Être intelligent face au climat dans l’agriculture


5 projets de la FAO qui aident nos producteurs agricoles à s’adapter au changement climatique

L'agriculture intelligente face au climat (AIC) est une approche qui aide à transformer et à réorienter les systèmes agricoles afin d'assurer la sécurité alimentaire et de soutenir le développement rural en prenant en compte le changement climatique. ©Sasa Prudkov/Shutterstock

Les rapports ont été publiés et le message est clair : nous devons désormais tous prendre nos décisions en prenant en compte le climat. L’agriculture est l’un des plus grands émetteurs de gaz à effet de serre, mais c’est également l’un des principaux alliés du climat. Le secteur agricole peut jouer un rôle important dans l'atténuation du changement climatique en réduisant les émissions et en évitant de nouvelles pertes de carbone stocké dans les forêts et les sols. Garder les sols et les forêts en bonne santé aide également à lutter contre le changement climatique, car ces deux éléments agissent comme des «puits» séquestrant le carbone. Enfin, la réduction des pertes et du gaspillage alimentaires et la promotion de meilleures habitudes de consommation constituent d’autres efforts importants dans le domaine de l’agriculture.

Dans le monde, plus des trois quarts des pauvres vivent dans des zones rurales et nombre d’entre eux dépendent de l’agriculture pour leurs moyens de subsistance. Ce sont ces populations rurales, en particulier dans les pays en développement, qui sont les plus durement touchées par le changement climatique. Nos systèmes agricoles et alimentaires subissent les conséquences de la hausse des températures, de la modification des régimes de pluie, de l'élévation du niveau de la mer et de la fréquence accrue des phénomènes météorologiques extrêmes.

L'agriculture «intelligente face au climat» (AIC) est une approche qui aide à transformer et à réorienter les systèmes agricoles afin d'assurer la sécurité alimentaire et de soutenir le développement rural dans le contexte du changement climatique. Cette approche se focalise sur l’agriculteur, le pêcheur ou le berger. Par définition, l’agriculture intelligente face au climat poursuit trois objectifs: augmenter durablement la productivité agricole et améliorer les revenus des agriculteurs; renforcer la résilience des agriculteurs face au changement climatique et les aider à trouver des moyens de s’adapter; et réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES).

Voici cinq initiatives de la FAO couronnées de succès. Toutes ont utilisé l’agriculture intelligente face au climat au bénéfice des communautés agricoles et pour la réalisation de l’objectif mondial (ODD13) de lutter contre le changement climatique et ses répercussions.

1.  « Reverdir» le Sahel pour les agriculteurs du Burkina Faso et du Niger

Dans la région africaine du Sahel, les terres sèches et les déserts représentent les deux tiers des terres disponibles. La désertification affecte des millions de personnes parmi les plus vulnérables. Créée en 2007 et dirigée par l’Union africaine, l’Initiative de la Grande Muraille Verte pour le Sahara et le Sahel est devenue l’initiative phare de l’Afrique pour lutter contre les effets du changement climatique et de la désertification.

Au Burkina Faso et au Niger, la FAO a soutenu la restauration de terres à grande échelle en combinant des techniques telles que l’enrichissement, les semis directs et les clôtures pour encourager la régénération naturelle, renforcer les capacités locales, promouvoir les chaînes de valeur des produits forestiers non ligneux à fort potentiel et défendre l’intérêt de la diversification des activités économiques.

Grâce au programme, environ 12 000 hectares de terres dégradées ont été semés et restaurés. Ces activités peuvent être mises en œuvre dans tous les pays confrontés à la dégradation des sols et à la désertification.

Des projets tels que la Grande muraille verte au Sahel (à gauche) et les jardins flottants au Bangladesh profitent aux communautés agricoles et contribuent à la réalisation de l'ODD13 visant à lutter contre le changement climatique et ses répercussions. À gauche: ©FAO/Giulio Napolitano; à droite: ©FAO/Munir Uz Zaman

2. Les jardins flottants : le système de production d'agriculture intelligente face au climat au Bangladesh

Le Bangladesh connaît des pluies de plus en plus abondantes, des tempêtes fréquentes et une élévation du niveau de la mer. Des phénomènes qui ont entraîné de graves inondations. En raison des terres détrempées, les cultures sont souvent détruites et la terre disponible pour l’agriculture est devenue rare.

En se basant sur les connaissances locales, les agriculteurs ont transformé la longue saison des inondations en opportunité pour mettre en place des «jardins flottants». Ces parcelles flottantes sont fabriquées à partir de matière organique locale sur laquelle différents légumes sont cultivés. Les agriculteurs préparent les planches de forme rectangulaire en juin et en juillet et, quelques jours plus tard, repiquent les graines sur le lit du jardin. Environ 30 espèces de légumes, dont le gombo, le concombre, l'amarante, le navet, le chou, le chou-fleur et la tomate, ainsi que des épices, comme le curcuma et le chili, sont cultivés dans ce système de production à base d'eau.

Les jardins flottants sont écologiques et contribuent dans le même temps à la sécurité alimentaire et à la nutrition. La production biologique de légumes est importante pour les marchés locaux et urbains ainsi que pour les marchés d’exportation.

3.  Dans les Balkans occidentaux, des races de porcs locales pour des paysages résilients face au climat

En Albanie, en Bosnie-Herzégovine, dans l'ancienne République yougoslave de Macédoine et dans d'autres pays des Balkans occidentaux, la production porcine est importante pour les moyens de subsistance, les régimes alimentaires et la culture. Dans cette zone, la production porcine suscite un intérêt croissant chez les consommateurs, car les races de porc locales nécessitent des systèmes de production moins intensifs. Les produits sont par ailleurs de meilleure qualité. Originaire de cette région, ces races de porcs sont mieux adaptées aux conditions climatiques locales. Cependant, leur nombre diminue face aux «races améliorées» considérées comme plus faciles à exporter.

Pourtant, ces races locales peuvent souvent être élevées sur des terres agricoles qui ne conviennent pas à d'autres systèmes de production. Elles peuvent également jouer un rôle important dans les activités de conservation dans une approche résiliente des paysages face au climat. Par exemple, le comportement des porcs qui sont au pâturage permet de maintenir le sol «ouvert» et contribue à conserver la biodiversité. Dans les zones arbustives, les porcs agissent comme des «charrues vivantes».

L'élevage de races d'animaux locales est bénéfique dans toutes les régions. En raison de leur lien naturel avec le paysage, les animaux peuvent survivre sans un suivi important en terme d’alimentation et de gestion des maladies.

Le Chili et la Nouvelle-Zélande utilisent une méthode de gestion des moules intelligente face au climat, qui ne génère que peu ou pas d'émissions de gaz à effet de serre. Cette industrie est vitale pour les revenus et les moyens de subsistance des mytiliculteurs de ces pays et des autres pays dont les longues côtes sont menacées par le changement climatique. © FAO/Mohamed Hammi

4. Au Chili, la mytiliculture intelligente face au climat

Au Chili, le changement climatique et la variabilité climatique nuisent à la production de moules de trois manières: marées rouges toxiques plus fréquentes causées par la prolifération d'algues, acidification des océans et manque de larves de moules sauvages pour leur reproduction.

Pour faire face à cette situation, le Chili a mis au point une méthode d'élevage de moules intelligente face au climat, qui ne produit que peu ou pas d'émissions de gaz à effet de serre. La culture est réalisée à l'aide d'une «ligne mère», qui a généralement une longueur d'environ 100 mètres et qui est attachée au fond avec des flotteurs. De nombreuses autres lignes verticales peuvent pendre depuis la ligne mère. La majorité de la mytiliculture est réalisée dans des systèmes de rétention flottants ou sous-marins qui favorisent la filtration permanente du phytoplancton de l'eau par les moules.

Ce système d'élevage de moules a été reproduit dans des pays confrontés à des répercussions climatiques similaires. Par exemple, la Nouvelle-Zélande a aussi une longue côte menacée par le changement climatique, mais elle a désormais rejoint, avec le Chili, le club des cinq plus grands producteurs de moules au monde. Pour des pays tels que le Chili et la Nouvelle-Zélande, où l'industrie de la production de moules est vitale pour les revenus et les moyens de subsistance des mytiliculteurs, ce système permet l'adaptation et la résilience face au phénomène climatique El Niño, aux marées rouges et à d'autres problèmes climatiques.

5. Une initiative contre la pénurie d'eau au Proche-Orient et en Afrique du Nord

La région du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord (NENA) connaît régulièrement de graves pénuries d’eau: 90% de la région se compose de zones arides, semi-arides et subhumides sèches, et 45% de la superficie agricole totale est exposée à la salinité, à l'épuisement des nutriments du sol et à l'érosion éolienne. La surexploitation des eaux souterraines est inquiétante. La disponibilité en eau douce par habitant a diminué de 23% au cours des 40 dernières années et devrait encore diminuer de 50% d’ici à 2050.

La qualité et la quantité de l'eau se détériorent, tandis que la course à l'eau entre tous les secteurs agricoles s’intensifie. Pour relever ces défis, la FAO a lancé l'Initiative régionale sur la rareté de l'eau dans la région NENA afin d'aider les pays à identifier et à rationaliser leurs politiques, les réformes de gouvernance, les options économiques, institutionnelles et techniques et les innovations susceptibles d'améliorer durablement la productivité agricole et la sécurité alimentaire dans la région. L’initiative a permis de renforcer la collaboration entre les pays et avec les partenaires internationaux en vue d’une approche commune des problèmes posés par la pénurie d’eau.


Les résultats de ces projets climatiques intelligents ont permis de mieux comprendre à la fois les accélérateurs potentiels qu’ils représentent et les obstacles à leur mise en oeuvre. Le changement climatique pose des défis spécifiques pour une alimentation et une agriculture durables. L'approche de l’agriculture intelligente face au climat peut aider les agriculteurs à surmonter ces obstacles pour maintenir leurs moyens de subsistance et ainsi assurer un avenir #FaimZéro.

En savoir plus