Les champions de la Faim Zéro


Comment la faim, la maladie et la précarité ont inspiré quatre militants pour exploiter le pouvoir du plaidoyer

«Le gaspillage de nourriture est un manque de respect pour votre temps et votre argent, pour les agriculteurs, pour les animaux et aussi pour toutes l'énergie et les ressources utilisées», estime Selina Juul, du mouvement Stop Wasting Food au Danemark. © Andreas Mikkel Hansen

16/10/2018

Tout le monde a un rôle à jouer pour atteindre l’Objectif de développement durable de la Faim Zéro d’ici 2030, et chacun de nous peut y contribuer de différentes manières. Nous pouvons apprendre à produire davantage avec moins de ressources, à trouver des moyens de réduire les pertes et les déchets alimentaires, à adopter des régimes alimentaires plus sains et plus durables, et enfin, à exhorter les gens, les pays et les institutions à jouer également leur rôle. 

Voici quatre exemples de personnes venues de divers horizons et qui ont trouvé des moyens de mettre à profit leurs compétences professionnelles pour soutenir les efforts mis en œuvre pour atteindre l’objectif Faim Zéro. 

Quand Selina Juul était adolescente à Moscou, où elle est née, les pénuries alimentaires en Russie post-soviétique ne permettaient pas aux familles de se nourrir facilement. Aujourd’hui, en tant que professionnelle de la communication au Danemark, elle encourage les consommateurs, les distributeurs alimentaires et les responsables politiques à réduire les déchets alimentaires en favorisant le partage de nourriture. 

Selina Juul est Jeune Leader Européenne 2018 et la fondatrice du mouvement Stop Wasting Food  au Danemark, membre de la Plateforme de l’UE sur les pertes et gaspillages alimentaires. Elle tient un blog, donne des conférences TED, fait pression sur les responsables politiques et dialogue avec les organisations comme la FAO en vue d’atteindre les Objectifs de développement durable visant à éradiquer la faim et à réduire de moitié les gaspillages alimentaires d’ici 2030. 

«Grâce à notre travail, au cours des six dernières années, les consommateurs danois ont réduit leurs déchets alimentaires de 14 000 tonnes», explique-t-elle. Grâce à son idée, à l'été 2018, le Gouvernement danois a accepté de mettre en place un groupe de réflexion sur les pertes et les gaspillages alimentaires. 

Comme elle, Darine el Khatib, basée à Dubaï, aux Émirats arabes unis, utilise ses compétences de professionnelle en communication et médias pour appeler à la réduction des déchets alimentaires, au partage des excédents alimentaires et à l’éducation nutritionnelle pour les familles vulnérables afin de les aider à améliorer leurs choix alimentaires et leur santé en général. 

Darine El Khatib, d'origine libanaise, est également Ambassadrice de bonne volonté de la FAO pour la Faim Zéro au Proche-Orient et en Afrique du Nord. Avant même de se joindre aux efforts de la FAO, Darine El Khatib avait lancé une campagne contre la faim sur Fatafeat TV, célèbre chaîne de télévision culinaire au Moyen-Orient.

«Je me suis associée à des banques alimentaires en Égypte et au Soudan et à des organisations sans but lucratif au Liban», explique Darine El Khatib. «Nous avons empaqueté des aliments secs comme de l’huile, des lentilles, du riz, des spaghetti, qui ont une longue durée de vie, et nous nous sommes rendus dans des zones défavorisées au Soudan, en Égypte et au Liban et dans des camps de réfugiés syriens au Liban». 

La campagne sur Fatafeat a permis de sensibiliser les écoles et les ménages à l'intérêt d'une nutrition abordable et au besoin de respecter nos aliments. Darine El Khatib produit également des sur les réseaux sociaux pour montrer à chacun comment aider à atteindre l’objectif Faim Zéro grâce à de petits changements dans notre quotidien, comme la consommation des restes alimentaires, le recyclage et l’économie d’énergie.

À gauche: la professionnelle des médias Darine El Khatib, Ambassadrice spéciale de bonne volonté de la FAO pour la Faim Zéro au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. ©FAO/Hesham Sowera. À droite: le sénateur chilien Guido Girardi, médecin et responsable politique. ©Carlo Perla

Quand le Gouvernement chilien a décidé de faire face à la montée en flèche des taux d’obésité, une loi a été votée. L'auteur de ce texte est le sénateur Guido Girardi. Médecin agréé, il était particulièrement compétent pour rédiger une loi sur les effets de l’obésité sur la santé. La nouvelle loi a été conçue pour améliorer la nutrition infantile et réduire la consommation globale d’aliments transformés dans le pays. 

En tant que médecin, Guido Girardi connaît les risques des maladies liées à l’obésité, telles que l’hypertension, le diabète, la crise cardiaque, l’infarctus et le cancer. La loi chilienne, entrée en vigueur en 2016, réglemente l’étiquetage, la publicité et la vente d’aliments transformés aux enfants.  

«Les grandes entreprises alimentaires doivent comprendre le changement de paradigme nutritionnel actuel conduit par la société civile», estime GuidoGirardi.

Le Kenyan Francis Anno Ekiru, agent de liaison de la FAO, aide les familles rurales à produire plus avec moins. ©FAO/Sven G. Simonsen

Francis Anno Ekiru a grandi dans le comté du Turkana, une étendue de terre aride dans le Nord du Kenya, en retard par rapport au reste du pays en matière de sécurité alimentaire, de prospérité économique et d’alphabétisation. Aujourd’hui, il utilise son savoir-faire de spécialiste de la FAO chargé des opérations sur le terrain pour aider d’autres personnes au Turkana à produire davantage de denrées alimentaires et d’autres produits agricoles avec moins de ressources. 

Le Turkana partage des frontières avec le Soudan du Sud, l’Ouganda et l’Éthiopie. Il est confronté à de fréquentes sécheresses et accueille également un des plus grands camps de réfugiés au monde. 

«Nous voulons parvenir à une situation où les agriculteurs et les éleveurs pastoraux produisent non seulement des aliments en quantité suffisante pour leur famille, mais aussi un excédent leur offrant un rendement économique», explique Francis AnnoEkiru, 40 ans. «Cela œuvre en faveur d’une plus grande diversité de leur nutrition et d’une meilleure santé. Et cela leur permet de payer d’autres services, comme l’éducation et les soins médicaux.» 

Francis AnnoEkiru aide les agriculteurs et les éleveurs pastoraux à perfectionner leurs techniques de culture et d’élevage; et à aménager des jardins potagers en utilisant des graines, des outils et des formations fournis par la FAO. Il leur apprend aussi à optimiser leur potentiel commercial en produisant et en transformant une plus grande variété de denrées alimentaires et de produits agricoles non comestibles dans le but de les vendre. 

En sensibilisant les agriculteurs, les consommateurs, les détaillants et les décideurs politiques, ces militants ont donné à d’autres le pouvoir d’agir et d’être acteurs de la réalisation de l’objectif global Faim Zéro.


2. Zero hunger