Impacts du secteur forestier sur l’introduction et la propagation d’espèces exotiques envahissantes

Les activités du secteur forestier peuvent contribuer à l’introduction et la propagation d’espèces exotiques envahissantes par les pratiques d’utilisation des forêts et l’introduction volontaire d’espèces à des fins commerciales, pour l’agroforesterie et pour d’autres objectifs.

L’utilisation des forêts, notamment les pratiques comme la récolte de bois, l’extraction de produits non ligneux, la construction de chemins forestiers et de routes pour le transport du bois et la mise en place d’installations destinées aux chantiers d’exploitation, ainsi que la conversion des forêts naturelles en plantations, peuvent avoir des impacts négatifs directs et indirects sur les fonctions écologiques des forêts et la biodiversité forestière en encourageant l’invasion d’espèces exotiques.

Construction d'un chemin forestier au Bhoutan (FAO/FO-0822/N. Winkler)
Construction d'un chemin forestier au Bhoutan (FAO/FO-0822/N. Winkler)

Les chemins forestiers fournissent un accès essentiel aux chantiers d’extraction du bois, et pour la gestion et la surveillance des ressources forestières et, partant, sont une nécessité pressante pour la gestion et l’utilisation forestières durables. Cependant, lorsqu’ils sont mal conçus et entretenus, ils causent sont souvent une série de problèmes environnementaux liés aux opérations d’exploitation forestière. Dans certains cas, les chemins forestiers peuvent également provoquer ou accélérer l’invasion des espèces exotiques qui finissent par évincer les espèces indigènes. En outre, les niveaux accrus d’activité humaine dans des zones jadis inaccessibles, facilités par les chemins forestiers, causent de nombreux problèmes environnementaux, y compris l’introduction éventuelle d’espèces exotiques.

Les activités du secteur forestier peuvent promouvoir l’éclosion ou la réapparition de maladies infectieuses qui compromettent la santé humaine et celle d’autres espèces. La coupe rase et la construction de routes augmentent souvent l’exposition des travailleurs à des maladies infectieuses comme le virus de l’immunodéficience humaine (VIH), le virus d’Ebola, la fièvre de Marburg, la fièvre jaune, la leishmaniose, le paludisme et le virus de la rivière Ross. L’exploitation peut changer l’abondance, l’étendue et la qualité des habitats larvaires aquatiques pour l’anophèle, vecteur du paludisme, et, en perturbant le tapis forestier, creuser des dépressions qui captent et retiennent l’eau, créant ainsi de nouveaux lieux de reproduction pour les moustiques.

La déforestation peut mettre les humains en contact plus étroit avec les vecteurs de maladies comme la leishmaniose, la fièvre jaune, la trypanosomiase (la maladie du sommeil africaine et la maladie de Chagas), et le virus de la maladie de la forêt de Kyasanur. De même, l’abondance de certains réservoirs animaux augmente près de la limite entre la forêt et les établissements humains, accroissant par là même les risques d’exposition humaine aux agents pathogènes. La destruction de l’habitat forestier peut provoquer l’élimination, le remplacement ou l’éradication d’espèces vecteurs dominantes et, parfois, les espèces de remplacement sont des vecteurs plus actifs de la maladie, comme il a été observé dans le cas du loa-loa et de l’onchocercose. La déforestation et la désertification peuvent aussi provoquer des changements dans la répartition de vecteurs comme la tique, la mouche noire, la mouche tsé-tsé et l’anophèle.

Les travailleurs forestiers, comme ce bûcheron, qui oeuvrent dans les forêts tropicales du Suriname, sont souvent plus exposés à des maladies infectieuses et à leurs vecteurs (FAO/FO-0760/M. Noebauer)
Les travailleurs forestiers, comme ce bûcheron, qui oeuvrent dans les forêts tropicales du Suriname, sont souvent plus exposés à des maladies infectieuses et à leurs vecteurs (FAO/FO-0760/M. Noebauer)

Les activités de reboisement peuvent également influencer la dynamique des populations de vecteurs et réservoirs qui promeuvent l’éclosion de maladies infectieuses.

Le secteur forestier lui-même est une importante source d’espèces exotiques envahissantes. De nombreuses espèces arborescentes utilisées à des fins commerciales dans beaucoup de parties du monde sont exotiques ou non endémiques. Des centaines d’espèces ont aussi été établies à grande échelle avec succès pour de nombreux objectifs, y compris le boisement, la lutte contre la désertification et l’érosion et l’approvisionnement en bois de feu et autres produits forestiers. Cependant, ces introductions volontaires peuvent avoir maintes conséquences involontaires et coûteuses lorsque les espèces transcendent les limites de la plantation et envahissent les écosystèmes naturels. Les plantations d’arbres exotiques nuisent souvent à la biodiversité et aux ressources en eau des zones reboisées. Les espèces exotiques qui se propagent hors des plantations pour infester les zones naturelles ou semi-naturelles et les aires réservées à la conservation et la production d’eau, exercent des impacts considérables sur les propriétés et les fonctions de l’écosystème.