Ebola et sécurité alimentaire: la réponse de la FAO

Ebola et sécurité alimentaire: la réponse de la FAO

02/12/2014

Dans cette interview, Dominique Burgeon, Directeur de la Division des urgences et de la réhabilitation de la FAO, évoque le danger que fait peser l'épidémie d'Ebola sur la sécurité alimentaire en Afrique de l'Ouest et relate les efforts déployés par la FAO pour sauvegarder la production agricole et les moyens d'existence des familles vulnérables dans cette région.

  • Quels sont les défis les plus pressants qui se posent à la FAO et à ses partenaires des Nations Unies?
    La priorité la plus urgente est de stopper l'épidémie et la perte tragique de vies humaines. Mais une action immédiate s'impose également pour empêcher l'épidémie de torpiller la sécurité alimentaire et les moyens d'existence dans les pays les plus touchés: la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone.
  • Comment l'épidémie menace-t-elle la sécurité alimentaire?
    Les zones à forte prévalence de malades atteints du virus Ebola figurent parmi les régions agricoles les plus productives dans les trois pays touchés. La peur de la contagion et les restrictions sur les déplacements ont empêché un certain nombre d'agriculteurs de s'occuper de leurs champs. La production de cultures vivrières et de cultures de rapport a souffert de l'impact de l'épidémie.
    Les disponibilités alimentaires sont également à risque du fait des restrictions imposées au commerce interrégional. La Guinée, le Libéria et la Sierre Leone sont des importateurs nets de céréales; au Libéria, plus de 60 pour cent du riz consommé localement sont importés.
    La baisse de la production agricole, les hausses de prix et la dégringolade des revenus peuvent éroder la sécurité alimentaire fragile des pays touchés. Ceux-ci figurent d'ailleurs parmi les pays les plus pauvres du monde.
  • Avez-vous des données concrètes sur l'impact de la crise Ebola sur la sécurité alimentaire?
    Avec le PAM, les gouvernements et d'autres partenaires, nous effectuons actuellement une évaluation minutieuse des récoltes et de la sécurité alimentaire dans les trois pays les plus touchés.
    Le rapport présentera une analyse englobant la production agricole, les marchés, les cours et les stocks et sera disponible plus tard au cours du mois. Les résultats préliminaires indiquent une baisse de la production et de la demande agricoles, des perturbations de fonctionnement des marchés, une dégradation des moyens d'existence, une chute du pouvoir d'achat des ménages et un risque de détérioration de la situation nutritionnelle dans les trois pays les plus touchés. 
  • Quelle est la réponse de la FAO à la crise?
    La FAO aide les gouvernements et ses partenaires des Nations Unies à stopper les pertes tragiques de vies humaines grâce à l'effort de mobilisation sociale et de sensibilisation déployé par nos agents locaux dans les domaines de l'agriculture, de la foresterie et des soins vétérinaires. Comme je viens de le dire, la FAO et ses partenaires effectuent actuellement une évaluation de l'impact de la crise sur la sécurité alimentaire en Guinée, au Libéria et au Sierra Leone. C'est une action essentielle qui nous permettra d'offrir la réponse la plus appropriée à court, moyen et long terme. Dans le même temps, nous nous employons à protéger les revenus, les niveaux nutritionnels et la sécurité alimentaire.
    En octobre dernier, la FAO a lancé son programme de réponse régional qui, sur une période de douze mois, offre l'assistance technique de l'Organisation à 90 000 ménages vulnérables en Guinée, au Libéria, au Sierra Leone et aux autres pays à risque. Ce programme doit épauler les initiatives actuellement menées par la FAO et ses partenaires pour sauver des vies en arrêtant la progression de la maladie et en évaluant l'état de la sécurité alimentaire et les récoltes. Les initiatives entreprises dans le cadre de ce programme portent aussi sur l'augmentation de la production agricole et des revenus et le renforcement de la résilience des communautés grâce à la mise en place de systèmes d'alerte et de réponse rapide afin de réduire le risque de voir le virus Ebola se transmettre des animaux aux humains. Les initiatives portent aussi sur le renforcement de la coordination en vue d'une meilleure réponse des mécanismes nationaux et régionaux, notamment les groupes de travail sur la sécurité alimentaire et la nutrition ainsi que les forums d'experts régionaux.
  • La FAO dispose-t-elle d'assez de fonds pour un tel programme?
    La FAO, face à l'urgence, a lancé un appel en direction des bailleurs de fonds pour mobiliser 30 millions de dollars en faveur de la protection de la sécurité alimentaire et la sauvegarde des moyens d'existence de dizaines de milliers de familles rurales menacées par cette épidémie sans précédent.
    La FAO a déjà engagé environ 1,8 million de dollars sur ses propres fonds d'urgence et le Fonds fiduciaire de solidarité africain a déjà contribué à hauteur de 1,5 million de dollars.
    Mais on est bien loin du compte en ce qui concerne la mise en œuvre du programme régional. Et à défaut d'interventions, la crise d'Ebola risque d'avoir un impact préjudiciable à long terme sur la sécurité alimentaire et la nutrition dans toute la région d'Afrique de l'Ouest.