Une crise alimentaire majeure se profile en RCA

Une crise alimentaire majeure se profile en RCA

16/01/2014

Les agriculteurs de République centrafricaine (RCA) ont un besoin urgent de semences et d’outils pour éviter une crise alimentaire dans ce pays en proie à la violence depuis le coup d’État de mars 2013, ont prévenu les agences d’aide humanitaire. Jusqu’à « 94 pour cent des communautés indiquent qu’elles n’ont pas suffisamment de semences pour la prochaine campagne de semis » qui débute en mars, indiquent les conclusions de l’évaluation multisectorielle initiale rapide (MIRA) des besoins humanitaires en RCA menée par plusieurs agences des Nations Unies.

« Une grande partie des agriculteurs n’ont pas été en mesure d’ensemencer leurs champs ou n’ont pu ensemencer qu’une partie de leurs champs, donc les stocks de nourriture s’amenuiseront plus rapidement cette année », a dit Dominique Burgeon, Directeur de la Division des opérations d'urgence et de la réhabilitation à l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) lors d’une conférence de presse tenue à Bangui cette semaine.

« Des gens nous ont dit que leurs champs avaient été brûlés, ils ont perdu leurs outils, leurs chèvres et leurs volailles, et bon nombre de groupes de femmes ont perdu leur matériel de meunerie. Tout cela a eu de graves répercussions sur la sécurité alimentaire ; nous estimons à 1,2 million le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire dans le pays, et 40 pour cent de ces personnes sont en situation d’insécurité alimentaire grave ».

Il a ajouté : « Normalement, la période de soudure débute en juillet dans le pays, mais cette année, nous pensons qu’elle débutera en février ». M. Burgeon a dit qu’une quantité importante d’aide alimentaire est nécessaire immédiatement pour couvrir la période de soudure, et qu’il est essentiel de donner à la population les moyens de relancer la production. La FAO, a-t-il dit, a décidé de faire de la RCA sa priorité et de faire pression non seulement pour trouver une réponse à court terme, mais aussi pour favoriser une reprise durable de l’agriculture du pays.

M. John Ging, directeur des opérations du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), a lui aussi fait état de la gravité de la crise agricole lors de la conférence de presse. « Les besoins les plus urgents sont … une aide sous forme de semences et d’outils pour aider les populations à retrouver leurs moyens de subsistance. Nous, la communauté internationale, devons nous mobiliser en faveur de l’agriculture de ce pays. Nous devons avant tout aider les populations à s’aider elles-mêmes », a-t-il dit.

OCHA estime que 886 000 personnes sont déplacées en RCA, dont 500 000 à Bangui. Les centaines de milliers de déplacés des zones rurales doivent rentrer chez eux pour la campagne des semis, a dit M. Ging. Il a souligné que 2,6 millions de personnes – soit la moitié de la population – ont besoin d’aide humanitaire, en raison de l’extrême pauvreté et des déplacements de masse.

Selon l’évaluation rapide, dans beaucoup de régions, les superficies ensemencées par les agriculteurs ont diminué par rapport à l’année précédente, en raison de l’insécurité : ils ont été contraints d’ensemencer des terres éloignées de leurs villages et dont la superficie cultivable était moins importante.

Les stocks de semences et de nourriture sont faibles en raison du bouleversement des activités agricoles, des destructions et des pillages : la majorité des personnes interrogées ont indiqué qu’elles ne faisaient plus qu’un repas par jour contre trois auparavant.

De manière encourageante, le rapport note que « 78 pour cent des répondants indiquent que les agriculteurs vont reprendre le travail de la terre dans les semaines à venir … d’après des observations directes, même les agriculteurs déplacés jouiront d’un meilleur accès à la terre et auront plus de temps que l’année dernière pour ouvrir des champs. La distribution d’intrants, notamment de semences, et la fourniture d’un soutien agricole sont essentiels pour rétablir leurs capacités productives ».