Quand les agriculteurs prennent les devants


30 ans d'expérience pour les Champs-Ecoles des Producteurs et un objectif : autonomiser les petits agriculteurs du monde entier

Depuis 30 ans, les Champs-Ecoles de Producteurs (CEP) permettent aux agriculteurs de soutenir le capital naturel, humain, social et financier de leurs communautés. ©FAO/CARVE Inde

23/07/2019

Depuis 1989, les Champs-Ecoles de Producteurs (CEP) donnent aux agriculteurs les moyens de promouvoir le développement durable au niveau local. Conçus à l'origine comme un moyen d'aider les petits exploitants indonésiens à appliquer des approches de lutte intégrée contre les ravageurs dans la production de riz, les CEP ont depuis connu un vrai succès mondial dans des contextes très variés. Depuis 1989, on estime à 20 millions le nombre de petits exploitants qui ont participé aux CEP, qui sont désormais mis en œuvre dans plus de 90 pays.

Qu'est-ce qu'un Champ-Ecole de Producteur?

L'apprentissage pratique en collectivité est au cœur des Champs-Ecoles de Producteurs. Encadré par un animateur spécifiquement formé, chaque groupe de CEP rassemble 20 à 30 petits exploitants et se réunit régulièrement au cours d'un cycle de production complet : d'une semence à l'autre, d'un œuf à l'autre, d'un veau à l'autre. En s'appuyant sur les compétences et les connaissances des agriculteurs, les participants aux CEP testent de nouvelles idées et renforcent leur capacité d'analyse critique et leur capacité à résoudre les problèmes agricoles locaux.

Les Champs-Ecoles de Producteurs couvrent désormais un large éventail de sujets, tels que les cultures, l'aquaculture, l'élevage, la foresterie, la gestion des terres et des eaux et les questions sociales. Parmi ces sujets, les thématiques vont de l'adaptation au changement climatique et de l'autonomisation des femmes aux chaînes de valeur. Parce que le processus d'apprentissage est très dynamique, les Champs-Ecoles de Producteurs répondent aux besoins et aux opportunités locales en transformant les agriculteurs en organisateurs locaux capables de soutenir le capital naturel, humain, social et financier de leurs communautés.

Au Viet Nam et au Kenya, les CEP permettent aux agriculteurs d'améliorer leur sécurité alimentaire en testant et en adoptant de nouvelles techniques agricoles. A gauche : ©FAO/Hoang Dinh Nam A droite : ©FAO/Deborah Duveskog

Au Viet Nam, par exemple, l'approche CEP a permis de revitaliser les systèmes riz-poisson. Les agriculteurs avaient l'habitude d'élever du poisson dans leurs rizières inondées. Le poisson constituait alors une autre source de nourriture et de revenus pour les agriculteurs. Cependant, la surutilisation de pesticides a tué les poissons, perturbant cette relation symbiotique. En éliminant progressivement les pesticides et en réintroduisant la production de poissons dans les rizières, le programme CEP a permis aux agriculteurs d'augmenter leurs revenus, d'améliorer leur nutrition et de gérer durablement leur environnement.

De même, au Kenya, les CEP agro-pastoraux ont aidé les communautés tributaires de l'élevage à renforcer leur résistance à la sécheresse. Une grande partie du programme consistait à apprendre à produire, à gérer et à utiliser le fourrage. Les participants étaient invités à comparer les rendements des aliments pour animaux cultivés avec et sans fumier. Les Champs-Ecoles de Producteurs ont également permis d'aborder les nouvelles techniques de sélection et d'élevage des animaux. Grâce aux CEP, la mortalité du bétail et la dégradation des terres ont diminué, tandis que les revenus et la sécurité alimentaire se sont améliorés. 

"Le CEP est extrêmement important pour les femmes parce qu'il vous aide à comprendre qui vous êtes et quel est votre potentiel."  - Mariama, diplômée du CEP de Niayes, au Sénégal

Dans la région des Caraïbes, le CEP a également permis aux producteurs alimentaires locaux de réagir aux changements climatiques tout en assurant la sécurité alimentaire. Dans une région tributaire des importations alimentaires, le CEP a aidé les agriculteurs à accroître l'autosuffisance en promouvant des cultures produites dans des systèmes agricoles écologiquement et économiquement durables. Les Champs-Ecoles ont également traités de sujets tels que la production animale, la gestion des terres, les compétences en affaires et la santé. Jusqu'à présent, ils ont touché plus de 30 000 agriculteurs dans cette zone.

Le CEP encourage les participants à tester de nouvelles idées et à améliorer leur capacité d'analyse critique et de résolution des problèmes agricoles locaux. ©FAO/Bahag

Forte du succès du CEP, la FAO a également mis en place des Ecoles pratiques d'agriculture et d'apprentissage de la vie pour les jeunes (JFFLS, leur sigle en anglais). Les JFFLS enseignent aux enfants et aux jeunes vulnérables bien plus que l'agriculture : elles mettent aussi l'accent sur les aptitudes à la vie quotidienne, les questions sociales, la résolution de problèmes et la confiance en soi. Les JFFLS utilisent le théâtre, la danse et les jeux de rôle pour aborder des sujets sensibles (tels que la maltraitance et le travail des enfants), souvent en mettant en scène des spectacles publics pour encourager davantage les discussions au niveau communautaire. Les JFFLS soutiennent également les attitudes progressistes, y compris l'équité entre les sexes. 

Les effets du CEP vont au-delà des communautés locales et contribuent à la réalisation des Objectifs de développement durable. Étant donné le rôle central de l'agriculture dans le Programme 2030, les CEP ont un rôle important à jouer dans la promotion du bien-être social, économique et environnemental des communautés rurales. Et parce que les petits exploitants agricoles sont des producteurs alimentaires essentiels pour les zones rurales et urbaines, ils sont aussi la clé pour réaliser l'objectif #FaimZéro. Comme le montrent les 30 années de succès des CEP, il y a des avantages mondiaux évidents à renforcer l'autonomie des producteurs à l'échelle locale.


Pour en savoir plus : 

2. Zero hunger, 4. Quality education, 8. Decent work and economic growth