XI CONGRES FORESTIER MONDIAL

13- 22 Octobre 1997, Antalya, Turquie




VOLUME 8


E. COMPOSITIONS DES ETUDIANTS

Etude techniques de deux espèces de palmiers arborescents: le Socratea exorrhiza et le Iriartea deltoidea

Alejandro Barrantes Barrantes1

Le Socratea exorrhiza et le Iriartea deltoidea sont deux espèces de palmiers arborescents caractéristiques des forêts tropicales ombrophiles et présentant un grand intérêt pour des utilisations multiples. Elles doivent, à ce titre, faire l'objet d'une évaluation économique en vue de leur exploitation et de leur préservation.

Le présent article étudie la densité de ces deux essences de palmiers dans les forêts et la hauteur moyenne du fût utile à la production de bois. Pour ce faire, on examine le rendement du sciage, les opérations de séchage ainsi que les propriétés physiques et mécaniques du bois.

D'après les résultats obtenus, la densité moyenne par hectare est de 164 palmiers, dont 50% ont un fût exploitable d'une hauteur allant jusqu'à 7,5 mètres. Le séchage de haute qualité dure 35 jours. L'examen des propriétés physiques et mécaniques a aboutit aux conclusions suivantes : le bois est classifié comme étant d'un poids extrêmement important, le retrait est moyen, les résistance à la flexion et à la compression élevées et la dureté très grande. Ces caractéristiques confèrent une valeur économique certaine aux deux espèces étudiées.

Mots clés : palmiers, densité, sciage, séchage, propriétés.

INTRODUCTION

Les ressources forestières des forêts tropicales sont surexploitées sans qu'il soit possible d'étudier le potentiel productif des essences qui les peuplent, car la plupart des forêts naturelles se trouvent dans des pays en développement.

Il y a dix ans, M. González (1987), considérait que ces pays, en cherchant à améliorer leur situation économique, provoquaient la destruction des forêts. De nos jours, ceci reste vrai pour la plupart des pays, qui, en essayant de trouver des solutions à leurs problèmes, en créent de nouveaux, d'ordre écologique et social.

En Amérique Latine, les forêts naturelles appartiennent en grande partie à des familles pauvres, souvent indigènes, disposant de modestes ressources économiques. Une prise de conscience de la valeur économique des ressources phytogénétiques de ces forêts de la part des propriétaires est nécessaire en vue d'une exploitation efficace qui protège les forêts tout en les aménageant convenablement. Dans le cadre du processus de mise en valeur des ressources forestières, le présent exposé résume une recherche portant sur deux espèces de palmiers arborescents dont les possibilités d'utilisation sont nombreuses : les palmiers Socratea exorrhiza et Iriartea deltoidea.

Les objectifs de la recherche étaient les suivants :

· Recueillir des information afin de déterminer le nombre de palmiers par hectare dans une forêt tropicale ombrophile de la région atlantique du Costa Rica.

· Déterminer la hauteur commerciale du fût des palmiers.

· Calculer le rendement en sciage pour chacune des deux essences.

· Evaluer la qualité du séchage à l'air du bois.

· Décrire les propriétés physiques et mécanique du bois des deux espèces concernées.

METHODOLOGIE

Afin de déterminer le nombre de parcelles nécessaire au calcul de la densité des palmiers, un échantillonnage préliminaire a été réalisé en mesurant les diamètres de tous les individus recensés dans des parcelles prises au hasard dans une surface de 3 000 m² pour appliquer ensuite la procédure proposée par le Sous-secrétariat des forêts et de la faune du Mexique en 1976. Pour calculer la hauteur exploitable du fût des palmiers, les palmiers échantillons ont été coupés jusqu'à la hauteur où l'épaisseur de la partie ligneuse (liber) qui entoure le coeur du fût est inférieure ou égale à 2 cm ou 2,5 cm, et ceci afin de garantir que l'épaisseur des pièces obtenues en débitant les billes se situe aux alentours de un centimètre.

Le rendement en sciage a été obtenu en calculant la différence entre le volume total des billes et celui du bois débité.

L'évaluation du séchage du bois reposait sur la lecture hebdomadaire de la teneur en humidité jusqu'à obtenir l'équilibre avec le milieu ambiant.

Les propriétés physiques ont été calculées à partir d'au moins deux éprouvettes contenant un échantillon de chacun des palmiers étudiés. On a pesé, mesuré et calculé le volume de chacune de ces éprouvettes à différents taux d'humidité.

Quant aux propriétés mécaniques, à savoir la résistance à la flexion et à la compression, elles ont été déterminées en suivant la méthodologie proposée par H. Hoheisel (1974). Pour estimer la dureté du bois, on a appliqué la méthodologie Brinell (Nurmien, T. 1994).

 

RESULTATS

Les deux espèces se caractérisent par leur haute densité par hectare, qui suppose un volume considérable de substance génétique potentiellement exploitable dans le cadre d'un aménagement durable. La culture en plantations, quant à elle, est loin d'être irréaliste au vu des caractéristiques et des propriétés de ces espèces adaptées à des usages traditionnels.

Tableau 1 : nombre de palmiers par hectare pour chaque essence.

espèce

région atlantique

autres régions du pays

Socratea

51

13

Iriartea

113

19

Total

164

32

La hauteur moyenne des palmiers exploitable pour la production de bois est de 7,5 mètres, ce qui, avec la densité, confère à ces palmiers une valeur économique considérable.

En matière de sciage, le rendement moyen avec 35% se rapproche des chiffres obtenus dans les plantations forestières. Le tableau suivant illustre les rendements en sciage.

Tableau 2 : rendements en sciage pour les espèces Socratea et Iriartea.

Espèce

Rendement (%)

Socratea

37,9

Iriartea

31,0

Moyenne

35

Au cours de la procédure de séchage, il s'est révélé que le bois atteint un équilibre avec le milieu ambiant au bout de 35 jours, sans subir de gauchissement ni de retrait, et que la plus grande partie de l'humidité se perd au cours des 14 premiers jours. De ce fait, on peut dire que le séchage du bois est rapide et de haute qualité.

Tableau 3 : valeurs moyennes de la teneur en humidité du bois de Socratea et Iriartea.

Durée (jours)

Socratea

Iriartea

0

32,58

32,07

7

25,62

25,42

14

21,23

20,36

21

20,36

19,39

28

20,47

20,33

35

19,14

18,93

Le poids spécifique initial et le poids spécifique à sec ont valu aux palmiers qu'on les place parmi les bois extrêmement lourds selon la classification proposée par González (1973) pour définir la qualité du bois. D'après le Ministère de l'agriculture et de l'élevage de l'Equateur (1978), les espèces en question ont des propriétés mécaniques précieuses à savoir une grande résistance à la flexion et à la compression et une grande dureté.

Tableau 4 : propriétés physiques et mécaniques des deux espèces de palmier étudiées.

Espèce

Poids spécifique initial

Poids spécifique

à sec

Retrait en volume (%)

a

Flexion (kg/cm²)

b

Compression (kg/cm²)

c

Dureté (kg/cm²)

d

Socratea

0,997

1,112

10,31

1319

777

1125

Iriartea

0,861

0,995

13,59

1598

855

1336

a retrait du bois vert à 0% d'humidité
b point de rupture
c compression parallèle à la fibre
d dureté latérale

Ces espèces de palmiers ont toujours été utilisées par les indigènes du Costa Rica et d'autres pays d'Amérique Latine, ce qui a probablement contribué à maintenir leur présence dans les forêts jusqu'à nos jours. Au Costa Rica, en tout cas, le nombre de palmiers a chuté dans les territoires habités par des populations non indigènes, sans doute parce que ces dernières les abattent pour en extraire le palmiste, très recherché pour sa saveur.

Les indigènes utilisent les palmes pour fabriquer leurs toits et des récipients destinés à nourrir les bêtes. Le fût est employé dans la construction (d'habitations, d'enclos pour les bêtes, etc.) et les fruits pour nourrir les cochons. D'autres parties des palmiers sont exploitées dans l'artisanat et dans la pharmacopée Castillo, U. ; Borge, C. 1995).

Etant donné la haute qualité et les usages multiples de ces palmiers, largement présents dans les pays tropicaux, il faut prendre les mesures de préservation et d'aménagement nécessaires afin d'empêcher toute exploitation qui ne mette pas convenablement en valeur cette ressource et ne garantisse pas sa pérennité et son utilisation à l'avenir.

BIBLIOGRAPHIE

CASTILLO, V. ; BORGE, C. 1995. Especies de Flora y Fauna usadas por los indígenas Bríbris y Cabécares de Talamanca. San José, Universidad de Costa Rica. P. 24-34.

GONZALEZ, M ; GONZALEZ, G. 1973. Propiedades físicas, mecánicas usos y otras características de algunas maderas comercialmente importantes en Costa Rica. P. 6-20.

GONZALEZ MEZA, R. 1987. Algunas causas de la deforestación en Costa Rica y sus posibles soluciones. Costa Rica. Ministerio de Agricultura y Ganadería, Departamento de Investigación Forestal. 11 p.

HOHEISEL, H. 1974. Estipulaciones para los ensayos de propiedades físicas y mecánicas de la madera. Mérida, Centro de documentación y publicaciones del Instituto Forestal Latinoamericano. P. 1, 22-26.

SUBSECRETARIA FORESTAL y de la FAUNA. 1976. Procedimientos básicos para inventarios forestales con fines de aprovechamientos maderables. México. Publicación Nº37. P. 13, 14.

MINISTERIO DE AGRICULTURA Y GANADERIA. 1978. Estudio preliminar tecnológico de 20 especies forestales del Ecuador. Centro Forestal de Coonocoto. P. 22-25.

NURMINEN, T. 1994. Nutzung des holzes der pejibaye-palme. (Bactris gasipaes H.B.K.) Tesis (Doplombolzwirt). Hamburg, Institut für Holzphysik and Mechanische Tecnologic des Holzes der Bundesforschungsanstalt für Forst - und Holzwirtschaft. Universität Hamburg. P. 46-49, 113-115.

1Instituto Tecnológico de Costa Rica, Apdo. 159-7050, Courrier électronique : beieme@sol.racsa.co.cr, Cartago, République du Costa Rica




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