
VOLUME 8
E. COMPOSITIONS DES ETUDIANTS
Certification: Système de contrôle global du marché mondial du bois brut
Grzegorz Wegrzycki1
A l'heure où les problèmes se traitent au niveau mondial, les traditionnelles formes de protection de l'environnement basées sur un aspect répressif d'interdictions et de punitions s'avèrent insuffisantes. L'une des tâches visant à la protection légale de notre environnement pourrait donc être la certification des activités liées au bois et à la forêt, dès lors qu'elles sont exercées de façon compatible avec l'environnement et les nécessités des hommes. La certification du bois peut être définie comme un processus dont la finalité consiste à délivrer un certificat à la compagnie, attestation remise par l'organisme conseil professionnel et indépendant qui s'occupe du règlement de la gestion forestière dans cette zone. Cependant la quantité de bois certifié augmente régulièrement. Pour 3,1 millions d'hectares de forêts à climat tempéré, on compte 42 certificats dans 17 pays. Au cours des 6 à 12 prochains mois, la surface des forêts certifiées couvrira 5 millions d'hectares. Certains pays européens ont déjà créé des commissions internationales conjointes pour identifier des principes communs, qui seraient susceptibles d'être adoptés dans le cadre des politiques forestières de leurs états membres. Ce processus gagne progressivement du terrain et implique de plus en plus de pays, ce qui pourrait déboucher à l'avenir sur la création d'un système de certification global.
Mots clés : certification, environnement, produits dérivés du bois brut, marché du bois, gestion forestière.
I - PROBLEMES ACTUELS DE LA FORESTERIE MONDIALE
Nous vivons à l'heure actuelle une époque de changement climatique global. La dégradation de l'environnement est devenue un problème crucial et nous apprenons de temps en temps qu'un désastre écologique a frappé ici ou là. Nous sommes conscients du fait que la forêt tropicale est en situation critique. Le déboisement s'accroît à l'échelle mondiale. Les données de la FAO montrent que 15,4 millions d'hectares de la forêt mondiale disparaissent chaque année. Le déboisement intéresse annuellement 0,8% de la surface des forêts tropicales, et 1,6% des forêts en Asie. Les forestiers de nombreux pays essaient de résoudre le problème de la forêt qui fut polluée lors de la catastrophe de Tchernobyl. A cette époque, 13,1 millions d'hectares furent pollués en surface, y compris de nombreuses forêts. Trois pays, la Russie, la Biélorussie et l'Ukraine, se heurtent à un très grave problème: comment gérer les zones polluées? Le chiffre d'affaires du bois brut dans le monde s'accroît. Ce bois brut est transporté sur de longues distances, souvent vers différents continents, mais les sources d'où il provient restent fréquemment inconnues. Dans une telle situation, il y a de grandes probabilités pour qu'on introduise de nouveaux champignons ou insectes dans des zonesgéographiques où ils n'avaient jamais pénétré auparavant. Les résultats de cette activité humaine peuvent être imprévisibles.
Seuls quelques-uns de ces problèmes doivent être résolus par les nouvelles générations de forestiers. La création d'un modèle de production de stockage du bois de haute qualité qui sera compatible avec le modèle de forêt durable est l'une des tâches importantes pour la gestion forestière mondiale actuelle. En plus, je dois dire que, à l'heure où les problèmes se traitent au niveau mondial, les traditionnelles formes de protection de l'environnement basées sur un aspect répressif d'interdictions et de punitions s'avèrent insuffisantes. Nous devons maintenant considérer quelque activité que ce soit dans un cadre mondial, et pas seulement au niveau d'un continent, d'un pays ou d'une région; par ailleurs, telles activités devraient aussi être acceptées par les sociétés locales. L'une des tâches visant à la protection légale de notre environnement pourrait donc être la certification des activités liées au bois et à la forêt, dès lors qu'elles sont exercées de façon compatible avec l'environnement et les nécessités des hommes. La certification peut ainsi tirer avantage du plus puissant des mécanismes que connaît notre monde moderne, à savoir le mécanisme économique.
II. L'HISTOIRE DE LA CERTIFICATION
Ce parcours fut entrepris en 1987 par l'organisation World Wildlife for Nature and Friends of the Earth (Faune et Flore Sauvage Mondiale pour la Nature et les Amis de la Terre), puis il fut rapidement soutenu par plusieurs pays avant d'obtenir l'agrément de la FAO. En 1993, la Conférence Ministérielle d'Helsinki donna une impulsion décisive pour accélérer les travaux, en fournissant une documentation importante sur les forêts des zones tropicales et tempérées. Le résultat de ces travaux fut l'élaboration des normes internationales (ISO 9000 - ISO 9004), dans le but de normaliser la façon de traiter les problèmes liés à la qualité et à l'évaluation de critères sociaux, économiques et écologiques. Grâce à ces critères, nous pouvons maintenant classifier les principes de gestion forestière et de gestion de la transformation du bois. Ces principes doivent être respectés à toutes les étapes de la gestion et de la production.
III. LE PROCESSUS DE CERTIFICATION
La certification du bois peut être définie comme un processus dont la finalité consiste à délivrer un certificat à la compagnie, attestation remise par l'organisme conseil professionnel et indépendant qui s'occupe du règlement de la gestion forestière dans cette zone. La certification a lieu en évaluant l'impact des activités de la forêt en fonction des normes précédemment convenues et acceptées par les parties concernées.
Ce certificat s'articule en deux parties:
La première partie considère la vérification sur le terrain de l'application pratique des règles de foresterie, de gestion et de bonne utilisation de la forêt. Cette partie du certificat concerne exclusivement l'espace forestier contrôlé et décrit précédemment, comme, par exemple, pour la Division des forêts en Pologne. Il semble cependant que la nécessité d'obtenir cette partie du certificat empêche parfois les propriétaires forestiers de mettre en oeuvre une gestion forestière plus écologique. En fait, obtenir cette partie du certificat est une forme de reconnaissance accordée à la gestion forestière dans une zone donnée. Pour la Division des Forêts, elle peut toutefois être utile pour l'obtention d'effets bancaires ou de lettres de crédits.
La deuxième partie traite de la matière première, du produit intermédiaire ou du produit final spécifique dérivé de la forêt. Dans le cas du bois brut, toutes les opérations de récolte du bois, de son transport et des activités d'accompagnement sont sujettes à la certification. Cette partie de la certification peut faciliter les choses pour obtenir un permis facilitant les échanges commerciaux. Par conséquent, nous allons donc éliminer les produits faits à partir du bois brut provenant de forêtsmal gérées ou d'origine inconnue sur le marché. La certification augmente également la possibilité de vendre les produits dérivés du bois brut en dehors de sa propre région. Depuis janvier 1997, les exportateurs britanniques ont mis au ban le commerce du bois non certifié. La certification fournit un système rapide et précis pour dépister et obtenir des données sur les grumes et les produits du bois. Pour les gouvernements, c'est enfin un bon système pour pratiquer des contrôles fiscaux ou sur l'environnement.
IV. LE MARCHE MONDIAL DES PRODUITS DU BOIS BRUT
On estime approximativement qu'1,5 million de m3 du bois certifié est traité chaque année dans le cadre des échanges commerciaux internationaux. Si l'on compare cette quantité avec la production de bois d'un pays européen de superficie moyenne, comme la Pologne (20 millions de m3 par an), cela n'est pas beaucoup. Cependant la quantité du bois certifié augmente régulièrement. Pour 3,1 millions d'hectares de forêts à climat tempéré, on compte 42 certificats dans 17 pays. Au cours des 6 à 12 prochains mois, la surface des forêts certifiées couvrira 5 millions d'hectares.
On dénombre à l'heure actuelle 5 institutions qui s'occupent de la certification des forêts, qui sont des institutions non gouvernementales, telles qu'organismes conseil, entreprises de production ou usines:
1. Forest Conservation Programme of Scientific Certification Systems (Etats-Unis),
2. Smartwood Certification programme of Rainforest Alliance (Etats-Unis),
3. Woodmark of The Soil Association (Royaume-Uni),
4. SGS Forestry (Royaume-Uni),
5. Pacific Certified Ecological Forest Products (Etats-Unis).
Or ces institutions ont chacune leurs propres standards et critères, qui diffèrent les uns des autres. Les institutions non gouvernementales portent leur attention sur l'amélioration des méthodes de gestion forestière et sur la nécessité de développer les sociétés locales. Les usines se concentrent sur les profits qu'elles peuvent tirer de la certification et sur l'élimination du marché du bois non certifié. Il est très important de mettre immédiatement en place le processus de certification. Dans certains pays, les difficultés de mise en oeuvre de ce processus sont causées par l'éparpillement des propriétés forestières. Il y a 1,4 million de propriétaires de forêts privées en Pologne, ce qui signifie que nous devrions délivrer plus d'un million de certifications privées dans ce pays. C'est là un des pièges de la gestion forestière mondiale à l'heure actuelle. L'autre problème inhérent à la certification concerne le financement du processus de certification. Les dépenses pour obtenir cette certification s'élèvent à environ 1-2 DM par hectare, ou encore à 1 $US par m3, une somme qui peut varier en fonction du volume de production. En Pologne, le processus de certification est financé avec l'argent des exportateurs étrangers de bois brut. Toutefois, je suis sûr qu'il s'agit là d'un investissement profitable, puisque les clients préféreront payer pour des produits certifiés.
En Europe, les pays les plus intéressés par la certification sont l'Angleterre, les Pays-Bas, la Belgique, l'Autriche, la Suisse et la Finlande. Certains pays européens ont déjà créé des commissions internationales conjointes pour identifier des principes communs, qui seraient susceptibles d'être adoptés dans le cadre des politiques forestières de leurs états membres. Tous les forestiers savent cependant que les règles effectives de certification dépendent du respect des lois locales et des conventions internationales en vigueur dans tous les pays. Par ailleurs, il est d'une importance vitale de résoudre les problèmes suivants:
1. Il faut créer une organisation qui sera responsable du processus de certification. Toutefois, parmi les organisations non-gouvernementales, les institutions gouvernementales, les firmes ou les sociétés, nul ne saurait désigner aujourd'hui quelle est celle qui aurait assez d'autorité oujouirait d'un capital confiance suffisant pour ce faire. De même, personne ne sait quel certificat est obligatoire.
2. Nous devons identifier des critères universels de certification, pouvant être utiles pour toutes sortes de bois, toutes espèces d'arbres, et pour les différents types de propriété ou formes de gestion forestière. Autrement, demain, il sera possible que, lorsque nous irons dans un même magasin pour acheter deux planches de bois provenant de divers pays, toutes deux auront un certificat malgré l'adoption de critères de certification différents dans chacun de ces pays.
3. Nous devons trouver des méthodes de certification dont les coûts pourront être répartis sur toutes les étapes - de la production au traitement du bois, et jusqu'à l'obtention du produit final.
V. AVENIR DE LA CERTIFICATION
A mon avis, le monde d'aujourd'hui n'est pas prêt pour introduire un système global de certification, les mécanismes financiers et politiques n'étant pas encore assez au point. Je pense cependant qu'il ne s'agit pas là d'une mode destinée à passer mais d'une nécessité, qui résulte à la fois de la situation réelle du marché mondial du bois et du besoin d'orienter les activités vers la protection de l'environnement au niveau mondial. Or ce processus gagne progressivement du terrain et implique de plus en plus de pays. Et il est évident que les produits du bois certifiés devront désormais bénéficier de davantage de promotion sur le marché mondial. Nous devons donc lancer des campagnes publicitaires et d'éducation d'envergure mondiale, destinées aux millions de consommateurs moyens qui achètent les produits du bois. Cette éducation devrait d'ailleurs partir des forestiers eux-mêmes, en introduisant une nouvelle matière dans les universités: la Certification. Nous devrions mener ensuite de grandes campagnes de sensibilisation à la télévision, la radio et dans la presse. Il est temps que les sociétés reconnaissent l'importance des problèmes liés à la certification, au processus de certification et aux avantages qui en découleront. Je pense que c'est là le seul moyen si l'on veut que les sociétés apportent leur soutien à la certification. Une prise de conscience écologique accrue de la part des sociétés devrait d'ailleurs influer sur la demande en produits certifiés. Pour autant, nous devrions créer une marque déposée spéciale, qui sera apposée sur les produits certifiés. Cette solution s'est déjà avérée satisfaisante pour les produits non nocifs à l'ozone ou pour les produits du recyclage. Nous connaissons tous ces marques déposées. C'est ce que tente de faire la firme britannique SGS Forestry en assurant la promotion de sa marque déposée LOGTRAK. Or LOGTRAK est quelque chose de plus qu'une simple marque, c'est un système de haute technologie conçu pour suivre à la trace les grumes et les autres produits du bois tout au long de la chaîne d'approvisionnement - de la forêt d'origine au point de vente final. Cela reste cependant très difficile à réaliser dans une situation où le développement de la gestion forestière est inégal dans de nombreux pays. Les pays ayant une gestion forestière hautement développée devraient donc créer, avec la collaboration des organisations internationales, leur propre système de certification de leurs industries du bois, pour que l'expérience puisse être transférée ensuite dans les pays moins développés. Cela pourrait déboucher à l'avenir sur la création d'un système de certification global.
1 Faculty of Forestry, Warsaw Agricultural University, Rakowiecka 26/30, 02-528 Warsaw, Poland, E-mail: F41- WEG@robin.sggw.waw.pl
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