Mission FAO/PAM d’évaluation des récoltes et de la sécurité alimentaire en Republique Centrafricaine, 29 octobre 2014

Mission FAO/PAM d’évaluation des récoltes et de la sécurité alimentaire en Republique Centrafricaine, 29 octobre 2014
Oct 2014

Faites saillants

  • La crise politico-militaire sans précédent, qui a démarré en République Centrafricaine (RCA) en décembre 2012, a dévasté l’économie nationale. Elle s’est traduite par une réduction de 37 pour cent du produit intérieur brut (PIB) en 2013 par rapport à 2012.
  • Le secteur agricole, épine dorsale de l’économie, a connu une contraction de 46 pour cent en 2013. En 2014 les activités agricoles ont connu de sérieuses perturbations: les superficies emblavées à des niveaux nettement inférieurs à ceux d’avant la crise, en raison de l’insécurité persistante et la rareté des intrants essentiels, tels que les semences et les outils.
  • La récolte 2014, estimée à 762 690 tonnes, qui accuse une baisse de 58 pour cent par rapport à la moyenne pré-crise, a connu une augmentation de 11 pour cent par rapport à 2013 grâce à une augmentation de la production de manioc. Cependant, la production céréalière affiche un recul de 54 pour cent en 2014 par rapport à 2013.
  • L’appui de la FAO à la production agricole a atténué l’impact négatif de la crise sur la production alimentaire, avec quelques 111 750 ménages assistés avec des semences (mais, riz, arachide, sésame, mil, sorgho, légumineuses) et outils, alors que 100 groupements de multiplicateurs de semences ont reçu des semences de maïs, de riz et d’arachide. Le PAM a appuyé l’opération en fournissant des rations de protection de semences.
  • La mission estime les besoins d’importation en céréales à 134 356 tonnes pour l’année alimentaire 2014-2015 (novembre-octobre). Dans l’hypothèse d’une importation commerciale de 29 000 tonnes et d’assistance alimentaire prévues de 48 000 tonnes, la mission estime un déficit céréalier de quelques 57 000 tonnes.
  • On estime que l’effectif du cheptel a baissé de jusqu’à 77 pour cent par rapport au niveau pré-crise, suite aux pillages et aux abatages.
  • Les captures en poissons sont en baisse de 40 pour cent, du fait de l’insécurité dans les zones de pêche et des pertes d’équipement.
  • La forte perturbation du fonctionnement des marchés et des activités commerciales s’est traduite par la raréfaction des produits y compris les denrées de base, provoquant des augmentations de prix à Bangui, où l’inflation a augmenté de 3,5 pour cent en janvier 2014 à 12 pour cent en août 2014, limitant l’accès alimentaire d’un grand nombre de personnes.
  • A Bangui, les prix du maïs, du mil et de l’arachide ont augmenté de 30 à 70 pour cent entre mars-avril et août 2014. En revanche, le prix du manioc a baissé de 13 pour cent de février à août.
  • La crise a provoqué la détérioration de la sécurité alimentaire dans un pays ou entre le quart et le tiers de la population se trouvait en situation d’insécurité alimentaire avant la crise. Les réserves alimentaires en zone rurale sont estimées entre 40 et 50 pour cent de leur niveau habituel à cause des pillages et de l’insécurité. Cela a augmenté la dépendance au marché d’un grand nombre de ménages dont les sources de revenu ont été décimées par le conflit.
  • Avec la fragilisation des moyens d’existence, les ménages se sont rabattus sur des activités secondaires, telles que la cueillette et la vente de bois ou de charbon. Ces mécanismes ne suffiront pas à assurer la sécurité alimentaire à long terme: une baisse de la fréquence et de la qualité des repas est déjà observée.
  • Les personnes déplacées et les populations enclavées font face à une insécurité alimentaire d’urgence, 50 pour cent de ces ménages consomment une diète pauvre et font face à un risque nutritionnel élevé.
  • Pour les groupes non déplacés, l’assistance alimentaire s’avérera nécessaire lors de la soudure 2015 (avril-juillet). Un filet de sécurité devra être mis en place pour prévenir et traiter la malnutrition aigüe.
  • Il est urgent d’apporter un appui à la production alimentaire (par la distribution de semences, de petit matériel, la promotion du maraichage, de la pisciculture et le petit élevage).
  • Un soutien fort au secteur agricole, conformément au Programme national d’investissement agricole, de sécurité alimentaire et nutritionnelle PNIASAN, favoriserait une croissance économique inclusive et génèrerait des emplois et des opportunités de revenu.
  • La mise en place d’un système d’information sur l’agriculture et la sécurité alimentaire est fortement recommandée pour permettre un suivi régulier et à temps de la situation.