
VOLUME 3
PRODUCTION DE BOIS
Forêts naturelles
La demande mondiale de bois tropicaux a sensiblement augmenté au cours des
dernières décennies (Panayotou et Ashton, 1992) en raison de l'expansion démographique et de
l'accélération du développement économique. Le volume annuel total de bois tropical enlevé a augmenté de 73
% en 1980, alors qu'il était de
78x106 m3 en 1965 (Grainger cité dans Panayotou et Ashton, 1992).
En 2000, ce volume devrait augmenter et passer à
236x106 m3 (FAO, 1982; Erfuth, 1984), l'Asie
du Sud-Est étant la principale source (Gills cité dans Denslow et Padoch, 1988). De 3 à 18% de
la production totale de bois est commercialisé sur les marchés internationaux (Institut mondial
pour les ressources, 1988). En même temps, les exportations de bois de feuillu tropical ont été
multipliées par 14 de 1950 à 1980 (Grainger cité dans Panayotou et Ashton 1992).
En 1980, Brazier (1982) a estimé les exportations totales de bois tropicaux à l'échelon mondial
à environ 8,7 milliards de dollars. L'Institut mondial pour les ressources (1988) a signalé que la
valeur totale des produits du bois exportés était de quelque 50 milliards de dollars en 1985, représentant
un pourcentage important (10% à 20%) des recettes en devises de quelques pays en
développement (Grainger, 1986). Les forêts tropicales ombrophiles ne représentaient que 13% de toute la
production de bois rond industriel du monde (Panayotou and Ashton 1992). Toutefois, si les tendances
actuelles en matière d'exploitation forestière et de déforestation se poursuivent, il est à craindre qu'il ne
reste plus beaucoup de forêts pour satisfaire les besoins de bois des générations futures.
Un des facteurs déterminants pour la production mondiale de bois est le taux de croissance
des arbres tropicaux qui varie, allant de la croissance très rapide de certaines espèces dans les
plantations forestières à la croissance extrêmement lente de certaines espèces de feuillus lourds.
L'aménagement et la sylviculture n'ont pas seulement pour fonction de renforcer la
croissance des arbres et des forêts, mais aussi de faire en sorte que la qualité des arbres produits soit
améliorée, que les services rendus soient maintenus et que l'environnement soit protégé.
Exploitation forestière et sylviculture
Dans les forêts, les opérations de récolte et de transport sont des composantes essentielles
de l'aménagement forestier. Ainsi, on choisira avec beaucoup de soin les méthodes
d'exploitation forestière et les modes de transport du fait qu'ils influent considérablement sur la
productivité future de la forêt. Parmi les éléments sensibles de l'écosystème forestier pouvant subir les
effets négatifs des opérations de récolte et de transport, il faut citer les peuplements résiduels, la
stabilité des sols, le gibier, les espèces rares et la régulation des bassins versants (Marn et Jonkers,
1981). Des opérations effectuées avec négligence peuvent entraîner une mortalité trop élevée parmi
les plants, avec pour conséquence un matériel sur pied des espèces à conserver insuffisant, une
baisse des rendements de bois futurs et la prolongation du cycle de récolte.
L'exploitation forestière ou les opérations de récolte en forêts sont le premier effet
important de l'intervention de l'homme sur la forêt et devraient donc être correctement planifiés et exécutés.
Ils ont des incidences sur l'avenir des forêts et il est donc très important d'être prudent pour assurer
la régénération et la croissance des forêts résiduelles. A cet égard, les opérations forestières à
impact réduit constituent une initiative visant à assurer un traitement initial correct de la forêt. Par
conséquent, en tant que telle, l'exploitation forestière devrait être considérée comme partie intégrante du
processus sylvicole.
Actuellement, plusieurs méthodes d'exploitation forestière sont utilisées dans le monde telles que:
l tracteurs à roues ou à chenilles,
l câbles au sol actionnés par treuil,
l câbles aériens, et
l hélicoptères ou ballons.
Les systèmes de tracteurs à chenilles sont les plus populaires dans l'industrie forestière mais
sont particulièrement nuisibles pour les peuplements résiduels (Nicholson, 1958), plus perturbants
en général que les systèmes de câbles au sol actionnés par treuil (Hamilton et King, 1983). Les
sols sont dans l'ensemble moins perturbés par les méthodes d'exploitation par câbles aériens que par
le système de câbles au sol, étant donné qu'il y a moins besoin de routes forestières et de pistes
de débardage. Les systèmes d'exploitation aérienne, à l'aide d'hélicoptères et de ballons, sont
ceux qui provoquent le moins de dégâts, mais ce sont les plus coûteux.
La récolte du bois, même dans le cas d'une bonne gestion à rendement soutenu, met encore
en danger la plupart des autres aspects de l'aménagement durable. Les dégâts causés à la structure des
forêts, à l'environnement forestier et social et à l'écosystème sont bien supérieurs à ceux causés
par tout autre changement dans l'utilisation des terres à l'exception du défrichage des terres agricoles
(Leslie, 1994). Pour réduire au minimum les dégâts à l'écosystème forestier, Leslie (1994) a
proposé que des techniques de récolte à faible impact soient incorporées dans la gestion durable
des rendements. Cela signifie notamment abattre moins d'arbres par hectare; éviter d'endommager
les peuplements résiduels; et conserver et protéger les arbres et d'autres biens et produits non
ligneux qui ont une valeur commerciale ou artisanale réelle ou potentielle ou une importance au
plan écologique ou culturel.
Depuis la CNUED, il y a cinq ans, on privilégie des méthodes d'exploitation forestière et
des modes de transport en forêt moins nuisibles à l'environnement. Depuis quelques années, les
activités de recherche sont de plus en plus nombreuses à être axées sur l'impact écologique des
opérations de récolte ou du développement des infrastructures et la nécessité de mieux contrôler les
opérations forestières (Dykstra et Heinrich, 1997). Une planification soignée des routes forestières et
des pistes de débardage peut minimiser les dégâts causés au couvert et au tapis forestiers. Dans
le Sarawak , cette planification a permis d'enlever 36% de bois de plus à l'heure, avec une
baisse globale des coûts de 19% et des espaces ouverts dans la forêt réduits de 40 à 17%, avec 60
tiges commerciales par hectare survivant au lieu de 40 (Marn et Jonkers, 1981).
D'autre part, la sylviculture en forêt tropicale ombrophile est la manipulation de la forêt dans
le but de favoriser certaines espèces et par là de renforcer leur valeur pour l'homme
(Whitmore, 1990). Le principe biologique de la sylviculture est qu'en contrôlant les ouvertures du couvert,
il est possible d'influer sur la composition des espèces du prochain cycle de croissance. Dans
les forêts où les plants et les gaulis d'espèces à conserver sont insuffisants pour la régénération
naturelle, soit en raison du taux de survie intrinsèquement bas des plants soit comme conséquence
d'opérations forestières destructrices, les options disponibles sont limitées. La régénération artificielle par
le biais des plantations d'enrichissement est peut-être la meilleure option pour rétablir dans la
forêt restante les espèces que l'on souhaite conserver.
Cela s'explique par le fait que la régénération naturelle des essences commerciales
dépend largement de la survie des plants établis, car la fructification est irrégulière et n'a donc guère
de chances de se produire avant l'apparition d'adventices après l'abattage (Whitmore, 1984; Kio, 1987).
Le succès des plantations d'enrichissement varie énormément suivant les méthodes
employées, les espèces plantées, la quantité et la qualité des soins donnés après la plantation (Panayotou
et Ashton, 1992). Cette méthode a été expérimentée dans divers types de forêts tant en Asie
qu'en Afrique, en mettant l'accent sur la régénération des diptérocarpacées et des acajous respectivement
(Whitmore, 1984; Nwoboshi, 1987). On applique aujourd'hui deux méthodes de
plantation d'enrichissement: 1) la plantation en layons, dans laquelle des plants sont placés dans des
corridors, généralement débarrassés dans une bonne mesure de leur partie supérieure, et 2) la plantation
groupée, dans laquelle des groupes de plants sont plantés dans des ouvertures créées naturellement
ou artificiellement dans le couvert forestier (Kio, 1987).
En général, les plantations d'enrichissement n'ont pas réussi à faciliter la régénération des
espèces que l'on souhaite conserver. Souvent, les plants n'ont pas réussi à s'établir et ceux qui y sont
parvenus ont fréquemment affiché une croissance médiocre ou ont été submergés par les plantes
grimpantes et les adventices (Liew et Wong, 1973; Kio et Ekwebelam, 1987). Néanmoins, Kio (1987) a
suggéré que l'échec des plantations d'enrichissement est dû à une mauvaise application des méthodes
plutôt qu'à une déficience du concept lui-même. Ashton (cité dans Panayotou et Ashton, 1992) a
d'ailleurs fait observer que les plantations d'enrichissement ont enregistré de très bons résultats dans le
Karnataka et dans d'autres Etats de l'Inde ainsi qu'à Sri Lanka pendant de nombreuses années.
Les expériences faites en Malaisie ont aussi montré qu'il existe des possibilités
encourageantes pour les plantations d'enrichissement tant avec des essences indigènes qu'avec des
essences exotiques, mais celles-ci doivent s'accompagner d'un effort concerté concernant l'entretien et
les soins, notamment l'application d'engrais. L'auteur est convaincu que les plantations
d'enrichissement sont non seulement une option valable mais aussi une nécessité dans l'aménagement des
forêts tropicales compte tenu de la diminution de la qualité des peuplements résiduels après les
opérations d'exploitation. En outre, ces plantations garantiront les essences pour l'offre future et aideront à
la planification des méthodes d'utilisation.
La sylviculture traditionnelle qui fait appel à des variations du système de coupe d'abri est
encore pratiquée sur une petite échelle dans quelques pays. Toutefois, les dépenses que cela
comporte, auxquelles viennent s'ajouter des résultats incertains et des difficultés de contrôle, ont conduit
les gestionnaires à délaisser cette méthode traditionnelle. L es expériences menées par le
Forest Research Institute of Malaysia (FRIM) montrent que la coupe pré-exploitation des plantes
grimpantes peut réduire l'étendue des dégâts causés au peuplement résiduel. L'auteur n'est pas favorable à
la méthode sylvicole traditionnelle en raison des avantages douteux qu'elle procure, des coûts
élevés qu'elle comporte et de la difficulté de faire appliquer des méthodes appropriées. En outre,
les méthodes d'exploitation standard actuelles causent souvent des dégâts trop étendus auxquels
la sylviculture traditionnelle n'est pas en mesure de remédier et sont moins capables d'assurer
une bonne régénération et la croissance future. Ainsi, les plantations d'enrichissement sont la
seule option valable pour assurer une bonne récolte future.
Plantations forestières
L'établissement de plantations forestières sous les tropiques a beaucoup progressé au cours
des dernières décennies. Selon Evans (1992), la surface plantée a été multipliée par six en 25
ans, passant de 6,7x106 ha en 1965 à
42,7x106 ha en 1990. Ces plantations dans leur quasi-totalité
sont des peuplements équiennes en monoculture dont le but principal est la production de bois
(Evans, 1992; Panayotou et Ashton, 1992; Kanowski, 1997), 90% étant consacrés à la production de
bois industriel. La majorité des plantations ont été établies en raison des problèmes rencontrés dans
les forêts naturelles, comme leur destruction qui a commencé il y a bien longtemps et se poursuit,
des difficultés d'accès aux forêts existantes, leur régénération médiocre et le manque de gestion
comme principaux facteurs (Evans, 1992).
Le fait que les plantations forestières augmentent montre bien que l'aménagement des
forêts naturelles n'a pas réussi à fournir les bonnes essences dans les quantités nécessaires et en
temps opportun. Certains diront que cela est dû en partie à des mouvements écologistes extrémistes
qui préconisent partout dans le monde une politique de "non-exploitation" dans les forêts
naturelles. Toutefois, il reste que dans de nombreux pays, l'offre de produits et de services provenant
des forêts naturelles s'est sensiblement réduite et qu'en raison du peu d'investissements faits dans
le passé pour l'enrichissement de la forêt naturelle, l'incertitude règne quant à la possibilité
d'une offre continue. Le monde n'a pas d'autre choix que de consacrer plus de ressources aux
plantations forestières. Malheureusement, elles porteront au défrichage de la couverture végétale.
C'est pourquoi l'on a souvent des plantations d'espèces uniques à croissance rapide. Néanmoins, si
elles sont correctement mises en place, les plantations forestières peuvent ne pas nuire à
l'environnement et être gérées d'une manière durable tout en protégeant un écosystème qui peut encourager
la biodiversité et les utilisations multiples.
Les estimations actuelles des surfaces des plantations forestières indiquent
approximativement 135x106 ha (Mather, 1990; Gauthier, 1991; Sutton, 1991; FAO, 1993) dominés par quelques
genres seulement - Acacia,
Eucalyptus, Picea et Pinus. Des genres d'arbres tels que
Araucaria, Gmelina,
Larix,
Paraserienthes, Populus,
Pseudotsuga et Tectona ont une importance régionale (Savill
et Evans, 1986; Evans, 1992). Seulement 25% environ des plantations forestières existantes du
monde se trouvent dans des régions tropicales et subtropicales, dont environ 15% dans la région
Asie-Pacifique, 7% dans les continents américains et 3 % en Afrique (Gauthier, 1991; Evans,
1992; Konowski et Savill, 1992).
Lanly (1982) a classé les plantations forestières existantes sous les tropiques en trois
grandes catégories: 1) plantations industrielles à courte rotation; 2) plantations non industrielles à
courte rotation; et 3) plantations industrielles à rotation plus longue. Les essences choisies pour
les plantations industrielles à courte rotation sont des essences à croissance rapide, notamment
Acacia, Paraserienthes,
Eucalyptus, Gmelina et Pinus (Whitmore, 1984; Evans, 1992). La plupart de
ces plantations se trouvent dans l'hémisphère sud, dont quelque 40% dans chacune des régions
Amérique du Sud et Asie/Pacifique (Sutton, 1991). Les plantations non industrielles,
composées principalement d'espèces de
Pinus et d'Eucalyptus, servent à la production de charbon de bois
et de bois de feu (Lanly, 1982). Environ 46% se trouvent en Amérique latine et 36% in Asia.
Bon nombre de ces plantations en Afrique et en Asie sont établies dans le cadre de projets
de développement communautaire (Institut mondial pour les ressources, 1985).
Les plantations à rotation plus longue, constituant la troisième catégorie, sont établies avec
des espèces climaciques pour la production de sciages et de placages de grande qualité. La majorité
de ces plantations se trouvent en Asie (Lanly, 1982).
La FAO (1993) a estimé que le taux annuel d'établissement de plantations forestières est
d'environ 2.6x106 ha dans les pays tropicaux, soit un chiffre très inférieur à celui enregistré dans les
zones tempérées où il serait de quelque
10x106 ha (Mather, 1990). Des pays comme l'Indonésie et
le Chili ont converti des forêts naturelles en plantations forestières, alors qu'en Nouvelle-Zélande
et au Portugal, les plantations ont été établies sur des sites consacrés précédemment à
l'agriculture (Kanowski, 1997). Actuellement, les plantations forestières fournissent environ 10% de la
récolte de bois du monde, mais l'on prévoit une augmentation car la disponibilité des forêts naturelles
à exploiter diminue à mesure que les pressions économiques et les changements
technologiques favorisent les cultures de plantations et que les plantations forestières arrivent à maturité et
s'étendent (Kanowski, 1997).
Si la principale fonction des plantations forestières est de produire du bois, elles peuvent
être développées de manière à jouer un rôle beauoup plus important dans l'environnement mondial.
Le monde est accablé de problèmes liés à la dégradation des terres. Il y a actuellement des
millions d'hectares de terres dégradées dans le monde. Les plantations forestières et la culture des
arbres sont la seule activité pouvant être développée dans ce domaine et sur cette échelle. Une
occasion unique est offerte à la foresterie et aux professionnels des forêts d'influer sur
l'environnement mondial et de fournir en même temps une ressource renouvelable dont on a grand besoin
pour l'avenir. L'auteur propose cette tâche à la FAO et à l'OIBT, c'est-à-dire soutenir un programme
de reboisement massif des terres dégradées du monde en 20 ans, dans le but d'assurer qu'au
moins 75% de ces terres seront plantées d'arbres d'ici à l'an 2020. L'auteur propose que ces
deux organisations qui s'occupent de foresterie internationale unissent leurs efforts pour relever ce
défi et mobiliser les ressources disponibles pour réaliser cet objectif.
Outre le "verdissage" de la terre, les plantations forestières peuvent jouer un rôle très
important dans le piégeage du carbone et soutenir les efforts déployés au niveau mondial pour résoudre
les problèmes des émissions de gaz à effet de serre et du changement climatique.
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