XI CONGRES FORESTIER MONDIAL

13- 22 Octobre 1997, Antalya, Turquie




VOLUME 8


E. COMPOSITIONS DES ETUDIANTS

Foresterie et developpement durable à l' aube du XXI èmesiècle

Jayeola Omotola Abiola 1

Le développement durable devrait être considéré comme une forme de développement économique à perpétuité, basée sur l'exploration et l'exploitation des ressources de la terre à la fois renouvelables et non renouvelables mais n'entraînant que des dommages faibles ou négligeables pour l'environnement. Le concept de développement durable a été analysé de différentes manières, comme, par exemple, en 1987, sous le titre "Notre futur commun", où la Commission mondiale sur l'environnement et le développement affirme que "L'humanité a la capacité de mettre en oeuvre le développement durable de telle sorte qu'il puisse satisfaire les besoins du présent sans compromettre la possibilité pour les générations futures de faire face à leurs propres besoins". Le concept de développement forestier durable est cependant limité par l'état actuel de l'organisation technologique et sociale sur les ressources forestières, ainsi que par les capacités de la biosphère d'absorber les effets de l'activité humaine. Par conséquent, le développement forestier, qui se conjuguera probablement avec la durabilité dès le prochain siècle et par la suite, doit être tridimensionnel. En premier lieu, le développement ne doit ni endommager ni détruire le système supportant les éléments de base pour la vie sur la planète terre: l'air, l'eau, le sol et le système biologique (respectivement les émissions de CO2, l'envasement et la destruction de l'habitat), ni dégrader les ressources naturelles desquelles dépendent les économies humaines et les activités sociales. Deuxièmement, il doit être capable de fournir en flux continu les biens et les services générés par la forêt dans son ensemble, de manière durable et sans épuiser les ressources. La troisième dimension d'un bon projet forestier dans le cadre du développement durable est qu'il devrait exister un système social tout aussi durable, à la fois au plan international, national, local et même familial. Un tel système devrait par ailleurs garantir une répartition équitable des bénéfices produits par ces biens et services.

Cet essai s'efforce donc d'aborder les multiples défis posés par la foresterie en vue d'un développement durable, tout en suggérant ce qui peut d'ores et déjà être fait pour toucher au but le plus rapidement possible. Nous préconisons par conséquent la nécessité de mettre en oeuvre, entre autres, la recherche et le développement, l'afforestation extensive, le reboisement, la conservation de la biodiversité, la réduction du déboisement ou encore les échanges d'informations.

FORET ET FORESTERIE

Les non-forestiers ont tendance à considérer la forêt comme un type de végétation dominée par des espèces boisées, qui culminent en une voûte plus ou moins ouverte ou fermée et d'où l'herbe serait virtuellement absente. Or une telle assertion sous-estime largement la véritable nature de ce qu'est une forêt. On peut donc affirmer qu'une forêt est une ressource naturelle renouvelable2 quiproduit du bois d'oeuvre et d'autres produits non ligneux pour la sphère domestique et industrielle, de la nourriture et un abri pour les animaux sauvages et domestiques, qui sert à la protection du sol et à la valorisation de l'eau, et fournit des possibilités ultérieures d'activités récréatives. La science qui traite des aspects théoriques et pratiques liés à la constitution, à la gestion et à l'utilisation rationnelle des ressources forestières pour une production continue des biens et services nécessaires à l'existence humaine s'appelle la Foresterie. Or la gestion de la foresterie requiert l'application de méthodes commerciales et de principes forestiers techniques afin de permettre et garantir une exploitation efficace des ressources de la forêt.

BENEFICES DE LA FORESTERIE

On ne peut situer librement la question de la Foresterie pour un développement durable3 dans le passé, le présent ou le 21ème siècle sans faire ressortir dans le détail les bénéfices générés par la forêt, considérée comme une ressource renouvelable. Ces bénéfices peuvent être classifiés en quatre catégories principales: il s'agit des produits dérivés du bois, des produits de la forêt non ligneux, des services de protection et de régulation de la forêt, et des services socio-culturels.

Les forêts sont des réservoirs de ressources ligneuses variées et inestimables, utiles à l'humanité. Par exemple, l'espèce Lophira alata est désignée sous le nom de bois de fer à cause de sa dureté et de ses propriétés de résistance. Les ressources en bois d'oeuvre des forêts, telles que les grumes, les bois de service et les poteaux, contribuent grandement au développement économique de chaque pays et du monde entier. Le bois d'oeuvre est utilisé pour la construction, l'ameublement, les manches d'outil ou les décorations d'intérieur. Cependant, sa contribution au produit intérieur brut (PIB) de chaque pays n'est ni suffisamment documentée, ni ne saurait être surévaluée. Et, puisque la forêt naturelle 4 ne peut plus faire face à la demande croissante en bois, l'attention se tourne maintenant vers ce qu'on appelle la foresterie des plantations5 , l'OIBT (1993) rapportant que les plantations d'arbres ne peuvent se substituer de façon satisfaisante à la forêt naturelle, pas plus que les arbres qui poussent trop rapidement ou les services qu'ils génèrent ne sont comparables aux produits boisés des écosystèmes riches et variés des Tropiques6 ; par conséquent, la foresterie des plantations peut jouer un rôle complémentaire important dans la Foresterie Tropicale, en aidant à réduire certains des impacts causés par le déboisement. Le Tableau 1 illustre les zones de plantations, y compris les parcelles boisées dans les régions tropicales et sub-tropicales les plus chaudes du monde, en mettant bien en évidence le rôle complémentaire que tiennent les plantations dans la foresterie durable.

Bien que l'approvisionnement en bois fourni par la forêt soit classifié comme l'un des produits forestiers majeurs7 , ceux qu'on nomme les produits mineurs 8 de la forêt, qui ont jusqu'à présent toujours été négligés par les scientifiques, sont maintenant en train de devenir les produits majeursdans bien des régions du globe. Les produits forestiers non ligneux (NTFP - Non Timber Forest Products) fournissent différents produits bénéfiques aux hommes. Bien que sous-estimés, les produits forestiers non ligneux représentent une part importante de l'économie de nombreux pays en voie de développement. En effet, des centaines de millions de personnes dépendent de la forêt pour leur nourriture, la médecine, les matières premières ou leurs revenus (Spore 59 1995), autant d'éléments dérivés des produits forestiers non ligneux. Ces produits comprennent le bois de chauffage, les pâtes de bois, les gommes, les huiles, les résines, les plantes médicinales, plusieurs espèces de nourriture sauvage, en passant par la vigne, les fougères ou les teintures. Juste en Inde, entre 1986 et 1987, la consommation estimée en bois de chauffage s'est élevée à 235 millions de m3, tandis que la demande en bois pour les autres emplois, tous usages confondus, atteignait 30 millions de m3 (OIBT 1993). Le Tableau 2 montre la production et l'emploi courant des récoltes de certains produits forestiers non ligneux en 1993, regroupant le fourrage et les herbages pour le pâturage in situ, les bambous et les cannes, qui sont maintenant très demandés pour leur fibre servant à la production du papier, la rayonne ou d'autres formes de mélange de cellulose, ainsi que les décorations d'intérieur. Les huiles essentielles et les jus sont produits à partir des fleurs, des fruits, des feuilles et de l'écorce de certaines plantes telles que Madhuca indica (Mahua), Azadirachta Indica (Neem), Shorea robusta (Sal), Pongamina Pinnata, Chrysophyllum albidum ou Anarcardium Occidentale, pour n'en citer que quelques-unes. Les huiles produites sont utiles à la fabrication industrielle des savons, des cosmétiques, des médicaments et autres substances pharmaceutiques. Les jus extraits de Chrysophyllum et Anarcardium sont respectivement anti-cancéreux et riches en vitamines. Les gommes provenant des feuillus tropicaux, ainsi que les résines des arbres tempérés plantés le long des canaux, sont largement employées dans les industries chimiques, alimentaires et pour la fabrication de boissons.

Tableau 1 Zones de plantations incluant les parcelles boisées dans les régions tropicales et sub-tropicales (x 000 ha)

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Les types d'apport des produits forestiers non ligneux au développement de l'humanité sont si nombreux qu'il est impossible de prétendre en faire un décompte exhaustif; par exemple, il a été dit qu'il y a dans le monde entre 5 et 30 millions d'espèces appartenant à la flore et à la faune sauvages, dont seulement de 1 à 4 millions ont été identifiées et décrites (Amubode 1995), et même si le potentiel des espèces décrites n'a pas encore été confirmé. En 1995, Spore 59 décrivait la richesse d'une forêt en fonction des activités liées à la chasse, la nutrition, la médecine ou la génération de revenus, et concluait que la menace ou l'extinction de ces ressources équivaudrait à une menace pour la vie même de millions de personnes.

La forêt agit comme un rempart contre les paysages ingrats, protège le sol contre l'érosion, régule la température, sert à piéger le carbone et détermine le micro-climat qui caractérise le milieu forestier, en purifiant ainsi l'environnement dans son ensemble. Les arbres situés sur une zone montueuse peuvent entraîner des chutes de pluie, en prévenant ainsi la sécheresse, la désertification, l'envasement des barrages, et contribuent à une gestion plus efficace des bassins versants et des marécages. Les arbres favorisent le recyclage des nutriments et augmentent la fertilité du sol, en produisant de l'humus à partir des feuilles mortes, chose qu'on peut aisément constater dans une ferme agro-forestière où les Leguminosae sont plus abondantes. La forêt est un élément crucial pour l'agriculture, au niveau de l'aménagement du territoire, de l'utilisation intégrée des terres ou des méthodes d'agriculture itinérante, et tout spécialement dans les Tropiques, où la terre est généralement considérée plus pauvre par rapport aux écosystèmes de la forêt tempérée.

Dans le cadre des Services socio-culturels, la forêt génère également des opportunités d'emploi. Dans le monde entier, des groupes de personnes de tout âge sont impliqués dans les activités forestières. Les possibilités d'emploi en foresterie sont vastes et nombreuses, même si les données au niveau mondial ne sont pas encore disponibles. Ces activités forestières vont de la plantation des arbres aux opérations d'entretien, de la récolte du bois à son traitement, de la transformation du bois en pâte à la récolte des produits forestiers non ligneux, en passant par l'utilisation d'autres services indirectement induits, tels que le transport, les ventes ou la commercialisation des produits forestiers etc., sans que la liste ne soit exhaustive. Beaucoup d'industries, qui donnent du travail à un grand nombre de salariés, dépendent également de la forêt pour leur subsistance, telles que, par exemple, les scieries, les industries du meuble ou autres industries de la transformation du bois, qui ont besoin des matières premières forestières pour assurer la durabilité de leur production. Les populations rurales, qui comptent pour plus de 50% de la population mondiale, sont évidemment celles qui dépendent le plus des forêts pour leurs moyens d'existence.

VUE D'ENSEMBLE DES RESSOURCES FORESTIERES MONDIALES

La forêt tropicale est l'un des principaux types de forêt et se trouve dans plus de quatre-vingt (80) pays, représentant approximativement un tiers (1/3) du couvert forestier mondial (WRI 1992). Les forêts tropicales se rencontrent dans différents milieux, des forêts luxuriantes jusqu'aux forêts humides sempervirentes, en passant par les forêts claires d'épineux arides.

Les forêts tropicales humides croissent sous les hautes températures et l'humidité des basses latitudes, de chaque côté de l'équateur, entre les latitudes 23°27' Nord et Sud. Elles sont représentées par trois formations végétales différentes, à savoir la formation Américaine, qui se situe au Brésil dans le bassin de drainage de l'Amazone et sur les contreforts des Andes, et s'étend au nord jusqu'à Panama, la Costa Rica et à l'Est de l'Amérique Centrale; la formation Indo-malaise regroupe environ trente pour cent (30%) des forêts tropicales, pour la plupart fragmentées et dispersées sur les îles de Malaisie et les Philippines. La forêt de mousson asiatique et les forêts claires de caducifoliés secs séparent les forêts sempervirentes de la péninsule malaise, de Myaumar et de Thaïlande, de celles de la région côtière du Cambodge et du Vietnam. Les forêts de Shrilanka et de l'Inde de l'Ouest sont également isolées de la région principale. La formation atteint sa limite sud dans le Queensland de l'Est (WRI 1993). Dans la formation Africaine enfin, la plupart des zones forestières des écosystèmes tropicaux se trouvent dans le bassin du Congo au Nord du Zaïre, la limite Est étant essentiellement formée par la zone du rift africain; à l'Ouest, la forêt atteint la côte de Guinée, où elle se restreint à la partie Sud du Nigeria, à la République du Bénin et au Togo. Les conditions climatiques de sécheresse qui caractérisent habituellement la bande Togo - Dahomey, séparent les forêts du Ghana, de la Côte d'Ivoire, du Liberia et de la Sierra Leone du reste de la formation Africaine. Les restes des forêts de l'Est de Madagascar sont également reconnues comme faisant partie de cette formation (UICN 1992).

Parmi les autres écosystèmes forestiers majeurs de la planète, on trouve les forêts tempérées, les forêts de conifères, les conifères boréals, les forêts tempérées de caducifoliés, les prairies montagneuses de la savane tropicale, le désert et la toundra. Les forêts de conifères occupent la moitié supérieure de l'Hémisphère Nord, et s'étendent sur une partie du Canada et des Etats-Unis, de la Scandinavie, de la Russie et de la Chine (Tariq Hussein 1989). Plus au Sud, le climat devenant plus chaud, les conifères à aiguille sont remplacés par des feuillus tels que le chêne ou le hêtre. De larges zones des Etats-Unis, de l'Europe, de la Russie et de la Chine sont recouvertes par des forêts de caducifoliés dont les arbres perdent leurs feuilles à l'approche de la saison froide. La répartition des conifères tempérés et des forêts de caducifoliés forme une mosaïque complexe (Tariq Hussain 1989) plutôt que deux bandes distinctes, le type de végétation de haute altitude étant similaire à celle des hautes latitudes. Les conifères tempérés croissent dans les zones montueuses et montagneuses bien au Sud de leur zone normale, en accentuant ainsi cet effet de mosaïque dans les latitudes tropicales supérieures. Les terres arides et semi-arides de l'Afrique du Nord, de l'Asie et de l'Amérique Latine sont recouvertes par la savane, où les arbres sont largement disséminés sur des plaines herbeuses.

Il est difficile de déterminer avec précision l'extension des forêts dans le monde, à cause du fort taux de déboisement et de végétation perdue du fait de l'agriculture itinérante et des changements climatiques dus à la dégradation de l'environnement, mais Tariq Hussain (1989) indique que les forêts denses recouvrent 2,8 milliards d'hectares, soit 21 pour cent de la surface des terres émergéesde la planète. Ce chiffre doit évidemment être pris avec précaution, vu que les estimations des zones de forêts claires sont largement incertaines, et que l'actuelle densité des plantations d'arbres dans ces zones est souvent très faible.

LES DEFIS DE LA FORESTERIE ET DU DEVELOPPEMENT DURABLE AU XXIèmeSIECLE

Le développement durable implique l'entretien continu de la qualité de la forêt, en termes de volume sur pied et du respect de l'équilibre dynamique entre les différents composants biotiques et abiotiques et la diversité génétique, tout en assurant une production soutenue de produits économiquement viables. Pour ce faire, de nombreux problèmes affectant l'écosystème 9 forestier mondial devront être résolus ou atténués avant ou au cours du 21ème siècle. Notamment, les problèmes entravant la durabilité des ressources forestières devront être abordés dans la perspective des critères internationalement reconnus pour une gestion forestière durable, à savoir l'expansion des ressources forestières, la santé et la vitalité fournies par et pour les forêts, leurs diversités biologiques, leurs fonctions productives, leur protection et celle de l'environnement, les nécessités sociales et de développement, ainsi que le cadre forestier légal, politique et institutionnel. Quant aux problèmes, identifiés en fonction des critères de la gestion forestière durable, ils s'agit de la pression démographique, du déboisement, de la circulation insuffisante des informations, des technologies pauvres, d'une évaluation et d'une vigilance inadéquates, d'un manque de prise de conscience et de négligence de la part des autorités compétentes.

Les effets de la croissance démographique de la population mondiale ont évidemment des répercussions sur la forêt mondiale. A cause de l'augmentation de la population et du développement des infrastructures, des millions d'hectares de forêt disparaissent chaque année. Les estimations indiquent que les pressions exercées sur la terre sont bien trop fortes, dans la tentative de satisfaire les désirs de la population et d'augmenter le niveau de revenus par habitant. Durant ces dernières décennies, plus de 200 millions de personnes sans terre ont émigré dans les forêts tropicales, et leur nombre ne cesse d'augmenter (Spore 59, 1995).

La pratique de l'agriculture dans les Tropiques et dans d'autres zones menace également la subsistance des forêts, puisque, dans un même temps, aucun aménagement du territoire approprié n'est mis en place. En effet, les terres agricoles tendent à perdre leur fertilité et à se dégrader très rapidement. Les fermiers qui cultivent la terre ne pouvant plus consacrer le temps nécessaire à sa pleine récupération, la matière nutritive et organique du terrain s'épuise, tout cela à cause de l'impact sur les sols dû à la croissance de la population, ce qui ne débouche en définitive que sur la stérilité de la terre. Les forêts sont imprudemment et cruellement détruites pour satisfaire l'avidité des peuples, en provoquant une réduction de la diversité génétique à des niveaux jamais connus jusqu'à présent, spécialement dans les forêts tropicales, qui sont souvent considérées comme la zone la plus riche. On peut attribuer ces pertes à différents facteurs, comme les perturbations physiques de la forêt causées par la pollution, son exploitation pour en tirer la nourriture ou pour d'autres usages, les extirpations délibérées, la perte de l'habitat ou la fragmentation du milieu forestier.

Notre existence sur terre est rendue possible grâce au dioxyde de carbone rejeté par les volcans avant même que la vie n'apparaisse. Le gaz stabilise les températures à des niveaux convenant parfaitement à la vie organique, mais, à cause de l'augmentation de l'effet de serre, la terre se réchauffe depuis les 150 dernières années. La concentration de dioxyde de carbone dans l'atmosphère aaugmenté de 26% (Houghton et al. 1990), dont l'on estime que 35% proviennent des changements générés en grande partie par le déboisement pour l'utilisation des terres. Le taux de dioxyde de carbone dans l'atmosphère s'accroît actuellement de 0,4% à 0,48% par an, soit plus rapidement que sur toute la période englobant les 500 derniers millions d'années. Par conséquent, si aucune action immédiate n'est prise pour inverser la tendance, nous pouvons d'ores et déjà prévoir que le taux de dioxyde de carbone dans l'atmosphère sera multiplié par deux entre les années 2025 et 2050. L'effet de serre ainsi produit est la cause de changements majeurs dans l'écosystème, conduisant à une perte de la biodiversité et affectant les systèmes de piégeage du carbone, ce qui réduit la compétition des espèces dans les forêts à forte diversité et provoque l'extinction de certaines d'entre elles.

LA VOIE A SUIVRE

Les autorités représentant la foresterie du monde entier doivent sérieusement envisager l'idée d'augmenter le couvert forestier pour faire face aux enjeux du développement durable. Dans les décennies à venir, il faudra que nous ayons un climat mondial stable si l'on veut donner une chance au développement durable. Ceci peut être réalisé en réduisant les émissions de carbone, conformément aux recommandations de la Conférence des Nations Unies sur l'Environnement et le Développement (CNUED). A l'heure actuelle, selon le rapport de Houghton (1993), les forêts du monde entier renferment environ 75% du carbone existant contenu dans l'écosystème terrestre, mais leur destruction contribue environ à hauteur de 25 % aux quantités globales d'émissions de dioxyde de carbone dégagées dans l'atmosphère du fait des activités humaines. Or la méthode la plus réaliste pour éliminer cette accumulation de carbone passe par l'action des arbres, en conséquence de quoi le reboisement et l'afforestation constituent les meilleurs manières d'éliminer de l'atmosphère une quantité significative de dioxyde de carbone.

Planter des arbres offre de nombreux aspects positifs, y compris une production conséquente de produits ligneux, le contrôle de l'érosion et la réhabilitation des terres dégradées. Selon Schroeder et al. 1993, une forte expansion du couvert forestier mondial, de l'ordre de 20 millions d'hectares par an entre les années 2000 et 2040, serait parfaitement réalisable. Ils proposent donc un programme forestier incluant une réduction du déboisement de 10 millions d'hectares par an, grâce à la mise en oeuvre accrue de pratiques agricoles durables dans les tropiques, afin de mieux gérer et d'atténuer la pression exercée sur les forêts. Cela pourrait s'accompagner par la mise en place annuelle de 5 millions d'hectares supplémentaires consacrés à l'agro-foresterie, par le reboisement et l'afforestation de 2 millions d'hectares par an des terres boréales, et de 3 millions d'hectares par an des terres tempérées et tropicales, conjugués à la restauration de 10 millions d'hectares par an de terres tropicales dégradées et de 1 million d'hectares de terres boréales et tempérées. Il serait également possible de réduire le coût des plantations à travers la mise en oeuvre de programmes agro-forestiers effectués en coopération avec la population rurale.

Par ailleurs, lorsque les forêts sont converties à d'autres utilisations, spécialement les forêts tropicales, la diversité biologique s'en trouve réduite de façon dramatique. De nombreuses ressources de la faune et de la flore sauvage sont ainsi menacées, certaines arrivant même à l'extinction. Dans la plupart des pays, la superficie des réserves protégées ne dépasse pas 5 pour cent du territoire national, et chaque pays doit faire un effort particulier pour atteindre l'objectif minimum de 25% de son territoire national consacré aux réserves naturelles, afin de prévenir l'érosion génétique introduite à cause du déboisement.

Actuellement les changements de la composition chimique de l'atmosphère et du climat se produisent sur une durée inférieure à la vie moyenne d'un arbre, ce qui empêche la diversité biologique (génétique, espèces, écosystèmes) d'avoir le temps nécessaire pour évoluer et s'adapterde manière naturelle. Aussi, au cas d'un réchauffement global significatif, ses seuls effets pourraient conduire à une perte permanente des forêts humides à cause de l'augmentation de l'aridité équatoriale. Par conséquent, les mesures pour conserver la diversité biologique auront d'autant plus d'effet qu'elles seront conformes à l'intérêt des peuples locaux, puisque la conservation et l'utilisation durable de la biodiversité sont grandement influencées par l'attitude sociale, culturelle, économique, et par les conditions de la population rurale.

Dans le cadre d'un développement durable, focaliser l'approche de la gestion forestière uniquement sur la production ligneuse n'est plus de mise, et l'attention devrait également se porter sur les produits forestiers non ligneux. Par ailleurs, des produits tels que le rotin, la résine ou les plantes médicinales et similaires pourraient être conservés ex situ, dès lors que leur conservation in situ s'avérerait difficile.

Les problèmes d'environnement communs pourraient mieux être traités par le biais d'échanges d'informations. En fait, le Sommet de la planète Terre de la CNUED a conduit à reconnaître que, pour faire face à de tels problèmes, les besoins de la science doivent davantage se baser sur l'information au niveau de la formulation et de l'identification des moyens d'action nécessaires. Par conséquent, à l'aube du 21ème siècle, il est indispensable de mettre en oeuvre une science basée sur l'information et sur laquelle s'appuiront les décisions politiques, ainsi que de créer une connexion vitale entre les milieux scientifiques et le reste de l'humanité, si l'on veut être à même de garantir une foresterie et un développement durables.

En outre, il est urgent que les chercheurs développent des outils capables de traduire les concepts abstraits du développement durable en réalité opérationnelle. Celle-ci devrait être centrée sur l'impact des différentes intensités d'exploitation, ainsi que sur le cycle de rotation, l'intégration, la disponibilité, la diversité et la durabilité des produits non ligneux en fonction de la production ligneuse et de la conservation de la diversité biologique dans des conditions écologiques et socio-économiques spécifiques.

Au cours des dernières années qui nous séparent de l'an 2000 et durant le siècle prochain, les résultats sur la foresterie et le développement durable pourront être considérés comme autant de réponses à des questions du domaine des Sciences et de la Technologie. Par exemple, la recherche scientifique devra accorder une attention particulière à la reproduction des arbres et, plus encore, à leur amélioration génétique, tout en substituant la technologie agro-forestière aux pratiques d'agriculture destructives, ainsi qu'à la reproduction, la domestication et l'élevage de la faune et de la flore en captivité. La création de réserves de jeu et de Parcs Nationaux pourrait être un bon moyen d'en assurer la protection.

Construire un avenir durable dépend de la prise de conscience des citoyens mieux informés, et de la concertation avec les décideurs politiques pour dégager un compromis entre des besoins concurrents, caractérisés par une production économique polluante et la nécessité de disposer d'une agriculture de subsistance et d'un habitat vivable. Il sera par ailleurs nécessaire de convaincre les communautés locales des bénéfices qu'elles pourront tirer de la conservation de la forêt, qui n'est autre que leur héritage naturel. Emporter leur coopération pourra être possible à travers la mise en oeuvre d'une éducation et d'une sensibilisation accrues sur les services liés à la foresterie. Il s'agit également de trouver des moyens d'action alternatifs et viables, selon le mot du président du Zimbabwe, M. Mugabe, qui a déclaré: "Si nous voulons empêcher les gens de couper les arbres pour se nourrir ou se construire une maison, nous devons aussi être capables de leur offrir des alternatives". Or, identifier ces alternatives exige un long travail d'exploration, en faisant appel à des sciences dont le champ d'action investit la foresterie, l'étude du sol, de la faune et de la flore sauvages, mais aussi le temps et le climat, pour n'en citer que quelques-unes.

Les modèles d'utilisation de la terre et les systèmes d'élevage actuels, qui tendent à épuiser laforêt et ses ressources, doivent être modifiés. La gestion forestière naturelle devra être revue, et les nations devront s'orienter vers une foresterie et un développement économique durables. Les concessions pour les produits dérivés du bois devront être redéfinies, afin que les concessionnaires soient davantage stimulés à conserver le "Capital Santé" de la forêt sur le long terme. Les programmes de foresterie basés sur les communautés tributaires devront être rétablis et intensifiés, afin de garantir une utilisation plus rationnelle des ressources forestières et une meilleure qualité de vie pour les habitants de la forêt ou de ses alentours (enclavers)10 . Des critères devront être développés pour aider les gouvernements, les organisations de conservation des forêts et les bailleurs de fonds, même si cela prendra du temps pour qu'ils apprennent à reconnaître "la foresterie durable pour le développement".

En conclusion, si l'on veut finaliser l'objectif de la Foresterie pour un Développement Durable à l'aube du XXIème siècle, il sera nécessaire d'instaurer le consensus et la coopération des blocs continentaux en vue de préserver le patrimoine mondial que nous léguerons aux générations futures. Il est également indispensable que pays développés et pays en voie de développement coopèrent pour éviter que ne se reproduise à l'avenir le cruel dilemme de la Conférence de Rio, où les pays du Nord et du Sud ont considéré les objectifs du développement durable sous un angle très différent, et se sont révélés incapables de résoudre les problèmes gigantesques qui leur étaient posés, de la désertification au déboisement, du gaspillage des ressources au réchauffement de la planète, de la pollution des mers à la biodiversité, en passant par la surpopulation et bien d'autres problèmes encore. C'est pour cette raison que de nombreux journaux ont défini ce sommet mondial comme le "Sommet des opportunités manquées". S'il y avait eu en cette occasion la coopération et le soutien des parties prenantes au niveau de tous les accords, nous n'aurions pas assisté au spectacle des Pays Développés adoptant des principes pour la conservation des forêts et des Pays en voie de développement refusant de les signer. C'est également ce qui s'est passé, à l'inverse, lors de la Convention sur le climat et la biodiversité. En conséquence de quoi il a été impossible de stipuler des engagements précis et un échéancier défini dans l'ébauche du Plan d'Action de l'Environnement (Agenda 21), n'entraînant évidemment aucune position contraignante pour ses signataires.

1 Etudiant: Matricule n° 92-0466, Département de Foresterie et de Gestion de la Faune sauvage, Collège de Gestion des Ressources de l'Environnement, Université d'Agriculture, P.M.B. 2240, Abeokuta, Ogun State, Nigeria. 2 Ressources Naturelles Renouvelables: ce sont des ressources biologiques qui ont des capacités de régénération. Un exemple en est donné par les ressources de la forêt, de la faune et de la flore.

3 Développement Durable: un développement économique qui peut continuer indéfiniment en se basant sur l'exploitation des Ressources Renouvelables - Michael Allaby, 1988, Macmillan Dictionary of the Environment.4 Forêt Naturelle: Végétation qui n'a pas été touchée ou qui a subi une intervention humaine minime 5 Foresterie des Plantations: Végétation plantée artificiellement par les autorités forestières ou par un forestier privé, à l'intérieur ou en dehors de la zone protégée. 6 Tropiques: Zone située à 23°27' de latitude, Tropique du Cancer au Nord et Tropique du Capricorne au Sud de l'équateur 7 Produits majeurs: Tous les produits ligneux dérivés de la forêt. 8 Produits mineurs: Tous les produits non ligneux dérivés de la forêt.

9 Ecosystème Forestier: Forêt naturelle composée de plantes et d'animaux interagissant tous ensemble au sein de leur environnement pour former une unité stable.

10 "Enclavers": Personnes vivant au sein de la forêt et aux alentours




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