Les cliniques vétérinaires mobiles

Les cliniques vétérinaires mobiles

24/03/2017

Par Justine Texier - Voilà nous sommes arrivés à Torbeck, une commune du Sud d’Haïti, qui il y a six mois était violemment frappée par l’ouragan Matthew. Ici, comme dans les autres départements du grand sud du pays, des gens sont morts, des milliers d’habitations ont été, dans le meilleur des cas endommagées, mais en général détruites, des milliers d’hectares de récoltes et d’arbres ont été perdus, et des milliers d’animaux ont péri et ceux qui ont survécu sont très souvent malades.

Les animaux, les vaches notamment, sont une partie importante des activités de production des agriculteurs haïtiens, elles représentent un système d’épargne et de trésorerie primordial. C’est pour cela que nous sommes là, à Torbeck, pour passer deux jours avec l’équipe de la filière élevage et lait de la FAO et suivre des cliniques vétérinaires mobiles.

La pharmacie vétérinaire de proximité - The local veterinary pharmacy

Je ne suis pas vétérinaire, ni agent de santé, je ne peux poser aucun diagnostic évidemment, mais les vaches que je vois autour de moi sont maigres. Patu Shang, la coordonnatrice du projet de la FAO qui met en place ces cliniques et est en charge du secteur technologie laitière, m’explique que les animaux qui ont survécu présentent très souvent des symptômes de maladies ou des carences en vitamines et minéraux.

Lorsque nous avons rejoint le champ où se tient la clinique vétérinaire mobile, beaucoup de petits éleveurs sont déjà sur place, il me semble pouvoir en compter une vingtaine,  et j’en vois d’autres approcher accompagnés de leurs vaches. Ce n’est que le début puisque la clinique dans la commune de Torbeck se déplacera trois jours durant.

Comment ça marche

Les deux vétérinaires de la FAO, un haïtien Destines Plonquet et un cubain Pedro Diaz Rodriguez sont sur place et commencent à expliquer aux agents vétérinaires communautaires quels soins seront prodigués aux animaux durant la clinique d’aujourd’hui. La coopération sud-sud fonctionne parfaitement, Pedro parle espagnol et Destines traduit directement en créole. Un régal.

Et ici, j’ouvre une parenthèse, Haïti dispose actuellement de très peu de vétérinaires publics, on en compte une quarantaine, qui ne pourront pas sauver tous les animaux victimes de l’ouragan et des semaines de sécheresse qui l’ont suivi. Le soutien de la FAO avec la collaboration de la Direction de la production animale du ministère de l’agriculture, des ressources naturelles et du développement rural, prend ici tout son sens.

Chaque clinique mobile vétérinaire est constituée d’un vétérinaire et deux agents vétérinaires, qui se déplacent dans les zones affectées pour réaliser des visites d’évaluation de l’état de santé et de nutrition des animaux et effectuer de soins et des traitements préventifs. La clinique d’aujourd’hui étant la première depuis l’ouragan a un côté exceptionnel, c’est un pilote, nous avons deux vétérinaires et une quinzaine d’agents vétérinaires. Chaque clinique dispose d’un kit vétérinaire composé d’antibiotiques, de vermifuges, de complexes multivitaminés et de matériels tels que cordes, pulvérisateurs, gants et seringues.

En amont : formation et approche participative

Les agents vétérinaires, ont été désignés par l’ONG partenaire, et préalablement formés ou recyclés par la FAO sur les techniques des traitements vétérinaires. Ces formations leur permettent d’améliorer leur connaissances et savoir-faire et sont un gage de durabilité au-delà même du projet. Les cliniques mobiles sont organisées après une planification avec les représentants des éleveurs des communes ciblées. Les vétérinaires et les agents se sont ainsi déplacés afin de prodiguer des soins vétérinaires aux animaux des éleveurs groupés dans un lieu qui avait été préalablement choisi.

En aval : un accès aux soins vétérinaires pour des animaux en meilleure santé qui sont à la fois une source d’alimentation et de revenus pour les éleveurs en insécurité alimentaire affectés par l’ouragan Matthew.

Nous avons parlé avec beaucoup des petits éleveurs qui étaient venus ce jour-là faire soigner leurs animaux, ainsi Joril Gilles dit-il : « L’ouragan Matthew a emporté cinq de mes bœufs, et des chèvres et des moutons, sans mentionner tout le fourrage que j’ai perdu. C’est la première fois que je reçois ce type d’assistance qui va améliorer la santé de mes animaux. Les soins vétérinaires sont normalement très coûteux. Parfois, Il m’arrive de dépenser jusqu’à 2 500 gourdes (environ 36 USD, quand on sait que près de 6 millions d'haïtiens vivent avec moins de 2,5 USD par jour, ce chiffre prend tout son sens) pour soigner une vache. Et puis nous n’avons pas de médecins vétérinaires dans la communauté. C’est pour cela, je suis content de l’appui de la FAO qui m’aide à relancer mes activités d’élevage et prendre soin de mon bétail ».

Nous avons également parlé avec Juceline Philippe Beauvoir, qui est à la fois agent vétérinaire et  présidente de l’association des producteurs de lait de Torbeck (APWOLETO) : « Après le passage de l’ouragan, beaucoup d’éleveurs ont perdu leur bétail. Les animaux qui ont survécu sont victimes de malnutrition en raison de la sécheresse, de l’indisponibilité d’aliments et de la cherté ou l’inaccessibilité aux médicaments vétérinaires. La FAO est la seule organisation à fournir ces soins vétérinaires à nos animaux. Ces cliniques mobiles sont d’une importance capitale, si on devait payer un médecin vétérinaire privé pour y avoir accès, on aurait payé des sommes faramineuses».

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