INFORMATIONS SUR L'AMENAGEMENT DES PÊCHES DANS LA RÉPUBLIQUE DE MADAGASCAR

Novembre 1999



Données physiques

Avec ses 5000 kilomètres de côtes, Madagascar est classé parmi les plus grandes îles au monde.

La côte ouest dispose d'un large plateau continental couvrant jusqu’à l’isobathe de 200 mètres une superficie de 117.000 km². Cette zone est propice à la pêche aux petits crustacés et aux espèces pélagiques. Elle est bordée par de nombreuses formations de mangrove abritant plusieurs espèces marines et euryhalines au stade larvaire (300.000 hectares) qui la rendent favorables pour la mise en place de sites aquacoles marins (environ 51.000 hectares disponibles)

La côte est ne possède en revanche qu’un plateau continental très limité de 3 à 5 milles à l’exception de la baie d’Antongil

La Zone Economique Exclusive malgache constitue une superficie d’environ 1.140.000 km² à l'intérieur de laquelle sont exploitées les espèces migratrices thonières

Madagascar dispose également de 1750 à 2000 km² de rizières irriguées aménageables pour la rizipisciculture et de 1600 km² de plans d’eaux naturels propices à la pisciculture et à la pêche

Aperçu du secteur

Pêche maritime

La pêche maritime traditionnelle est le fait de petits pêcheurs individuels ou organisés en associations, utilisant différents types d’embarcations non motorisées (pagaie ou voile) ou pratiquant la pêche à pied dans un rayon d’action très limité.

Les techniques de capture sont variées : pêche aux filets divers, à la palangrotte, aux casiers, aux tulles moustiquaires, la récolte à main nue et le harponnage avec ou sans plongée en apnée.

La pêche crevettière s'effectue notamment à l'aide des techniques suivantes :

  • Le filet «sihitra» (ou filets moustiquaires) est utilisé en bordure des rivages principalement sur la côte ouest dans les zones de petits fonds. Il est constitué de tulle moustiquaire de 2 mm de maille étirée et sa longueur est de 3 à 5 m, pour une largeur de 2 m et une hauteur de 1 m environ.

  • Le filet «Kopiko» reprend le principe du chalut dans sa forme et dans sa technique, mais ses dimensions restent réduites. Il est généralement tiré par deux personnes sur des fonds de faibles profondeurs (1,20 à 1,50 m).

  • Le «Valakira» constitue un barrage côtier en forme de V. Il est situé dans les zones  intertidales, tourné vers la terre et dans la zone de balancement des marées.

La pêche maritime artisanale se caractérise par l’utilisation de petites embarcations propulsées par des moteurs embarqués ou hors-bord, destinées à opérer dans la majorité des cas dans les petits fonds, le long de la côte, avec une autonomie en mer dépassant rarement une semaine. Ces embarcations doivent être équipées de moteurs dont la puissance motrice n’excède pas 50 CV. D'après les données disponibles en 1998, 37 mini chalutiers ont été recensés, dont 14  basés à Nosy-be, 7 à Mahajanga et 16 à Morondava.

La pêche artisanale se caractérise à la fois par une activité de chalutage (représentant 37% de la production) et par une activité de collecte des crevettes auprès des pêcheurs traditionnels.

La pêche industrielle se définit comme étant la pêche pratiquée par des bateaux ou chalutiers équipés d’un moteur principal dépassant les 50 CV. Elle concerne essentiellement la pêche crevettière. En 1999, 74 chalutiers crevettiers opéraient  à Madagascar.

Pêche continentale

La pêche continentale se pratique dans les lacs, les lagunes, les marais et, dans une moindre mesure, les rivières.

Aquaculture

L’aquaculture en eau douce est encore peu développée à Madagascar. Il s'agit essentiellement d'élevages de poissons dans les étangs et les rizières.

La mariculture se définit pour le cas de Madagascar comme étant l’élevage des poissons et d’autres produits halieutiques dans les eaux marines, et se limite pour l’instant aux élevages expérimentaux, effectués par l’administration, de Chanos chanos (milkfish), aux huîtres Crassostrea cuculata et Crassostrea margaritarea et à l’aquaculture de crevettes côtières (Penaeus monodon et Penaeus indicus) qui est déjà à un stade avancé d’exploitation.

Production du secteur 

Evolution de la production de la pêche et de l'aquaculture (tonnes) 

 

1995

1996

1997

1998

Production maritime

87 962

86 227

88 318

94 049

Pêche industrielle

-          Crevettes

-          Poissons

-          Thons

Pêche artisanale

-          Crevettes

-          Poissons

Pêche traditionnelle

-          Crevettes

-          Crabes

-          Langoustes

-          Trépangs

-          Algues

-          Poissons

-          Autres

Aquaculture marine

20 877

7 635

3 242

10 000

686

284

402

63 864

2 000

1 300

390

1 800

787

50 200

7 387

1 535

20 268

8 136

2 132

10 000

557

334

223

62 977

2 000

1 000

390

1 800

787

50 000

7 000

2 425

21 842

8 146

3 696

10 000

809

609

200

63 190

2 000

1 000

390

1 800

1 000

50 000

7 000

2 477

24 448

8 782

3 666

12 000

623

446

177

59 833

2 242

1 500

341

482

2 510

50 000

2 758

4 884

Production d’eaux douces

33 177

32 650

32 650

32 011

Pêche continentale

Pisciculture en étangs

Production de truite

Rizipisciculture

30 000

950

 

 2 227

30 000

790

 

1 860

30 000

790

 

1 860

30 000

500

11

1 500

Production totale

120 139

118 877

120 968

121 799

 
Commerce extérieur

Les exportations de produits halieutiques en volume (tonnes) 

PRODUITS

PRESENTATION

1995

1996

1997

1998

Crevettes

entières

étêtées

têtes

décortiquées

4 519,8

3 052,6

42,9

268,4

4 247,7

3 499,7

0,0

282,9

5 111,0

2 634,6

18,3

249,6

9 123,8

2 306,6

0,1

252,6

S/Total

7 883,7

8 030,3

8 013,5

11 683,1

Crabes

entières

morceaux

pinces

chairs

18,6

307,3

3,8

5,8

49,7

257,5

8,4

1,4

22,3

276,1

0,8

7,2

30,5

350,1

0,5

2,7

S/Total

335,5

317,0

306,4

383,8

Langoustes

entières

queues

têtes

décortiquées

151,2

71,2

0,0

0,0

64,0

45,0

0,0

0,0

177,5

37,9

0,1

0,7

163,9

60,1

0,0

0,2

S/Total

222,4

109,0

216,2

224,2

Trépangs

Algues

Chevaquines

Coquillages

Céphalopodes

Cigale de mer

Anguilles

Bichiques

Aileron de requin

Huile de requin

Cuisse de nymphe

Poissons

Farine de poissons

Conserve de thon

Requins

Crevettes d'eau douce

Cardines

Autres

 

317,2

970,5

0,0

97,8

335,0

0,0

8,6

0,0

19,0

2,5

0,0

442,4

1 954,8

14 031,6

4,8

0,0

0,0

39,7

279,3

584,3

0,0

169,1

498,4

0,0

9,8

0,0

11,3

0,0

0,0

495,6

1 954,8

14 031,6

3,2

0,0

 

49,3

161,5

157,6

58,7

82,4

450,0

0,2

6,7

9,0

1,3

0,0

457,4

242,0

5 916,9

36,9

2,4

0,0

 

22,1

322,5

468,6

3,2

9,6

652,5

0,0

2,2

3,1

24,5

0,0

0,0

385,5

637,5

15 232,1

20,2

0,0

0,1

95,7

 

S/Total

18 223,9

18 086,7

7 605,1

17 857,3

 

TOTAL

26 665,5

26 543,0

16 141,2

30 148,4

Source: Rapport d'activité du MPRH 

Les exportations de produits halieutiques en valeur (millions de F mg) 

PRODUITS

PRESENTATION

1995

1996

1997

1998

Crevettes

entières

étêtées

têtes

décortiquées

135 934,4

89 580,4

83,8

8 122,9

142 640,4

103 403,6

0,0

10 664,9

235 508,4

85 472,1

44,0

7 503,1

342 424,6

72 129,5

0,9

11 343,1

S/Total

233 721,5

256 708,9

328 527,6

425 898,1

Crabes

entières

morceaux

pinces

chairs

155,0

2 173,1

67,0

115,6

378,1

1 978,5

197,3

23,3

233,9

2 497,1

6,5

131,3

317,0

3 941,1

11,8

73,9

S/Total

2 510,7

2 577,2

2 868,8

4 343,8

Langoustes

entières

queues

têtes

décortiquées

7 983,8

6 905,7

0,0

0,0

2 992,6

4 120,2

0,0

0,0

11 179,8

3 698,9

0,3

56,4

8 195,0

5 147,6

0,0

22,6

S/Total

14 889,5

7 112,8

14 935,4

13 365,2

Trépangs

Algues

Chevaquines

Coquillages

Céphalopodes

Cigale de mer

Anguilles

Bichiques

Aileron de requin

Huile de requin

Cuisse de nymphe

Poissons

Farine de poissons

Conserve de thon

Requins

Crevettes d'eau douce

Cardines

Autres

 

5 335,4

2 505,1

0,0

744,0

2 498,5

0,0

318,0

0,0

1 226,8

83,1

0,0

8 767,0

3 158,8

117 296,8

11,5

0,0

0,0

551,2

3 042,2

1 194,6

0,0

1 408,8

4 393,9

0,0

316,3

0,0

644,2

0,0

0,0

3 049,3

3 158,8

117 296,8

5,5

 

 

1 440,5

2 292,4

726,0

214,9

1 006,6

3 437,2

11,3

272,1

343,1

230,8

0,2

2 676,3

390,8

34 835,7

60,3

52,6

0,0

 

442,1

6 839,1

784,4

159,8

93,1

4 433,4

0,0

101,4

45,2

985,5

0,0

0,0

6 143,8

1 684,2

208 308,8

40,6

0,0

212,4

1 777,8

 

S/Total

142 496,2

135 950,9

46 992,4

231 609,5

 

TOTAL

393 617,9

402 349,8

393 324,2

675 216,6

Source: Rapport d'activité du MPRH

1997 :       1FF = 850 Fmg                                                       1998 :1FF = 980 Fmg

                 1US$ = 5400 Fmg                                                   1US$ = 5600 Fmg         

Localisation des principaux sites de débarquements     

La pêche crevettière

A Madagascar, on rencontre cinq espèces de crevettes côtières, à savoir : la Penaeus indicus, qui représente plus de 60% des captures, la Metapenaeus monoceros, la Penaeus semisulcatus,  la Penaeus monodon et la Penaeus japonicus.

Pêche industrielle

C'est en 1995 que le Ministère de la Pêche et de l’Aquaculture de Madagascar a mis en place une base de données dénommée BANACREM. Les données de captures de la pêche industrielle disponibles par zone actuellement, sont présentées au tableau suivant.

Captures moyennes par zone* pour la pêcherie industrielle de 1995 à 1998 (tonnes)

ZONE

ANNEE

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

X

XI à XIV

INCONNUE

1995

1 637

406

206

640

728

816

1 275

246

119

1 136

435

 

1996

1 433

594

379

328

703

536

781

702

523

1 220

482

2

1997

1 697

756

471

571

668

996

752

661

606

1 041

538

25

1998

1 632

567

466

340

806

1 077

1 366

737

773

1 267

397

 

TOTAL

6 400

2 323

1 521

1 879

2 904

3 424

4 173

2 346

2 022

4 664

1 852

27

Moyenne

1 600

581

380

470

726

856

1 043

587

505

1 166

463

14

Source : BANACREM du MPRH

*une zone de pêche est caractérisée par un regroupement de plusieurs carrés statistiques de 20 milles environ de côté

Les principaux lieux de débarquement des crevettes côtières industrielles sont Nosy-be, Mahajanga, Morondava et Toliara sur la côte ouest et Toamasina sur la côte Est.

La pêche maritime traditionnelle

Les principales zones de collecte de crevettes de la pêche traditionnelle sont la baie d’Ambaro (à côté de Nosy-be), dans la région de Morondava et de Mahajanga. Le Centre National de Recherches Océanographiques (CNRO) de Nosy-be a évalué que ce type de pêcherie capture jusqu’à 1000/an tonnes dans la baie d’Ambaro. Les estimations de production réalisées de mai 1989 à  mai 1990 s'élevaient à environ 1700 tonnes sur le plateau continental.

Carroyage statistique et potentialités crevettières des zones de pêche


La pêche aux crabes

Une première tentative d’exploitation des crabes de palétuviers malgaches en 1989 a du être abandonnée du fait de l’abondance du surimi sur le marché mondial.

L’administration halieutique malgache estime à 7500 tonnes de crabe Scylla serratus le potentiel de cette ressource qui est encore jusqu’à maintenant sous exploitée (estimation basée sur une productivité de 25kg/ha/an pour 300.000 ha de mangroves réparties essentiellement dans les différentes baies de la côte ouest).

La pêche aux langoustes rouges du plateau continental

Cette ressource se rencontre essentiellement dans la région du sud est de Madagascar entre Itampolo à l’ouest et Isandravinany à l’est, en passant par Taolagnaro (ex Fort Dauphin). Les espèces les plus rencontrées sont : Panulirus homarus (représentant plus de 65% de la production), Panulirus japonicus (ou Panulirus longipes), Panulirus penicillatus, Panulirus ornatus et Panulirus veriscolor. En 1998, l’enquête cadre effectuée par l’administration a recensé quelques 2000 pêcheurs répartis dans une cinquantaine de villages. La pêche aux langoustes est pratiquée par des pêcheurs traditionnels amenant à chaque sortie des casiers (en moyenne 10 à 15 casiers par pêcheur) fabriqués à partir des lianes locales. Le potentiel avancé pour cette ressource s'établit à 340 tonnes environ et les productions déclarées par les sociétés de collecte de Taolagnaro ont oscillé entre 240 tonnes et 330 tonnes/an de 1988 à 1998.

La pêche aux langoustes vertes du plateau continental

Le potentiel de cette espèce, évalué à 1000 tonnes, reste mal connu car l’administration des pêches ne dispose pas de données exactes de production. On rencontre cette espèce essentiellement dans les régions Nord-Est et Nord-Ouest de Madagascar.

Les petits pélagiques

Une grande partie du potentiel, estimé à 160.000 tonnes d'après les évaluations acoustiques réalisées, est constituée d’espèces commerciales et/ou de poissons de très petite taille qui sont exploités essentiellement par la pêche traditionnelle. 

L’enquête cadre réalisée en 1988/1989 a identifié l’existence de 1.250 villages de pêcheurs sur l’ensemble des côtes malgaches.

Répartition des villages, des pêcheurs et des embarcations par faritany (provinces) en 1988/89.

Faritany

(provinces)

Nombre de villages de pêcheurs

Nombre de pêcheurs

Nombre d’embarcations

Piroguiers

A pied

Total

Pirogue simple

Pirogue à balancier

Embarcation en planches

Total

Antsiranana

Fianarantsoa

Mahajanga

Toamasina

Toliara

370

71

346

200

263

5.818

2.112

6.690

3.499

12.601

1.426

1.348

4.903

1.491

2.668

7.244

3.460

11.593

4.990

15.269

849

1.133

1.243

2.596

1.883

3.234

6

3.477

331

6.474

21

139

64

5

0

4.104

1.278

4.784

2.932

8.357

TOTAL

1.250

30.720

11.836

42.556

7.704

13.522

229

21.455

(dernières données officielles disponibles)

Ressources démersales

Les ressources présentent un potentiel très largement sous-exploité de l'ordre de 45.000 tonnes d'après  les évaluations acoustiques et les essais de pêches effectués. Elles sont constituées essentiellement par des poissons de fonds meubles, dont moins de 50% ont une valeur commerciale.

Mariculture de crevette

D'après les études effectuées, Madagascar dispose d’un potentiel pouvant atteindre 58.000 tonnes par an de crevettes d’aquaculture sur une superficie de plus de 50.000 hectares répartis sur la côte ouest. L'activité de la première ferme pilote d’aquaculture effectuée à Nosy-be, a démarré au début des années 1990. En 1998, on comptait 3 grandes fermes d’aquaculture déjà

en d’exploitation, et une quatrième en projet :

  • L’AQUALMA, au nord de Mahajanga dans la Baie de Mahajamba,

  • SOMAQUA dans la baie de Bombetoka juste au sud de la ville de Mahajanga,

  • AQUAMEN à Tsanganjoly juste au sud de Morondava,

  • AQUAMAS, dont l’installation est prévue dans la baie de Soalala au sud de Mahajanga.

En 1998, la production a atteint 4884 tonnes de crevettes Penaeus monodon et Penaeus indicus, qui sont les seules espèces cultivées à Madagascar. 

Pisciculture

La  pisciculture pourrait contribuer à la production de 30.000 tonnes de poissons d’eau douce, en prenant en compte la surface de rizières irriguées aménageables pour la rizipisciculture.

La carpe commune Cyprinus carpio, le Tilapia sp. et le Carassius auratus sont les espèces les plus représentées mais la production piscicole reste mal connue faute de données statistiques fiables. Cette activité est surtout pratiquée sur les hauts plateaux malgaches (axe Antananarivo - Fianarantsoa, dans la région de l’Itasy à l’ouest d’Antananarivo, et dans la région de Manjakandriana à l’est d’Antananarivo) et dans la région d’Ambatondrazaka dans la province de Toamasina.

A partir d'un projet financé par le FED (Fonds Européen de Développement), un début de développement de cette activité s'est opéré dans la région nord-est de l’île (Andapa).

En ce qui concerne l’exploitation des lacs, l’administration fixe chaque année une période de fermeture qui coïncide avec la période de reproduction  des espèces (décembre – janvier).

Politique de gestion des pêches

Stratégie globale

Les objectifs fondamentaux du Ministère de la Pêche et des Ressources Halieutiques malgache

sont orientés vers :

  • l’amélioration des conditions de vie des populations rurales,

  • la lutte contre la pauvreté,

  • l’amélioration de la ration alimentaire quotidienne, actuellement déficitaire en protéines d’origine animale (par l’augmentation des disponibilités en produits halieutiques sur le marché intérieur),

  • l’amélioration des recettes d’exportation par l’accroissement des volumes exportés,

  • la création d’emplois.

Stratégies spécifiques et mesures de gestion

Le système de gestion mis en place est basé soit sur des pêcheries dont la structure est organisée, soit sur des espèces cibles fortement exploitées.  

Le premier type de système concerne la pêche industrielle crevettière et l’aquaculture de crevette, le second type la pêche langoustière et l’exploitation du trépang (ou concombre de mer).

Pêche industrielle crevettière

Un nouveau système de licences de pêche est encore en étude et sera mis en place pour la nouvelle campagne de pêche 2000 (prévue pour le 15 février). Il est également prévu que le système sera basé sur l'évaluation des stocks de crevettes pénéides disponibles pour chaque zone, ainsi que sur l'effort de pêche autorisé, qui sera estimé en prenant en compte le nombre et la puissance des chalutiers.

Le système de gestion de cette pêcherie a connu de multiples modifications de1971 à 1990 dues essentiellement au manque d'informations techniques, biologiques et statistiques.
Par la suite, certaines mesures innovatrices ont été introduites par l'administration pour contrôler l'effort de pêche : le paiement des licences, le renouvellement annuel des licences de pêche, la distribution d'un nombre relativement important de licences en une courte période, les retraits de licences, etc.

Depuis, et considérant l'importance de la ressource pour l'économie malgache, le ministère de la pêche s'est vu contraint de faire appel à des partenaires extérieurs, tels que la FAO. L'IRD (Institut de Recherche pour le Développement, ex ORSTOM) ainsi que des opérateurs privés, apportent leur soutien pour la prise en compte des aspects scientifiques permettant d'améliorer le système de gestion. Un Comité Interministériel des Pêches a également été créé pour donner des avis techniques avant chaque campagne crevettière.

En parallèle, l'administration des pêches a adopté les mesures complémentaires suivantes :

  • l'instauration d'une zone de deux milles pour le développement des pêches traditionnelles et artisanales ;

  • l'obligation pour les sociétés de pêche industrielle de débarquer au moins 0,5 kg de poissons d'accompagnement pour 1 kg de crevettes capturées afin de faire participer cette branche d'activités à la satisfaction des besoins nutritionnels de la population ;

  • l'obligation pour les sociétés d'avoir une base à terre, dans le but de créer des emplois et de favoriser les retombées économiques locales.
De plus, face aux incertitudes relatives au niveau actuel d'exploitation des stocks crevettiers, l'administration, suivant par là le principe de précaution, a décidé de geler l'effort de pêche visant cette ressource.
De leur côté, les opérateurs industriels se sont réunis au sein d'un Groupement des Armateurs de la Pêche Crevettière Malgache (GAPCM) et pratiquent un autocontrôle de leur activité.

Aquaculture de crevette

Soucieux de guider le développement de l’aquaculture sur des bases saines et durables, le gouvernement malgache, soutenu par l’Union Européenne, a fait procéder depuis 1997 à une étude d’un Schéma d’Aménagement de l’Aquaculture de Crevettes. Cette étude multicritères a été conduite dans une perspective de «durabilité».

Elle est basée sur la recherche du meilleur équilibre possible entre le développement de la crevetticulture et la préservation de l’environnement, en portant une attention particulière à la protection de la mangrove. Le Schéma d’Aménagement de l’Aquaculture de Crevette propose une sélection et un zonage des sites les mieux appropriés au développement de la crevetticulture, et définit les techniques de production les mieux adaptées.

Dans le cadre de l’étude du Schéma d’Aménagement, un Code de Conduite a été élaboré afin de définir les bases d’un développement durable, écologiquement acceptable et économiquement viable de la crevetticulture. Le Code de Conduite est en tout point conforme à l’esprit du Code de Conduite pour une pêche responsable préparé par la FAO, ainsi que du «Code of pratices of the Global Aquaculture Alliance» que l’on peut considérer actuellement comme l’une des références mondiales les plus sérieuses dans ce domaine.

Le Code de Conduite propose un ensemble de règles et d’options techniques permettant la meilleure intégration possible de l’activité aquacole dans l’environnement selon des principes de «durabilité». Véritable Code d’éthique du développement de l’activité aquacole, il doit devenir un instrument d’autorégulation de la profession.

Le Code de Conduite doit également servir de base à la préparation de la charte du développement de l’aquaculture de crevettes à Madagascar.

La charte doit organiser un système juridique ayant pour objet :

  • la mise en place de structures habilitées à définir une politique d’ensemble et une stratégie ;

  • la recherche d’une maximisation des retombées économiques et sociales de l’aquaculture de crevettes par des mesures d’incitation et de contrôle d’une bonne gouvernance à tous les niveaux et par une gestion sanitaire rigoureuse ;

  • une harmonisation entre les compétences législatives au niveau national et provincial. Il s'agit de préserver l’unité de législation nationale tout en permettant aux institutions provinciales directement concernées de prendre les mesures réglementaires qui s’imposent;

  • la mise en cohérence des dispositions particulières régissant l’aquaculture de crevettes avec les lois et règlements en vigueur se rapportant directement ou indirectement à la filière.

Pêche aux langoustes

Actuellement, il n'existe pas de mesure de contrôle de l'effort de pêche. Les mesures techniques suivantes ont cependant été adoptées pour assurer le renouvellement des stocks :

  • La non exploitation des langoustes immatures et la protection des femelles en phase de reproduction.

    Article 2 du décret n°62-665 du 27 décembre 1962 : "sont prohibés la pêche, la mise en vente, l'achat, le transport, le colportage et la mise en conservation des langoustes dont la longueur, antenne non comprise, ne dépasse pas 20 cm ainsi que des femelles ovées".

  • L'instauration d'une période de fermeture de l'exploitation de la langouste.

    Article 1 du décret n°62-665 du 27 décembre 1962 : "la pêche, la mise en vente, l'achat, le transport, le colportage et la mise en conservation des langoustes sont prohibés durant la période de reproduction de ces crustacés, soit du 1er janvier au 30 avril de chaque année". Le décret devrait être modifié car l'atelier sur l'aménagement de la pêcherie langoustière, qui s'est tenu à Taolagnaro au mois d'août 1999, a recommandé de réduire la période de fermeture du 1er janvier au 31 mars.

  • L'interdiction d'engins blessants (harpon) et de tout dispositif permettant une immersion plus longue que celle autorisée par la seule respiration naturelle, pour exercer la pêche.

    Article 3 de l'arrêté du 14 janvier 1921 : "les seuls engins tolérés pour la pêche à la langouste sont les casiers et les filets".

    Alinéa d de l'article 10 de l'ordonnance n°93022 du 4 mai 1993 : "il est interdit d'utiliser tout dispositif permettant une immersion plus longue que celle autorisée par la seule respiration naturelle".

Investissements et subventions   

Les opérateurs économiques de la filière pêche à Madagascar n'ont jusqu'à présent bénéficié d'aucune subvention. Seul le Groupement des Armateurs de la Pêche Crevettière Malgache (GAPCM)  a reçu une subvention de l’Agence Française de Développement (AFD) pour la mise aux normes de certaines sociétés ayant subi un embargo sur leurs exportations de produits halieutiques en 1996.                      

Projection de l'offre et de la demande      

L’aquaculture de crevettes constitue la filière au potentiel le plus prometteur pour l'économie malgache. En effet, la production de l’année 1998 s'est élevée à 4 884 tonnes, les potentialités de l'ordre de 58 000 tonnes sont par conséquent loin d'être atteintes. 

Par ailleurs, les perspectives offertes par la pêche en eaux profondes ne doivent pas non plus être négligées. Jusqu’à présent, très peu de sociétés exploitent ces ressources. 


Secteur de la pêche et de l’aquaculture en chiffres, en 1995 et en projection 2001

DESIGNATION

1995

Projetions 2001

Production (captures et élevage en tonnes), dont :

-          Production nationale pour le marché local

-          Production nationale pour l’exportation

-          pêche étrangère

Consommation locale de poissons (par habitant et par an, en kg)

Exportation (valeur en millions de dollars E.U – prix 1995)

Emplois

Part du secteur dans la création du PIB national (en %)

120 152

95 452

14 700

10 000

7,5

98,4

83 000

7,0

149 000 – 153 000

115 000

24 000 – 28 000

10 000

7,5

142 – 163

100 000 – 102 000

7,0 – 9,0

                                              
Structure organisationnelle des autorités responsables 

Le Ministère de la Pêche et des Ressources Halieutiques

L’Etat, par l’intermédiaire du Ministère de la Pêche et des Ressources Halieutiques, joue un rôle prépondérant pour la définition et l’application de ces mesures de gestion. C'est le ministère qui établit la politique nationale ainsi que les stratégies globales et sectorielles à travers le plan directeur. Il est également chargé de :

  • délivrer les autorisations d’exploitation et les licences de pêche après avis des différentes instances décentralisées (autorités locales et régionales, services décentralisés);

  • mettre en place des textes réglementaires et des mécanismes légaux pour le développement du secteur ;

  • fixer les taux et percevoir les redevances en fonction des espèces et de l’étendue de la zone à exploiter.

Les représentants décentralisés du Ministère chargé de la pêche et de l'Aquaculture ont en charge de :

  • donner une priorité, suivant le contexte local ou régional, à la production d'informations aussi détaillées que possible pour l’élaboration du schéma d’aménagement ;

  • être en contact permanent avec les différents opérateurs et tout autre organisme touchant le secteur halieutique, ainsi qu'avec les communautés de base, afin de mettre en place des plans de gestion des ressources locales ;

  • veiller à l’application des textes réglementaires ;

  • effectuer des contrôles et suivis permanents en conformité avec les textes existants ;

  • s’assurer de la collecte de toutes les informations auprès des opérateurs aussi bien statistiques que tout autre renseignement jugé utile.

Les opérateurs privés de la pêche doivent quant à eux :

  • fournir à l’administration les statistiques détaillées suivant des canevas de fiches établies par celle-ci ;

  • payer les redevances annuelles fixées par l’Etat avant toute exploitation ;

  • veiller à suivre scrupuleusement les textes et lois en vigueur ;

  • rendre compte à l’administration de toute modification technique ou de structure ou organisationnelle au sein de la société.

Organigramme du Ministère de la Pêche et des Ressources Halieutiques
(SVP, cliquez pour agrandir l'image)