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Sommet mondial
2005: extirper les racines de la pauvreté
Lors
du Sommet mondial de 2005 qui se tiendra du 14 au 16 septembre au Siège de l’Organisation
des Nations Unies, à New York, les chefs d’Etat et de gouvernement de la planète
devront examiner une série de propositions visant à la réalisation des objectifs
du Millénaire pour le développement. Discours et déclarations seront
naturellement au rendez-vous. Mais ce que les leaders du monde n’entendront certainement
pas sous les voûtes du Palais onusien ce seront les voix de millions de pauvres
et d’affamés qui luttent pour tenter de tirer leur subsistance d’un petit bout
de terre aride dans un coin perdu du globe. Plus de 850 millions de personnes
souffrent de sous-alimentation chronique dans le monde. C’est de leur souffrance
quotidienne qu’il s’agit. Pouvons-nous rester indifférents devant cette
scandaleuse opulence, ce gaspillage sans frein et cette consommation à outrance
qui côtoient la misère, la malnutrition et la mort précoce? Faut-il continuer
à feindre la surprise devant tant d’injustice, source d’une génération perdue
glissant sur la pente de la violence et du nihilisme? Au cours du Sommet,
les chefs d’Etat et de gouvernement doivent passer en revue les progrès accomplis
depuis l’adoption, il y a cinq ans, des objectifs du Millénaire pour le développement,
notamment celui consistant à réduire la misère et la faim de moitié d’ici à 2015.
Il s’agit là d’un objectif primordial car de sa réalisation dépendra le succès
de tous les autres. Faim et pauvreté sont inextricablement liées. La
faim n’est pas seulement la manifestation la plus crue de la pauvreté, elle en
est aussi la cause principale. Un cercle vicieux condamne ainsi, dès leur naissance,
des millions de nos semblables à une vie de souffrance et de désespoir tronquée
par la dénutrition et les maladies. Les zones rurales constituent le
vrai champ de bataille pour extirper les racines de la faim et la pauvreté. En
effet, les trois-quarts du milliard et cent mille individus vivant avec moins
d’un dollar par jour vivent dans les campagnes du monde en développement et dépendent
de l’agriculture pour leur survie. La logique voudrait donc que l’on investisse
davantage dans l’agriculture et les infrastructures rurales. Ainsi, tout progrès
vers la réalisation des objectifs du Millénaire nécessite un engagement mondial
renouvelé en faveur de l’agriculture et des économies rurales des pays pauvres.
Malheureusement, au cours des 20 dernières années, l’aide au développement
agricole et rural des pays les plus pauvres a été réduite de plus de la moitié
passant de 5,14 milliards à 2,22 milliards de dollars. Des chiffres
éloquents… Malgré cela, plus d’une trentaine de pays en développement
totalisant plus de 2,2 milliards de personnes ont réussi à réduire le nombre
de leurs sous-alimentés de plus de 25 pour cent et leur PIB a connu des taux
de croissance plus forts que ceux des pays en développement pris dans leur ensemble.
Là aussi, les chiffres sont éloquents. Mais les succès enregistrés par
ces pays sont menacés par l’injustice permanente résultant du système commercial
mondial. Les subsides accordés par les pays industrialisés à leur secteur agricole
qui frise 1 milliard de dollars par jour déprime les cours des matières premières
agricoles coupant l’herbe sous le pied des agriculteurs des pays pauvres dont
les produits sont souvent concurrencés sur leurs propres marchés. Les
négociations sur le commerce mondial, qui reprendront en décembre prochain à Hong
Kong, doivent tenter de trouver des réponses à des questions essentielles: la
libéralisation du commerce agricole menace-t-elle, dans certains cas, la sécurité
alimentaire et la réduction de la pauvreté rurale? La protection du secteur agricole
de la part de pays pauvres peut-elle parfois être justifiée par leur souci de
sauvegarder la sécurité alimentaire de leur population? Quelles seraient les politiques
les plus appropriées pour assurer la sécurité alimentaire tout en progressant
vers un régime commercial plus libéral? Sur toutes ces questions, le
chemin à parcourir pour atteindre plus d’équité reste long et semé d’embûches.
En attendant, nous continuons à observer à la télé, ou à apprendre à
travers les journaux la mort de millions d’enfants victimes de la sécheresse au
Niger ou ailleurs dans le Sahel ou encore dans d’autres régions oubliées de la
planète. Après l’échange habituel d’accusations, nous nous précipitons tous pour
offrir, à grand renfort de logistique, une aide alimentaire ponctuelle et coûteuse.
Puis, nous attendons la crise alimentaire suivante sans soigner le mal à sa racine,
c’est-à-dire sans mettre en place les systèmes d’irrigation et les autres infrastructures
rurales indispensables. Le coût économique de l’inaction face au problème
de la faim est exorbitant. Si la faim devait persister à ses niveaux actuels,
elle entraînerait, chaque année, dans les pays en développement des pertes de
productivité estimées à 50 milliards de dollars ! Le coût humain est également
effrayant: en l’absence de progrès, 5 millions d’enfants mourront tous les ans. septembre
2005 Cet article a été publié
entre autres dans Le Monde (France), The Guardian (Royaume-Uni),
Ottawa Citizen (Canada), La Vanguardia (Espagne) |