En 1974, un établissement public, l’Etablissement général du poisson a été créé. Celui-ci a construit des exploitations piscicoles d’Etat supplémentaires et a étudié la faisabilité d’une pisciculture en cages dans les eaux continentales. En 1986, la création de la Direction des ressources halieutiques au sein du ministère de l’Agriculture a marqué une étape importante du développement des pêches. Celle-ci a mis en place, entre autres, des programmes de développement aquacole. La restructuration des pratiques aquacoles, la mise en place d’un système de licences techniques et administratives, la distribution de semences et le lancement de services de vulgarisation auprès des pisciculteurs ont encouragé de façon significative la pratique de la pisciculture. Les règlementations relatives à l’affermage en matière d’aquaculture et les droits de pêche dans les lacs de rétention ont quant à eux favorisé le développement de la pêche fondée sur l’élevage. La réalisation en 1993 du Projet germano-syrien de développement des pêches et de l’aquaculture continentales a constitué une autre étape importante du développement de l’aquaculture syrienne. Ce projet a envisagé et analysé de nouveaux concepts aquacoles pour exploiter des ressources non conventionnelles existantes (terres salinisées, canaux de drainage et d’irrigation). Ces travaux furent couronnés de succès. L’aquaculture représente aujourd’hui 50 pour cent de la production totale de poisson en Syrie (8 682 tonnes sur un total s’élevant à 17 210 tonnes en 2004). Ce chiffre correspond à une valeur de 600 millions de livres syriennes (12 millions de dollars EU). L’aquaculture apparaît comme le sous-secteur le plus prometteur pour la production de poisson, en particulier si les techniques d’élevage récemment étudiées sont largement mises en place et si les terres, l’eau, les sous-produits agricoles, le travail ou encore les savoir-faire sont utilisés de façon correcte et durable. Les systèmes de production intégrée et la culture de poisson de mer constituent enfin un réel potentiel de développement pour le secteur.
L’année 1974 fut une étape importante dans le développement des pêches dans le secteur public. Lors du renforcement du rôle économique de ce qui était appelé le « secteur commun ». On créa un établissement appartenant à l’Etat, l’Etablissement général du poisson (EGP). Ses principaux objectifs étaient de faire fonctionner les fermes piscicoles existantes et de construire de nouvelles unités de production. Au ministère de l’Agriculture, le ministère en charge de ce secteur, la petite équipe du Service de la vie aquatique fut déployée pour mettre en place ce nouvel établissement. Ses membres se virent alors confier toutes les responsabilités relevant des pêches, notamment les services relatifs à d’autres secteurs produisant du poisson. L’EGP construisit de nouvelles exploitations piscicoles d’Etat, lança une pêcherie marine et, avec le soutien de l’aide technique allemande, étudia la faisabilité de la pisciculture en cages dans les eaux continentales. Il est important de souligner que les paysans de la vallée de l’Al Ghab, un marais drainé et asséché pour capturer les poissons à l’état sauvage, convertirent progressivement d’immenses espaces de leurs terres en étangs piscicoles. Ce fut le début de l’expansion de la pisciculture en étang dans la région centrale de la Syrie, c’est-à-dire dans les provinces de Hama et de Homs. En 1984, le ministère de l’Agriculture et de la réforme agraire lança une étude sur les ressources halieutiques. A partir de cette analyse des exploitations et des structures existantes, différents problèmes et besoins laissèrent apparaître une capacité de production latente. En conséquence, des montants supplémentaires de nourritures à des prix subventionnés furent alloués aux exploitations piscicoles existantes et, l’année suivante, les statistiques relatives à la production aquacole indiquaient que la production des fermes piscicoles privées avait doublé. Le besoin pressant de réorganisation des pêches conduisit en 1986 à la modernisation de la Section des pêches du ministère de l’Agriculture qui devint une Direction centrale. Cette nouvelle Direction des ressources halieutiques du ministère, plus tard restructurée et rebaptisée Département des ressources halieutiques (DRH), était supposée, entre autres, mettre en place les programmes de développement aquacole. Dans cette optique, le Département des ressources halieutiques créa un cadre juridique pour la pêche fondée sur l’élevage dans les eaux de surface des lacs de rétention et lança immédiatement un processus d’affermage à moyen terme (5 ans) quant aux droits en matière d’aquaculture et de pêche dans les lacs et les barrages dont la superficie ne dépasse pas 500 ha. Un projet fut alors ébauché pour développer le secteur des pêches et de l’aquaculture. Evalué positivement, il fut mis en œuvre avec le soutien du gouvernement allemand. Intitulé Projet de développement de l’aquaculture et des pêches continentales (PAPC), il démarra en 1993 et visait le développement des systèmes de production piscicole pouvant être combinés avec l’agriculture irriguée de façon à contribuer à l’objectif général d’amélioration de l’utilisation des ressources halieutiques nationales. Au cours du développement de l’aquaculture en Syrie, aucune action particulière n’a été menée en direction de la pisciculture marine. Les eaux saumâtres limitées aux estuaires des rivières côtières ont en effet pratiquement totalement disparu après la réalisation de barrages sur la majorité de ces cours d’eau. L’aquaculture commerciale s’est longtemps concentrée sur deux espèces principales d’eau douce: la carpe commune (Cyprinus carpio) et le tilapia (hybrides d’Oreochromis aureus et Oreochromis niloticus). Trois autres espèces sont élevées comme espèces secondaires dans des étangs piscicoles. Il s’agit du poisson-chat africain (Clarias gariepinus), de la carpe herbivore (Ctenopharhyngodon idellus) et de la carpe argentée (Hypophthalmichthys molitrix). Trois systèmes de production prévalent: l’élevage en étang, l’élevage en cage et la pêche fondée sur l’élevage dans les barrages. En 2004, leur répartition était la suivante: 80,78 pour cent en étang, 12,44 pour cent en cage et 6,78 pour cent dans les barrages. Cette répartition est grosso modo la même en termes de volume et de valeur de la production. La production annuelle de l’aquaculture en eau douce correspond plus ou moins à 50 pour cent de la production totale de poisson (8 682 tonnes sur un total de 17 210 tonnes en 2004). La valeur estimée de la production aquacole s’élevait en 2004 à 600 millions de livres syriennes (12 millions de dollars EU).
Par rapport à la standardisation de l’allocation de nourriture, la productivité des exploitations piscicoles est classée en trois catégories:
On attribue les différences importantes que l’on constate dans la productivité des différentes exploitations piscicoles au taux d’échange des eaux, à la qualité de l’alimentation, à la taille initiale des alevins et au niveau d’expérience des pisciculteurs. Le lac Assad, un plan d’eau artificiel de 640 000 hectares, a été créé derrière le barrage construit sur l’Euphrate en 1974. En 1974-1976, un projet germano-syrien a envisagé la possibilité d’y développer une pisciculture en cage. Des résultats encourageant ont été obtenus à une échelle expérimentale (35-40 kg/m²) et ont conduit au développement de ce type d’élevage qui couvre aujourd’hui 47 182 m³. La plus grande part de la pisciculture syrienne en cage est située dans le lac Assad, dans la province de Rakka. Le reste est localisé dans le lac Tishreen VI dans la province de Lattaquié. En raison des réticences du ministère de l’Irrigation à délivrer des autorisations pour la réalisation de projets privés, la culture en cage reste limitée aux unités de production appartenant à l’Etat et propriété de l’Etablissement général du poisson.
Carpe commune La principale espèce cultivée est la carpe commune (Cyprinus carpio) de type miroir. Elle a été introduite en 1957 en provenance des pays de l’ex-Yougoslavie via l’Egypte. Cette espèce a fait preuve de résistance et a su s’adapter aux différentes conditions auxquelles elle a été soumise. En outre, elle fraie facilement et elle est en mesure de se nourrir à partir d’un large éventail d’aliments. La carpe commune a enfin fait preuve d’un taux de croissance élevé dans les eaux syriennes. Tous ces avantages ont entraîné la domination de ce poisson dans les exploitations piscicoles. Tilapia Les espèces de tilapia, en particulier le tilapia du Nil (Oreochromis aureus), jouissent d’une bonne valeur commerciale en Syrie. Leur chair goûteuse est dépourvue d’arrêtes intramusculaires, ce qui en fait l’un des poissons cultivés les plus appréciés des consommateurs. Le tilapia n’est cependant cultivé que dans quelques exploitations piscicoles de la vallée de l’Al Ghab et, non loin du littoral, dans la ferme gouvernementale Masab As Sin qui est relativement grande. Le risque de mortalité de masse au cours de l’hiver est en effet très élevé pour cette espèce dans les zones dépourvues de sources d’eau chaude. Poisson-chat nord-africain Le poisson-chat nord-africain (Clarias gariepinus) était par le passé l’espèce d’eau douce la plus populaire chez les consommateurs. Il prospérait dans l’ancien marais de la vallée de l’Al Ghab qui constituait la principale source de ce poisson délicat. Le drainage et la bonification de ce marais a détruit son habitat naturel et a drastiquement réduit sa population. Le poisson a alors été exploité dans de petites sources d’eau chaude dans la vallée où il se trouvait. A l’heure actuelle, le frai est charrié par l’afflux d’eau et entre dans les exploitations piscicoles où il grossit. Capturé comme espèce accessoire au moment de la récolte, il est encore très apprécié. Les récoltes les plus importantes de ce poisson proviennent des exploitations cultivant le tilapia. Truite arc-en-ciel On a élevé la truite arc-en-ciel en Syrie entre 1979 et 1989. La production d’alevins dépendait surtout del’éclosion d’œufs fertilisés et importés. Elle se fondait aussi partiellement sur la ponte de stocks de géniteurs locaux réalisée dans une écloserie truiticole située à la source de la Barada, à l’ouest de Damas. La production de poisson destiné à la consommation humaine était transportée dans une autre ferme piscicole gouvernementale située à la source d’une petite rivière littorale, l’As sin. La rareté des ressources en eau froide et des coûts de production élevés par rapport à celle des autres espèces piscicoles ont limité la possibilité de développer la production truiticole. Cette dernière n’a en effet jamais dépassé 100 tonnes par an. Peu de temps après l’apparition de la truite sur les marchés damascènes, sa production a été arrêtée. La reconfiguration de la source de la Barada, envisagée pour permettre un meilleur échange de ses eaux et rendre ces dernières potables, a stoppé la production d’alevins, ce qui a mis un terme à la truiticulture en Syrie. Seule une petite exploitation située à proximité de Homs existe encore, mais sa production est négligeable. Carpe herbivore La forte croissance des algues d’eau dans les étangs piscicoles a été la principale raison de l’introduction de la carpe herbivore (Ctenpharhyngodon idellus) dans la pisciculture syrienne. Cette espèce a tout d’abord été produite en 1976 par l’Etablissement général du poisson. Une autre lignée a par la suite été importée en 1994 par le ministère des Pêches. Provenant de Hongrie et fournie sous la forme de frai de 0,5 à 1 gramme, cette dernière a été portée à maturité puis frayée artificiellement dans une écloserie spécialement construite à cet effet. Le frai de carpe herbivore est actuellement distribué à des pisciculteurs pilotes et les alevins sont vendus à prix coûtant. La carpe herbivore demeure une espèce secondaire dans les exploitations piscicoles. Elle n’est donc pas très présente sur les marchés. Carpe argentée La carpe argentée (Hypophthalmichthys molitrix) n’a été introduite en Syrie qu’en 1994 dans le but de mieux utiliser la production primaire des étangs et des lacs eutrophiques des barrages. Le frai de 0,5 à 1 gramme, importé de Hongrie par le ministère des Pêches, a été par la suite cultivé et artificiellement frayé. L’introduction de nouvelles espèces a eu pour résultat une production supplémentaire d’environ 700 kg par hectare dans les étangs.
Système extensif Récemment mis en place dans les eaux des lacs de rétention, le système extensif consiste en la mise en charge de ces derniers avec des alevins et des stocks de géniteurs qui sont ensuite régulièrement pêchés au cours des années suivantes. La production dépend exclusivement de la productivité primaire qui varie entre 200 et 800 kg par hectare et par an. Système semi-intensif Le système semi-intensif est adopté dans les étangs traditionnels des exploitations piscicoles pour l’élevage de tilapia et de carpe. Le poisson est mis en charge au printemps dans les étangs qui sont alimentés par un flux minimal mais constant d’eau de façon à compenser les fuites et l’évaporation. Le poisson ainsi élevé est nourri avec des granulés transformés ou avec un mélange de matières premières et de sous produits agroindustriels: germes de blé, tourteaux de coton, etc. Le cycle de production dure deux ans. A la fin de la première année, les alevins sont relativement grands (entre 25 et 50 g) et, à la fin de la seconde, les poissons atteignent une taille commerciale (entre 0,7 et 1 kg). La productivité de ce système varie entre 3 et 8 tonnes/ha/an. Elle peut atteindre plus de 12 tonnes/ha/an. Système intensif Le seul type d’élevage intensif actuellement mené en Syrie est pratiqué en cage dans les pièces d’eau continentales et il concerne la carpe commune. Les cages flottantes de 30 ou 300 m3 sont mises en charge avec des alevins déjà assez grands (40 à 50 g). Ces derniers sont nourris avec des granulés équilibrés contenant des protéines animales. La productivité varie entre 15 et 25 kg/m³/an. La truiticulture en raceways a été menée pendant une dizaine d’années avant d’être abandonnée. Les taux d’échange d’eau étaient assez faibles (20 à 25 fois/jour) alors que des aliments pour larves importés et des granulés transformés localement étaient utilisés pour nourrir respectivement le frai, les alevins et les poissons.
En 2004, la valeur estimée de la production aquacole s’élevait à 778 millions de livres syriennes (15,561 millions de dollars EU). Le graphique ci-dessous indique la production totale de l'aquaculture au République arabe syrienne (d'après les statistiques de la FAO):
La chaîne locale de distribution commence avec l’entrepreneur ou le grossiste qui livre le poisson aux grossistes des provinces où la demande existe. Les détaillants se rendent chaque matin aux criées où les grossistes proposent le poisson. Il ne faut cependant pas oublier qu’il existe aussi des chaînes de distribution directe entre les producteurs et les détaillants ou avec les consommateurs. En matière d’étiquetage et de certification des produits aquacoles, un projet doit encore être préparé et consolidé pour former les responsables des pêches. La Syrie aura alors besoin d’une assistance technique pour établir ce projet sur de bonnes bases.
Le pic de la saison aquacole coïncide avec les vacances scolaires. Les exploitants emploient alors leurs enfants à différents travaux dans leurs élevages. Il s’agit principalement de nourrir les poissons tout en observant leur comportement. Cette pratique limite les coûts directs de production, délègue d’importantes fonctions à une main d’œuvre responsable et digne de confiance et représente une bonne opportunité de formation sur le terrain pour les nouvelles générations en garantissant la continuité des activités aquacoles et l’accumulation de savoir-faire. L’aquaculture est également une source de revenus pour une part considérable de la société rurale avec notamment le besoin d’ouvriers à temps partiel pendant les différentes phases du cycle de production (préparation et fertilisation des étangs piscicoles, récolte des alevins, stockage des semences, surveillance, pêche expérimentale puis récolte du produit final, c’est-à-dire du poisson commercialisable). Certains services complémentaires génèrent aussi des emplois dans la production, dans la maintenance et le transport d’intrants ainsi que dans le transport et la commercialisation des semences de poisson et du produit final pour la consommation humaine. La récolte de petites quantités de gros poissons est aussi communément pratiquée de temps en temps par les communautés aquacoles. Elle peut être destinée à la vente ou bien à la consommation personnelle. Elle fournit alors une source de revenus à la fois limités et fréquents qui permet d’être un peu moins dépendant des revenus agricoles saisonniers ou bien représente une valeur nutritionnelle supplémentaire pour les repas familiaux.
Le DRH aide en outre les nouveaux aquaculteurs et pêcheurs dans leurs démarches et au cours des premières phases de leur activité. Il envisage et analyse la faisabilité technique des créations d’exploitations marines, équipées de cages ou à recirculation de l’eau. Il travaille également aux projets menés en dehors des eaux territoriales syriennes. Le DRH fait enfin office de conseil auprès des chambres d’agriculture, du commerce et de l’industrie pour envisager les possibilités d’investir dans la production d’intrants ou de collaborer de façon externe à la promotion du secteur des pêches et de l’aquaculture.
Agricultural Statistical Abstract, Ministry of Agriculture and Agrarian Reform, from 1995 to 2004. Fisheries Statistical Abstract, Fisheries Department, from 1995 to 2004. Syrian Statistical Abstract, Central Bureau of Statistics, 2000, 2001, 2002, 2003 and 2004, Damascus, Syria.
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