La Biodiversité révèle les trésors qui nous entourent


Des variétés locales pour améliorer la nutrition et la sécurité alimentaire

Système de rizières en terrasses dans les zones montagneuses et collinaires, Terrasses de Longsheng Longji, Chine. La préservation de la biodiversité locale et des pratiques traditionnelles est fondamentale pour notre sécurité alimentaire et nutritionnelle. © Bureau de l'Agriculture du comté de Longsheng

La biodiversité peut paraître complexe, mais c'est un concept assez simple : l'existence de nombreux types différents de plantes et d'animaux rend le monde plus sain et plus productif. La diversité du matériel génétique, des espèces et des habitats permet aux écosystèmes terrestres de relever des défis tels que la croissance démographique et le changement climatique. La biodiversité nous est essentielle car elle est cruciale pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle et donc pour la santé humaine.

Au fil des années, les difficultés d'accès à la terre et aux ressources naturelles, la dégradation de l’environnement, le changement climatique, la mondialisation, l'urbanisation et l'homogénéisation de la production agricole (lorsque les cultures à haut rendement et les monocultures prennent la place de la biodiversité) ont eu pour effets de modifier les régimes alimentaires et les modes de vie. En un siècle, près des trois quarts de la diversité génétique que contenaient jadis les cultures agricoles a disparu, et ce changement a eu une incidence spectaculaire sur le rôle des aliments traditionnels dans la société.

Dans de nombreuses communautés, la diminution de l’offre de divers aliments locaux et l'augmentation des aliments industriels a conduit à s’écarter des denrées traditionnelles au profit de plats tout prêts que l’on trouve dans le commerce.  Cette tendance a eu des effets délétères sur la santé, comme l'obésité, le diabète, les maladies cardio-vasculaires, l'élévation de la pression artérielle et d'autres troubles liés à l’alimentation.

Il est crucial de comprendre et de maintenir les liens essentiels entre les peuples et leurs cultures, la biodiversité, les moyens d'existence traditionnels et les systèmes de connaissance, si l’on veut parvenir à une sécurité alimentaire et nutritionnelle durable.

Même si de nombreuses pratiques alimentaires traditionnelles se sont perdues, nous avons encore la possibilité de rétablir et de renforcer les systèmes alimentaires locaux, de façon à pouvoir exploiter les connaissances et les pratiques anciennes pour préserver la biodiversité au profit des générations présentes et futures.

À gauche: Pêche dans la mer de Samar, aux Philippines. La mer de Samar abritait autrefois plus de 50 espèces de poissons vendues dans le commerce, mais depuis quelques années, son état se dégrade en raison de pratiques non durables. En soutenant la biodiversité et la pêche durable, on protège les ressources naturelles de la planète. © FAO/Petri Suuronen. À droite: Pohnpei fait figure de champion de la biodiversité autochtone, avec ses 55 types de bananes, ses 133 types d'arbres à pain, et ses 171 types de cultivars d'ignames. © Island Food Community of Pohnpei

La population de Pohnpei en Micronésie, par exemple, a accès à une grande diversité d'aliments locaux (55 types de bananes, 133 types d'arbres à pain, 171 cultivars d'ignames et près de 1 200 espèces de poissons comestibles). Mais dans le régime alimentaire local, les produits importés ont supplanté les aliments traditionnels, de sorte que la population de Pohnpei souffre de nombreux problèmes de santé sérieux liés à la nutrition, comme les carences en vitamine A et l'obésité.

Un programme mis en œuvre sur une période de 15 ans qui visait essentiellement à améliorer la santé et la nutrition en introduisant des légumes vert à feuilles dans les régimes alimentaires, s’est avéré peu efficace, du fait que les légumes n'étaient ni locaux,  ni appréciés par les populations.

Initialement, le programme n’encourageait pas la consommation de produits locaux comme les bananes Karat et d’autres bananes locales à chair jaune (qui ont la plus haute teneur en béta-carotène du monde et qui sont donc des trésors de biodiversité) et les variétés géantes de taros de marécages à chair jaune, faute de données nutritionnelles sur ces aliments. Depuis qu'une étude approfondie sur les bananes Karat a révélé leur teneur élevée en pro-vitamine A, on s’efforce de promouvoir ce produit indigène.

La situation en Micronésie montre qu’il est important que les programmes axés sur la biodiversité recherchent des solutions dans les aliments traditionnels locaux,  dans tous les cas où c’est possible. Il suffit de fouiller dans l’histoire alimentaire de la population de Pohnpei  pour résoudre les problèmes. La collecte de données sur les sources d’aliments indigènes complète les connaissances des populations concernant les systèmes alimentaires locaux, ce qui leur permet de redécouvrir des aliments nutritifs dans la biodiversité de leur environnement local.

En un siècle, près des trois quarts de la diversité génétique que contenaient autrefois les cultures agricoles a disparu. Il est vital de préserver notre biodiversité agricole pour faire face au changement climatique et garantir notre sécurité alimentaire future.

Les connaissances et la prise de conscience sont les premiers pas pour utiliser et préserver la biodiversité. Pour en tirer profit, il faut d'abord savoir qu'elle existe.

Au Burkina Faso et dans tout le Sahel ouest-africain, les femmes rurales cueillent avec précaution les fruits, les feuilles et les racines de plantes indigènes comme le baobab, les feuilles d'oseille rouge, les feuilles de kapok et les tubercules de souchet pour préparer les repas familiaux. Ces plantes sont des compléments importants à leur régime alimentaire constitué de céréales comme le mil et le sorgho, qui ne représentent qu’une partie du spectre nutritionnel. À ce jour, plus de 800 espèces de plantes sauvages comestibles ont été répertoriée au Sahel.

Les connaissances locales sur la biodiversité alimentaire, dont font preuve les cueilleuses du Burkina Faso, renseignent parfois sur les dynamiques de genre. Les hommes et les femmes peuvent avoir la responsabilité de cultures, ou de variétés de plantes cultivées différentes, ou être chargés de tâches différentes liées à une culture.

Les femmes ont souvent des connaissances détaillées et des préférences concernant certaines cultures, ainsi qu'un rôle central dans la sélection et la conservation des semences et l'utilisation de plantes sauvages à des fins alimentaires. Elles sont également souvent chargées de cultures alimentaires mineures destinées à la consommation du ménage, ou utilisées pour des rituels et pour leurs propriétés médicinales, alors que les hommes tendent à se réserver la responsabilité des cultures commerciales.

L’expansion des entreprises commerciales gérées par des hommes pourrait se faire au détriment des cultures dont s’occupent les femmes, ce qui aurait pour effet de réduire les disponibilités de plantes locales utilisées à des fins alimentaires et médicinales. Ce changement pourrait marquer un déclin de l’état nutritionnel, une réduction de la diversité des plantes locales et de la stabilité globale de l’environnement. Il est donc nécessaire de prendre en considération ces deux dimensions de l'agriculture si on aspire à un avenir durable.

L'une des questions les plus importantes est de trouver le moyen d’accroître la production alimentaire pour subvenir aux besoins des générations actuelles et futures tout en améliorant la biodiversité et en réduisant les pressions sur l'environnement. Une bonne gouvernance, des cadres porteurs, et des incitations appropriées sont nécessaires pour faciliter la prise en compte de la biodiversité. Ce n’est pas une mince affaire ! Mais pour avoir une chance de parvenir à la sécurité alimentaire dans le futur, nous devons nous engager à améliorer et préserver la biodiversité dès aujourd'hui.

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