Autrefois négligées, ces cultures traditionnelles sont aujourd’hui nos nouvelles étoiles montantes


Pourquoi ces cultures laissées pour compte et sous-utilisées sont-elles aujourd’hui mises à l’honneur?

Au cours de l'histoire, entre 6 000 à 7 000 espèces ont été cultivées pour être consommées. Pourtant, aujourd'hui, seulement trois cultures assurent plus de 40% de nos calories quotidiennes! ©vmerckaert/Shutterstock

Saviez-vous que les bananes ne sont pas forcément jaunes ou courbées comme un quart de lune? Certaines sont droites, d'autres sont de petite taille et assez grosses et d'autres encore sont même rouges! Il existe en réalité 1 000 variétés différentes de bananes, mais beaucoup d'entre nous l'ignore car sur nos marchés ou dans nos magasins on nous propose majoritairement des bananes Cavendish. Ces bananes sont en effet bien souvent les plus produites car elles s’abîment moins facilement pendant leur transport et parce qu'elles sont une variété à haut rendement. En dépit de la grande diversité des variétés de bananes qui existent dans le monde, les bananes Cavendish constituent près de 50% des bananes cultivées à l'échelle mondiale. Ceci est également valable pour de nombreux fruits et légumes.

Au cours de l'histoire de l'humanité, sur environ 30 000 espèces de plantes comestibles, seules 6 000 à 7 000 espèces ont été cultivées pour être consommées. Pourtant, aujourd'hui, nous ne cultivons à grande échelle qu’environ 170 cultures à des fins commerciales.  Plus surprenant encore, nous dépendons fortement de seulement 30 d'entre elles pour nous procurer les calories et les éléments nutritifs dont nous avons besoin au quotidien. Plus de 40% de nos calories quotidiennes proviennent de trois cultures de base: le riz, le blé et le maïs!

Il existe des milliers de cultures qui ont été négligées ou sous-utilisées pendant des siècles. C'est dommage non seulement pour toutes ces saveurs à côté desquelles nous passons, mais aussi pour les éléments nutritifs qu’elles peuvent nous apporter. Ces cultures négligées sont généralement des cultures indigènes ou traditionnelles qui poussent dans des régions spécifiques de la planète. Elles n’ont jamais été proposées sur le marché mondial pour différentes raisons: elles sont uniquement cultivées dans des zones géographiques restreintes, elles ont de faibles rendements, elles nécessitent une transformation plus poussée, elles sont sensibles aux organismes nuisibles ou n'ont tout simplement pas fait l’objet de recherches approfondies. C‘est la raison pour laquelle de nombreuses personnes n’ont pas conscience de leur existence – et il en va de même parfois pour des produits qui poussent dans nos propres régions. Appuyées par des politiques adéquates et des financements, ces cultures négligées pourraient un jour être reconnues sur le marché mondial.

Voici 5 raisons pour lesquelles nous devons cesser de négliger ces cultures qui peuvent révolutionner notre avenir alimentaire:

1 - Elles enrichissent nos régimes alimentaires – Les cultures traditionnelles sont bien souvent très nutritives et peuvent nous apporter des régimes alimentaires bien plus équilibrés. Le quinoa, par exemple, est la seule céréale contenant tous les acides aminés dont l’homme a besoin. La noix de bambara est une source importante de protéines, et le millet, lui, est riche en calcium et en fer. Actuellement, environ 1,5 milliard de personnes dans le monde souffrent d’une ou de plusieurs formes de carence en micronutriments. Les carences en fer, en zinc, en iode, en vitamines A, B12 et D sont très fréquentes dans les pays en développement et dans les pays développés, en particulier chez les femmes et les enfants. Ces carences touchent non seulement les personnes souffrant d’une insuffisance pondérale mais aussi les personnes souffrant de surpoids et d’obésité.

De nombreuses cultures traditionnelles et sous-utilisées telles que celles-ci sont riches en micronutriments et peuvent nous permettre de réintégrer des éléments essentiels à nos régimes alimentaires toujours plus simples. Gauche: Figuier de Barbarie. ©Dmitry Sheremeta/Shutterstock; Droite: Durion. ©apiguide/Shutterstock

2 - Elles protègent notre agriculture –  En s’appuyant sur une faible quantité de cultures pour nourrir la majorité de la population mondiale, nous nous exposons au risque de voir une maladie ou un ravageur détruire une grande partie de nos systèmes alimentaires. La monoculture, c'est-à-dire de ne cultiver qu’un type de culture, est bien plus sujette à des risques de dévastation, à des baisses de rendements et à la dégradation des sols. Il faut donc s’appuyer sur un grand nombre de cultures qui sont reconnues et appréciées sur le marché mondial. Cela signifie en effet que les agriculteurs disposent de plus de possibilités quant à ce qu’ils peuvent cultiver et quant au recours à des plantations intercalaires dans leurs champs. Les systèmes de production alimentaire en seraient plus durables et cela pourrait enrayer la propagation de certaines infestations parasitaires et de maladies. 

3 - Elles battent le changement climatique à son propre jeu – Elles battent le changement climatique à son propre jeu – Les cultures traditionnelles sont particulièrement utiles car nombre d’entre elles possèdent des propriétés de résistance au changement climatique, comme par exemple la capacité à survivre à des inondations ou à des épisodes de sécheresses. Elles peuvent également pousser sous certains types de climat, là où d’autres cultures ordinaires ne parviendraient pas à se développer. Les figuiers de Barbarie poussent dans les déserts et les régions arides, la truffette acide (oca du Pérou) et le quinoa survivent à de hautes altitudes et certaines variétés de fruit à pain parviennent même à se développer dans des sols sablonneux ou salins. La désertification constituant un défi de plus en plus grand à relever et les conditions climatiques extrêmes étant de plus en plus fréquentes, ces cultures constituent des solutions là où il est difficile de cultiver tout autre aliment.

Les denrées alimentaires traditionnelles existent depuis des siècles, mais elles ont été négligées au profit de cultures plus productives, plus rentables et améliorées qui les ont remplacées dans les systèmes agricoles. Pourtant, nombre d’entre elles sont très nutritives, sont naturellement résistantes aux aléas climatiques et peuvent même avoir une valeur sur le marché mondial, ce qui en fait des alliés de premier plan pour parvenir à l’objectif Faim Zéro dans le futur. ©FAO/MINAG/Heinz Plenge

4 - Elles nous permettent de préserver les savoirs traditionnels – Ce ne sont pas uniquement les cultures traditionnelles qui sont ignorées, c’est aussi la manière traditionnelle de les cultiver et de les récolter. Les peuples autochtones, par exemple, ont utilisé de nombreuses méthodes agricoles, notamment l'aménagement en terrasses qui est naturellement durable en raison de la meilleure utilisation de l’eau qui y est pratiquée, du fait notamment que l’on y utilise peu d’engrais voire pas du tout et que cela favorise la reconstitution des sols. Nous serons, dans un proche avenir, contraints de cultiver plus de denrées alimentaires pour une population mondiale toujours plus nombreuse. Nous devons par conséquent tout faire pour que notre façon de vivre soit plus durable et ces méthodes traditionnelles constituent des moyens précieux pour y parvenir.

5 - Elles peuvent améliorer les moyens de subsistance des petits exploitants agricoles et des producteurs locaux Certaines cultures traditionnelles présentent un bon potentiel commercial et pourraient constituer une excellente culture de rapport pour les petits exploitants agricoles et les agriculteurs familiaux. Le quinoa, par exemple, était autrefois une culture destinée à assurer la subsistance en Bolivie, au Pérou et en Équateur, mais en raison d’une visibilité accrue, le quinoa a suscité un intérêt croissant et sa production a presque triplé entre 1992 et 2010. Il est aujourd’hui cultivé dans plus de 70 pays. En outre, les cultures traditionnelles, comme les légumineuses, sont également utiles pour la culture intercalaire qui permet d'augmenter les rendements des autres cultures et donc les revenus des agriculteurs et de leurs familles.

La prochaine fois que vous vous rendrez dans un marché local, au lieu de vous diriger vers les légumes et les fruits habituels, cherchez autour de vous ceux que vous ne remarquez pas habituellement et essayez quelque chose de nouveau. Vous pouvez diversifier votre propre régime alimentaire tout en valorisant certaines de ces denrées alimentaires oubliées. Commençons par connaître les produits à coté desquels nous passons. 


Pour en savoir plus:

3. Good health and well-being