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Contexte

Depuis plus de cent ans et en particulier depuis le début des années 50, les sciences halieutiques jouent un rôle central dans la gouvernance des pêches de capture. Toutes les disciplines ont été mises à contribution – de la technologie à la bio-écologie et aux sciences sociales et, plus récemment à la science politique. Les deux premières disciplines ont cependant eu la part belle au fur et à mesure que des ressources ont été découvertes, que les pêcheries ont été développées et modernisées, et que les fondements de la gestion des ressources ont été mis en place. Avec la prise de conscience généralisée de la surcapacité des flottilles et de la surpêche qui ont conduit à un effondrement des pêcheries entre les années 70 et 90, les sciences sociales et politiques ont commencé à jouer un rôle croissant qui ne fera que s’intensifier. En outre, avec l’approche écosystémique des pêches, l’écologie quantitative revient rapidement sur le devant de la scène.
Des facteurs économiques, sociaux et politiques entrent inévitablement en jeu dans la mesure où les pays - dans le cas de ressources partagées - ou les collectivités qui les composent - dans le cas de ressources appartenant à l’État - se font concurrence pour tenter de maximiser les allocations ou les avantages qu’ils peuvent en tirer. Les éléments de base restent cependant les mêmes: une évaluation objective de la production durable que l’on peut attendre de la ressource et des conditions d’obtention de cette production. La définition d’autres options de gestion et de voies de transition possibles vers le changement doivent aussi être au centre de l’attention.

Mandat

Selon la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, les décisions de gestion doivent être fondées sur les meilleures données scientifiques disponibles. La recherche est donc la pierre angulaire d’une gestion rationnelle des pêches et elle est essentielle pour l’avenir des pêches et de l’aquaculture, ainsi que pour la planification et la gestion du secteur (contrôle de la capacité de pêche, reconstitution des stocks etc.).

Défi mutidisciplinaire

L’efficacité de la gestion des pêches repose dans une large mesure sur une connaissance et une compréhension précise de la situation, des tendances et des relations de cause à effet, en termes d’abondance, de dynamique et de résilience des ressources halieutiques et de l'environnement dans lequel elles évoluent. Elle dépend également d'une bonne compréhension du secteur des pêches, de sa situation, de son évolution, de sa structure, de sa dynamique sociale et économique ainsi que des marchés sur lesquels le secteur fait ses transactions. Tous ces éléments impliquent la collecte et l'analyse de données ainsi que la définition de modèles complexes mettant en relation les différents aspects du secteur des pêches, du fait que l’expérimentation est le plus souvent impossible. L’information sur les ressources (leur environnement, leur abondance, leur santé et leur résilience à la pêche), le secteur de la pêche (ses techniques, ses investissements, sa rentabilité économique, ses coûts et ses dimensions sociales) et le marché (offre, demande ; prix et perspectives) est essentielle pour:

  • le développement et la gestion d’une pêche responsable et durable;
  • l’élaboration de plans de développement et de gestion, ou de stratégies de reconstitution des stocks;
  • l’établissement de systèmes d’indicateurs de la durabilité ;
  • la mise en œuvre de l’approche de précaution;
  • la mise au point de techniques moins coûteuses et plus respectueuses de l’environnement;
  • l’amélioration de la transformation des aliments;
  • la création de valeur ajoutée et plus généralement,
  • la réglementation et l’administration des pêches.


L’avenir des pêches de capture mondiales dépend tout d’abord de leur capacité de s’adapter aux défis de la mondialisation et d’améliorer leur gouvernance. Il dépend aussi dans une large mesure de la relation entre la science halieutique (au sens large, c’est-à-dire, telle qu’elle est nécessaire pour une évaluation et des avis exhaustifs) et le processus d’élaboration des politiques et de gestion (où la science est appliquée).

Collaboration internationale

Les pêcheries importantes sont souvent exploitées par plusieurs pays et réglementées par des commissions régionales des pêches ou des coalitions politiques. Dans certains cas, la commission dispose d’un mécanisme qui lui est propre pour produire les avis scientifiques dont elle a besoin. Dans d’autres, les informations scientifiques sont rassemblées et soumises par les délégations qui seront appelées à prendre les décisions de gestion.

Quoiqu’il en soit, les données sont assemblées et analysées par le personnel technique, les conséquences probables des autres décisions potentielles sont calculées et évaluées, des recommandations peuvent être formulées et les décisions finales sont prises par les administrateurs ou les responsables des politiques des pêches. De tous temps, des intérêts nationaux à court terme ont tendu à prévaloir sur les impératifs de conservation à long terme, en particulier lorsque les avis scientifiques ont été donnés sans conviction, ou ont été contradictoires ou peu concluants.

Renforcement des capacités

Des progrès doivent encore être accomplis pour renforcer les capacités nationales (en particulier dans les pays en développement et dans les petits États insulaires) et pour garantir la transparence des décisions. Il faut aussi progresser dans le domaine-même de la science halieutique pour accroître la contribution des sciences sociales ; améliorer la compréhension de la structure, du fonctionnement et de la résilience des écosystèmes ; normaliser les indicateurs de durabilité et généraliser leur emploi ; et perfectionner les applications de l’approche de précaution

Science et incertitude

Souvent, les gestionnaires des pêches doivent fonder leurs décisions sur des données assorties d'un degré élevé d'incertitude, principalement pour trois raisons. Premièrement, la variabilité statistique liée au prélèvement d'échantillons d'organismes le plus souvent invisibles qui se déplacent t sur les vastes étendues que sont les océans. Deuxièmement, le caractère transitoire des connaissances sur les populations, leurs préférences, leurs attentes et leurs motivations. Troisièmement, la complexité inhérente du fonctionnement des systèmes socio-écologiques des pêcheries qui évoluent sous la pression de forces internes et externes. Pour toutes ces raisons, la compréhension des processus qui déterminent l’état futur du système ne peut être que très incomplète, d’où notre incapacité à les prévoir et à les contrôler complètement. La reconnaissance de cette complexité est la première étape d’une approche systémique des pêches. Il est indispensable de tenir compte de cette incertitude pour commencer à appliquer une approche scientifique des pêches fondée sur le principe de précaution.

 
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