1. Identification
    1. Caractéristiques biologiques
  2. Profil
    1. Contexte historique
    2. Principaux pays producteurs
    3. Habitat et biologie
  3. Production
    1. Cycle de production
    2. Systèmes de production
    3. Maladies et mesures de contrôle
  4. Statistiques
    1. Statistiques de production
    2. Marché et commercialisation
  1. Situation et tendances
    1. Problèmes et contraintes majeurs
      1. Pratiques pour une aquaculture responsable
    2. Références
      1. Liens utiles
    Identification


    Labeo rohita  Hamilton, 1822 [Cyprinidae]
    FAO Names:  En - Roho labeo,   Fr - Labéo Roho,  Es - Labeo Roho
       
    Caractéristiques biologiques
    Corps bilatéralement symétrique, modérément allongé, le profil dorsal étant plus courbe que le profil ventral; corps couvert d’écailles cycloïdes, sauf la tête dépourvue d’écailles; museau assez plat, se projetant au-delà de la bouche, sans lobe latéral; yeux en position dorso-latérale, non visibles de l’extérieur de la tête; bouche petite et inférieure; lèvres épaisses et bordées chacune d’un plis interne distinct, lobé ou entier; une paire de petits barbillons maxillaires cachés dans une rainure latérale; pas de dents sur les mâchoires; trois rangées de dents pharyngiennes; mâchoire supérieure n’atteignant pas le bord antérieur de l’œil; nageoire dorsale simple, avec trois ou quatre rayons non fourchus et 12 à 14 rayons fourchus; nageoire dorsale insérée à mi-chemin entre l’extrémité du museau et la base de la nageoire caudale; nageoires pectorales et ventrales insérées latéralement; nageoires pectorales dépourvues d’épine osseuse; nageoire caudale profondément fourchue; lèvre inférieure généralement jointe à l’isthme par un pont étroit ou large; 12 à 16 écailles prédorsales; ligne latérale distincte, complète et située le long de la ligne médiane du pédoncule caudal; ligne latérale de 40 à 44 écailles; six ou six et demi rangées d’écailles entre la ligne latérale et la base de la nageoire ventrale; museau non tronqué, sans lobe latéral; couleur bleuâtre sur le dos, argentée sur les flancs et le ventre.
    Profil
    Contexte historique
    Le labéo roho (Labeo rohita) est la plus importante des trois espèces de carpe indienne utilisées en polyculture de carpes. Cette gracieuse espèce fluviale Indo-Gangétique est indigène des rivières du nord et du centre de l’Inde, ainsi que de celles du Pakistan, du Bangladesh et du Myanmar. En Inde, elle a été transplantée dans presque toutes les rivières, y compris les eaux douces d’Andaman où elle s’est établie avec succès. Cette espèce a également été introduite dans beaucoup d’autres pays, comme par exemple le Sri Lanka, l’ex-URSS, le Japon, la Chine, les Philippines, la Malaisie, le Népal et quelques pays d’Afrique. Il y a des centaines d’années que cette carpe est élevée traditionnellement dans les petits étangs des Etats de l’Inde orientale.

    Des informations concernant son élevage ne sont disponibles que depuis le début du 20ème siècle. La compatibilité du labéo roho avec d’autres carpes telles que le catla (Catla catla) et la carpe mrigal (Cirrhinus mrigala) en a fait un candidat idéal pour la polyculture de carpes. Jusqu’à la première moitié du 20ème siècle les besoins en alevins pour l’élevage de cette espèce n’ont été couverts que par des alevins sauvages récoltés en rivières. Mais, depuis 1957, le succès de la reproduction induite et l’approvisionnement assuré en alevins qui en a résulté ont été les facteurs principaux qui ont permis le développement de son élevage en étangs et en bassins d’eau douce. Son potentiel de croissance élevé couplé à la grande préférence démontrée par les consommateurs en ont fait l’espèce d’élevage en eau douce la plus importante en Inde, au Bangladesh et dans d’autres pays adjacents de la région. Vu son importance en aquaculture, une attention toute particulière a été donnée en Inde à son amélioration génétique par reproduction sélective.
    Principaux pays producteurs
    Principaux pays producteurs de Labeo rohita (FAO Statistiques des pêches, 2006).
    * lao = République démocratique populaire lao
    Habitat et biologie
    Au cours de ses premiers stades de développement le labéo roho préfère le zooplancton, composé principalement de rotifères et de cladocères, le phytoplancton constituant une nourriture d’urgence. Au stade de grand alevin, il y a une forte sélection positive vers tous les grands organismes zooplanctoniques et vers quelques organismes plus petits du phytoplancton, comme par exemple des algues desmidiées, des phytoflagellés et des spores d’algues. Quant aux adultes, ils exercent une forte sélection positive vers la plupart des organismes du phytoplancton. Aux stades juvénile et adulte, le labéo roho est essentiellement un herbivore se nourrissant entre-deux-eaux, préférant algues et végétation submergée. De plus, la présence dans son tube digestif de matière organique décomposée, de sable et de vase suggère une alimentation sur le fond. Une bouche faite pour grignoter, des lèvres molles, des arêtes tranchantes et l’absence de dents dans la région bucco pharyngienne permettent au poisson de se nourrir de végétaux aquatiques tendres qui ne requièrent pas d’être saisis et écrasés. Les branchiospines modifiées, fines et semblables à des cheveux, suggèrent également que ce poisson se nourrit de plancton minuscule en filtrant l’eau. En étangs, les petits et les grands alevins se déplacent en bancs principalement pour se nourrir; ce comportement ne s’observe cependant pas chez les adultes.

    Le labéo roho est une espèce eurytherme. Des températures inférieures à 14 °C ne lui convient pas. Sa croissance est rapide. En conditions normales d’élevage, il atteint une longueur totale d’environ 35 à 45 cm et un poids vif de 700 à 800 g. En polyculture, son taux de croissance est généralement supérieur à celui de la carpe mrigal mais inférieur à celui de catla.

    Pour les deux sexes, l’age minimum de première maturité est de deux ans, la maturité complète n’étant atteinte qu’à quatre ans chez les mâles et à cinq ans chez les femelles. Dans la nature, la reproduction a lieu dans les zones peu profondes et côtières de rivières en crue. La saison du frai coïncide généralement avec la mousson du sud-ouest, d’avril à septembre. En captivité, en présence d’une alimentation adéquate, la maturité est atteinte vers la fin de la seconde année. Cependant, la reproduction n’ayant pas lieu dans des environnements lénitiques comme des étangs, il faut donc avoir recours à la reproduction induite. La fécondité varie de 226 000 à 2 794 000, selon la taille du poisson et le poids des ovaires; en moyenne, elle atteint 200 000 à 300 000 œufs par kg de poids vif. Le labéo roho est un poisson polygame qui semble ne pas se lier à un individu en particulier. La reproduction a lieu entre 22 et 31 °C.
    Production
    Cycle de production

    Cycle de production de Labeo rohita

    Systèmes de production
    Le labéo roho est la principale espèce élevée dans les systèmes de polyculture de carpes, ensemble avec les deux autres grandes carpes indiennes viz., le catla (Catla catla) et la carpe mrigal (Cirrhinus mrigal). Sa niche alimentaire étant plus étendue (de l’entre-deux-eaux jusqu’au fond), cette espèce est généralement mise en charge à une densité relativement plus élevée que celle des deux autres espèces. En Inde, elle est aussi élevée en systèmes de carpiculture composée, incluant non seulement les trois grandes carpes indiennes mais aussi la carpe commune (Cyprinus carpio) et deux carpes chinoises viz., la carpe argentée (Hypophthalmichthys molitrix) et la carpe herbivore (Ctenopharyngodon idellus). Même dans cette combinaison à six espèces, le pourcentage de labéo roho est maintenu à 35-40 pour cent comme dans le système de polyculture à trois espèces. Au cours des dernières années, la préférence des consommateurs pour le labéo roho et la demande plus importante qui en a résulté ont aussi encouragé le système d’élevage à deux espèces, avec catla. Ce dernier type d’aquaculture est actuellement pratiqué dans 100 000 ha d’étangs, dans la région du Lac de Koleru en Andhra Pradesh, Inde, où plus de 70 pour cent du stock consiste en labéo roho.

    Les trois grandes carpes indiennes, dont le labéo roho est la plus importante, sont également les espèces d’élevage dominantes dans d’autres pays tels que Bangladesh, Pakistan, République démocratique populaire lao, Viet Nam et Népal. Dans tous ces pays, la carpe argentée, la carpe herbivore et la carpe commune sont les espèces les plus communément élevées en aquaculture avec les trois grandes carpes indiennes.
    Approvisionnement en juvéniles  
    Bien que la récolte d’alevins en rivières soit encore pratiquée dans quelques petites régions, c’est la reproduction induite du labéo roho qui a permis de répondre a presque toutes les demandes d’alevins dans tous les pays où il est élevé. Depuis le développement de la technologie en 1957, la méthode couramment utilisée a été la reproduction induite par hypophysation. Mais au cours de ces dernières années, l’on a également utilisé avec succès plusieurs formulations synthétiques commerciales de gonadotrophine purifiée de saumon et d’antagonistes de dopamine tels que Ovaprim, Ovatide et Wova-FH. Lorsque l’on utilise de l’extrait pituitaire, l’on injecte aux femelles une dose stimulante de 2 à 3 mg/kg de poids vif suivie, après un laps de temps de six heures, d’une seconde dose de 5 à 8 mg/kg; aux mâles l’on injecte une seule dose de 2 à 3 mg/kg au moment de l’injection de la seconde dose aux femelles. Lorsque l’on utilise des formulations synthétiques, une seule dose de 0,4 à 0,5 ml/kg (femelles) ou 0,2 à 0,3 ml/kg (mâles) est administrée.

    Le type d’écloserie le plus communément adopté pour la production d’alevins est l’écloserie chinoise à composantes circulaires. Ce type d’écloserie est caractérisé par trois parties principales viz., un bassin de reproduction, un bassin d’incubation/éclosion et un système d’emmagasinement /alimentation en eau. La profondeur de l’eau dans le bassin de reproduction est maintenue jusqu’à 1,50 m selon la densité des géniteurs; l’on recommande généralement 3 à 5 kg de géniteurs/m³. La proportion femelles:mâles est normalement de 1:1 en poids (1:2 en nombre). La grandeur et le nombre des bassins d’éclosion varie en fonction de la production requise et de la grandeur du bassin de reproduction. La densité optimale des œufs pour l’incubation est de 0,7 à 0,8 million/m³. En général, l’on obtient 0,15 à 0,20 million d’œufs/kg de femelle. L’élevage du frai se fait normalement en deux phases, i.e. une première phase de 15 à 20 jours en nurserie pour la production de petits alevins, suivie d’une seconde phase de deux à trois mois pour la production de grands alevins.
    Elevage de fingerlings  
    Production de petits alevins en nurserie

    Les post-larves de trois jours, mesurant environ 6 mm, sont élevées jusqu’à la taille de 20 à 25 mm (petits alevins) en nurserie, dans de petits étangs de terre de 0,02 à 0,10 ha. Dans certaines régions, ce sont des bassins de briques ou de ciment qui sont utilisés comme nurseries. Bien que la mise en charge d’une seule espèce soit normalement recommandée, les pisciculteurs préfèrent souvent mélanger les trois espèces de grandes carpes indiennes. La préparation d’un étang de nurserie avant sa mise en charge devrait inclure l’élimination des plantes aquatiques et des poissons prédateurs, suivi d’un chaulage et d’une fertilisation avec engrais organiques et engrais chimiques. Les insectes aquatiques sont éliminés avant l’empoissonnement soit par l’application d’une émulsion d’un mélange savon-huile, soit par le passage répété d’un fin filet. En étangs de terre, les post-larves sont normalement stockées à la densité de 3 à 10 millions/ha; en bassins cimentés, l’on utilise une densité plus élevée (10 à 20 millions/ha). Normalement, les alevins reçoivent une alimentation supplémentaire composée d’un mélange de son de riz et de tourteau d’arachide (ou de moutarde) dans la proportion 1:1 (en poids). Le taux de survie varie entre 30 et 50 pour cent. Bien que les effets bénéfiques d’une bonne préparation des étangs de nurserie soient bien connus, certaines de ces activités sont souvent ignorées des pisciculteurs ce qui résulte en une mauvaise survie des alevins. Un autre facteur limitant la croissance et la survie des alevins est la non disponibilité d’aliments commerciaux, ce qui force les pisciculteurs à utiliser le mélange conventionnel de son et de tourteau.

    Production de grands alevins

    Les petits alevins (20 à 25 mm) produits en nurserie sont encore élevés pendant deux à trois mois, jusqu’à la taille de 80 à 100 mm (6 à 10 g) en étangs de terre de 0,05 à 0,20 ha. Ici, les labéo roho grandissent ensemble avec d’autres espèces de carpe à la densité combinée de 0,2 à 0,3 million d’alevins/ha, le labéo roho représentant 30 à 40 pour cent du total. La fertilisation des étangs avec des engrais organiques et des engrais chimiques, ainsi que l’alimentation supplémentaire avec le mélange conventionnel de son de riz et de tourteau sont la norme; cependant, les doses et formes d’application varient selon l’intensité d’élevage et la productivité inhérente des étangs. Au cours de cette phase, le taux de survie varie entre 60 et 70 pour cent.
    Techniques de grossissement   
    La production de labéo roho de consommation se fait principalement en étangs de terre, normalement en systèmes de polyculture à trois espèces incluant les deux autres grandes carpes indiennes. Dans certains cas, elle se fait en un système de carpiculture composée, associant aux trois grandes carpes indiennes la carpe commune, la carpe herbivore et la carpe argentée en proportions variables, basées sur leurs habitats préférés et leurs niches alimentaires. L’adoption d’une carpiculture scientifique au cours de ces dernières années a permis d’obtenir des productions de 3 à 5 tonnes/ha/an. Cependant une telle pratique ne s’observe que dans un nombre limité de petites régions. Une très grande partie de la production est encore obtenue d’élevages extensifs où les intrants se limitent à la mise en charge et à la fertilisation et où de plus modestes niveaux de production (1 à 2 tonnes/ha/an) sont réalisés. En pratique la technologie d’élevage se caractérise par les activités suivantes: contrôle des poissons indésirables (prédateurs et rebut); mise en charge de grands alevins à la densité combinée de 4 000 à 10 000 ind./ha (30 à 40 pour cent de labéo roho); fertilisation des étangs avec des engrais organiques (e.g. bouses de vache, fientes de volaille) et avec des engrais chimiques; distribution d’une alimentation supplémentaire composée d’un mélange de son (riz ou blé) et de tourteaux (arachide ou moutarde); monitoring de la santé des poissons; et gestion de l’eau. La période de grossissement dure normalement une année au cours de laquelle le labéo roho atteint environ 700 à 800 g. Dans certains cas, les pisciculteurs pratiquent des récoltes partielles intermédiaires de poissons ayant atteint une taille commercialisable (>300 g). En Andhra Pradesh, dans la région du Lac Koleru, le centre de la carpiculture commerciale en Inde, l’on pratique communément un système d’élevage à deux espèces, labéo roho et catla; le labéo roho représente alors plus de 70 pour cent du stock. Dans ce cas, ce sont de grands alevins élevés à une forte densité pendant plus d’un an et pesant de 150 à 300 g chacun qui sont utilisés comme matériel de mise en charge. La taille usuelle des labéo roho récoltés atteint 1 à 1,5 kg après une période d’élevage de 12 à 18 mois. Des production de 6 à 8 tonnes/ha sont alors observées, le labéo roho contribuant environ 70 à 80 pour cent de la biomasse.

    Bien qu’il soit recommandé d’utiliser de grands alevins (juvéniles) pour la mise en charge d’étangs de grossissement, le manque de ce type d’alevins oblige certains pisciculteurs à empoissonner leurs étangs avec de petits alevins ce qui résulte en un faible taux de survie et en une faible production. Ce sont les aliments supplémentaires qui constituent l’intrant principal, responsable pour plus de 50 pour cent du coût des frais variables du grossissement. Le coût accru des aliments commerciaux a obligé les pisciculteurs à plutôt utiliser le mélange conventionnel son-tourteau. Généralement distribué sous la forme d’une pâte, ce mélange provoque du gaspillage et une détérioration de la qualité de l’eau. Il faut donc insister sur une gestion judicieuse de l’alimentation afin d’améliorer la marge bénéficiaire. En cours de grossissement, en particulier en présence d’une forte densité d’empoissonnement, un ectoparasite (pou de la carpe, Argulus spp.) a représenté un problème majeur pour le labéo roho en particulier, causant une diminution de la croissance et parfois des mortalités.

    Le labéo roho forme aussi l’une des composantes importantes du système de carpiculture alimenté par eaux usées, pratiqué sur plus de 4 000 ha en West Bengal, Inde. Dans ce système cultural, caractérisé par de multiples mises en charge et de multiples récoltes de poissons de plus de 300 g, l’intrant principal fourni aux étangs d’élevage est constitué par l’eau obtenue après le traitement primaire d’eaux usées. Même en l’absence d’un apport d’aliments supplémentaires, ce système produit 2 à 3 tonnes/ha/an; avec une alimentation supplémentaire, cette production peut être augmentée jusqu’à 4 à 5 tonnes/ha/an.
    Techniques de récolte   
    Les carpes étant élevées en étangs et en bassins qui sont généralement assez petits, l’engin convenant le mieux pour la récolte des poissons sont des seines opérées manuellement. La longueur de celles-ci dépend de la largeur de l’étang. Dans la plupart des cas, les poissons sont récoltés à la fin de la période d’élevage par seinages répétés. Cependant, dans certains cas, ceci est suivi d’une vidange totale des étangs. En petits étangs et en étangs d’arrière cour, l’on utilise souvent des éperviers pour des récoltes partielles. Dans les plans d’eau où l’on pratique de multiples mises en charge et de multiples récoltes, la récolte de poissons plus gros (300 à 500 g) débute généralement après six à sept mois d’élevage. Les poissons plus petits sont remis à l’eau pour continuer leur croissance. Dans le système de carpiculture alimenté par eaux usées, multiples mises en charge et multiples récoltes sont la pratique la plus courante.
    Manipulation et traitement  
    Des grandes carpes indiennes d’élevage, c’est le labéo roho qui est l’espèce préférée. Sa commercialisation se fait principalement sur les marchés locaux où elle est vendue à l’état frais. Dans les grandes piscicultures commerciales où la récolte est très importante, les poissons, après un lavage complet dans de l’eau, sont empaquetés dans de la glace pilée (proportion 1:1) dans des cageots rectangulaires en plastique (généralement de dimensions 60 cm x 40 cm x 23 cm). Dans des pays comme l’Inde, où des labéo roho sont même transportés par route sur plus de 3 000 km, le transport sur de longues distances de ces poissons sous glace en camions calorifugés est communément pratiqué. A présent, la transformation après récolte de cette espèce et la production de produits à valeur ajoutée n’existe dans pratiquement aucun des pays producteurs.
    Coûts de production  
    En général, les carpes sont des espèces de faible valeur dont le prix sur les marchés est de moins de 1 USD/kg au niveau du producteur; l’utilisation d’intrants majeurs tels que alevins, engrais et aliments supplémentaires, en plus des frais de main d’œuvre, est maintenue au minimum. En polyculture de carpes, l’aliment supplémentaire intervient pour plus de 50 pour cent du coût total des intrants; une gestion judicieuse des aliments est donc extrêmement importante si l’on veut améliorer les profits. En systèmes extensifs, pour une production de 2 à 3 tonnes/ha, le coût de production est d’environ 0,30 USD/kg; par contre, en système semi intensif, les coûts atteignent 0,5 à 0,6 USD/kg pour une production de 4 à 8 tonnes/ha.
    Maladies et mesures de contrôle
    Des antibiotiques et autres produits pharmaceutiques ont parfois été utilisés comme moyen de traitement; cependant, leur inclusion dans le tableau ci-dessous n’implique pas qu’ils sont recommandés par la FAO.
    MALADIEAGENTTYPESYNDROMEMESURES
    Ulcère (hydropisie infectieuse)Aeromonas spp., Pseudomonas spp.BactériesUlcérations; exophtalmie; distension abdominaleDétruisez les poissons fortement infectés; désinfectez les étangs avec solution à 0,5 ppm de KMnO4; pendant 10 à 12 jours, distribuez un aliment médicamenteux [mélangez à l’aliment de la sulphadiazine (100 mg/kg) ou terramycine (75-80 mg/kg)]
    ColumnarioseFlavobacterium columnarisBactériePlaques blanches soulevées, souvent avec une zone périphérique rougeâtre se transformant en tâches hémorragiques sur le corpsTraitement par immersion dans une solution à 500 ppm de KMnO4
    Œdème Aeromonas spp.BactériesEcailles hérissées, le corps ressemblant à un cône de pin; inflammation; ulcération; exophtalmie; distension abdominale Désinfectez l’étang avec du KMnO4 à 1 ppm; traitement par immersion pendant 2 min dans solution à 5 ppm KMnO4
    Saprolégniose (mousse)Saprolegnia parasiticaChampignonMoisissure ouateuse s’étendant sur le corps, pénétrant dans le tissu musculaire; pourriture morbide du muscleBain de NaCl à 3-4%; bain de KMnO4 (160 mg/litre) pendant 5 jours; bain de vert de malachite (1-2 mg/litre) pendant 30 min à 1 heure; traitement des étangs avec du formol à 20 ml/litre
    Branchiomycose (pourriture des branchies)Branchiomyces demigransChampignonChampignon se développe dans les vaisseaux sanguins des branchies, y causant une nécrose des tissus environnants; décoloration jaune brune et désintégration des tissus branchiauxAddition de chaux vive aux étangs affectés (50-100 kg/ha); si infections limitées, utilisez bain de NaCl à 3-5% pendant 5-10 min, ou bain de KMnO4 à 5 ppm pendant 5-10 min
    Ichtyophtiriase (ichtyo)Ichthyophhirius multifilisParasite (protozoaire)Peau, rayons des nageoires & opercules couverts de spores blanches; les poissons malades se frottent contre les surfaces submergées duresTraitement pendant 7-10 jours par immersion d’une heure par jour dans une solution de formol à 1:5000 ou dans du NaCl à 2%; désinfectez les étangs affectés avec chaux vive
    TrichodiniaseTrichodina reticulata, T. negreParasites (protozoaires)Invasion de la peau et des branchies chez juvénilesBain NaCl à 2-3% pendant 5-10 min; bain KMnO4 à 4 ppm pendant 5-10 min; traitement étang avec formol à 25 ppm
    Points blancs (myxoboliase) des branchiesMyxobolus bengalensis, M. hosadurgensisParasites (protozoaires)Faiblesse; émaciation; soulèvement des écailles le long des bords postérieurs; perte d’écailles; perforation d’écailles; perte de chromatophoresRéduisez la population de l’étang; ajoutez à l’aliment de la levure (1 g/kg); bain NaCl à 2-3% pendant 5-10 min
    Points blancs (myxoboliase) des écaillesMyxobolus sphericum, M. rohitaeParasites (protozoaires)Cystes sur les écailles avec couche fibreuse interne et externe d’origine épidermiqueRéduisez la population de l’étang; ajoutez à l’aliment de la levure (1 g/kg); bain NaCl à 2-3% pendant 5-10 min
    Dactylogyrose & gyrodactyloseDactylogyrus spp., Gyrodactylus spp.Parasites (trématodes monogénétiques)Branchies, nageoires et peau sont affectées; augmentation de la sécrétion de mucusTraitement par immersion pendant 5-10 min dans NaCl à 3-5% ou par bain dans solution formol à 100 ppm; traitement étang au formol à 25 ppm ou au KMnO4 à 4 ppm
    Diplostomiase (points noirs)Diplostomum pigmentataParasite (trématode digénétique)Nodules noirs dus à la présence de métacercaires (cystes) dans le corps; infection des yeux causant la cécitéEliminez la population de mollusques présente
    Argulose (poux du poisson)Argulus spp.Parasite (crustacé) Parasites visibles à l’œil nu, attachés à la tête et aux rayons des nageoires du poissonEtangs fortement infectés par Argulus doivent être drainés et asséchés; courte immersion dans KMnO4 à 5 ppm; trois traitements des étangs à une semaine d’intervalle avec 'Butox' (35 ml/ha-m)
    Syndrome ulcératif épizootique Aeromonas hydrophila, A. sorbia, Aphanomyces invadansBactérien et fongiqueSur la peau, grands ulcères peu profonds, rouges ou gris, avec zones nécrotiques; champignon couvert, plus profond dans la musculature; lésion de sévère dermatite et ulcèreTraitement de l’étang à la chaux vive (200 kg/ha); CIFAX (formulation de CIFA en Inde) à 0,1 ppm; maintien du bon état sanitaire de l’étang

    Expertise en ichtyopathologie

    Ce genre d’expertise peut être obtenue par exemple dans les institutions suivantes:
    • Central Institute of Freshwater Aquaculture, Inde.
    • Central Institute of Fisheries Education, Mumbai, Inde.
    • College of Fisheries, Mangalore, Inde.
    Statistiques
    Statistiques de production
      
    L’Inde est de loin le plus important producteur de labéo roho. Le Bangladesh et, dans une moindre mesure, le Myanmar sont également d’importants producteurs. La République démocratique populaire lao et la Thaïlande mentionnent également une production relativement faible.
    Marché et commercialisation
    Pratiquement tout le labéo roho produit en aquaculture est commercialisé sur des marchés locaux. La transformation après récolte est quasi inexistante. Cette espèce est une carpe grandement appréciée qui se vend sur les marchés à des prix relativement élevés. Généralement, ces poissons sont soit vendus à l’état frais sur le marché local, soit transportés sous glace vers des marchés urbains. Le labéo roho et le catlase vendent à un prix très similaire, qui est généralement de 10 à 20 pour cent plus élevé que celui de la carpe mrigal. En Inde, le transport de cette espèce sous glace en camions calorifugés se fait communément sur de longues distances qui peuvent atteindre 2 000 à 3 000 km. Cependant, du poisson frais, produit localement, se commercialise à un prix environ une fois et demi plus élevé que celui vendu sous glace. De plus, lorsqu’il est vendu vivant, sa valeur commerciale augmente de deux fois comparé à celle du poisson sous glace. Réglementation et contrôle gouvernementaux de la commercialisation de ces produits aquacoles n’existent pratiquement pas; le prix de vente est donc principalement dépendant de l’offre et de la demande.
    Situation et tendances
    Plusieurs facteurs ont positivement influencé le développement de l’élevage des grandes carpes indiennes:
    • Amélioration de la reproduction induite et de la production d’alevins.
    • Amélioration de la technologie de grossissement.
    • Améliorations dans l’alimentation et dans la gestion sanitaire.
    D’autre part, bien que l’hybridation intergénérique de la carpe mrigal, du labéo roho, du catla, de la carpe herbivore et de la carpe commune ait été essayée, les hybrides n’ont montré aucun avantage génétique par rapport aux stocks parentaux.

    D’autres facteurs ont causé des problèmes. L’adoption de pratiques d’élevage intensif, l’utilisation non réglementée d’intrants et le manque de connaissances scientifiques chez les pisciculteurs ont favorisé l’augmentation de l’incidence des maladies. Cependant, une insistance continue sur une gestion sanitaire conduisant au développement de moyens thérapeutiques a permis au secteur de se remettre de telles situations.

    L’Inde a déjà préparé un plan stratégique en vue de doubler la production aquacole d’eau douce par des augmentations de productivité et de surface. Le labéo roho étant une composante importante du système de polyculture de carpes, l’on peut s’attendre à ce que sa production en Inde soit doublée d’ici 2015. L’on s’attend à ce que le Bangladesh augmente également sa production de labéo roho. Le grand potentiel de croissance des grandes carpes indiennes a attiré l’attention de plusieurs pays du Sud-Est asiatique et du Moyen Orient.

    D’autres facteurs devraient également influencer favorablement le développement de l’élevage des grandes carpes indiennes, comme par exemple:
    • Reproduction sélective.
    • Pisciculture organique.
    • Exportations vers les pays du Sud-Est asiatique et du Moyen Orient.
    • Développement de la transformation et de produits à valeur ajoutée.
    Souvent, les statistiques officielles de production ne représentent pas la situation véritable, dû à l’absence de mécanismes appropriés et uniformes pour la récolte des données. Ceci a été un handicap sérieux pour la formulation de plans stratégiques de développement. Les informations disponibles concernant plusieurs pays représentent la production totale de carpes, plutôt que celle des espèces individuelles. Des directives uniformes pour le développement de bases de données pourraient donc grandement aider à déterminer la production actuelle et à établir des plans de développement pour le futur.
    Problèmes et contraintes majeurs
    Les carpes sont généralement élevées en un système fermé qui inclut des espèces herbivores et dans lequel des matières organiques sont utilisées comme sources principales d’intrants. Ceci en fait une pratique qui respecte généralement l’environnement. De plus, la compatibilité de labéo roho dans les systèmes de polyculture est bonne en ce qui concerne préférence d’habitat et régimes alimentaires. Cependant, la tendance des pisciculteurs à augmenter leurs revenus par unité de surface a conduit à une utilisation excessive d’engrais, d’aliments protéiniques et de produits chimiques, ce qui peut avoir de mauvais effets sur l’environnement. La compatibilité de labéo roho en systèmes de polyculture avec d’autres carpes a déjà été établie. Etant une espèce qui se nourrit entre-deux-eaux, elle préfère des étangs plus profonds (2 à 3 m de profondeur d’eau), ce qui est peu commun; en étangs moins profonds, elle ne réalise pas son potentiel de croissance optimum. Un autre problème assez courant, en particulier en présence de densités de mise en charge plus élevées, est la plus grande susceptibilité de labéo roho à l’argulose, comparé à catla et à la carpe mrigal.

    Pratiques pour une aquaculture responsable
    Etant un système cultural n’utilisant que peu d’intrants, la carpiculture n’a généralement pas été considérée comme présentant une menace pour l’environnement. Cependant, l’importance grandissante donnée au cours de ces dernières années à l’intensification en vue d’augmenter la production a résulté en l’utilisation accrue d’engrais chimiques, d’aliments, de produits divers (thérapeutiques, pharmaceutiques et chimiques), etc., ce qui donne lieu à quelque inquiétude. Il faudrait donc que les pays pratiquant ce genre d’aquaculture formulent des directives et imposent des mesures strictes de réglementation concernant l’utilisation judicieuse de ces intrants critiques. Il serait approprié d’appliquer les principes énoncés à l’article 9 du Code de conduite pour une pêche responsable de la FAO.
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