Un voyage à Chibok

Un voyage à Chibok

17/11/2015

Des attaques répétées de Boko Haram contre des civils ont conduit à des déplacements massifs, ce qui a un impact négatif sur les moyens de subsistance des populations du nord-est du Nigeria. Les personnes déplacées dépendent des ressources limitées des communautés d’accueil, ce qui soumet les ménages les plus vulnérables à une pression énorme.

Beneficiaries

Afin d’éviter une nouvelle dégradation de leur sécurité alimentaire, la FAO et ses partenaires ont fourni une aide alimentaire à des déplacées internes, aux familles d’accueil et aux rapatriés dans les trois États du Nord-Est les plus touchés (Adamaoua, Borno et Yobe) pendant la période de soudure en 2015. L’aide était très cruciale car, confrontés à l’insécurité croissante, de nombreux agriculteurs avaient quitté leurs villages, juste avant les récoltes de 2014.

Concernant l’intervention à Chibok, le révérend Titus Pona, Chef de Good Way Mission, l’un des partenaires d’exécution de la FAO dans l’État de Borno, déclare : « Les gens souffrent beaucoup ici. En avril 2014, les insurgés ont emmené nos filles et tandis que 57 d’entre elles ont réussi à s’échapper, nous avons toujours sans nouvelles des autres. Je connais personnellement des parents de ces 219 jeunes filles disparues et c’est très, très difficile ».

Malgré ce contexte et la difficulté d’accès à cette zone reculée, la Good Way Mission a relevé le défi et a atteint les communautés touchées par la crise. Le révérend Pona se rappelle l’un de ces voyages de convois d’aide de Maiduguri à Chibok : « Le premier jour, nous n’avons vu personne sur la route, rien d’autre que des étuis vides. La zone a été abandonnée, personne n’y vivait plus. Le voyage était parfois stressant et nous pouvions sentir le danger car la route est très proche de la forêt de Sambisa ».

Le lendemain, le convoi, qui comprenait trois camions chargés de nourriture sous escorte militaire, a continué son chemin sur une route sablonneuse et poussiéreuse. « Les camions se sont enlisés dans la boue à plusieurs reprises. Nous avons dû finalement les abandonner et chercher des camionnettes, et il nous a pris trois jours supplémentaires et environ 200 voyages pour transporter, avec ces voitures plus petites, les denrées alimentaires de l’endroit où les camions ont été embourbés jusqu’à Chibok. Pouvez-vous imaginer ça ? »

Après un voyage de cinq jours sur une distance de 133 km, les denrées alimentaires dont on avait tant besoin sont finalement arrivées à Chibok. C’était avec un grand soulagement que les femmes chefs de famille, les femmes qui allaitent, les mères avec de jeunes enfants, les personnes handicapées et âgées – qui sont toutes des déplacées – ont reçu leurs paniers alimentaires comprenant entre autres des sacs de riz, du maïs, de l’huile et du sucre. Mille ménages au total, y compris les familles des jeunes filles enlevées, ont bénéficié de cette aide pour répondre à leurs besoins alimentaires. Cette aide, sous la forme de distributions mensuelles de paniers alimentaires, s’est faite pendant toute la période de soudure.

La Représentante de la FAO au Nigeria, Mme Louise Setshwaelo, a déclaré : « Malgré les problèmes sécuritaires et logistiques auxquels nous étions confrontés, il est réconfortant de savoir que grâce à cette aide, nous avons pu soulager des familles confrontées à une grave situation d’insécurité alimentaire ».

Le révérend Pona a également exprimé sa satisfaction après avoir surmonté ces difficultés : « Je suis vraiment heureux que nous avons pu faire cela, et c’est émouvant de voir que ces gens ont assez à manger ! Cette aide soulage directement la souffrance du peuple. Nous devons continuer d’aider les communautés dans les régions éloignées comme Chibok autant que l’accès y est possible, parce que les besoins restent considérables ».

En effet, même si environ 70% des personnes déplacées à l’intérieur ont regagné Chibok, la plupart d’entre elles se sont installées dans la ville, la peur des attaques et pillages répétés les empêchant de retourner à leurs champs.

La FAO fournit une assistance humanitaire et une aide alimentaire à 6 475 ménages dans les trois États les plus touchés– Adamaoua, Borno et Yobe – grâce à l’appui du Fonds central d’intervention d’urgence des Nations Unies (CERF).

L’intervention de la FAO inclut également la fourniture d’intrants agricoles pour soutenir la production ainsi que des interventions en matière de moyens de subsistance pour permettre une transition du soutien d’urgence à l’aide au développement. La coordination du secteur de la sécurité alimentaire et l’analyse de la sécurité alimentaire sont également au cœur des interventions de la FAO.

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