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Partenariat FAO et UE

Aux portes de l’Europe se livre une bataille contre la fièvre aphteuse

Le projet de la FAO financé par l’UE aide la Turquie à affronter la maladie animale


22/12/2006

Balabancik, Turquie – Fin 2005, un envahisseur s’est infiltré sournoisement à travers une des frontières orientales de la Turquie pour poursuivre son chemin vers l’ouest et l’Europe: il s’agit d’une nouvelle souche du virus responsable de la fièvre aphteuse, une maladie dévastatrice qui touche bovins, porcins, ovins et caprins. Des vagues de fièvre aphteuse ont ravagé les fermes européennes dans les années qui ont suivi la seconde guerre mondiale, mais le virus avait été enrayé dans ces régions depuis pratiquement 20 ans, grâce à des programmes de santé animale rigoureux. Cependant, de temps à autre, le virus refait son apparition. En 2001, il est entré au Royaume-Uni en empruntant un itinéraire indéterminé, passant rapidement des porcs aux moutons, avant de s’attaquer aux bovins: lorsque la situation s’était apaisée, le bilan était d’au moins 6 millions d’animaux abattus, et des pertes économiques se montant à 13 milliards d’euros. Depuis lors, les millions d’éleveurs européens de bovins et de porcs craignent que la catastrophe puisse se répéter.

Goulet d’étranglement sur le Bosphore

Les agriculteurs et les autorités de santé animale turques ne connaissent que trop bien la menace de fièvre aphteuse. Ayant six frontières avec l'Asie où la maladie est endémique, la Turquie est en première ligne dans la bataille pour stopper l’invasion. Et la Thrace, cette bande de terre stratégique de Turquie située sur la rive occidentale du Bosphore, porte de l’Asie vers l’Europe, est l’épicentre de cette lutte. "La fièvre aphteuse est un virus qui se propage à une vitesse incroyable – elle se faufile dans les zones où les animaux ne sont pas immunisés, et fait rage", explique l’expert de la FAO Keith Sumption. "L’Europe étant exempte du virus, les animaux ne sont pas vaccinés; ils n’ont donc aucune immunité. Ajoutez à cela le fait que la Thrace et les Balkans du Sud ont toujours été un point d’entrée pour les maladies animales migrant de l’Asie vers l’Europe, et vous commencez à comprendre l’importance stratégique de la Thrace". Pour affronter cette menace, l’Union européenne, la FAO et les autorités turques ont uni leurs forces dans un effort qui conjugue les ressources européennes avec l’expertise de la FAO pour aider la Direction générale turque de protection et de Contrôle (GDPC) à conduire régulièrement des campagnes de vaccination, à suivre les niveaux d’immunité chez les animaux et à surveiller la maladie en Thrace. Le projet de longue date est parvenu à stopper la fièvre aphteuse aux portes de l’Europe (voir encadré ci-contre). Mais il a été mis à rude épreuve dans le courant de l’année lorsque la nouvelle souche a fait son apparition. "En Thrace, nous vaccinons tous azimuts", explique Dr Musa Arik, chef des Services de santé animale de la GDPC, "mais l’immunité ne protège pas de l’attaque d’une nouvelle souche".

Ground zero

Le village de Balabancik dans la province de Terkidag est un petit hameau de 360 familles, qui dépend des vaches laitières pour vivre. Chaque famille ici possède une dizaine d’animaux, et vit grâce au lait qu’ils produisent. Les vaches sont cantonnées dans de petites étables, et deux fois par jour, les enfants des agriculteurs les mènent à travers les méandres des petites rues du village pour aller les abreuver aux puits communaux. La promiscuité des animaux favorise la propagation rapide de la fièvre aphteuse, et en février 2006, un foyer de la nouvelle forme de la maladie a éclaté. "Tout a commencé par une vache; elle a dû l’attraper au puits communal", se souvient l’éleveur Recep Duba. "Puis, tout d’un coup, six animaux étaient contaminés. La maladie s’est diffusée à la vitesse de l’éclair".

Flambée

L’élevage de vaches laitières dans le reste de la Thrace se fait plus ou moins comme à Balabancik, et en l’espace de deux jours, les vétérinaires d’autres villages signalaient eux aussi des problèmes. En peu de temps, la GDPC s’est retrouvée à devoir affronter des flambées dans 15 sites différents. "Nous avons commencé par arrêter tous les mouvements d’animaux dans le village. Puis nous avons désinfecté, en nous assurant que personne ne fasse sortir d’animaux des villages", dit Hüsiyin Akdoğan, vétérinaire de district pour Balabancik. Les vaccinations d’urgence ont démarré, mais étant donné qu’une bonne partie du reste de la Turquie était aux prises avec une situation similaire, les fournitures disponibles pour la Thrace étaient insuffisantes, sauf pour les vaccinations immédiates autour des premiers villages touchés. Ainsi, le projet FAO-EU s’est mobilisé sans délais pour fournir une aide. La banque de vaccins de l’UE, une des plus grandes du monde, disposait de stocks d’un antigène qui pouvait être rapidement transformé en un vaccin efficace, et la production de 2,5 millions de doses destinées à la Thrace a démarré immédiatement. En même temps, une équipe d’experts de la FAO et de l’Union européenne a été détachée sur le terrain pour aider les autorités provinciales à organiser une contre-attaque en étudiant où et comment le vaccin disponible devrait être employé et quelles mesures de quarantaine devraient être instituées, et en veillant à la disponibilité de personnel et de matériel de soutien adéquats pour conclure la vaccination à l’échelle régionale dans les meilleurs délais. "L’idée consistait à les aider à exploiter au mieux les ressources disponibles, en particulier compte tenu de l’épidémie de l’influenza aviaire qui était alors à son apogée", indique M. Sumption.

La maladie coupée dans son élan

"Cela fait plus de 20 ans que j’exerce mon métier de vétérinaire et presque aussi longtemps que je travaille dans cette région, et je peux dire que les conseils de la FAO sur les mesures d’intervention rapide nous ont vraiment aidés à maîtriser la situation et à tenir jusqu’à l’arrivée du vaccin européen", explique M. Erol Başataç, directeur de la GDPC dans la province de Kirklareli. Les équipes GDPC ont mené des campagnes de vaccination «en anneau», encerclant les sites des foyers afin d’isoler la maladie. Les agriculteurs et les chefs villageois ont été formés aux techniques de désinfection correctes. La circulation d’animaux entre les villages et dans les villages a été interdite. Les animaux malades ont été immédiatement placés en quarantaine et abattus sans tarder. L’association des conseils des experts de la FAO, du vaccin européen et de l’engagement de la GDPC s’est avérée fructueuse: au bout du compte, les foyers ont été maîtrisés et éradiqués, avec seulement un nouveau cas signalé. Les analyses de sang conduites en mai par l’Institut turc de fièvre aphteuse ont montré que les vaccinations avaient été fructueuses et avaient suffi à élever une barrière protectrice contre les invasions répétées des zones infectées à l’est. Pour ne pas courir de risques, l’UE a fait don de 2,7 millions de doses supplémentaires de vaccins tirés de sa réserve ou achetés par le projet UE-FAO, à utiliser durant la campagne de lancement ordinaire des vaccinations d’automne de la GDPC et à garder en réserve en cas de résurgence durant l’hiver 2006-2007, lorsque le risque de fièvre aphteuse devrait à nouveau culminer. Pour Nermin Kahraman de la délégation de la CE à Ankara, la collaboration avec la FAO a été un facteur déterminant de ce succès. "La FAO possède une expertise vétérinaire importante et des procédures rapides et simples pour détacher personnel, vaccins et matériel. Elle a en outre mis en place un réseau intégré d’experts, et dispose des ressources pour conjuguer les données épidémiologiques, d’élevage, climatiques et commerciales de différentes régions du monde et à utiliser à bon escient", dit-elle. "L’expertise de la FAO rend plus vigoureux et plus efficaces nos efforts pour aider la Turquie à combattre la fièvre aphteuse".