INFORMATIONS SUR L'AMENAGEMENT DES PÊCHES DANS LA RÉPUBLIQUE DE CÔTE D'IVOIRE

Janvier 2004

 


1. La pêche ivoirienne

La pêche ivoirienne se pratique en mer, en lagune et dans les eaux fluvio-lacustres.

La pêche maritime: Le port de pêche d’Abidjan avec 156 570 tonnes de poisson débarqué et/ou transbordé est le principal port de débarquement des chalutiers, des sardiniers et des thoniers. San-Pédro abrite le deuxième port de pêche de la Côte d’Ivoire avec ses 1 771 tonnes de capture. Il faut noter qu’une part importante de la production de cette région est dirigée sur le port attractif d’Abidjan (pouvoir d’achat élevé).  La pêche industrielle débarque la totalité de sa capture au port de pêche d’Abidjan.

La pêche maritime artisanale se pratique tout au long des 550 km de côte. Elle se caractérise par une multitude de débarcadères avec d’importants points de débarquements (8 sites, tableau 3) d’où part la plus grande partie du poisson destiné aux principaux marchés de la Côte d’Ivoire.

La pêche lagunaire: Elle se pratique sur les principales lagunes ivoiriennes: la lagune Ebrié: 566 km2, la lagune Aby: 425 km2, la lagune de Grand-lahou: 210 km2. La production de ces lagunes totalise près de 25 000 tonnes de poisson et de crustacés.

Tableau 1: Principaux points de débarquement des pêches lagunaires

Les débarquements des pêches lagunaires sont dominés par l’Elthmalosa fimbriata.

La pêche fluvio-lacustre

Elle se pratique sur les principaux fleuves  et surtout sur les lacs. Les statistiques de pêche des fleuves sont très peu cernées alors que celle des lacs semblent plus suivies. Les débarquements des pêches fluvio-lacustres sont dominés par:

Oreochromis niloticus

Sarotherodon melanotheron

Chrysychthis spp

Heterotis niloticus

Hemichromis fasciatus

Heterobranchus longifilis

Labeo coubie

Tableau 2: Principaux points de débarquement des pêches fluvio-lacustres

Tableau 3: Principaux lieux de débarquement de la pêche artisanale maritime

Points de débarquement

PRODUCTION ANNUELLE
 en tonne

ESPECES DOMINANTES

QUANTITE

2000

2001

APP. COMM.1

APP. SCIENT.2

2000

2001

GRAND-BASSAM

223,07

66

Friture

Brachydeuterus auritus

35,000

21,600

Sardine

Sardinella aurita

47,980

6,800

Grd Capitaine

Polydactylus quadrifilis

20,300

5,300

Pt Capitaine

Galoïdes decadactylus

 

6,100

VRIDI

1488

911

Ceinture

Trichiurus lepturus

62,000

87,000

Hareng

Sardinella maderensis

273,640

224,960

sardine

Sardinella aurita

437,488

307,231

Thon

Thonnidae

200,642

78,474

GRAND-LAHOU

2083

1658

Aoubé

Ethmalosa dorsalis

416,200

261,500

Hareng

Sardinella maderensis

645,800

335,800

Machoiron

Arius sp.

224,000

 

Rasoir

Ilisha africana

317,000

162,400

sardine

Sardinella aurita

 

510,900

FRESCO

59

72

Petit Capitaine

Galoïdes decadactylus

 

9,500

Friture

Brachydeuterus auritus

7,400

12,600

Hareng

Sardinella maderensis

16,300

 

Ombrine

Pseudotholitus spp.

6,700

11,600

Rasoir

Ilisha africana

6,900

14,700

SASSANDRA

3611

3742

Bonite

Sarda sarda

246,300

186,029

Hareng

Sardinella maderensis

1083,000

1023,268

Rasoir

Ilisha africana

273,500

315,307

Sardine

Sardinella aurita

910,200

1179,141

SAN-PEDRO

1512

1771

Bonite

Sarda sarda

180,364

123,686

Carpe rouge

Lutjanus spp.

142,083

 

Hareng

Sardinella maderensis

432,420

933,500

Mérou

Epinephelus aenus

 

113,046

Pageot

Dentex angolensis

129,062

 

Plat-plat

Chloroscombrus chrysurus

183,983

GRAND-BEREBY

650

634

Friture

Brachydeuterus auritus

120,300

 

Hareng

Sardinella maderensis

129,700

429,762

Japon

Caranx spp.

 

19,428

Pageot

Dentex angolensis

83,400

34,868

Rasoir

Ilisha africana

60,300

 

Thon

Thonnidae

 

38,503

TABOU

567

1745

Hareng

Sardinella maderensis

88,400

170,143

Japon

Caranx spp.

 

41,781

Loche

Brotula barbata

35,100

 

Poisson volant

Exocoetus volutans

26,200

 

sardine

Sardinella aurita

 

68,012

Thon

Thonnidae

42,800

65,183

1)Appellation commune
2)Appellation scientifique

2. Situation institutionnelle

- Le Ministère de la production animale et des ressources halieutiques (MIPARH) a en charge la gestion des ressources halieutiques et le développement de l’aquaculture (Organigramme p.16). La politique de développement du secteur est principalement de sa compétence par l’intermédiaire d’une direction centrale, la Direction des productions halieutiques (DPH).  L’administration assure une présence effective sur le terrain par sa dissémination sur l’ensemble du territoire ivoirien: une dizaine de bureaux de pêche et d’aquaculture sont répartis sur le littoral et le pourtour des lagunes pour les activités de pêche maritime et lagunaire et une vingtaine de bureaux pour les activités de pêche fluvio-lacustre.

Tableau 4: Services déconcentrés des pêches

Littoral maritime (7)

Bureaux de pêche et d’aquaculture

Littoral Ouest

Tabou, Grand-Béréby, San-Pédro, Sassandra,

Littoral Est

Grand-Bassam, Abidjan, Jacqueville

Lagune (5)

 

Aby

Adiaké, Tiapoum

Ebrié

Dabou,

Grand-Lahou

Grand-Lahou

Fresco

Fresco

Lacs (16)

 

Ayamé

Ayamé

Kossou

Béoumi, Bouaflé, Sakassou, Tiébissou, Gohitafla, Kossou

Buyo

Buyo, Guessabo, Douékoué, Guiglo, Issia

Taabo

Taabo,

Lacs du Nord

Korhogo, Ferkéssédougou, Boundiali

Fleuves (4)

Tiassalé, Soubré, Zouénoula, Aboisso

Le contrôle sanitaire des produits de la pêche et de l'aquaculture est confié au Laboratoire d’hygiène alimentaire et au Laboratoire de pathologie aquacole.

- Autres départements ministériels:  outre le Ministère de la production animale et des ressources halieutiques, quatre (4) autres départements ministériels interviennent de façon directe ou indirecte dans le suivi du secteur:

Le Ministère de la recherche scientifique par l’entremise des instituts de recherche et des Universités a en charge le suivi biologique de l’exploitation des ressources halieutiques. Il s’agit du:

CRO : Centre de recherches océanologiques;

CNRA : Centre national de recherches agronomiques;

Université de Abobo-Adjamé (Laboratoire de l’environnement et de biologie aquatique);

Université de Cocody : Laboratoire d’hydrobiologie; Centre de recherches en ecologie.

Le Ministère des transports intervient au niveau du secteur maritime où il a charge du suivi des équipements portuaires, des unités de pêche industrielle, de la gestion des marins-pêcheurs ainsi que de la sécurité maritime.

Le Ministère de la défense avec la marine nationale intervient dans le cadre de la surveillance des zones de pêche et de l’espace maritime ivoirien.

Le Ministère de l’environnement intervient également par des politiques, programmes et activités de protection de l’environnement aquatique contre les diverses pollutions.

- Les structures de formation

  • Lycée agricole et Ecole d’élevage de Bingerville, Ecoles forestières de Bouaflé et du Banco, Centre de formation piscicole de Tiébissou, Centre de formation des formateurs de Kossou, Centre de formation rurale d’Abengourou; Ecole supérieure d’agronomie de l’Institut polytechnique Félix Houphouët Boigny (Yamoussoukro);
  • Académie des sciences et techniques de la mer pour la formation des capitaines, mécaniciens et marins.

- Les organisations internationales les plus diverses ont contribué la mise en œuvre des différentes options du Gouvernement en matière de gestion des pêches et de l’aquaculture. Il s’agit de : 

 FAO, PNUD, UNICEF, JICA3, AFD4, FAC5, FIDA; AFVP6, FED7, AGCD8.

3. Situation fonctionnelle

3.1. La politique agricole ivoirienne

La politique agricole est annoncée dans le Plan directeur du développement agricole de la Côte d’Ivoire dont il est nécessaire de rappeler les objectifs généraux:

  • améliorer la productivité et la compétitivité, rechercher l’autosuffisance et la sécurité alimentaire,
  • diversifier les exportations et des sources de revenu au niveau des exploitations agricoles. 

3.2. La politique halieutique

La politique halieutique s’inscrit dans le cadre général de la politique agricole. Elle est largement influencée par la forte demande intérieure en produits de pêche et maintient les importations à un niveau très élevé.

L’objectif de la politique halieutique est l’accroissement de la production nationale et de la sécurité alimentaire par une exploitation plus rationnelle des ressources halieutiques. Cet objectif intègre une dimension environnementale, à savoir la préservation du milieu. Le secteur halieutique doit contribuer activement aux objectifs généraux définis par le Plan directeur de développement agricole. Par ailleurs, l’amélioration de la productivité, de la compétitivité et de la qualité des produits de la pêche destinés à l’exportation (conserve de thon notamment) contribue à conserver et à augmenter les parts de marché à l’exportation sur des produits de qualité à forte valeur ajoutée. Le secteur des pêches doit contribuer à l’équilibre de la balance commerciale.

L’aquaculture doit participer activement à la diversification des activités en milieu rural et périurbain.

3.3. Les stratégies

La nouvelle stratégie est basé sur l’organisation et la formation des professionnels et l’émergence de dynamismes locaux. L’Etat doit se recentrer sur ses missions de puissance publiques, créer un climat favorable au retour des jeunes à la terre et à l’initiative privée et n’intervenir qu’en cas d’absence ou de défaillance du secteur privé.

Les sept axes stratégiques sont:

  • désengager l’Etat des fonctions de production et de service et mettre en place des mesures d’accompagnement (fiscalité);
  • favoriser le retour des jeunes aux activités agricoles (y compris  pêche et aquaculture)  et résoudre les problèmes d’accès au financement, de formation et d’accès au foncier; promouvoir le monde paysan et l’émergence de dynamiques locales;
  • former le monde paysan, notamment en recentrant les activités de vulgarisation sur le conseil en gestion;
  • élaborer et mettre en place des plans d’aménagement des terroirs;
  • développer la recherche appliquée;
  • mobiliser les ressources intérieures et notamment l’épargne.

3.3.1. Amélioration du cadre réglementaire et du contrôle des produits

Dans le souci de protéger le consommateur ivoirien (qualité des importations) et de promouvoir les exportations, les efforts du Gouvernement ont porté sur:

  • les textes relatifs à l’organisation des professions touchant au commerce des animaux, des denrées animales et d’origine animale, y compris les produits de la pêche et de la pisciculture. Ils constituent un instrument de contrôle pour l’exercice de la profession avec une Commission d’agrément interministériel;
  • le renfoncement et la mise à niveau de la législation en matière d’hygiène des aliments avec la loi sur l’inspection sanitaire et qualitative des denrées animales votée en juillet 1996 et ses textes d’application;
  • la promotion des produits de la pêche par la création du Laboratoire d’hygiène alimentaire, financé en 1991 sur don du Gouvernement du Japon. Cet équipement permet de répondre de façon satisfaisante aux exigences sanitaires et commerciales des clients des pays développés. La satisfaction aux normes internationales, en l’occurrence les nouvelles directives de l’Union européenne, principale cliente pour les produits de pêche exportés par la Côte d’Ivoire, est attestée par la confirmation en 1996 des accords de la plupart des entreprises exportatrices de produits de la mer par l’Union européenne;

Il faut noter que la loi du 1er juillet 1986 sur les pêches n’a jamais connu de textes d’application.

3.3.2. Amélioration de l’environnement technique et la construction d’infrastructures

  • construction en 1995 du port de pêche de San-Pédro sur un don du Gouvernement du Japon. Il vise à développer l’exploitation des ressources lithophiles  de la région du sud-ouest.
  • Le FAC a financé la mise au point d’embarcations modernes en polyester.

3.3.3. Amélioration de l’environnement économique

Les suivantes mesures incitatives ont été prises par le Gouvernement:

  • allègement de la fiscalité par la suppression en avril 1991 de la redevance statistique de 2,5 pour cent pour les conserveries de thon et les importations de poisson congelé, la réduction de l’impôt sur le BIC et l’exonération de la TVA pour les conserveries;
  • le réaménagement en novembre 1991 du prix du carburant gas-oil pêche cédé aux navires de pêche ivoiriens afin de parvenir à un alignement sur celui des soutes internationales;
  • l’application d’un code des investissements et d’un régime d’entreprise prioritaire qui s’applique au secteur.
3.3.4. Elaboration d’un cadre réglementaire favorisant la gestion rationnelle des ressources lagunaires et continentales

La FAO (DIPA) et l’Union européenne ont financé une étude de mise en place d’un plan d’aménagement des pêches dans la lagune Aby.

Une deuxième étude réalisée avec le concours de la FAO concernait la mise en place d’un plan d’aménagement des ressources halieutiques des eaux continentales. Elle s’appuie sur la promotion des activités de la pêche auprès des jeunes ivoiriens et la mise en place d’un programme de suivi scientifique et de collecte statistique adéquats.

Gestion rationnelle des ressources maritimes dans un cadre sous-régional et international

Signature d’un accord de pêche avec l’Union européenne avec paiement d’une contrepartie, l’accord a été régulièrement renouvelé tous les trois ans;

la ratification par la Côte d’Ivoire le 14 juillet 1994 de l’accord portant sur la création de l’INFOPECHE;

le dépôt de l’acte d’adhésion de la Côte d’Ivoire à la Convention régionale relative à la coopération halieutique entre les Etats africains riverains de l’océan Atlantique.

Création de nouvelles opportunités de pêche

  • négociation de licences de pêche avec le Sénégal et le Ghana;
  • mise en place de la Grande commission mixte de coopération ivoiro-bissau-guinéenne et le renouvellement dans ce cadre du Protocole de l’accord de coopération en matière de pêche en date du 8 novembre 1997 entre les deux pays;
  • signature d’un accord de pêche avec la Guinée.

Il faut signaler que ces nouvelles opportunités n’ont pas été totalement exploitées par la flottille ivoirienne relativement vieille et peu adaptée à la conquête d'autres espaces maritimes.

4. La gestion des pêcheries

4.1. Les ressources démersales

La production maximale soutenable du stock s’établit à 10 000 tonnes /an. Les captures actuelles se sont stabilisées à 8 000 tonnes/an avec pour principales espèces débarquées : Polydactylus quadrifilis, Galoïdes decadactylus, Pseudotholitus spp, Dentex angolensis, Cynoglosus spp, Pagellus spp,  Pomadasys Jubelini et Brachydeuterus auritus.

L’exploitation est assurée par 11 chalutiers dont 8 de moins de 300CV et 3 de plus de 400 CV. Le maillage actuellement utilisé à l'arrière du chalut est de 50 mm (maille étirée) alors que la recherche recommande 66 mm.

4.2. Les ressources sardinières

Les ressources sardinières ivoiriennes constituent des ressources partagées avec le Ghana, le Togo et le Bénin. Ce sont des poissons dits « petits pélagiques » appartenant aux familles des Clupeidae, Engraulidae, Scombridae, Carangidés qui ont  en général une courte durée de vie. Leurs peuplements subissent d’importantes fluctuations d’abondance car elles sont sensibles aux changements de l’environnement marin (upwelling côtier).

Les captures ivoiriennes se maintiennent depuis les années 1980 entre 30 000 et 40 000 tonnes/an et constituent une ressource halieutiquemajeure, appréciée pour l’industrie du fumage et la distribution sur les marchés vivriers.

Quatre principales espèces dominent les captures:

la sardine ronde, dite sardine (Sardinella aurita);

la sardine plate (Sardinella maderensis);

la friture (Brachydeuterus auritus);

le maquereau espagnol (Scomber japonicus).

A côté de ces espèces majeures, d’autres espèces peuvent être saisonnièrement abondantes dans les captures. En outre, les pêches artisanales exploitent à proximité immédiate de la côte des anchois (Engraulis encrasicolus).

Les captures industrielles sont effectuées par une flottille de sardiniers senneurs (maille étirée 20 mm) basés à Abidjan. La flottille relativement stable entre 1988 et 1999 (autour de 22 navires) connaît une décroissance. Le nombre est de 13 en 2001. Ces sardiniers sont des navires en bois de dimension moyenne (17 à 27 mètres), de 54 à 128 tonneaux, leur puissance varie entre 300 à 450 CV excepté un de 600 CV. Ils possèdent en général un sondeur. La problématique au niveau des ressources sardinières se pose en termes de contraintes liées aux phénomènes naturels (upwelling côtier à intensité variable d’une année à l’autre), limitant parfois l’enrichissement du milieu. En conséquence, les variations d’abondance résulte plus des effets des changements environnementaux que de l’effort de pêche.

4.3. Les ressources thonières

Les captures débarquées ou transbordées à Abidjan représentent 110 000 tonnes (2001). Elles sont faites par une quarantaine des senneurs. Les thoniers qui débarquent à Abidjan sont d’origine ghanéenne, française et espagnole. En Afrique de l’Ouest, Abidjan etait en 2001 le premier port thonier avec 110 000 tonnes, loin devant Dakar au Sénégal (51 000 tonnes) et Téma au Ghana 53 000 tonnes (2000). Le port de Victoria aux Seychelles est cependant de loin le plus grand port thonier d’Afrique (230 000 tonnes en 2000).

5. Description des principaux systèmes de gestion appliqués aux pêches les plus importantes et à l’aquaculture

5.1. l’aquaculture

En raison des contraintes qui pèsent sur les capacités fort limitées de la pêche ivoirienne, les pouvoirs publics ont choisi de promouvoir l’élevage du poisson d’eau douce et d’eau saumâtre. Les matériels biologiques de support de la promotion de l’aquaculture ivoirienne restent:

  • le machoiron (Chrysychthys nigrodigitatus);
  • les silures (Heterobranchus longifilis et le Clarias lazera);
  • les Tilapia  (Oreocrhomis niloticus et Sarotherodon malanotheron).

Plusieurs projets ont été initiés sur le cofinancement ivoirien et les partenaires au développement:

  • Projet de développement de la pisciculture en milieu rural (1977-1990). C’est le premier projet précurseur de l’élevage du poisson. Il a contribué à la sensibilisation et à la vulgarisation de la pisciculture en milieu rural ivoirien. Le principal matériel biologique est l’Oreocrhomis niloticus;
  • Projet de développement de l’aquaculture lagunaire (1981-1994) avec pour matériel biologique le  Chrysychthys nigrodigitatus; Projet d’appui à la professionnalisation piscicole du centre ouest (1992-1995). Il a contribué à l’installation de pisciculteurs ruraux tout en développant des modèles d’exploitation piscicole de type rural;
  • Projet d’appui à la professionnalisation piscicole du centre est sur financement ivoirien et  belge (AGCD), basé à Abengourou, pour promouvoir la pisciculture périurbaine.

5.2. La pêche artisanale lagunaire

La pêche artisanale lagunaire comprend trois principales pêcheries:

Les crustacés

  • Les crevettes

    La pêcherie de crevette fixe: elle est active à Assinie, à Grand-Lahou et Dabou (points de jonction mer-lagune) où la crevette, espèce amphidromique, trouve l’écosystème adéquat pour boucler son cycle. Celui-ci comprend une phase de croissance en lagune et une phase de maturité des gonades et d’éclosion en mer.  Les lagunes Aby, de Grand-Lahou et Ebrié ont développé des systèmes de piquets fixes installés sur toute la largeur de certaines lagunes limitant parfois dans certains secteurs d’autres formes de pêche. 

    Les filets traînants à crevette viennent compléter la série d’engins utilisés en pêche artisanale de crevette.

    Les crevettiers: leur nombre varie d’une année à l’autre. C’est une ressource très instable.

  • Les crabes

    La pêcherie de crabe est une activité de pêche artisanale localisée sur les lagunes Ebrié, Aby, Grand-Lahou et Fresco.  Deux espèces sont exploitées:


    Callinectes amnicola
    avec un tonnage de 7 000 tonnes, principalement pêché dans le lagunes de Grand-Lahou, Ebrié et Aby. Il est pêché avec les balances à crabe.

    Cardiosoma armatum,
    dont le tonnage avoisine 800 tonnes, est pêché à Grand-Lahou et à Fresco.

  • Les poissons

    la pêcherie d’ethmalose a donné naissance à la prolifération des sennes tournantes dans l’ensemble des lagunes, l’ethmalose étant leur principale cible. Le développement de cette pêcherie a mis en évidence des enjeux très importants qui touchent à l’appropriation de l’espace lagunaire et à la redistribution des revenus. L'augmentation de la pression (nombre accru des sennes) a débouché très rapidement sur des conflits d’occupation de l’espace. Les ressources se sont très rapidement effondrées et les unités de pêche, devenues très peu rentables, ont dû abandonner leurs activités.

    Les sennes de rivage en lagune Ebrié ont dû être interdites par les riverains en raison de leur forte pression sur les ressources et l’accaparement de celles-ci par une poignée de propriétaires de ce type d’engin au détriment de la grande masse de pêcheurs aux filets maillants.


    La pêche aux filets maillants: la principale espèce capturée demeure l’ethmalose malgré une recherche sans relâche des Cichlidae et des Bagridae. C’est une pêche dite de subsistence qui s’affirme de plus en plus comme une pêche artisanale commerciale très dynamique.

    L’expérience de gestion participative tentée en lagune Aby a permis de prendre des mesures de gestion de l’espace lagunaire qui impliquent effectivement les communautés riveraines à la prise de décision de gestion et à leur mise en oeuvre. Les villageois ont créé des comités villageois de pêche informels pour garantir l’efficacité de leur implication. En lagune Aby, la zone à dominance ethmalose connaît une fermeture de pêche de deux mois et demi (lagune Aby sensu stricto) alors que la zone à dominance Cichlidae (lagunes Tendo-Ehy) enregistre six mois de fermeture de pêche. Les maillages des filets autorisés sont de 40 mm (maille étirée) pour les engins collectifs (sennes de plage) et les filets maillants à ethmalose et 60 mm pour les autres types d’engins.

    La période de fermeture observée vise à limiter la surexploitation de l’ethmalose. En effet, cette espèce se reproduit entre mars-avril et est recrutée au mois de juillet. La fermeture de la pêche à cette période limite la pression sur les juvéniles.

    Les baies qui sont des frayères, des nurseries et des refuges sont interdites à la pêche commerciale et leur surveillance et exploitation sont confiées à l’exclusive autorité du comité villageois de pêche et de la notabilité du village. 

     
    Il faut relever que l’urbanisation, l’industrialisation, l’agriculture et le tourisme constituent de sérieuses menaces pour les pêcheries lagunaires. Les baies comme habitat privilégié du poisson  sont constamment agressées par l’extraction de sable utilisé comme matériel de construction. Les pollutions industrielles et ménagères n’épargnent pas l’espace lagunaire. L’agriculture avec l’infiltration des engrais (eutrophisation) et des pesticides peut aussi compromettre la biodiversité de milieux lagunaires.    

5.3. La pêche continentale    

La pêche sur les lacs ivoiriens (Ayamé, Buyo, Kossou et Taabo) est très active. Elle contribue pour une part importante à l’approvisionnement domestique. De plus, leur localisation géographique (sud-est pour Ayamé, centre pour Kossou et Taabo, ouest pour Buyo) permet de fournir du poisson aux populations rurales locales bien que les centres urbains, où le pouvoir d’achat est relativement plus élevé, constituent le point de mire des revendeurs de poisson. La pêche continentale a été très longtemps dominée par les communautés étrangères de l’Afrique de l’Ouest (Maliens, Burkinabés, Ghanéens etc.). Ces dernières années, les Ivoiriens y voient une voie de salut avec l’accentuation de la crise économique et de la pression foncière. Le retour de ces jeunes à « l’eau » provoque des tensions entre les deux communautés.

Les lacs d’Ayamé et de Kossou ont connu des fermetures respectives de six mois à un an. Les impacts sur les ressources sont fort évidents. Alors que les poissons capturés sur le lac d’Ayamé étaient considérés comme atteints de nanisme, les tailles se sont fortement améliorées suite à la fermeture. La pression de pêche était responsable de la faible productivité de ce lac dit de forêt. Les mêmes observations sont faites pour le lac de Kossou. Le maillage minimum imposé est de 70 mm (maille étirée). Les pêcheurs ont tendance à utiliser de plus grandes mailles. Ils estiment que les poissons de plus grande taille leur procurent plus de revenus.

La pêche continentale offre de très grandes potentialités en terme de productivité et de production. Les pouvoirs publics fondent leurs espoirs sur elle pour améliorer le niveau de production national.

Avec la contribution de la FAO, et dans le cadre du Programme pour les moyens d’existence durables dans la pêche (PMEDP), un projet pilote sera mis en œuvre sur le lac de Kossou visant à « l’amélioration de l’environnement politique et institutionnel pour le développement de systèmes de cogestion en pêche continentale au Burkina Faso, Mali, Cote d’Ivoire et Ghana ». Ce projet  sous-régional contribuera à renforcer la capacité des communautés riveraines du lac de Kossou à participer à la gestion de leurs ressources et à s’intégrer au développement local en vue de réduire leur vulnérabilité à la pauvreté. 

5.4. La pêche industrielle     

  • Les ressources démersales

La production maximale soutenable du stock s’établissait à environ 10 000 t/an pour la période 1959-1970 (Caverivière, 1993). Les dernières campagnes scientifiques ont couvert le plateau continental ivoirien en 2000 et 2002.  Les résultats de ces campagnes ont indiqué que le rendement moyen en kg par heure de chalutage dans la couche de 0 à 100 m sur le plateau continental ivoirien était de 92 kg en 2000 et de 102 kg en 2002 pour une biomasse de 11 385 tonnes en 2000 et de 10 987 tonnes en 2002, contre 10 000 au cours des années 1970 et 1980. Ces résultats soulignent la constance de la biomasse demersales (CRO, 2003).

D’une façon générale, les chalutiers ont tendance à faire des incursions dans les zones de pêche réservées à la pêche artisanale. La situation est d'avantage accentuée en Côte d’Ivoire en raison d’une part de la faiblesse du plateau continental où se concentre la plus grande part des ressources et d’autre part de la faible performance des chalutiers qui ne prennent pas le risque d’affronter les isobathes les plus profonds. Les conflits sont fréquents et les dommages sont préjudiciables aux pêcheurs artisans.

  • Les ressources sardinières

Les captures de petits pélagiques, notamment de la sardinelle rondes (Sardinella aurita) qui a connu un effondrement en 1974, ont augmenté depuis 1984 et se maintiennent à un haut niveau de production. Les débarquements totaux de pélagiques sont de 28 358 tonnes en 2000 et 28 470 en 2001, avec 81 pour cent de sardinelles (CRO, 2003).

La quinzaine de sardiniers senneurs basés à Abidjan sont des bateaux en bois de 17 à 27 m et de 54 à 128 tonneaux. Leurs puissances varient de 300 CV à 600 CV.

  • La pêche thonière

Plusieurs programmes soutiennent l’exploitation de la ressource thonière en raison de son importance stratégique. L’observatoire thonier maintient et conserve les informations relatives aux statistiques, à la biologie et au débarquement international. Il s’intègre au réseau ICCAT. Le Centre de recherches océanologiques (CRO) applique la nouvelle stratégie d’acquisition et de validation des données de pêche au thon tropical (AVDTH). Les espèces ciblées sont l’albacore, le listao, le patudo, l’auxide et la thonine. Le programme nutrition (trophodynamisme des thons) est mené en association avec l’OIEO (Centre de Canarias) et l’IRD (UR TETHIS). Le CRO travaille en partenariat sur plusieurs programmes d’intérêt international relatifs au thon:

programme billfish de l’ICCAT;

programme économie des pêches avec l’IRD;

participation du CRO au comité scientifique permanent de recherche et de statistiques (CSRS);

assistance du CRO–IRD au Marine Fisheries Research Division (MFRD) de Tema au Ghana, programme d’année thon obèse (BTHYP) en coopération internationale avec différents instituts relevant des parties contractantes de l’ICCAT;

programme PICOLLO.

Conclusion et perspectives

Les pêches ivoiriennes présentent inévitablement des forces et des faiblesses qui sont résumées dans le tableau ci-dessous.

Tableau 5: forces et faiblesses des pêches ivoiriennes

Malgré l’importance de la pêche, les faiblesses principales résident en l’absence d’un plan directeur et de plan de gestion dont l’évaluation et la mise à jour contribueraient à intégrer et à capitaliser au fur et à mesure les avancées majeures dans le secteur. Toutefois, le dynamisme interne du secteur semble être le gage de sa relative prospérité. En effet, les acteurs privés en sont les moteurs.

6. Investissements/subventions dans le secteur des pêches

  • les mesures fiscales suivantes visent à favoriser de nouveaux investissements pour la modernisation des unités de pêche et à améliorer la compétitivité des conserveries ivoiriennes;
  • exonération de taxes sur le matériel de pêche pour les armements (non paiement de la TVA de 18 pour cent);
  • détaxation du carburant;
  • allègement fiscal pour les conserveries de thon (suppression de la taxe statistique de 2,5 pour cent, Avance Sur Dividende imposable 5 pour cent);
  • baisse du taux de l'impôt sur le bénéfice industriel et commercial de 40 à 35 pour cent;
  • réduction de la contribution des employeurs sur les salaires de 5 points.

7. Projection de l’offre et de la demande

La projection de l’offre  pour les 25 prochaines années semble ne présenter qu’une capacité de production supplémentaire de 50 000 tonnes à condition d’améliorer la gestion des pêches lagunaires et fluvio-lacustres. Les pêches maritimes indiqué sa limite et les chalutiers semblent ne pas se mobiliser pour la conquête des espaces de leurs pêches négociés par les politiques.

Les projections de la demande se situent à 300 000 tonnes en temps dit normal. Il faut maintenant intégrer la situation de guerre qui a décimé tout le cheptel au nord du pays et qui aura pour conséquences inévitables de transférer une partie de la demande en produits carnés sur le poisson. En tout état de cause, la nouvelle situation requiert une prudence en matière de prévision en raison de l'absence de bilan des effets de la guerre sur la capacité de production des ressources animales et halieutiques.

8. Structure organisationnelle des autorités responsables des pêches (organigramme)

 

_________________________

1
Appellation commune
2
Appellation scientifique
3 Agence japonaise de coopération
4
Agence française de développement
5
Fonds d'aide et de coopération (France)
6
Association française des volontaires du progrès
7
Fonds européen de développement
8

Administration générale pour la coopération au développement (Belgique)