Les biopesticides, un atout dans la lutte antiacridienne


Attaquer les larves sans nuire à l’environnement

De plus en plus, les biopesticides d'origine naturelle offrent une alternative fiable et moins nocive pour lutter contre les invasions de criquets avant qu'elles n'atteignent un niveau critique. © FAO / Isak Amin

30/03/2020

L'Afrique de l'Est traverse une invasion sans précèdent de criquets pèlerins qui prive les familles d'agriculteurs de nourriture et de revenus et menace la sécurité alimentaire de millions de personnes dans la région. Cette situation ne cesse de s’aggraver en raison de la multiplication sans fin du nombre de criquets.

Dans des situations d'urgence comme celles-ci, lutter contre les criquets en utilisant des pesticides est un mal nécessaire pour limiter la crise et empêcher les essaims de se multiplier de façon exponentielle. A ce jour, les pesticides chimiques demeurent la seule méthode efficace pour lutter contre les infestations acridiennes extrêmes compte tenu de leur action rapide pour contenir des cas extrêmes comme les infestations actuelles généralisées affectant la région de la Corne de l'Afrique.

Cependant, les biopesticides d'origine naturelle offrent de plus en plus une alternative fiable et moins nocive pour contrôler les invasions de criquets avant qu'elles n'atteignent un niveau critique. Ils offrent également une solution pour traiter les infestations acridiennes dans les écosystèmes fragiles.

« Nous utilisons des biopesticides pour lutter contre les criquets pèlerins et c'est un excellent outil pour traiter les premiers petits groupes de larves avant que celles-ci ne forment d'énormes bandes larvaires », explique Keith Cressman, expert à la FAO.

« Nous faisons face à un insecte qui se multiplie par 20 à chaque nouvelle génération tous les trois mois, il est donc essentiel que nous nous concentrions sur des interventions qui peuvent perturber le cycle de reproduction. L'utilisation d'un outil écologique efficace que les agriculteurs et les gouvernements peuvent utiliser dans n'importe quel environnement s’avère plus raisonnable de nos jours », note-t-il.

Les biopesticides utilisent les ressources de la nature et les retournent contre les nuisibles. Par exemple, un champignon qui s’attaque aux criquets est mélangé à des produits en poudre, combiné à de l'huile, puis pulvérisé sur les champs par des personnes, des camions ou même des avions. © FAO / Isak Amin

Comment fonctionnent les biopesticides?

Comme l’indique leur nom, les biopesticides utilisent les propres ressources de la nature et les utilisent contre les ravageurs.  Les agents biologiques qui affectent les insectes peuvent être des bactéries, des champignons et des virus. Les champignons tels que Metarhizium acridum, en particulier, se sont révélés très efficaces pour la lutte antiacridienne, tuant les larves et les adultes dans un intervalle d’une à deux semaines.

Les marques commerciales utilisent ce type de champignon entomopathogène sous forme de produits en poudre qui sont mélangés à de l'huile et pulvérisés par la suite sur les champs à partir d'avions ou d’appareil de pulvérisation manuels ou terrestres. Le champignon pénètre ensuite à travers la couche externe dure du criquet et commence à se nourrir de l'insecte, sapant son énergie. Après trois jours, le criquet commence à s'affaiblir, devient lent, se nourrit moins et finit par mourir.

L'huile utilisée pour préparer le biopesticide est souvent du gazoil bien que l'huile végétale soit également une option. En outre, comme nous utilisons moins d’un litre d’huile par hectare de terrain, les études des campagnes précédentes de lutte n’ont détecté aucun impact négatif sur l'environnement.

« Évidemment, l'huile végétale est une meilleure option, mais le gasoil semble mieux fonctionner pour éviter le colmatage des pulvérisateurs et le produit mélangé est certainement beaucoup moins dangereux pour l'environnement que les pesticides chimiques », explique Cressman.

Quels sont les avantages?

L'un des principaux avantages des biopesticides est qu'ils sont conçus pour cibler uniquement des types spécifiques d'insectes. Cela signifie que les biopesticides destinés à lutter contre les acridiens n’affectent pas les autres insectes « utiles », qui peuvent continuer leurs activités de pollinisation des plantes et ainsi soutenir l’écosystème local.

De plus, comme les biopesticides n’ont pas d’effet négatif ni sur les aux autres animaux sauvages ni sur les plantes, ils peuvent donc être utilisés dans les zones écologiquement sensibles comme les réserves naturelles, les zones humides et les autres zones avec des plans d’eau.

Obstacles à une utilisation plus large

Il est établi que le mode d’action des biopesticides est plus lent par rapport aux produits chimiques conventionnels pour venir à bout des infestations acridiennes. Aussi, dans les cas extrêmes, ils ne peuvent pas remplacer les pulvérisations conventionnelles qui prennent moins de la moitié du nombre de jours pour tuer l'insecte. Les biopesticides fonctionnent mieux dans les stratégies de lutte conçues pour prévenir plutôt que pour limiter les invasions à grande échelle.

L'habitude et la commodité sont d'autres obstacles à une utilisation plus large, mais elles ne sont pas non plus insurmontables, selon les experts.

« De nombreux agriculteurs ont l'habitude d'acheter un pesticide chimique qu'ils peuvent utiliser pour lutter contre plusieurs ravageurs tout au long de l'année», explique Alexandre Latchininsky, un expert de la FAO sur les criquets, spécialisé dans les options de lutte. « Avec les biopesticides, les agriculteurs doivent acheter différents types de produits pour lutter contre différents ravageurs, ce qui nécessite un changement d'habitude. De plus, les biopesticides sont plus compliqués à utiliser, en termes de transport, de stockage et de mélange. Tout cela nécessite en fait plus de formation que l'utilisation des pesticides conventionnels. Les spécialistes et le grand public devraient être alertés sur ce changement de paradigme des moyens curatifs aux moyens préventifs. »

Les fortes pluies et les cyclones sont des conditions idéales pour la reproduction acridienne. Comme le changement climatique induit des conditions météorologiques extrêmes plus courantes, il est très important d'empêcher les criquets de former des essaims. @ FAO / Sven Torfinn

Aussi, la prévention devient de plus en plus importante avec le changement climatique qui est susceptible d'entraîner davantage de cyclones et de fortes pluies, autant de moments de reproduction idéaux pour les larves. La crise acridienne actuelle en est un exemple ; cela a commencé dans la péninsule arabique après deux cyclones en 2018, avant que les essaims ne se déplacent et se multiplient rapidement dans toute la région.

À l'avenir, les biopesticides auront un rôle important à jouer dans les stratégies de surveillance de ces événements météorologiques à risque et de traitements préventifs au début d'une résurgence. Cela contribuerait considérablement à éviter les types de crises à grande échelle que connaît la Corne de l'Afrique aujourd'hui et à protéger la sécurité alimentaire de millions de personnes.


En savoir plus

2. Zero hunger, 9. Industry innovation and infrastructure, 17. Partnership for the goals