Faire son miel de l’apiculture


Comment un projet de la FAO donne un nouvel élan à l’apiculture au Somaliland

Hassan Muhumed Abdilaahi pose entre deux de ses 150 ruches, qu’il fabrique maintenant en grande partie lui-même. ©FAO/Alberto Trillo Barca.

30/09/2019

Hassan Muhumed Abdilaahi nous fait un signe de la main depuis le petit tuk-tuk vert qui l’emmène de chez lui jusqu’à son si cher rucher en pleine expansion. L’apiculteur a de bonnes raisons d’avoir le sourire aux lèvres: son activité est passée de deux ruches en 2013 à 150 aujourd’hui. Ses amis disent qu’il est «né avec une abeille», dicton local qui décrit une personne éclairée et passionnée.

Originaire du district de Gebiley, au Somaliland, Hassan s’est lancé dans l’apiculture à l’âge de 24 ans. Tout a changé pour lui en 2014, lorsqu’il a participé à une formation sur l’apiculture organisée par la FAO, dans le cadre d’un projet financé par le Royaume-Uni et par l’intermédiaire du Programme SEED (Sustainable Employment and Economic Development) en faveur de l’emploi durable et du développement économique. «Ma vie a changé à ce moment-là, précise Hassan. À la fin de la formation, on nous a donné deux ruches modernes et un kit de démarrage composé d’une combinaison d’apiculteur, d’enfumoirs, de couteaux et de brosses».

Les résultats sont remarquables. Hasssan produit aujourd’hui plus de 2 000 kilogrammes de miel chaque année, contre 30 kilogrammes seulement en 2013. Il faut souligner que, malgré les sécheresses récurrentes dans la région, qui peuvent interrompre ses activités, Hassan parvient à préserver sa production apicole.

Lors de formations destinées aux agriculteurs et aux jeunes, Hassan montre que l’apiculture peut être rentable et permet d’obtenir des revenus durables. Photo de gauche: ©FAO/Erastus Mbugua; photo de droite: ©FAO/Alberto Trillo Barca.

L’apiculture ne fait pas partie des activités traditionnelles en Somalie et elle n’y est pas mise en valeur, surtout parce qu’elle n’est pas suffisamment connue dans un pays de culture nomade où 60 pour cent de la population vit directement ou indirectement de l’élevage. La majorité des personnes ignorent ainsi que l’apiculture et la transformation des produits de la ruche peuvent être tout aussi lucratives. «Les gens pensent que l’apiculture n’est pas une activité rentable, remarque Hassan. Je sais par expérience que ce n’est pas vrai». Grâce à sa production annuelle de miel, Hassan obtient des revenus équivalents à ceux de la vente de 530 chèvres au prix moyen du marché.

Emploi des jeunes, femmes et apiculture

La réussite d’Hassan lui a permis d’embaucher trois personnes. Deux jeunes hommes s’occupent avec lui du rucher et une jeune femme est chargée de la vente. «Les femmes sont très importantes dans le secteur de l’apiculture, en particulier pour le développement de l’activité et la vente», explique Hassan. Les femmes représentent en effet 30 pour cent des bénéficiaires des formations en apiculture de la FAO.

À l’heure actuelle, outre ses activités apicoles, Hassan délivre aussi des formations, afin de transmettre ses précieuses connaissances. Jusqu’à présent, il a formé plus de 200 jeunes qui souhaitaient apprendre à gagner leur vie grâce à l’apiculture.

Hassan encourage aussi les agriculteurs et les éleveurs à se lancer dans l’apiculture pour améliorer la pollinisation, ce qui a pour effet d’augmenter leurs rendements, ou pour diversifier et augmenter les revenus de leurs foyers. C’est particulièrement important dans les régions fortement touchées par des phénomènes météorologiques extrêmes, comme les sécheresses ou les inondations soudaines. Avec un investissement relativement faible en main d’œuvre et en ressources, l’apiculture est une activité qui peut générer des revenus en quelques mois.

Enfin, Hassan continue d’enrichir ses connaissances. Depuis la fin de sa formation initiale, qui date de 2014, il cherche sur internet des moyens de faire prospérer son activité. Presque tous les jours, il navigue sur le web à la recherche d’innovations. «Sur internet, j’ai découvert et appris à utiliser un grand nombre des outils que je possède et qui me servent en ce moment, déclare-t-il. Au début, c’était difficile pour nous de construire une ruche mais aujourd’hui, je fabrique toutes les ruches de mon rucher». Hassan vend également certaines des ruches qu’il réalise à d’autres apiculteurs.

Le miel naturel d’Hassan est destiné à la vente locale et à l’exportation. ©FAO/Alberto Trillo Barca

L’avenir

Hassan a encore de nombreux défis à relever. Il faut notamment qu’il apprenne à répondre aux normes de commercialisation et à étiqueter et emballer correctement ses produits s’il veut accéder pleinement aux marchés locaux et régionaux. Quoi qu’il en soit, Hassan est fier de son miel, qu’il vend dans tout le Somaliland et même à l’étranger.

L’apiculture permet de faire reculer la pauvreté, de protéger la biodiversité et de favoriser la sécurité alimentaire, ce qui concourt à la réalisation de l’objectif #FaimZéro. En popularisant l’apiculture, Hassan contribue à la mission plus générale de la FAO qui consiste à aider les pays à atteindre les objectifs de développement durable. Même s’il ne constate pas directement ces bienfaits à plus grande échelle, Hassan est très heureux de ce qu’il a réalisé jusqu’ici. Dans l’espoir de produire un jour suffisamment de miel pour tout le Somaliland, il envisage un avenir prospère.


Pour en savoir plus:

8. Decent work and economic growth, 10. Reduced inequalities, 12. Responsible consumption and production