Sierra Leone: les productrices de légumes confrontées à d'énormes pertes en raison de l'épidémie d'Ebola

Sierra Leone: les productrices de légumes confrontées à d'énormes pertes en raison de l'épidémie d'Ebola

05/02/2015

Les femmes productrices et commerçantes de légumes du district de Koinadugu, au nord de la Sierra Leone, ont exprimé leur frustration face à la baisse des prix de leurs produits qui ont occasionné d'énormes pertes de revenus suite à l'interdiction par le gouvernement des marchés périodiques et des restrictions de mouvement dans le pays.

Ces productrices et commerçantes transportaient auparavant leurs marchandises à Freetown, la capitale, et vendaient la plupart de leurs marchandises au marché hebdomadaire. Haja Sundu Marrah, qui dirige la Coopérative des femmes productrices de légumes de Koinadugu, a expliqué que les moyens d’existence des membres de la coopérative ont été grandement affectés à cause des effets de l'épidémie d'Ebola, et notamment l’accès réduit aux marchés et aux clients.

La coopérative est constituée d’une trentaine de groupes, avec un total de 750 femmes originaires de différentes chefferies du district, et qui dépendent uniquement de l'agriculture maraîchère pour générer des revenus et soutenir leurs ménages.
Haja Sundu a expliqué qu'avant l'épidémie d'Ebola, chaque groupe cultivait cinq à sept acres de légumes et produisaient des choux, des tomates, de la laitue, des oignons,  des carottes ou encore du poivre). La coopérative avait un chiffre d'affaires de SLL 10 millions grâce à la vente de leur production. Aujourd’hui, la situation a dramatiquement changé, et la plupart des membres n’ont plus le courage de se lancer dans la production à grande échelle en raison du manque d'accès au marché.

Elle a déploré que les prix des légumes soient actuellement déterminés par les clients en raison du manque d'accès au marché. "Un sac de chou qui était vendu à SLL 100 000 est maintenant vendu à SLL 30 000, et nous sommes obligées de vendre à ce prix car nous n’avons pas d'installations pour conserver ces produits périssables" a-t-elle déclaré.
Elle a failli pleurer quand elle s’est souvenue de la perte accusée par sa coopérative le 28 août 2014. "C’était le pire jour dans l'histoire des femmes productrices de légumes de Koinadugu, car l’équivalent de plus de SLL 200 millions de marchandises a été perdu en raison de l'interdiction de voyage dans le district» a-t-elle déploré.

Elle a expliqué qu’auparavant, la coopérative acheminait chaque semaine 90 tonnes de légumes vers Freetown pour la vente, mais la déclaration de l’état d’urgence sanitaire a prohibé les mouvements de véhicules vers et depuis le district après 18 heures. "Nos légumes ont été perdus et depuis cela, nous devons assumer le remboursement de la troisième tranche d'un prêt que nous avions pris auprès d'une banque communautaire» a-t-elle déclaré.

Selon elle, le transport de nuit des légumes est préférable, afin d’éviter le lever du soleil qui peut rapidement abîmer les légumes transportés, a fortiori avec des véhicules non réfrigérés.

Haja Sundu a  expliqué qu’au cours de la saison des semis en 2014, elle a contracté un prêt de SLL 200 millions, partagé entre les trente groupes qui constituent la coopérative. "Nous avons pris le prêt pour augmenter notre production et ajouter de la valeur à nos produits, mais cela n'a pas été possible à cause des graves pertes que nous avons subies", dit-elle.

Depuis le mois d’août, la coopérative n’était autorisée à transporter ses légumes qu’avec cinq camions devant être escortés.
Cependant, suite au ralentissement des nouvelles infections par le virus Ebola ces dernières semaines, le président Ernest Bai Koroma, a annoncé le 20 janvier 2015 la levée de l'interdiction des restrictions de mouvement afin de permettre la reprise économique et sociale. "Par conséquent, aucune quarantaine ou restriction de mouvements ne seront imposées par le gouvernement ou les autorités locales" at-il déclaré.

Haja Sundu a exprimé sa joie dans un entretien téléphonique suite à la récente proclamation faite par le gouvernement. "Cette nouvelle nous a beaucoup soulagées, et comme les coûts de transport baissent progressivement, nous envoyons nos produits vers Freetown autant que nous le pouvons", dit-elle.

Elle a toutefois appelé le gouvernement et ses partenaires à intervenir auprès de la banque communautaire afin qu’elle leur accorde un délai gracieux pour rembourser le prêt alors même que la coopérative essaye de se remettre de ces pertes.
Dans le cadre de sa stratégie visant à répondre à l’impact de l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest, la FAO lance un appel de financement à hauteur de 12,75 millions USD afin de venir en aide à près de 70 000 ménages agricoles les plus affectées par l’épidémie en Sierra Leone. Les activités proposées incluent le soutien à la restauration des revenus des agriculteurs affectés par l’amélioration de l’accès aux marchés pour les produits agricoles de base.