Les réfugiés guatémaltèques du Mexique: où sont-ils à présent?


Comment les réfugiés guatémaltèques ont pu trouver paix et prospérité grâce à l’agriculture

Emilia Felipe José, agricultrice et réfugiée guatémaltèque, prépare des tortillas chez elle. ©Alex Webb/Magnum Photos for FAO

Perché sur une colline au Sud du Mexique, le village de San Lorenzo accueille près de 50 familles de réfugiés qui ont fui la guerre civile au Guatemala.

Selon la Commission mexicaine d’aide aux réfugiés (COMAR), plus de 45 000 personnes ont fui vers le Mexique dans les années 80 et sont principalement originaires des régions de Huehuetenango et de Quetzaltenango au Guatemala.

Nicolás Gómez Domingo vient du groupe ethnique Chuj. Il avait 11 ans lorsqu’il a traversé la frontière avec ses parents et ses quatre frères et sœurs. Sa femme Emilia Felipe José, une indienne Acatenca, avait huit ans lorsqu’elle a traversé la frontière.

Emilia et son mari, Nicolás Gómez Domingo, au travail dans leur serre (à droite) et en train de nourrir les cochons. ©Alex Webb/Magnum Photos for FAO

Cette époque était particulièrement horrible. Une époque qu’Emilia et Nicolás n’oublieront jamais.

«<Après avoir fui>, nous dormions dans des enclos. Certains de nos proches ont été attaqués et tués sur la route…nous dormions dans les arbres, sous la pluie», se rappelle Emilia, les yeux remplis d’émotion, se remémorant cette peur qu’elle avait ressentie il y a 35 ans.

«Les premières années passées au Mexique étaient pleines d’incertitude», poursuit Nicolás.

«Nous sommes d’abord restés dans la ville de Santiago El Vértice. Nous ne savions pas ce qui allait se passer, si nous allions rester ou non. Nous attendions que la situation retourne à la normale pour pouvoir repartir, mais cela ne s’est pas passé comme ça. Nous avons donc grandi à Santiago El Vértice, puis nous sommes partis à San Lorenzo».

C’est dans cette ville qu’Emilia et Nicolás se sont rencontrés. Tous les deux étaient réfugiés et tous les deux tentaient de se fondre dans la masse. Pendant des années, ils craignaient que leur manière de s’habiller, plutôt traditionnelle, ou encore leur façon de parler ne les trahisse. Ils ne voulaient pas être démasqués et renvoyés au Guatemala.

A San Lorenzo, des agriculteurs travaillent dans un champ de maïs où sont également cultivés des avocats. Le village accueille de nombreux réfugiés qui ont fui la guerre civile au Guatemala dans les années 80. ©Alex Webb/Magnum Photos for FAO

Du statut de réfugiés à celui d’agriculteurs prospères

Un changement s’est produit en 2005, lorsqu’ils ont pu participer aux programmes du gouvernement.

Avec le soutien du gouvernement mexicain, du Diocèse de San Cristóbal et du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), les familles d’Emilia et de Nicolás, ainsi que 22 autres familles guatémaltèques, ont pu acheter 78 hectares de terre.

En 2011, ils ont ensuite rejoint le «Projet stratégique pour la sécurité alimentaire» (PESA), un projet mis en œuvre par le gouvernement, avec l’aide de la FAO.

Le projet vise à développer les communautés rurales les plus pauvres et marginalisées du Mexique. San Lorenzo fait partie de ces deux catégories.

Mexico’s Guatemalan refugees: where are they now?

Le projet a permis à Nicolás et Emilia de lancer un élevage de poulets, de porcs, de lapins, de moutons et de cultiver des légumes et des fruits. A présent membres d’une coopérative d’agriculteurs, ils peuvent ainsi mieux planifier leurs cultures et vendre leurs produits.

«Je n’avais jamais imaginé de pouvoir travailler avec d’autres femmes <réfugiées>. Nos vies ont changé », a témoigné Emilia.

Emilia et Nicolás font ensemble la plupart des activités agricoles, mais elle s’occupe plus spécifiquement des cochons, des avocats et des haricots. Chaque jour, Nicolás se lève tôt pour prendre soin des agneaux et des vaches avant de rejoindre sa femme et les autres dans les champs de maïs et de haricots.

Les agriculteurs pratiquent l’agriculture de “milpa”, un type d’agriculture assez répandu en Mésoamérique, qui implique un système de cultures intercalées avec une variété de plantes, telles que le maïs, les haricots ou encore les avocats.

Leur fils aîné, Matías, qui avait émigré aux Etats-Unis pour trouver du travail, est retourné chez lui suite au lancement du projet et a rejoint ses parents.

 «Il n’y a plus de raisons de partir pour trouver du travail. Nous pouvons rester ici et bâtir notre pays», a déclaré Matías.

En savoir plus sur le travail de la FAO au Mexique.