Le café traditionnel de Colombie prend un coup de jeune


De jeunes héros de l’alimentation se tournent vers la technologie pour améliorer les méthodes de culture du café.

Diego, un des étudiants participant au projet, est enthousiaste à l’idée de faire souffler un vent d’innovation dans le secteur du café. ©FAO

06/10/2020

Diego Urbano a le café dans les veines. Âgé de 18 ans, cet étudiant originaire du sud de la Colombie est né dans une famille de producteurs de café. Depuis qu’il s’est joint à un projet visant à promouvoir l’utilisation de la technologie dans le secteur, il rêve de pouvoir poursuivre la tradition tout en y ajoutant une petite touche d’innovation.

«Les jeunes comme moi veulent continuer à construire leur avenir à la campagne en inventant de nouvelles méthodes de production, de commercialisation et de consommation», explique-t-il.

Dans le cadre du projet, Diego et 29 autres étudiants de l’établissement d’enseignement La Victoria ont été formés à la récolte et à la filtration du café, ainsi qu’aux techniques utilisées par les baristas, l’objectif de la formation étant d’encourager les jeunes à se lancer dans le secteur du café. Plus ils en apprenaient sur le processus de culture, plus ils se montraient préoccupés par les méthodes utilisées actuellement et par les conséquences que pourraient avoir les changements climatiques et les sécheresses fréquentes qui touchent la région.

Dans le cadre du projet dirigé par la FAO, les 30 étudiants et leurs parents, tous membres de l’association Asoprocaffe, ainsi que l’association des producteurs de café de la région de Tablón de Gómez, ont uni leurs forces afin de trouver des solutions au problème. Ensemble, ils ont mis sur pied le projet «Smart Agro», qui a pour objectif d’atténuer les effets du changement climatique et de promouvoir l’utilisation efficace de l’eau au moyen de deux concepts modernes: les mégadonnées et l’internet des objets.

En haut à gauche: Des jeunes comme Aura Cristina Gómez Ortiz représentent l’avenir du secteur du café en Colombie. ©FAO En bas à droite: L’humidité est importante pour la culture du café. Des sondes d’humidité ont été installées dans le cadre du projet et permettent de maintenir de bonnes conditions d’humidité pour les plants de café. ©FAO

Les mégadonnées font toute la différence 

Les étudiants utilisent les mégadonnées et l’internet des objets pour collecter et analyser des données importantes, afin d’enrichir leurs connaissances et d’améliorer leurs pratiques agricoles. Dans le contexte de ce projet, il s’agit de recueillir des informations plus précises sur la pluviométrie et le climat et de les exploiter pour optimiser l’apport en eau.

Dans le cadre du projet Smart Agro, Telefónica-Movistar, Masser et la FAO ont installé une station météorologique et deux sondes d’humidité, qui sont connectées à des cartes SIM permettant de collecter en temps réel les données relatives aux taux d’humidité, à la pluviométrie et aux vents. Ces données sont ensuite contrôlées et actualisées par l’intermédiaire de la plateforme numérique du projet Smart Agro.

Les étudiants et les membres de l’association Asoprocaffe se chargent d’examiner ces informations: grâce à l’aide de l’équipe technique de la FAO et au soutien technologique de Telefónica, ils analysent les données chaque semaine afin d’étudier les conditions météorologiques à venir. Lorsqu’on cultive du café, il est nécessaire de maintenir le sol à un taux d’humidité constant. Dès que la plateforme Smart Agro indique des taux d’humidité insuffisants, par exemple en période de sécheresse, les participants au projet peuvent procéder à une irrigation manuelle ou à l’aide de systèmes d’aspersion, afin d’assurer un apport continu en eau. 

Diego Gómez, président de l’association Asoprocaffe, affirme que le projet a permis d’obtenir de très bons résultats, non seulement du point de vue de l’état des caféiers, mais aussi en ce qui concerne l’esprit de solidarité qui s’est développé au sein de la communauté. 

«Nous avons déjà commencé à voir des résultats et à constater le rôle important que jouent les jeunes et la technologie dans la production de café. À présent, nous partageons nos connaissances. Les étudiants nous apprennent à nous servir des plateformes numériques et de la technologie et, de notre côté, nous leur enseignons les méthodes de culture du café. C’est une collaboration formidable, qui a également permis de renforcer l’esprit d’entraide.»

Des étudiants travaillent en collaboration avec Telefónica et une équipe de la FAO afin de mettre la technologie au service de la production de café. ©FAO

Au total, ce sont 120 familles et 30 étudiants qui participent au projet. Grâce à la technologie qui les aide à irriguer les plantes au bon moment, ils ont déjà observé une différence quant à la taille et au nombre des grains de café.

Continuer malgré la covid-19

Lorsque la covid-19 est arrivée, les activités de suivi des cultures ne se sont pas arrêtées pour autant. En réalité, la pandémie a même favorisé de nouvelles innovations. Des étudiants, des diplômés et des enseignants ont créé des groupes d’étude et d’analyse sur des applications de messagerie, qui leur permettent de partager des instructions, des techniques et des informations, afin de pouvoir continuer à travailler sur la plateforme en ligne et d’assurer la continuité du projet. 

«Depuis que nous avons commencé ce projet ensemble, les jeunes ont manifesté leur intérêt, et leur travail a été très utile pour le contrôle et la transformation du café», se réjouit Álvaro Ordoñez Mejía, proviseur de l’établissement.

Une meilleure commercialisation pour de meilleures ventes

Le café produit par l’association Asoprocaffe est commercialisé sous la marque Janacatú, qui, en Quillacinga (langue autochtone de la région), signifie «plus proche du paradis». Grâce à ce projet, aux nouvelles technologies et à la participation des jeunes à la vie de la communauté, Asprocaffe est parvenue à renforcer non seulement ses processus de production, mais aussi ses capacités commerciales. Avec l’appui de la FAO, Asprocaffe a établi un partenariat avec une marque colombienne très connue et peut ainsi vendre ses produits aux niveaux national et international. L’association a également noué des liens avec de grands exportateurs colombiens.

De nouvelles technologies sont mises au point tous les jours pour relever les défis qui se posent et améliorer notre planète. Aujourd’hui plus que jamais, nous avons besoin de solutions novatrices pour faire progresser le secteur agricole. La covid-19 a eu des répercussions sans précédent sur nos systèmes alimentaires du fait des restrictions imposées au transport des marchandises et des préjudices causés aux moyens d’existence des agriculteurs. Nos jeunes héros de l’alimentation venus de Colombie sont la preuve que la modernisation de l’agriculture ne présente pas seulement des avantages pour l’environnement, mais qu’elle peut également constituer un secteur intéressant pour les jeunes. Ces héros, à l’instar d’autres jeunes du monde entier, réinventent nos systèmes alimentaires pour un avenir plus durable.

Derrière chaque aliment, il y a une personne qui l’a planté, cultivé, récolté, pêché, produit ou transporté. À l’approche de la Journée mondiale de l’alimentation, qui sera célébrée le 16 octobre, nous souhaitons rendre hommage à ces #HérosDelAlimentation qui, quelles que soient les circonstances, continuent d’assurer l’approvisionnement alimentaire au sein de leurs communautés et au-delà, contribuant ainsi à cultiver, nourrir et préserver notre planète. 


Pour en savoir plus

4. Quality education, 8. Decent work and economic growth, 9. Industry innovation and infrastructure, 15. Life on land