Au Sénégal: les clubs d’écoute communautaires en ligne de front pour stopper la propagation de la maladie à virus Ebola

Au Sénégal: les clubs d’écoute communautaires en ligne de front pour stopper la propagation de la maladie à virus Ebola

03/11/2014

Le 17 octobre, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a officiellement déclaré la fin de la flambée de la maladie à virus Ebola (MVE) au République du Sénégal, félicitant le pays de « sa diligence à mettre un terme à la transmission du virus ». L’agence avertit toutefois : « si la flambée est désormais officiellement terminée, la situation géographique du Sénégal rend le pays vulnérable à d’autres cas importés de MVE. Le pays reste donc à l’affût de tout cas suspect en se conformant strictement aux lignes directrices de l’OMS. »

Au Sénégal, pays dit « à risque » face à l’épidémie de la MVE, la mobilisation sociale est essentielle pour prévenir toute épidémie, si un nouveau cas importé venait à se présenter.

 

L’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) a accompagné le Sénégal dans la définition de son plan de réponse nationale, aux côtés des autres partenaires des Nations Unies. Elle a notamment contribué à l'élaboration du plan national de communication sur la MVE, en partageant son expérience de la communication pour le changement de comportement au niveau communautaire.

Elle a aussi plus directement contribué aux activités de mobilisation sociale, en s’appuyant sur les réseaux de champs écoles paysans et clubs d'écoute communautaires Dimitra, qu’elle a mis en place dans le cadre de certains de ses projets.

Ces clubs d'écoute communautaires offrent un espace de discussion à la communauté dans divers domaines notamment l'agriculture, la santé, l'environnement : les membres se réunissent régulièrement pour y discuter des problèmes auxquels ils sont confrontés dans leur vie quotidienne, prendre des décisions et passer à l'action afin de les résoudre. « Pour tous les acteurs de la communauté, les clubs développent le sens de la responsabilité et la cohésion sociale. Les personnes s’y sentent davantage citoyens et décident d’œuvrer ensemble pour leur propre communauté, » explique Ibrahim Hama, expert en communication pour le programme Sénégal.

Quarante des clubs d’écoute communautaires Dimitra du Sénégal se trouvent dans le département de Vélingara (région de Kolda), situé à 60 km de la frontière guinéenne. Leurs membres étaient déjà avertis sur la question la maladie à virus Ebola, grâce une campagne de sensibilisation menée sur les ondes de la radio locale Bamtaare Dowri.

Fin septembre 2014, la FAO a profité d’une formation menée à Vélingara, pour préparer les participants, notamment 40 leaders de clubs, 10 facilitateurs et un directeur de radio communautaire, à aborder la thématique d’Ebola au sein des clubs communautaires. Quatre agents de projet, dont deux co-formateurs venus de la région de la Vallée, où sont situés les 24 autres clubs, assistaient aussi à cette formation.

Dans le contexte actuel, il est en effet apparu nécessaire à tous de mettre à profit les clubs d’écoute existants pour poser les bases d’une prévention communautaire, même s’il est vrai que la question des risques de transmission de la maladie était déjà très présente dans les débats et actions des clubs d'écoute, comme le rappelle Mamadou Samba Touré, facilitateur du club d’écoute communautaire de Ngoumbou (Vélingara, région de Kolda). Il raconte par exemple que le lavage systématique des mains a été mis en place très tôt par les clubs d’écoute communautaires.

Après avoir échangé sur la thématique de la MVE au cours de cette formation, les leaders des clubs, facilitateurs et autres participants se sont accordés sur la nécessité de  mobiliser une personne ressource spécialiste de la question, avant ou après la première discussion du club d'écoute, afin de faciliter les échanges sur une thématique aussi sensible. Suivant cette logique, les organisateurs de la formation ont convié, à l’issue de la semaine, le chef service du district sanitaire, pour que celui-ci confirme et complète les informations retenues au cours des échanges.

« Beaucoup de choses ont été comprises : la plupart de nos problèmes ne sont pas insurmontables, il suffisait d’en discuter et de prendre des décisions. Nous pouvons régler la majorité de nos problèmes nous-mêmes », conclut Bocar Baldé, technicien de l'union (Vélingara, région de Kolda).

Vincent Martin, Représentant de la FAO au Sénégal, insiste particulièrement sur ce type d’innovation pour mener à bien la réponse. « De tels espaces de discussion offrent des espaces d’appropriation des messages au niveau local, essentiels si nous voulons contenir l’épidémie. Ces clubs fonctionnent en réseaux, ce qui est important pour la performance des systèmes d’alerte, comme la diffusion de l’information et des expériences. En cette période de risque majeur, ils nous permettent de mobiliser rapidement les acteurs communautaires dans les activités de prévention. »