INFORMATIONS SUR L'AMÉNAGEMENT DES PÊCHES DANS LA RÉPUBLIQUE DU CAMEROUN

Janvier 2004

 

INFORMATIONS SUR LA GESTION DES PÊCHES AU CAMEROUN

Localisation des principaux sites de débarquement

Si Douala reste le seul port de pêche industrielle et reçoit en moyenne 10 000 tonnes de produits, la pêche artisanale utilise plusieurs points de débarquements dont quelques uns des plus importants sont:

  • Douala, Limbé, Idenau, Kribi, Mabeta, Manoka, Cap Cameroun, Youpwe, Bonassama, Bekumu, Ekondo-Titi pour la pêche artisanale maritime;
  •  Maga, Kaï-Kaï, Lagdo, La Mapé, Mbakaou pour la pêche continentale.   

Gestion des pêcheries

Sur le plan institutionnel, la Direction des pêches du Ministère de l’elevage, des pêches et des industries animales (MINEPIA) est l’agence gouvernementale chargée de la gestion des pêcheries au Cameroun. Elle comprend deux sous-directions: la sous-direction de la pêche artisanale et industrielle et celle de l’aquaculture et de la recherche appliquée (Voir organigramme).

Les autres institutions qui participent de manière significative à la gestion des pêches sont:

  • La Direction des affaires maritimes et des Voies navigables du Ministère des transports pour l’immatriculation des navires et autres embarcations de pêche, la gestion des gens de mer et la police de la navigation;
  • La Station de recherche halieutique et océanographique de LIMBE de L’Institut de recherche agronomique pour le développement (IRAD) placée sous l’autorité du Ministère de la recherche scientifique et technique (MINREST) assure les travaux de recherche halieutique;
  • La Marine nationale garantit la sécurité des personnes et des biens en mer et contribue à la surveillance des côtes et la défense de l’intégrité territoriale;
  • Les organismes de développement placés sous la tutelle du MINEPIA à savoir la Caisse de développement de la pêche maritime (CDPM) et la Mission de développement de la pêche artisanale maritime (MIDEPECAM).

Les armateurs à la pêche industrielle sont organisés au sein d’un syndicat dénommé Syndicat des armateurs à la pêche maritime (SAPEMA).

L’organisation des acteurs de la pêche artisanale est encore incomplète, en sorte qu’il n’y a pas encore de représentation nationale. Cependant, on note un début de structuration avec quelques associations au niveau des campements et même de certaines unités administratives.

Le MINEPIA est en train de développer son site Internet et dispose d’une adresse Email: minepia@camnet.cm.

Principaux objectifs et stratégie

Les principaux objectifs de la gestion des pêches au Cameroun sont:

  • Approvisionner les populations en produits de pêche;
  • Contribuer à la sécurité alimentaire;
  • Gérer durablement les ressources halieutiques;
  • Améliorer les conditions d’existence des acteurs;

La stratégie gouvernementale se base sur l’application du Code de conduite pour une pêche responsable d’une part et sur une participation plus accrue des bénéficiaires dans la définition et la mise en œuvre de mesures de gestion d’autre part.

Principaux systèmes de gestion

Les pêcheries sont généralement multi-spécifiques. En effet, que ce soit pour la pêche artisanale ou la pêche industrielle, bien qu’il y ait des espèces cibles, le pourcentage de captures accessoires (by catch) est important.

De manière générale, les principes de gestion incluent la délivrance d'un permis, d'une autorisation ou d'une licence de pêche. Ces mesures de gestion sont prévues par la réglementation en vigueur. Celle-ci a connu une double évolution grâce à la participation des pêcheurs à la définition desdites mesures et à la signature de nouveaux textes. On y distingue des mesures techniques, des mesures visant le contrôle des intrants ou de la production et des incitations économiques.

Mesures techniques

Elles comprennent le repos biologique, la protection des habitats sensibles, la délimitation des zones de pêche et le contrôle du maillage.

Le contrôle de l’effort total n’est pas encore mis en œuvre.

Contrôle des intrants

L’accès aux intrants n’est pas du tout contrôlé. Outre la Mission de développement de la pêche artisanale maritime (MIDEPECAM) qui approvisionne les pêcheurs artisans en matériel et équipements divers, une bonne partie est importée frauduleusement.

Contrôle de la production 

La taille des principales espèces cibles a été fixée par arrêté.

Un contrôle de la production totale n’est pas encore envisagé, de même que le système de quotas n’est pas appliqué.

Incitation économique

Aucune incitation économique n’est accordée aux pêcheurs.

L’application de ces différentes mesures est mise en œuvre progressivement et se heurte notamment à l’absence de structures de contrôle de suivi et de surveillance des activités de pêche.

Toutefois, quelques particularités sont à relever:

Dans les plaines d’inondation (yaérés) et certains fleuves de la partie septentrionale, il coexiste deux types de gestion : la gestion traditionnelle ou coutumière caractérisée par un droit exclusif d’exploitation de la communauté de pêcheurs.

Cependant, si on note une altération du système coutumier en raison des facteurs hydro-climatiques et socio-économiques, les deux systèmes coexistent dans les plans d’eau fermés considérés comme propriétés de l’état.

Dans la retenue de La Mape, une expérience de cogestion est en cours. L’objectif à terme est d’impliquer les acteurs dans  le processus de prise de décision, l’exécution et le suivi des mesures de gestion et de conservation des ressources halieutiques. L’accord comprend cinq points:

L’accès à la retenue:

le mode d’accès à la retenue est libre.

L’exercice du droit de pêche:

l’exercice du droit de la pêche est conditionné par l’acquisition d’un permis ou d’une autorisation de pêche dont les conditions d’acquisition sont facilitées par le comité de gestion.

La gestion durable des ressources halieutiques de la retenue:

elle comprend des restrictions sur les engins, ainsi que le contrôle de la production, la possibilité de restriction des zones de pêche, l’ensemencement de la retenue et le contrôle de l’effort.

Le régime des infractions:

deux types d’infractions sont visées, les infractions de droit commun (vol, coups et blessures) et les infractions spécifiques à la pêche.

L’utilisation des bénéfices de l’exploitation des ressources pour l’amélioration des conditions de vie des communautés de pêche: cette disposition engage les membres de la communauté à utiliser une partie des revenus tirés de la pêche pour assurer l’amélioration de leurs conditions de vie.

Les principales parties à l’accord de gestion de la retenue de Bamendjin sont:

Les administrations impliquées: outre l’administration des pêches, l’administration territoriale, la collectivité décentralisée, la compagnie d’électricité AES-SONEL, les Comités de pêche, les Comités de vigilance, les Comités de développement et le Comité de gestion.

Le Comité de gestion est chargé de l’application et du suivi des accords de gestion de la retenue. Il coordonne les activités des comités de pêche et des comités de vigilance et rend compte des activités aux administrations concernées.

Le Comité de pêche est l’organe chargé du suivi des directives du Comité de gestion au niveau des groupements des campements de pêche. Il met en place les comités de vigilance et supervise leurs activités, représente les campements des pêcheurs au niveau du Comité de Gestion, rend compte de ses activités au Comité  de gestion et dresse la liste des pêcheurs de ces campements.

Placé sous l’autorité du Comité de pêche, le Comité de vigilance est l’organe chargé de la sécurité dans un campement de pêche. Ses attributions sont la lutte contre le vol des engins et les mauvaises pratiques de pêche, la dénonciation aux autorités compétentes de tout fait pouvant nuire à l’activité de pêche.

Les Comités de développement sont des organes chargés de la conception des stratégies et des priorités de développement au niveau des campements de pêche.

Investissements et subventions dans les pêches

L’accès aux sources de financement formelles est difficile, les pêcheurs ne disposant généralement pas de garanties. D’un autre point de vue, les crédits des banques traditionnelles et même des structures de micro finance ne sont pas adaptés à la production halieutique (saisonnalité de la production, taux de rémunération du capital élevé, etc.). Ils se font souvent financer par des commerçants et autres vendeurs de poisson qui recouvrent leur capital en nature, ce qui défavorise les pêcheurs. Si cette situation est fréquente chez les pêcheurs artisans, il semble qu’elle concerne de plus en plus un bon nombre d’armateurs à la pêche industrielle.

Il ne subsiste aucune subvention dans la pêche au Cameroun. Toutes les subventions sur les équipements et le matériel de pêche ainsi que sur le carburant pour la pêche industrielle ont été supprimées.

Projections de l’offre et de la demande

Pour faire les projections de l’offre et de la demande en produits de pêche, les hypothèses sont les suivantes: consommation per capita constante; taux de croissance annuel de la population constant à 2,8%; production nationale sans aquaculture quasi-constante.

La demande

La demande en produits de pêche devrait connaître une augmentation sensible d’une année à l’autre pour doubler en vingt-cinq ans. Elle passerait alors de 200 000 à plus de 400 000 tonnes par an.

De même, la demande en produits halieutiques pour l’alimentation animale devrait connaître une croissance significative avec le développement de l’aviculture.

L’offre

L’offre en produits de pêche devrait s’ajuster à la demande. Même si la production nationale devait augmenter ou diminuer légèrement en fonction de l’efficacité des stratégies de développement en cours ou des mesures de gestion appliquées, les importations prendront manifestement une importance de plus en plus grande au fil des années.