Cinq choses à savoir sur le nouvel ennemi des agriculteurs africains – La chenille légionnaire d’automne


Gros plan sur l’envahisseur ailé en Afrique

Vue de près d’une chenille légionnaire d’automne sur une feuille de maïs au Ghana. © FAO/Keith Cressman

Les ravageurs de plantes – ceux du genre à menacer les cultures et la végétation – se manifestent sous plusieurs formes. Certains sont des vers de terres, d’autres des vers marins tandis que certains sont des vers sauteurs.

Et puis il y a la chenille légionnaire d’automne (FAW) – le nouvel ennemi ailé des agriculteurs africains.

Originaire des Amériques, son nom scientifique - Spodoptera frugiperda (signifie “fruit perdu” en latin en raison de la capacité du vers à détruire les cultures).

La FAW est d’abord apparue en Afrique de l’ouest au début de l’année 2016, par voie fluviale ou aérienne. Il s’est ensuite répandu à travers la plupart du continent et est maintenant présent dans plus de 40 pays.

Ce vers mangeur de cultures avec une étonnante vitesse de propagation ne peut être éliminé. Mais que sait-on à propos de lui au juste ?

Un agriculteur swazi travaille dans son champ de maïs. ©FAO/Giulio Napolitano (right). Un agriculteur éthiopien dans son champ de maïs endommagé par la FAW. ©FAO/Tamiru Legesse (à gauche). Les petits agriculteurs sont les plus affectés.

1. La chenille légionnaire d’automne peut manger plus de 80 cultures dont le riz, le sorgho, le millet, la canne à sucre, les cultures végétales et le coton mais préfère le maïs.

La FAW a déjà infecté des millions d’hectare de maïs en Afrique, une denrée alimentaire de base sur le continent. Dans la plupart des régions d’Amérique du Nord, la FAW apparait de manière saisonnière puis s’éteint lorsque l’hiver arrive. Mais en Afrique, en l’absence de conditions climatiques glaciales, la FAW perdure toute l’année, rendant les agriculteurs constamment aux aguets.

Qui sont ces agriculteurs? La plupart sont des petits agriculteurs qui cultivent le maïs sur une superficie de terre inferieure à deux hectares

En d’autres termes, la FAW affecte les populations les plus vulnérables d’Afrique  - des petits agriculteurs qui peinent déjà à joindre les deux bouts et à nourrir leurs familles.

2. La chenille légionnaire d’automne a un impact dévastateur et contribue à créer davantage de souffrances liées à la faim

Si l’on ne fait rien contre cela, la FAW pourrait menacer la sécurité alimentaire de plus de 300 millions de personnes en Afrique et causer des pertes économiques importantes, jusqu’à 4,8 milliards de dollars pour la production de maïs à elle seule.

Le papillon adulte de la chenille peut parcourir jusqu’à 100km par nuit et est capable de migrer sur de longues distances. La FAW est également très prolifique, le papillon femelle adulte peut pondre jusqu’à 1000 œufs pendant le cours de sa vie.

Tout cela pour dire – la FAW est appelée à se propager davantage.

Graphique sur le cycle de vie de la chenille légionnaire d’automne. Extrait du guide de la FAO sur la FAW.

3. La chenille légionnaire d’automne peut être gérée sans pour autant détruire les moyens d’existence des populations

Les agriculteurs ont besoin de : savoir comment identifier la FAW et les dégâts qu’elle est capable d’engendrer, comprendre son comportement, savoir comment la surveiller et apprendre les meilleurs moyens d’y faire face afin de réduire son impact.

Dans cette optique, la FAO a développé un guide rempli de conseils pratiques sur comment prévenir, identifier et surveiller la FAW afin de la détruire.

En voici quelques exemples: cultiver le maïs avec une autre culture comme le manioc ou les patates douces, éviter l’ensemencement tardif, ramasser et détruire les œufs et les jeunes chenilles présentes sur les feuilles de maïs ;  vaporiser des pesticides botaniques (à base de margousier ou d’autres plantes) sur le maïs infecté, verser de la cendre, du sable ou de la terre dans les verticilles de la plante (où la FAW se nourrit), protéger et encourager les agents naturels de contrôle biologique ( « les amis des agriculteurs »).

Avec ce guide, la FAO a lancé un programme qui couvrira l’ensemble du continent et qui vise à développer une gestion durable de la FAW. Le programme devrait atteindre 10 millions d’agriculteurs dans 40 000 champs-écoles paysans pendant cinq ans.

Mis à part ce guide, des travaux sont en cours pour lancer une application de surveillance et d’alerte précoce pour la FAW (FAMEWS) à travers le continent. L’application de la FAO permettra aux agriculteurs, au personnel agricole et aux autres acteurs du secteur d’envoyer des informations essentielles sur les niveaux d’infestation de la FAW et aidera à produire des informations détaillées et fiables afin de mieux gérer la FAW.


4. Les agriculteurs peuvent gérer la chenille légionnaire d’automne de manière à ne pas nuire à l’environnement et à leur santé

Face à un nouvel ennemi menaçant, de nombreux pays en Afrique ont fait le choix d’avoir recours à des pesticides synthétiques pour éloigner la FAW. Cette décision est le résultat d’une situation d’urgence et n’est pas basée sur une analyse minutieuse des coûts et des bénéfices.

Des molécules de pesticide plus âgées, interdites dans les pays industrialisés, sont souvent disponibles et largement utilisées dans plusieurs pays africains. Ces produits menacent la santé des agriculteurs ainsi que leur environnement.

La bonne nouvelle est que ces pesticides bio, y compris ceux se basant une bactérie, un virus ou encore un champignon ont déjà été testés, développés et ont donné des résultats positifs en Amérique. Les ennemis naturels de la FAW se sont également révélés être des combattants acharnés de la FAW.

Les agriculteurs africains en constatent déjà les avantages.

La diversité des cultures, les solutions botaniques à base de margousier et d’autres plantes, ou encore à base de champignons ou d’autres organismes viraux, un suivi et un apprentissage continu du comportement de la FAW sont indispensables aux agriculteurs africains afin de lutter contre la FAW.

5. La gestion de la chenille légionnaire d’automne commence avec la prévention

Face à la propagation de la FAW, les pays qui ne sont pas encore affectés mais qui pourraient l’être d’ici peu, doivent être prêts à y faire face.

Qu’est-ce que ces pays devraient faire? Ils devraient : développer davantage de campagnes de sensibilisation sur la FAW auprès des agriculteurs et des travailleurs agricoles, adopter des systèmes d’alerte précoce à l’échelle communautaire et utiliser les ressources disponibles visant à lutter contre la FAW comme le guide de la FAO contre la FAW.

Ressources: