FAO FOCUS
Les femmes et les ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture


Dans l'Afrique subsaharienne et dans les Caraïbes, les femmes produisent 60 à 80 pour cent des denrées alimentaires de base. En Asie, les femmes accomplissent - dit-on - plus de 50 pour cent des travaux liés à la riziculture. Dans l'Asie du Sud-Est, le Pacifique et l'Amérique latine, les jardins potagers cultivés par les femmes représentent quelques-uns des systèmes agricoles les plus complexes que l'on connaisse. Les femmes sont à l'évidence des "agriculteurs" à part entière, et les cultivatrices apportent une contribution substantielle à la conservation et à la gestion générales des ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture.

Mais les femmes sont, trop souvent, des cultivateurs "invisibles" et la part qu'elles prennent à la conservation et à la valorisation des ressources phytogénétiques passe inaperçue. C'est que les femmes ont tendance à sous-estimer leurs propres tâches (tout comme le font les hommes de la famille quand on leur demande ce que les femmes font) et que les services de recherche et de vulgarisation sont, dans une proportion écrasante, destinés aux cultivateurs hommes. Les hommes sont probablement plus disposés à écouter les "conseillers" ou vulgarisateurs agricoles qui leur conseillent la toute dernière variété mise au point par des chercheurs extérieurs - variétés qui trop souvent supplantent les espèces indigènes. Les femmes, quant à elles, sont plus enclines à apprécier la variété des races de pays cultivées traditionnellement qu'elles ont conservées, et elles continueront à innover et à créer sans aide extérieure.

Les agriculteurs, hommes et femmes, ont souvent des connaissances différentes de choses différentes; les uns et les autres peuvent aussi avoir une connaissance différente de choses similaires et n'auront pas la même façon d'organiser et de transmettre leur savoir. Dans les domaines liés à la valorisation et à la conservation des ressources phytogénétiques, ils élaboreront, créeront et transmettront un savoir différent - et souvent spécialisé - concernant diverses espèces, différentes variétés et différents écosystèmes.

Au cours des générations, les femmes ont collecté et mis au point des semences présentant des propriétés différentes, comme la résistance d'une plante à la maladie et aux attaques de ravageurs, ses caractéristiques d'entreposage et correspondant à des préférences diététiques - saveur, couleur, texture, consistance et propriétés culinaires.

Les femmes et les hommes peuvent avoir la connaissance de microclimats et d'écosystèmes différents, suivant l'emplacement, la pente et les caractéristiques du sol. Ils choisiront et mettront au point des semences et autre matériel de plantation correspondant à différents champs et portions de champ. Par exemple, pour des emplacements sableux et exposés, ils pourront choisir un matériel résistant à la sécheresse.

Dans beaucoup de ménages, ce sont souvent les femmes qui gèrent les éléments du système agronomique qui se caractérisent par une forte diversité, comme les jardins potagers dont on a pu dire qu'ils sont des "stations expérimentales informelles". Elles peuvent aussi faire usage de parcelles en friche et de zones marginales des terres communales pour la cueillette de plantes sauvages qu'elles utilisent pour leur valeur alimentaire et médicinale ainsi que pour la production de semences. En réalité, les femmes sont souvent les principaux utilisateurs de ressources qui sont le bien commun qu'elles utilisent pour pourvoir aux besoins du ménage. En produisant les cultures vivrières de base, elles assurent l'approvisionnement de la famille tout au long de l'année, mais aussi à l'occasion des fêtes et cérémonies religieuses. Dans le cadre de ces activités, les femmes sont à l'origine de nombreuses innovations.

Pour se rendre compte des innovations apportées par les femmes et de leur connaissance des ressources phytogénétiques, il suffit de considérer l'ensemble du cycle de production, depuis le choix des semences et des plants et même de l'emplacement des potagers, jusqu'au stockage et à l'utilisation du matériel phytogénétique, en passant par la sélection et l'expérimentation végétales, la gestion des cultures, des jardins potagers et des terres communales. Une cultivatrice, mettant à profit la masse d'expériences et de connaissances qu'elle possède, planifiera rigoureusement et systématiquement le dosage des espèces végétales, leur répartition et leur disposition dans le champ, et la date d'activités telles que le désherbage.

Jardins potagers

Les jardins potagers entretenus par les femmes sont souvent des "stations expérimentales informelles" à l'intérieur desquelles elles transfèrent, favorisent et soignent les espèces indigènes, les expérimentant à fond et les adoptant en fonction des produits spécifiques et si possible variés qu'elles sont à même de fournir.

Une récente étude faite en Asie a montré que 60 jardins potagers d'un seul et même village recélaient quelque 230 espèces végétales différentes. La diversité de chaque potager allait de 15 à 60 espèces. Certains de ceux-ci avaient été délibérément épargnés lorsque la forêt avait été défrichée pour bâtir des logements. Ces différents jardins potagers représentent souvent un refuge important où sont conservées les espèces et les variétés les moins communes.

Un autre exemple qui provient des Andes montre l'étendue du savoir que les femmes possèdent en matière de diversité des semences et l'importance de leurs innovations à l'égard des ressources phytogénétiques. Alors que la pomme de terre se multiplie normalement par reproduction asexuée, c'est-à-dire en plantant des tubercules entiers ou des sections de tubercules, beaucoup de vieilles femmes de Cuzco, au Pérou, utilisent de "véritables semences de pomme de terre". Avant la récolte, les femmes ramassent et laissent intentionnellement pourrir les fruits de la pomme de terre jusqu'à ce qu'ils soient prêts à être planter. Juste avant la pluie, les femmes plantent les semences qui ont été activées par les processus chimiques intervenant durant le pourrissement. Le moment venu, les toutes petites pommes de terre de semences sont récoltées et mises de côté en attendant l'année suivante; elles seront alors plantées et produiront des tubercules de première génération. Les femmes trient ces "semences-tubercules" en fonction de leur forme, de leur saveur, de leur couleur, de leur résistance au gel, de leur qualité d'entreposage, de leur résistance aux ravageurs et aux maladies et autres caractéristiques.

Pour en savoir plus, voir "Les femmes et les ressources phytogénétiques" (pages web du Département du développement durable)



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