Espèces exotiques envahissantes. Leurs impacts sur les forêts et la foresterie
Enquête sur les effets de l’introduction de Prosopis en Afrique sahélienne.
HistoriqueDans les années 1960 et 1970, la FAO et d’autres organisations internationales ont aidé les pays de la zone sèche de l’Afrique subsaharienne et du Proche-Orient à accéder à de nouvelles sources d’espèces arborescentes et arbustives, qui ont été introduites au titre de programmes nationaux sur la conservation des sols, la lutte contre la désertification, la production de bois de feu, de fourrage et d’aliments et la remise en état générale de l’environnement. A la FAO, plusieurs services s’occupant de sécurité alimentaire, agriculture et forêts ont œuvré à la promotion des espèces d’ Acacia et de Prosopis . Un certain nombre de programmes et de projets sur la collecte et l’échange d’informations, l’accès au matériel génétique et sa fourniture, les essais et l’introduction, la production de bois de feu et la protection des forêts ont été entrepris dans le Sahel, où une série de sécheresses associées à des pénuries de vivres et de bois de feu ont contribué à une grave dégradation de l’environnement et à l’accroissement de la désertification.
Après l’étape des essais et de l’introduction, l’attention portée à Prosopis au plan international a sensiblement baissé, du fait sans doute que les objectifs initiaux des projets d’introduction paraissaient réalisés et que la ressource était désormais disponible dans les pays cibles. Plus récemment, à la lumière de l’expérience passée, et du fait que l’emploi de Prosopis va croissant, on s’est préoccupé des impacts négatifs de la propagation de l’espèce. Son caractère envahissant est signalé dans un certains nombre d’endroits dans tout le Sahel. Par ailleurs, on cite certaines histoires de succès qui parlent de consolidation de l’environnement et de l’emploi accru de l’essence par les populations locales.
PerspectivesProsopis s’est naturalisée dans plusieurs zones du Sahel et fait désormais partie intégrante des écosystèmes naturels et cultivés ; son éradication intégrale, promue par certains groupes d’écologistes, est pratiquement irréalisable techniquement et économiquement dans de nombreuses zones. En outre, il ne suffit pas d’affirmer simplement que, s’agissant d’un envahisseur exotique, l’essence doit nécessairement être éradiquée. Le cas de Prosopis présente une équation complexe qui comporte une série d’avantages et de coûts, et de promesses et de menaces, dans un vaste éventail de situations sociales et économiques.
Du point de vue biologique, l’espèce, dans son nouvel environnement, offre des occasions exceptionnelles d’étudier l’intégration et l’adaptation d’une plante ligneuse exotique sur une période de temps prolongée (dans certains pays, des introductions ont été documentées depuis 1930, bien que la plupart des semences n’aient été importées que dans les années 1960 et 70). L’arbre est présent dans un grand nombre d’écosystèmes agricoles dans l’ensemble du Sahel où il se propage naturellement ou grâce aux plantations, En tant que légumineuse, il est susceptible d’exercer un impact sur la faune sauvage et les animaux domestiques, les pollinisateurs, la fertilité du sol, l’utilisation de l’eau et la dynamique de la végétation naturelle et d’autres plantes introduites.
Bien qu’il s’agisse d’un arbre ou arbuste à multiples objectifs, procurant un éventail complet de produits et de services aux communautés locales, Prosopis a eu, dans certains cas, des effets défavorables sur les utilisations traditionnelles des terres, causant notamment l’amenuisement des terrains de parcours (dans les zones plus sèches) et les zones agricoles irriguées (autour du lac Tchad au Niger, par exemple). L’espèce paraît coloniser naturellement les zones arides dégradées et remplit, dans une certaine mesure, une niche écologique occupée autrefois par des acacias indigènes et d’autres plantes ligneuses qui, avant les introductions de Prosopis , avaient déjà été gravement réduits par la surexploitation. L’essence contribue, dès lors, à la remise en état partielle d’un important peuplement de producteurs dans un écosystème fragile.
Du point de vue socioéconomique, les rapports signalent régulièrement les différents usages de l’arbre (et ses différentes provenances) qu’en font divers groupes ruraux. Cela pourrait être dû, dans une certaine mesure, au fait que les espèces et variétés de Prosopis ont parfois des caractéristiques génétiques différentes, mais les expériences et les connaissances locales varient aussi parmi les groupes humains. Ces divers usages influencent les moyens d’existence, notamment des plus pauvres. Les questions de parité représentent aussi un aspect important, puisque les enfants, les femmes et les hommes exploitent l’essence de diverses façons.
Du point de vue de la biosécurité, le cas de Prosopis illustre la façon empirique dont plusieurs introductions végétales ont été entreprises dans le secteur agro-forestier en négligeant les risques d’invasion ou sans en tenir compte. La situation est sensiblement différente en ce qui concerne les pêches, où des études d’impact sur les espèces halieutiques introduites ont été réalisées il y a plus de 20 ans, et des méthodes ont été mises au point pour documenter les risques et renseigner les utilisateurs potentiels. Le cas de Prosopis pourrait inciter à la réflexion sur les introductions futures d’espèces et de génotypes dans de nouveaux environnements, car elles produiront probablement aussi un ensemble complexe de dangers et d’avantages.
JustificationGrâce au soutien financier du Programme de partenariat FAO-Pays-Bas sur la biodiversité agricole, un programme interdisciplinaire a été lancé en 2003 pour examiner et documenter les effets de l’introduction de Prosopis spp. dans les pays sahéliens, en adoptant une approche écosystémique (comprenant des activités humaines). Le programme fournira des points de vue sectoriels et analysera les effets positifs et négatifs de l'espèce sur l’environnement et la vie des populations. Une étude de cas sur les perspectives de l’utilisations de Prosopis et ses problèmes est en voie d’achèvement.
