Soudan du Sud : lancement de la plus importante campagne de vaccination du bétail


Garder les animaux en vie et en bonne santé et éviter les souffrances liées à la faim

Un éleveur avec ses animaux à Lulwuot, au Soudan du Sud. ©FAO/Albert Gonzalez Farran

L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) est sur le point de lancer sa plus importante campagne de vaccination du bétail au Soudan du Sud dont l’objectif est de protéger plus de 9 millions d’animaux cette année et de lutter contre les apparitions récurrentes de maladies.

Pourquoi se concentrer sur le bétail ?

Plus de 65 pour cent de la population dépend du bétail pour sa survie. Le lait, la viande et le sang sont des sources essentielles de protéines et de nutriments. Comme les agriculteurs sud-soudanais le disent : «ici, le bétail peut chasser la faim».

«Les bêtes sont si importantes pour moi. Je les utilise pour travailler dans ma ferme et elles produisent aussi l’engrais de ma ferme. Mes enfants dépendent du lait. Si nous avons assez de bêtes, nous pouvons en vendre certaines et acheter des produits de base», a témoigné Kiir Mawein, un éleveur qui vit à Aweil, une localité située au Nord-Ouest du pays.

Aucun autre choix que de se tourner vers la médecine de brousse

«Nous devons gérer tellement de maladies ici. L’une de mes bêtes était malade et, ici, les maladies se propagent vite, je crains que mes autres animaux ne tombent aussi malades. On n’a pas de médicaments, donc lorsque ma bête est tombée malade, j’ai utilisé quelques herbes de brousse mais cela n’a pas aidé. La bête a perdu du poids et maintenant elle a arrêté de manger. J’ai peur qu’elle ne meure d’ici peu», a ajouté Kiir.

Un jeune homme trait une de ses vaches. ©FAO/Albert Gonzalez Farran. Des ouvriers spécialisés dans la santé animale procèdent à la vaccination du bétail à Aweil. ©FAO/Lieke Visser

Lorsque les animaux tombent malades en milieu rural les éleveurs ont deux options : les soigner en ayant recours à la médecine de brousse ou se rendre en ville pour aller chercher des médicaments vétérinaires.

Le voyage dure souvent plusieurs jours et souvent les éleveurs ne trouvent pas de médicaments vétérinaires ou ceux-ci sont trop chers. Par conséquent, la plupart d’entre eux se tournent vers la médecine de brousse.

«Nous possédons tous des bêtes ici – certains en ont quelques-unes, d’autres des milliers, mais les services pour le bétail sont inexistants. Lorsque les animaux tombent malades, ils restent ainsi. L’année dernière, j’ai perdu 105 bêtes. Je connaissais les maladies dont ils souffraient mais je n’avais pas les médicaments nécessaires à disposition pour les traiter», se rappelle Lual Deng Luol, un ouvrier communautaire spécialiste de la santé animale et formé par la FAO.

La campagne de vaccination

Kiir et les autres éleveurs ont rassemblé leurs bêtes et se sont rendus sur le site de vaccination, situé à quelques kilomètres de leur village.

Sur place, Lual et ses collègues ont pu aider ces derniers à l’aide de vaccins et de matériel de vaccination fournis par la FAO.

L’un des éleveurs a emmené son troupeau vers un passage clôturé où les animaux se sont fait vacciner.

Un jeune éleveur prépare ses bêtes à se faire vacciner à Aweil. ©FAO/Lieke Visser

L’une après l’autre, chaque bête se fait vacciner. Certaines paraissaient clairement sous-alimentées et faibles, tandis que d’autres ne pouvaient plus être vaccinées car déjà malades. L’un des vétérinaires a justement pour rôle d’examiner ces animaux et, si possible, de les traiter avec les médicaments disponibles sur place.

 «Sans la chaîne du froid, nous ne pouvons pas faire notre travail»

«Je travaille pour la FAO depuis sept ans. J’ai d’abord appris à vacciner les animaux, puis  j’ai poursuivi ma formation pour pouvoir reconnaître et traiter les maladies… C’est dur comme travail», a expliqué Lual.

Les jours de vaccination, Lual et ses collègues commencent à 6 heures du matin pour pouvoir s’entretenir avec les détenteurs de bétail avant que ces derniers n’emmènent leurs bêtes paître et que la chaleur ne s’installe. Le pays connaît des températures élevées tout au long de l’année. La moyenne est de 30°C mais peut grimper jusqu’ à 45°C lors des mois les plus chauds.

«La plupart du temps, nous nous déplaçons en voiture mais parfois nous devons marcher. Nous transportons la boîte froide avec nous. Aujourd’hui, nous avons transporté les vaccins par avion depuis Juba. Puis nous avons pris la voiture pour les emmener d’Aweil jusqu’ici et nous les avons stockés dans l’unique frigo de la zone. Sans la chaîne du froid, nous ne pouvons pas faire notre travail», a expliqué Lual.

La FAO a formé plus de 1000 ouvriers communautaires spécialistes en santé animale pour mener à bien les contrôles et les vaccinations de routine. La chaîne du froid permet de conserver plus de sept vaccins différents pour les maladies les plus communes.

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La chaîne du froid a permis d’améliorer la fourniture de soins de santé animale et d’effectuer des vaccinations de prévention et d’urgence.

La FAO travaille également à restaurer le laboratoire spécialisé dans le diagnostic du bétail avec l’aide du gouvernement japonais. Cela permettra notamment d’améliorer le diagnostic de maladies en laboratoire et de réagir plus vite et de plus efficacement.

Quelle est la prochaine étape?

La FAO a besoin en urgence de 3,1 millions de dollars pour mener à bien sa campagne de vaccination et répondre à la récente épidémie de fièvre de la Vallée du Rift. A ce jour, les fonds de la FAO lui ont uniquement permis de mettre en œuvre une troisième campagne de vaccination. L’Organisation n’a pas encore reçu de financement pour faire face à la fièvre de la Vallée du Rift.

La fièvre de la Vallée du Rift peut être transmise de l’animal à l’homme et représente une menace importante pour la santé publique. Il est nécessaire d’obtenir des ressources afin de contenir sa propagation et de renforcer les systèmes d’alerte précoce et de surveillance.

Dans le cadre de sa campagne de vaccination et si les fonds le permettent, la FAO se chargera non seulement de couvrir les frais de traitement et de vaccination mais aussi de former plus de spécialistes de la santé animale au niveau communautaire, de les aider à maintenir les sites permettant de respecter la chaîne du froid et d’en installer de nouveaux dans les zones éloignées.

Cela permettra également de relever des obstacles majeurs lorsqu’il est question d’offrir des soins de santé animale et de fournir des médicaments, notamment face à  la distance, au peu d’installations nécessaires au respect de la chaîne du froid, aux chemins de terre qui deviennent inaccessibles en saison pluvieuse et au manque de services de santé animale.

Le travail de la FAO au Soudan du Sud est rendu possible grâce au soutien du Canada, du Danemark, de l’Union européenne, du Japon, du Koweït, des Pays-Bas, de la Norvège, du Fonds humanitaire pour le Soudan du Sud, de la Suisse, du Royaume-Uni, des Etats-Unis et de la Banque mondiale.

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