Au plan de la sécurité alimentaire, le poisson est la première source de protéines animales du consommateur ivoirien. La consommation nationale de poisson est estimée varier entre 250 000 et 300 000 tonnes/an pour une production locale moyenne de 80 000 tonnes (Anonyme, 1997). Eu égard à son prix relativement bas par rapport à celui de la viande, le poisson est accessible aux ménages les plus modestes. En 2001, la consommation moyenne de 13,2 kg par habitant et par an a été couverte à près de 67 pour cent par les importations. L'ampleur de ces importations et leur coût en devises ont poussé le gouvernement à intensifier le développement des secteurs de la pêche et de l'aquaculture. Toutefois, les ressources maritimes nationales étant limitées, la définition d'une politique visant à satisfaire, dans des conditions sécurisantes, la couverture des besoins en poisson devrait se concentrer sur la pêche artisanale et surtout sur l'aquaculture. Cela faciliterait aussi la reconversion des pêcheurs en leur procurant une source de revenus, tout en favorisant la fixation des jeunes en milieu rural. La politique actuelle des pêches et de l'aquaculture s'insère, à juste titre, dans le cadre du Plan directeur de développement agricole 1992-2015, conçu par le Ministère de l'agriculture et des ressources animales. Trois objectifs généraux y sont assignés aux différents secteurs:
L'aquaculture continentale est une activité encore essentiellement rurale, secondaire et généralement pratiquée sur de petites fermes, dans de petits étangs d'eau douce de faible productivité. Les exploitations sont de plusieurs types. Ce sont soit des exploitations avec petits plans d'eau ou des fermes de subsistance, soit des exploitations à petite ou grande échelle commerciale. Les systèmes de production varient de l'extensif au semi-intensif (avec alimentation composée). D'une façon générale, il s'agit essentiellement d'élevages de tilapias (Oreochromis niloticus et, O. aureus) et de silure (Heterobranchus longifilis). L'aquaculture lagunaire est une activité pratiquée depuis les années 80 en eau saumâtre ou en eau douce. Il s'agit de fermes d'élevage produisant soit des tilapias (O. niloticus, O. aureus, Sarotherodon melanotheron) en cages flottantes, soit des mâchoirons (Chrysichthys nigrodigitatus) (Hem, 1982) et des silures (H. longifilis) en enclos. Ces systèmes de production sont intensifs. Depuis 2000, la production aquacole annuelle a atteint 1 200 tonnes. (Anonyme, 2002; Anonyme, 2003a). Les rendements moyens des différents systèmes de production sont:
Dans le secteur aquacole, il existe près de 1 000 fermiers analphabètes ou de niveau scolaire moins élevé. Ce secteur se caractérise également par une prédominance des hommes par rapport aux femmes. En 1970, l'apparition de la monétarisation de la cession foncière a supplanté le droit de propriété par échange qui prévalait dans les années 50.
L'Etat a procédé depuis à une réorientation de sa stratégie de développement aquacole en créant des projets régionaux en vue d'une meilleure implantation de l'activité sur l'étendue du territoire national. La superficie totale qu'occupe la production aquacole dans le pays est d'environ 500 ha. Deux structures industrielles (Ivograin et Faci) produisent des aliments aquacoles. Le Centre de Recherche Océanologique (CRO) en produit également en sa station de Layo. Une société (REAL) produit près de 6 000 tonnes/an de farine de poisson, utilisée en partie dans la fabrication d'aliments aquacoles (Anonyme, 2002). Environ 100 à 200 kg de cystes secs d'artémies sont importés annuellement pour l'alimentation des larves de silure en écloseries. Pour la préparation des géniteurs de mâchoiron à la reproduction, du maquereau frais est distribué comme complément de l'aliment composé.
Des poissons d'ornement, généralement des cichlidés, sont élevés à Grand-Bassam et 95 pour cent de cette production sont exportés. Certaines espèces ont été introduites. Ce sont principalement le tilapia Sarotherodon melanotheron, l'Heterobranchus isopterus et la carpe herbivore chinoise Ctenopharyngodon idellus. Ces deux dernières espèces sont en cours d'étude au niveau des institutions de recherche (CRO, CNRA, Universités) en vue de leur utilisation comme poissons d'élevage. Des espèces indigènes potentiellement intéressantes comme Lates niloticus, Labeo coubie et Distichodus rostratus sont également étudiées. L'aquaculture des algues (la spiruline) n'en est qu'à ses débuts.
Les dernières deux relèvent de l'aquaculture continentale dont le projet PNUD-FAO a servi de moteur de développement. Ces systèmes concernent essentiellement le tilapia et sont les plus usités.
La valeur de la production totale en 2000 (1 200 tonnes) est estimée à 1,5 milliards FCFA, soit l'équivalent de 3 millions de dollars EU (Anonyme, 2000). Par contre en 2002, la production aquacole nationale ne s'est élevée qu'à environ 866 tonnes (Anonyme, 2002). L'importante réduction de la production constatée entre 2000 et 2002 s'explique par la situation socio-politique du pays qui n'a pas permis de sillonner les zones de production en vue de la récolte des données. Il est important de souligner que les valeurs présentées sont largement sous estimées. En effet, il est très difficile à l'heure actuelle d'estimer la production piscicole avec précision, essentiellement du fait de l'insuffisance des moyens humains, financiers et logistiques mis à la disposition des services d'encadrement. Cette difficulté est également liée à l'irrégularité de la production, à la dispersion géographique des activités aquacoles et au refus de certains éleveurs de communiquer les résultats de leurs récoltes. La collecte des données relatives à la production aquacole se fait normalement à travers les projets régionaux ou les Services des pêches décentralisés de la Direction des productions halieutiques. L'on constate malheureusement à l'heure actuelle, qu'il n'existe pas encore de statistiques de production pouvant permettre la mise en place d'une base de données fiable. Le graphique ci-dessous indique la production totale de l'aquaculture en Côte d'Ivoire d'après les statistiques de la FAO.
En général, sur les marchés, le poisson est frais et entier. Contrairement aux poissons de pêche, les poissons d'élevage sont très rarement fumés ou séchés. La vente se fait essentiellement au kilogramme et en circuit court selon deux modalités:
Une comparaison des prix de ces deux types de poisson montre que la différence est importante. Par exemple, dans le secteur pêche, le prix moyen du tas de tilapia décroît avec la taille moyenne des poissons dans le tas. Par contre, le prix au kilogramme du poisson d'élevage croît avec l'accroissement des coûts de production. Ainsi, à la taille standard de 350 g, le prix du tilapia lacustre est plus faible que celui du tilapia d'élevage. En réalité, peu d'informations sont disponibles sur le fonctionnement des marchés (filières locale, nationale et d'exportation) et leurs mécanismes de régulation. Le peu d'intérêt accordé à l'évolution des caractéristiques de la consommation du poisson d'élevage reste encore aujourd'hui un grand handicap pour tous les projets. (Anonyme, 1995; 2003a).
Quant au développement social et économique, force est de constater que malgré la présence de projets de développement dans les différentes régions du pays et l'apparition de sociétés aquacoles ces dernières années, la pratique de l'aquaculture n'est pas encore ancrée dans les habitudes de nombre d'ivoiriens et, en particulier, des exploitants agricoles qui continuent à préférer le développement des cultures de base (cacao, café, palmier à huile). Actuellement, l'aquaculture continentale se développe en milieu rural, contribuant ainsi à la sécurité alimentaire. Elle y est considérée comme une activité secondaire permettant aux pisciculteurs d'avoir accès à cette protéine animale qu'est le poisson dans leur alimentation et/ou à une source de revenu supplémentaire. L'aquaculture intensive par contre est une activité industrielle employant des techniciens compétents et des manœuvres dont le nombre varie de trois à 10 personnes. La mise en place des différents projets aquacoles a permis l'émergence de nouveaux acteurs dans la filière. Ces acteurs ont été motivés par les projets. Ils s'agit notamment d'aménagistes, de tâcherons ou constructeurs, de commerçants d'aliments et de gestionnaires de ferme. Les projets se sont investis dans le renforcement des capacités de ces acteurs, ce qui a favorisé l'émergence d'une professionnalisation du secteur. Cette transformation, à terme, devrait permettre de faire de l'aquaculture une activité économiquement rentable comme toute autre spéculation agricole. Actuellement, trois femmes seulement pratiquent l'aquaculture comme activité économiquement rentable alors qu'en général, elles se limitent à soutenir leurs maris qui en sont propriétaires. Plusieurs femmes contribuent aussi à l'encadrement de pisciculteurs.
Cette dernière a pour mission de:
Les institutions non gouvernementales et les pisciculteurs communiquent leurs contraintes aux différentes structures d'encadrement du MIPARH. En collaboration avec les institutions de recherche, celui-ci définit des programmes de recherche/développement afin de palier à ces problèmes. Pour l'instant, ce sont les institutions gouvernementales qui soutiennent financièrement ces recherches. Les différentes structures de recherche intervenant dans le domaine de l'aquaculture sont:
Contrairement aux aspects bio-technologiques, très peu d'attention a été jusqu'à présent accordée aux aspects socio-économiques de l'aquaculture (Koffi, 1992; 2000a; 2000b; Koffi et al., 1996) et à la commercialisation des produits aquacoles (Weigel, 1989). De même, en raison de l'impact négligeable de l'aquaculture sur l'économie du pays, très peu d'études de marchés et des groupes cibles ont été effectuées.
La production de mâchoiron a été pratiquement nulle de 1999 à 2003, suite au développement de bloom alguaux qui ont décimé les populations en élevage dans la zone lagunaire concernée. Ce n'est qu'en 2004 que cette production a très timidement redémarré. Parallèlement, la production de silures (H. longifilis et H. isopterus) continue de stagner autour de 10 pour cent. Les siluriformes ont des coûts de production élevés à cause des difficultés rencontrées pour leur reproduction et leur élevage larvaire en écloserie, en plus des coûts élevés des installations lagunaires nécessaires. Les principales contraintes à la production aquacole sont l'encadrement technique insuffisant en quantité et en qualité, l'absence de crédit d'installation ou de fonctionnement, l'importance du coût de l'investissement initial requis et la mauvaise organisation du secteur ce qui, entre autre, rend la commercialisation du poisson difficile. En plus, l'absence de rigueur dans la gestion technique et financière, la fragilité de la trésorerie, l'absence de recours officiel en cas de conflit, l'instabilité chronique des gestionnaires et des directeurs techniques, ainsi que la faible disponibilité et le coût élevé des intrants (alevins en particulier) caractérisent désormais les exploitations piscicoles de type commercial. Néanmoins, ces contraintes devraient être mieux prises en compte par la nouvelle politique en vigueur. L'Etat a procédé à une réorientation de sa stratégie de développement de l'aquaculture en créant une série de projets régionaux en vue d'une meilleure implantation de l'activité sur toute l'étendue du territoire national. A l'horizon 2000-2010, l'objectif de production est:
Anonyme. 1995. Eléphant d'Afrique: objectifs et stratégies de développement de la Côte d'Ivoire. Tome 1. Abidjan, Cabinet du Premier ministre. 242 pp. Anonyme. 1997. Projet d'appui au secteur aquaculture et pêche. Abidjan, Direction des pêches et de l'aquaculture, Ministère de l'agriculture et des ressources animales. 80 pp. Anonyme. 2000. Annuaire des statistiques de l'aquaculture et des pêches. Abidjan, Direction des productions halieutiques, Ministère de l'agriculture et des ressources animales. 155 pp. Anonyme. 2001. Bilan diagnostique et stratégie de relance du secteur des productions halieutiques en Côte d'Ivoire. Abidjan, Direction des productions halieutiques, Ministère de l'agriculture et des ressources animales. 28 pp. Anonyme. 2002. Annuaire des statistiques de l'aquaculture et des pêches. Abidjan, Direction des productions halieutiques, Ministère de l'agriculture et des ressources animales. Anonyme. 2003a. Bilan diagnostique et prospectives pour la relance du secteur pêche et aquaculture en Côte d'Ivoire, période de 1990 à 2000. Rapport provisoire, Abidjan, Bureau national d'études techniques et de développement. Anonyme. 2003b. Pêche en Côte d'Ivoire. Etude d'Alexis Chaumat, 2000. Hem, S.1982. L'aquaculture en enclos: adaptation au milieu lagunaire ivoirien. Aquaculture, (27): 261-272. Koffi, C. 1992. Aspects économiques de la production piscicole en étang: l'expérience de la pisciculture rurale au Centre-Ouest et au Centre de la Côte d'Ivoire. Pp. 49-63 In: Bernacsek, G.M. et Powles, H. (éds). Recherche sur les systèmes aquacoles en Afrique. Atelier du 14 au 17 novembre 1988, Bouaké, Côte d'Ivoire. Publ. IDRC-MR308, Ottawa, Canada. Koffi, C. 2000a. Aspects économiques de l'exploitation des ressources halieutiques des petits barrages du nord de la Côte d'Ivoire. Agronomie Africaine, (XII): 33-49. Koffi, C. 2000b. Perspectives de débouchés pour le poisson de pisciculture (Oreochromis niloticus) au centre-ouest de la Côte d'Ivoire. Agronomie Africaine, (XII): 81-90. Koffi, C., Oswald, M. et Lazard, J. 1996. Développement rural de la pisciculture en Afrique: comment passer du mythe à la réalité. Pp 556-566 In Pullin, R.S.V. et al. (éds). Le troisième symposium international sur le tilapia en aquaculture. ICLARM Conf. Proc. (41). Mace, Ph.2000. Exporter en Côte d'Ivoire. Tome 1: Etat et structure de la population. Vingt et unième conférence régionale pour l'Afrique, Yaoundé (Cameroun), 21-25 février 2000. Volume IV: Analyses des résultats. Ed. CFCE. 244 pp. Weigel, J.Y. 1989. La commercialisation du poisson en pays lagunaire ivoirien. Paris, Ed. ORSTOM, Etudes et Thèses. 138 pp.
| ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||





