Des villes plus vertes, des systèmes alimentaires résilients


La covid-19 peut-elle être le catalyseur nécessaire à la transformation des systèmes alimentaires urbains?

Les zones urbaines s’étendent rapidement. La FAO travaille en partenariat avec des villes du monde entier afin d’améliorer les systèmes alimentaires et de favoriser une croissance plus respectueuse de l’environnement. © Jamesteohart/shutterstock.com

17/09/2020

En général, le mot «vert» n’est pas le premier qui vient à l’esprit pour décrire une agglomération, que l’on pense à son aspect ou aux activités qui s’y déroulent. Néanmoins, la FAO travaille en partenariat avec des municipalités du monde entier, dans le cadre de la nouvelle initiative Villes vertes, afin que l’on puisse leur attribuer ce qualificatif.

Aux quatre coins du globe, les villes croissent rapidement. Aujourd’hui, 55 pour cent de la population mondiale vit en zone urbaine, et ce chiffre devrait atteindre 68 pour cent à l’horizon 2050. Actuellement, les villes utilisent près de 80 pour cent de toute l’énergie produite dans le monde et consomment jusqu’à 70 pour cent de l’offre alimentaire. 

On comprend aisément pourquoi il est de plus en plus difficile de satisfaire les besoins nutritionnels de cette population urbaine croissante, et la pandémie de covid-19 n’a fait que rendre le problème encore plus épineux. En effet, les villes se sont retrouvées face à de nouveaux défis, notamment celui de garantir l’accès à des aliments sans danger, nutritifs et abordables en dépit des restrictions relatives à la circulation et de la fermeture de certains marchés.

Cependant, les perturbations offrent également des possibilités nouvelles et l’occasion d’opérer une transformation à plus long terme. L’initiative Villes vertes de la FAO prête un appui aux autorités locales et nationales, en renforçant leurs capacités de rendre les villes et les systèmes alimentaires durables. Son objectif est d’accroître la résilience des systèmes alimentaires urbains et de promouvoir des régimes alimentaires sains dans une centaine de villes au moins, en améliorant les moyens d’existence et le bien-être des populations urbaines et périurbaines.

Comment renforcer la résilience des systèmes alimentaires dans les villes?

1) S’appuyer sur l’innovation numérique pour améliorer les filières alimentaires

L’innovation est un outil puissant, qu’il convient d’exploiter pour renforcer la résilience des systèmes alimentaires. Il s’agit d’adopter des solutions numériques, telles que des plateformes en ligne dédiées au commerce électronique ou à des services de livraison.

À Mascate (Oman), les mesures de distanciation sociale prises dans le contexte de la covid‑19 ont contraint les acteurs du marché au poisson central à innover. Les marchands ont créé une plateforme en ligne pour permettre aux pêcheurs et aux grossistes de conserver un revenu même pendant la période de fermeture. Désormais, les vendeurs téléchargent des photos et des informations concernant les prises sur la plateforme, où les grossistes, les détaillants et les restaurateurs peuvent voir les produits du jour et passer commande selon un système d’enchères en ligne. Dans le monde entier, de jeunes agripreneurs font également preuve de créativité pour tirer parti de l’innovation numérique: ils optent pour les commandes en ligne, commercialisent leurs produits sur les réseaux sociaux et acceptent les paiements par téléphone portable.

La pandémie contraint chaque acteur à repenser la manière dont il gère ses activités, et les solutions numériques plus respectueuses de l’environnement peuvent aussi comporter des avantages à plus long terme.

La pandémie actuelle est l’occasion de transformer nos systèmes alimentaires et de rendre nos villes plus vertes. Photo de gauche: © FAO/Ami Vitale Photo de droite: © FAO/Joan Manuel Baliellas

2) Garantir la sécurité sanitaire des aliments et la qualité nutritionnelle des régimes alimentaires

En ville, la nutrition est souvent reléguée au second plan, du fait du rythme de vie et de l’importance accordée à l’aspect pratique. L’obésité progresse dans le monde entier, mais il est particulièrement crucial de la combattre dans nos villes en plein essor. Il convient de s’attaquer au problème sur plusieurs fronts, notamment en dispensant une éducation nutritionnelle aux consommateurs et – ce qui est tout aussi important – en renforçant les capacités des chaînes d’approvisionnement de fournir des aliments plus nutritifs et sans danger. 

Une ville relève le défi de s’approvisionner en aliments nutritifs dans le contexte de la pandémie: Montevideo (Uruguay). Des citoyens et des organisations locales ont mis en place des ollas populares, un mode traditionnel de livraison à domicile de fruits et légumes et d’autres denrées alimentaires, souvent directement des producteurs aux consommateurs. Citons également l’exemple de ces agriculteurs du Pérou qui ont envoyé des aliments traditionnels et nutritifs à leurs proches vivant dans les grandes villes du pays. Il est important de renforcer ces liens entre zones urbaines et zones rurales pour rendre les villes véritablement vertes.

3) Réduire les pertes et le gaspillage de nourriture

Les villes produisent la grande majorité des déchets à l’échelle mondiale (70 pour cent). Les pertes et le gaspillage de nourriture sont particulièrement préoccupants en ce qu’ils gâchent non seulement de précieuses sources d’éléments nutritionnels mais aussi les ressources naturelles qui ont permis de les produire. 

En encourageant les comportements responsables en matière d’achats de nourriture, en trouvant des moyens efficaces de distribuer les aliments et en appliquant des solutions innovantes, nous pouvons réduire les pertes et le gaspillage de nourriture.

La commune de Chía (Colombie), par exemple, a trouvé une solution numérique au gaspillage de nourriture pendant la pandémie de covid-19. Elle a créé une plateforme en ligne pour les personnes qui souhaitent faire don d’aliments non périssables. Les intéressés peuvent ainsi trouver des produits sans sortir de chez eux.

4) Renforcer les entreprises agroalimentaires 

Renforcer les liens avec le secteur privé tout au long des chaînes de valeur alimentaires peut contribuer à créer des modèles d’activité durables et à stimuler la coopération, en accroissant la résilience du secteur.

À Milan, la municipalité s’est associée à des acteurs du secteur privé et à une organisation non gouvernementale pendant la pandémie pour mettre en place un système d’aide alimentaire, afin que les personnes âgées et les personnes vulnérables aient continuellement accès à des aliments frais durant la période de confinement. Ce service utilisait le centre logistique de la Banque alimentaire de Lombardie et de la Croix-Rouge italienne pour stocker les aliments, avant de les livrer une fois par semaine sur 10 plateformes locales réparties dans la ville. Des bénévoles préparaient ensuite des colis alimentaires pour plus de 4 900 familles dans le besoin. Ces alliances exploitent les atouts respectifs des différentes entités participantes afin d’obtenir de meilleurs résultats. 

5) Encourager les investissements dans des chaînes de valeur alimentaires respectueuses de l’environnement 

Rendre les chaînes de valeur alimentaires plus respectueuses de l’environnement et encourager les investissements en leur faveur est un bon point de départ pour rendre nos systèmes alimentaires urbains plus durables. Proposer des outils financiers qui incitent à adopter des pratiques durables, des technologies efficientes du point de vue énergétique ou encore des formations sur des pratiques résilientes face au climat, par exemple, peut faire une grande différence pour ce qui est de réduire l’empreinte carbone du secteur agroalimentaire, en particulier des systèmes alimentaires urbains.

Certaines villes ont déjà commencé à investir dans ces changements en créant des «ports bleus». Cette initiative est axée sur la conservation des ressources et de l’environnement marins, ainsi que sur l’amélioration des conditions de travail et des moyens d’existence des personnes qui dépendent de ces ports. Vigo (Espagne) est l’une des villes qui ont choisi de participer à l’initiative et de réaliser des investissements à cet égard. La FAO travaille avec d’autres ports du monde entier afin de promouvoir ces pratiques.

À Santiago (Chili), le principal marché de gros s’est adapté aux restrictions liées à la pandémie et s’efforce de préserver la santé des vendeurs et des acheteurs. © FAO/Max Valencia

6)  Améliorer les politiques

La gouvernance de l’alimentation et les politiques alimentaires sont vitales à tous les niveaux, de l’échelon local jusqu’à la sphère internationale. C’est pourquoi l’initiative Villes vertes de la FAO collabore avec des maires du monde entier afin d’encourager le partage d’idées et de stratégies, qui étayeront au bout du compte les décisions de politique générale. Lors de la manifestation de lancement, le 18 septembre 2020, les maires de six villes ont livré leur point de vue sur les solutions qui se sont avérées fructueuses dans leur commune. Ainsi, les villes des quatre coins du globe peuvent apprendre les unes des autres et contribuer à l’avènement d’une société plus respectueuse de l’environnement à l’échelle planétaire. 

La pandémie de covid-19 a eu un effet considérable sur de nombreuses villes du monde et leurs habitants. En quelques semaines, la disponibilité et l’accessibilité physique et économique des aliments de base ont fortement baissé, ce qui a eu des répercussions importantes sur la sécurité alimentaire et la nutrition des populations urbaines. L’initiative Villes vertes n’est que l’un des éléments du Programme FAO d’intervention et de redressement dans le contexte de la covid-19, qui contribue à rendre nos systèmes alimentaires, en particulier urbains, plus solides et plus résilients face à d’autres chocs. La pandémie actuelle est l’occasion de transformer nos systèmes alimentaires et de rendre nos villes plus vertes, afin de reconstruire en mieux. 


En savoir plus

2. Zero hunger, 11. Sustainable cities, 15. Life on land, 17. Partnership for the goals