programme conjoint des Nations Unies.